René DUMONT (1904-2001)


Parmi les candidats à l'élection présidentielle de 1974, figurait pour la première fois un écologiste, en la personne de René Dumont. Agronome de formation, René Dumont est né le 13 mars 1904 à Cambrai dans une familles paysanne ardennaise. En 1929, à la fin de ses études, il est affecté au Vietnam en 1929. Mais la politique coloniale le révoltes, aussi revient-il à Paris en 1933 pour enseigner l'agronomie jusqu'en 1974.
Le fait pour lui d'être né avant la Grande guerre en fit un " pacifiste intégral ".Il a formulé en pleines Trente glorieuses, une critique importante du productivisme. C'est pour cette oeuvre qu'il fut reconnu. Après la guerre, il reprend le combat mené à son retour du Vietnam esquissé dans son premier livre publié en 1935, La Culture du riz dans le delta du Tonkin : trouver une solution aux problèmes de la malnutrition et du développement rural dans le Tiers Monde. Pour le compte de l'ONU et de la FAO, Dumont entame de nombreux voyages d'études et publie des rapports très critiques sur la politique agricole des pays du Tiers-Monde, ce qui le conduit à rencontrer, conseiller et parfois admonester les grands des " pays du sud ", de Castro à Nasser en passant par Nehru, Sihanouk, Bourguiba ou Senghor Il a critiqué le colonialisme, mais il dresse assez tôt un bilan du développement des nouvelles nations indépendantes du sud, sociétés complexes au sein desquelles coexistent à la fois des formes tribales d'organisation et de production et le poids des impérialismes occidentaux.
Pour certains, Dumont se pose en " agronome de la faim ", vivant son métier comme un sacerdoce. L'homme au pull rouge, étonne tout le monde quand il pronostique qu'un jour l'essence coûtera cinq francs. Il étonne tout autant, lorsque, passant à la télévision, il parle devant une pomme et un verre d'eau, montrant combien ces denrées sont " précieuses ". L'homme, intransigeant et hors norme ne ressemble pas aux hommes politiques de son époque. Coléreux et imprévisible, Dumont, spécialiste avant d'autres - de la misère du monde, est un des maîtres à penser de la jeunesse des années 60 et 70. Inclassable, même dans la nébuleuse de la gauche alternative, Dumont est au carrefour de tout. Porte parole des paysans du monde entier, il ne théorise pas comme les marxistes et les révolutionnaires de son temps les " effets de l'accroissement des contradictions du capitalisme ", il ne fait que donner une photographie des effets de ce qu'on n'appelle pas encore la mondialisation : explosion démographique, productivisme acharné, pollution, bidonville, le pillage organisé par le nord des ressources du sud, malnutrition etc. Pour tiers-mondiste qu'il fut, René Dumont n'en fut pas moins lucide sur la capacité des nouveaux pouvoirs du sud à éradiquer la pauvreté. Il dénonce la corruption et le " césarisme tropical ". Avant d'autres, ses analyses mettent le doigt sur une réalité que la chute du Mur a fait éclater au grand jour : Si le la minorité aisée du nord continue de prospérer sur le dos des pauvres du sud, le danger viendra de ces masses de pauvres qui ne bénéficient pas du progrès technique ou économique.
En 1974, il est candidat à l'élection présidentielle à laquelle il obtient 1,32 % des voix. Son directeur de campagne s'appelle Brice Lalonde. A un moment où l'écologie devient politique, c'est-à-dire où elle devient le combat et la raison de l'engagement de toute une génération qui, sur fond de crise sait que la croissance n'est qu'un mythe, que le marché n'est pas tout et que le gaspillage d'une planète dont les ressources ne sont pas inépuisables doit cesser. "Je regrette sincèrement que les événements ne m'aient que trop donné raison", disait-il. C'est simplement à l'écoute des sociétés qui bougent et par une présence sur le terrain, que l'agronome a pu sentir les évolutions que nous connaissons aujourd'hui. René Dumont a écrit une quarantaine d'ouvrages dont L'Afrique noire est mal partie (1962), L'Utopie ou la mort (1973), L'Afrique étranglée (1980), Pour l'Afrique, j'accuse (1986) et Démocratie pour l'Afrique(1991). Il est mort le 18 juin 2001.

http://www.fondation.rene-dumont.org/
Le mouvement d'écologie politique a pressenti la mondialisation. S'il veut demain construire les nouvelles règles internationales d'un monde durable, il doit demeurer à la pointe dans l'analyse comme dans ses propositions. Je suis convaincu que la Fondation permettra à tous les acteurs d'imaginer cet avenir positif et d'aider aux réalisations concrètes qui en montrent le chemin... René Dumont
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René Dumont est un scientifique, mais son action a toujours respecté ce qui, pour tout agronome, devrait être un "serment" : le service de la terre et celui des paysans. Cet engagement professionnel se double, chez René Dumont, d'un engagement citoyen : le refus de la guerre, de la colonisation, des déséquilibres économiques et sociaux, de l'asservissement politique, du saccage des ressources naturelles. Mais l'engagement professionnel et l'engagement citoyen de René Dumont, qui s'expriment dans son imposante bibliographie et dans les prises de position qui ont jalonné sa vie et le siècle qui se termine, ne font qu'un.
Enfant meurtri par l'assassinat de Jaurès et par les horreurs de la guerre, agronome des rizières du Tonkin des année vingt, professeur d'agriculture comparée de l'Institut national agronomique de Paris, expert infatigable des campagnes françaises et de tous les tropiques, militant de toutes les grandes causes internationales, écrivain prolifique, candidat à la Présidence de la République...
René Dumont nous lègue un héritage inestimable dans lequel se mêlent valeurs morales, engagement et intuitions politiques.Certes, René Dumont n'a été ni le père, ni le penseur de l'écologie - il était trop occupé à courir le monde -, mais il a été l'un des premiers à pousser les écologistes à s'engager dans le combat politique, à leur demander de se situer, dans ce combat, clairement à gauche, espérant ainsi la rénovation d'une gauche empêtrée dans des visions dépassées et dans des expériences pour le moins ambiguës. Sur ces bases, il fut le premier à manifester, à l'occasion de l'élection présidentielle de 1974, l'entrée de l'écologie en politique et à tracer les prémices d'une "écologie politique". Que ce précurseur ait des cheveux blancs en bataille, de la terre sous ses semelles et mille combats dans sa besace, plutôt que l'allure sévère du haut fonctionnaire ou affectée d'un intellectuel parisien, est notre honneur. Nous sommes fiers de cette origine et sommes nombreux à remercier René Dumont de sa manière d'être et de faire.
René Dumont n'a pas été élu Président de la République, mais le virus de l'écologie politique a pu commencer timidement son œuvre de rénovation dans l'univers politique d'alors, un univers bien rodé et quelque peu fermé. Ce premier pas a aussi obligé l'écologie à sortir de son ghetto naturaliste et à se confronter à tous les problèmes de la cité, à cesser de se vivre comme un "à-côté" de l'histoire et de la géographie, et à commencer à se penser en termes de développement durable à l'échelle de la planète.
René Dumont a traversé le XXe siècle d'un itinéraire parfaitement rectiligne. Le XXIe siècle, qui s'engage sous des auspices incertains, aura besoin d'une écologie politique riche de l'expérience de ses pionniers, mais vivante. L'itinéraire continue.

Un monde intolérable. Le libéralisme en question.

Dans ce livre de René Dumont et de Charlotte Paquet paru aux éditions du seuil, il est démontré que le capitalisme ne se soucie guère des générations futures, des démunis et des exclus et que si l'on peut comparer une société à un individu, on pourrait croire qu'elle se suicide... Extraits :

Après le Club de Rome en 1972, les Nations Unies ont publié en 1987 Our common Future qui, tout comme les State of the World du Worldwatch Institute de Washington, nous apportent la conclusion, désormais incontournable, des travaux de la grande majorité de la communauté scientifique mondiale : l'humanité court à sa perte, si elle se montre incapable d'infléchir totalement l'évolution de notre société de consommation ; en somme, si elle continue à se révéler irresponsable... L'échec des communistes n'accrédite pas pour autant un intégrisme libéral incontrôlé. Acceptez l'alternative communisme -- libéralisme serait faire preuve d'un total manque d'imagination : il y a bien d'autres possibilités. Du reste, l'octobre noir de 87 vient de rabattre la superbe des Reaganiens et autres libéraux inconditionnels dont la grille économique continue d'ignorer les problèmes de l'environnement... L'économie se prétend distincte de la morale, se considérant parfois comme une science quasi infaillible. La voici prise en flagrant délit d'échec... Les " progrès " de notre économie sont désormais dépassés par leurs dégâts ; le bilan global, s'il profite toujours aux privilégiés, contribue à ruiner les démunis, et menace l'avenir de l'homme et des autres vies sur la terre. Il nous faut donc remettre en cause l'explosion productiviste des pays riches, tout comme l'explosion démographique des pays pauvres. Ceux qui proclament, sans la prouver, sans réfléchir, la défaite de Malthus, sont de dangereux irresponsables... Le quart monde s'étend dans les pays développés incapables de répartir entre tous les actifs le travail encore socialement nécessaire : ce problème ne paraît insoluble qu'à ceux qui résonnent dans le cadre d'une économie prétendument scientifique et de ce fait refusent de prendre prioritairement en compte des problèmes sociaux -- les problèmes moraux... Aujourd'hui d'établir un monde vivable pour tous ses habitants, demain d'assurer la survie prolongée de l'humanité ; laquelle irait à la mort lente si elle acceptait les injustices et les absurdités qui caractérisent notre époque -- finalement plus injuste et plus " gaspilleuse " que " glorieuse "... Jusqu'au colonialisme, les inégalités sont encore modestes, c'est la révolution industrielle lancée par l'Angleterre en 1780 qui va sans cesse accentuer les inégalités entre pays pauvres et pays riches... Les inégalités sont encore plus flagrantes à l'intérieur de ces pays pauvres, surtout en Amérique du Sud. La violence en Colombie, la lutte armée au Pérou, certes condamnables, trouvent une justification dans des écarts de revenus intolérables... Les inégalités entraînent les riches à des gaspillages qui provoquent un rapide épuisement des ressources rares non renouvelables et surtout des niveaux de pollutions qui mènent, à long terme, l'humanité à sa perte... Les libéraux se proposent d'étendre ce modèle discutable de l'économie des riches, celui de notre société de consommation de masse, à l'échelle mondiale. Si l'on y parvenait, on compromettrait les chances de survie prolongée de l'humanité... Notre société est passée d'une ère de " progrès " à une civilisation de gaspillages invraisemblables.

Pour essayer de conclure : il reste de l'espoir, si... -- de la page 269 à la page 282.

L'écologie ou la mort.

A vous de choisir. La campagne de René Dumont et ses prolongements. Objectifs de l'écologie politique. Ce livre est le recueil des déclarations, interviews, tracts, manifestes, articles, rapports, sondages et récits de la campagne présidentielle de 1974 du professeur René Dumont et du mouvement écologique. Cette campagne avait comme quartier général un bateau mouche mis à la disposition gratuitement par le directeur des bateaux-mouches parisiens. Dans une de ses interventions télévisées, comme on lui demandait comment il comptait remplacer l'économie de profit ou le recours aux stimulants matériel, René avait fait allusion à " son " bateau : venez voir ce qui s'y passe, venez voir des gens qui ne travaillent pas pour un profit matériel mais pour le plaisir d'avancer vers ce qu'ils croient juste. Ce que nous offrons à la société que nous voulons changer, c'est le stimulant bonheur. René Dumont a extrapolé en forçant un peu les mots. Mais peut-être n'a-t-il fait que remplacer notre " profonde satisfaction " par le mot bonheur. Car le happening permanent du bateau-mouche aura peut-être été, la fatigue et l'agitation en moins, une approche de la société dont les uns et les autres rêvent au travers de notre écologie politique.

Une candidature hors série...
... il insistera certainement sur le scandale d'une humanité au sein de laquelle les riches vont être de plus en plus riches -- et accapareront la plus grosse part des biens disponibles -- et les pauvres de plus en plus pauvres : perspective intolérable, sauf pour les résignés et les égoïstes qui, à tous les niveaux, individus, clans, classes, partis, nations, ne manquent pas... René Dumont est un homme courageux, aux convictions généreuses, et il n'hésite pas à affirmer, sans souci du qu'en dira-t-on, alors que nombre de mes collègues s'effraient à la seule idée de se faire mal voir des puissants, de passer pour hérétiques auprès de l'orthodoxie régnante. Lui, au contraire, n'a pas peur... . Pour une fois donc, c'est un prophète qui aura, pour quelques jours, une audience nationale. Les raisonnables, les réalistes vont bien entendu l'accuser d'utopiste, oubliant que le mot désigne non l'irréalisable mais seulement l'irréalisé. Un message salutaire nous sera adressé. Saurons-nous l'écouter ? Saurons-nous, surtout, l'entendre et en incarner les exigences ? Les véritables amis du " progrès ", du seul authentique progrès -- celui des comportements, des pratiques et des mœurs -- le souhaiteront avec moi ardemment. Extrait du texte de soutien signé par Théodore Monod.

Naissance de l'écologie politique.
... c'est le résultat de trois ans de réflexion : de la publication du rapport du Club de Rome, des études du groupe anglais de l'Ecologist, de la déclaration de Menton signée par des centaines de scientifiques, de la Conférence des Nations unies sur l'environnement de Stockholm... c'est le résultat de trois ans de prise de conscience militante, d'abord underground puis publique, des marches contre la construction de centrales nucléaires, des manifestations du Larzac, du débat sur le parc national de la Vanoise, des manifs à vélo de Paris, dès 30000 signatures proposant un moratoire au programme de nucléarisation de l'énergie. C'est le résultat du mépris dans lequel ont été tenus les Français depuis dix ans, en ce qui concerne la gestion de leur environnement, de la priorité donnée à l'automobile privée contre les transports en commun ; du démembrement et de la désertification des campagnes par l'agriculture industrielle ; des expropriations abusives au profit des promoteurs ; du ravage des forêts pour y faire passer des autoroutes ; du développement cancéreux des villes, dans les villes : des tours, des bureaux, des rocades, de la déportation des habitants des secteurs rénovés vers des banlieues concentrationnaires, de l'anarchie de l'industrialisation, de la robotisation des travailleurs ; de la détérioration constante des conditions de vie et de travail ; de l'utilisation de la télévision et de la publicité pour conditionner les citoyens, plutôt que pour les informer... Au cours des trois dernières années, l'homme a débarqué sur la lune. Il a vu sa planète, une petite planète bleue sur laquelle se produit le miracle de la vie. Un nombre de plus en plus grand d'hommes a compris la fragilité et la précarité des mécanismes qui autorisent la reproduction de cette vie. L'homme possède désormais la capacité physique de détruire toute vie. C'est dans les tous derniers instants de l'histoire humaine que la civilisation industrielle a déclenché ce processus au profit de quelques nations d'Occident. Et, dans ces nations, au profit d'un petit nombre. Voilà pourquoi le mouvement écologique devient politique. Voilà pourquoi, pour la première fois dans l'histoire des sociétés, un homme présente sa candidature à la direction d'un Etat, avec pour programme la préservation de la vie. Extrait d'un texte publié dans " Le Sauvage " et écrit par Alain Hervé.

http://pluriel.free.fr/dumont.html

http://www.planetecologie.org/ENCYCLOPEDIE/Pionniers/ReneDumont.htm

http://www.ulaval.ca/scom/Au.fil.des.evenements/1996/10.17/dumont.html

Campagne électorale officielle : élection présidentielle 1er tour ORTF - 19/04/1974 - 8m10s
http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=ren%E9+dumont+verre+d'eau&num_notice=1&total_notices=1

Affiche de la premiére campagne présidentielle écologiste en 1974

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Pour une autre civilisation.

Contre : 1. Le gaspillage des ressources naturelles. 2. L'exploitation du tiers-monde et des travailleurs. 3. La concentration du pouvoir aux mains des technocrates. 4. Le cancer de l'automobile. 5. La course aux armements. 6. La démographie galopante. 7. La surconsommation des pays riches. 8. La folie nucléaire.
Pour : 1. Une limitation de la croissance économique. 2. Une société décentralisée et autogérée. 3. La limitation des naissances. 4. Une redistribution égalitaire des richesses. 5. Une diminution radicale du temps de travail. 6. La protection de la nature. 7. Les transports en commun. 8. Un urbanisme à l'échelle de l'homme. 9. Le respect et libertés des minorités culturelles.10. Des techniques décentralisées, non polluantes et fondées sur des ressources renouvelables.

Quelle Terre laisserons-nous à nos enfants ?
Face à la crise de l'environnement et de l'énergie, face à la crise globale et radicale de la civilisation industrielle, des solutions existent, on peut s'en sortir : il suffit de le vouloir. Mais n'attendez pas que les choses changent toutes seules, vous seuls avez le pouvoir de les changer. Constituez dans votre quartier, dans votre ville, dans votre village des comités d'action et de soutien à la candidature de René Dumont ; par-delà la candidature de René Dumont, le mouvement écologique vous appelle tous à œuvrer avec lui. Une civilisation du bonheur est possible ! Signé : comité de soutien à la candidature de René Dumont.