Jacques Duboin (1878 -- 1976), choquée par la grande crise de 1929,
a développé une théorie économique qui en vaut une
autre ! Dans les extraits de " la grande relève ", mensuel
de réflexion socio-économique fondée en 1934 et dirigé
aujourd'hui par sa fille, on voit que les problèmes du capitalisme était
à peu près les mêmes dans les années 30 qu'aujourd'hui.
Il m'arrive parfois de penser que si Hitler n'avait pas existé, le capitalisme
serait peut-être déjà mort depuis quelques temps. Avec des
si... mais enfin, s'il n'y avait pas eu l'interlude 1939-45 et ensuite les "
trente glorieuses" on peut, je crois, se poser légitimement la question.
[...] d'un côté, surproduction, débouchés saturés,
matières premières gaspillées ; de l'autre, malnutrition,
famine, misère morale et chômage. Or les économistes prétendaient
qu'il s'agissait d'un déséquilibre momentané entre l'offre
et la demande, d'une de ses crises conjoncturelles," cyclique", qui
se produisent quand on a produit trop, ou trop vite, mais que la loi du marché
finit toujours par résorber. Bien au contraire, démontre J. Duboin
dans une " lettre à tout le monde" paru en 1938, c'est une
crise structurelle, [...] " nous faisons fausse route parue en 1931"
en nous accrochant à nos habitudes économiques et financières,
au point de les confondre avec des lois naturelles, immuables, quand elles s'avèrent
dépassées : " résoudre la crise, dans l'esprit hélas
! De la majorité des hommes, consiste à revenir aux conditions
d'autrefois"(extrait de " le fascisme ne résout pas la crise",
article paru le 8 janvier 1937 dans le journal l'uvre) [...] les Etats
industrialisés recensaient alors 30 millions de chômeurs [...].
Cependant, et à seule fin d'en maintenir les cours, on entreprit systématiquement
et légalement de détruire des denrées ou de les rendre
impropres à la consommation, au mépris des besoins insolvables
et sans le moindre souci écologique du gâchis que constitue de
telles destructions. À l'époque où, d'après les
statistiques de la SDN, une somme équivalant à 110 milliards de
fois le montant du salaire minimum français était consacré
à des commandes d'armement, la France ne trouvait pas les moyens d'assurer
la retraite de ses vieux travailleurs. J. Duboin entreprend alors une vaste
campagne. Il se révolte non seulement sur le plan moral, écuré
qu'on détruise des biens quand des gens, à côté,
manquent de tout, mais aussi sur le plan écologique, devant le gâchis
que ces destructions représentent, et enfin sur le plan purement économique
car son expérience de financier, de banquier, de secrétaire d'état
au trésor lui permet d'affirmer que toutes ces absurdités ont
une cause commune et qu'il serait possible d'y mettre fin, pourvu qu'on acceptât
d'évoluer. Il fonde une association, un mensuel. D'autres associations
se créent parallèlement. Tous dénoncent l'absurdité
criminelle dont les Etats atteints par la récession se rendent coupable
en décidant d'intervenir sur le marché pour " l'assainir",
obligeant ainsi les contribuables à payer collectivement ce qu'ils ne
peuvent plus acheter, tandis qu'un nombre croissant d'économiquement
faibles pour cause de chômage se trouvent exclus du marché. Le
Brésil est cité, par exemple, parce qu'il brûla à
l'époque six millions de tonnes de café.---- Ça me rappelle
une expression, quand on dit de quelqu'un qu'il exagère " c'est
un peu fort de café ! ".---- le président Roosevelt, qui
fit verser aux fermiers américains de fortes indemnités pour qu'ils
laissent en friches leurs terres cultivables. En ce qui concerne la France,
Duboin et ses amis dressent, au fur et à mesure, la liste des lois et
décrets votés par les députés et par les sénateurs
pour " lutter contre l'abondance" du blé (24-12-34 et 27-9-38),
du vin (30-7-35 et 17-6-38), du poisson (21-11-35), de l'ensemble des récoltes
(30-10-35), de l'électricité (30-10-35), des chaussures (23-3-36),
de la viande (24-4-36), du sucre (27-8-37), des bananes produites dans nos colonies
(31-12-38)... Ils intentent même, sans résultat, un procès
contre l'État pour préjudices causés aux consommateurs
par ces destructions et entraves à la production. J. Duboin a beau expliquer
que la grande relève est une véritable " libération
parue en 1937" qui est à la portée des pays développés,
puisqu'ils détiennent les moyens matériels de s'affranchir des
contraintes du travail de production pour se consacrer désormais et de
plus en plus à des activités épanouissantes, librement
choisies. Mais il faut pour cela que la machine y soit mise au service de l'homme,
au lieu de l'exclure, il faut adapter les mécanismes de l'économie
aux possibilités de notre temps. Il faut maîtriser l'économie
et non plus se laisser dominer par ses soi-disant " lois", quand celles-ci
se révèlent obsolètes. Il n'est pas mieux compris quand
il explique que la croissance du nombre d'exclus favorise la montée du
fascisme, de même quand il prévient que la course aux armements
ne permet de relancer l'économie qu'au prix d'une échéance
redoutable. Peine perdue. Ces avertissements, pourtant repris par des milliers
d'adhérents, n'arrive pas à empêcher cette destruction encore
plus radicale : la guerre, qui transforme les millions de chômeurs en
millions de soldats puis en millions de morts. Financiers, politiciens et économistes
trouvent alors, miraculeusement, les moyens de financer et les armements, et
les soldats. Les destructions et les reconstructions qui suivent assainissent
les marchés et restaurent les profits. La crise est oubliée.
L'analyse distributiste
Le système capitaliste, qui gouverne actuellement notre beau monde (et
y a suscité, reconnaissons-le, de prodigieux développements) et
basé sur l'échange marchand, dans lequel l'équilibre entre
production et consommation est supposé s'établir toujours, spontanément,
automatiquement, en vertu de la loi de l'offre et de la demande. Et cet équilibre
s'étend tout aussi naturellement à l'ensemble de l'économie
depuis qu'un économiste classique, en énonçant les principes
du libéralisme économique, a affirmé que l'offre crée
la demande : c'est la loi des débouchés. Il suffit pour cela,
mais c'est une règle absolue, de laisser-faire, de ne jamais intervenir,
d'aucune manière... Dans un pays entré dans l'ère de l'abondance
ce n'est plus possible. Un nombre croissant de gens se trouvent dans l'impossibilité
de se placer sur le marché du travail et n'ont par conséquent
plus de source de pouvoir d'achat. Et comme c'est d'autant de clients qui disparaissent,
la machine économique est irrémédiablement enrayée
par d'innombrables réactions en chaîne. Dans ce système,
il faut vendre et vendre le plus cher possible. Or, lorsqu'il devient abondant,
un produit perd de sa valeur marchande -- signalons que dans les années
30, le marketing était tout juste émergeant --. Alors pour maintenir
le profit, on cherche à en maintenir la rareté et c'est la lutte
entre "rareté et abondance" (écrits en 1944). Après
le répit apporté par la seconde guerre mondiale, cette lutte s'est
encore développée et officiellement organisée au niveau
européen : c'est le principe même de la PAC, cette politique agricole
commune dont on s'aperçoit aujourd'hui qu'elle nous a coûté
des sommes astronomiques, sans avoir résolu le problème : la production
agricole continue à créer des "surplus", c'est-à-dire
plus que les besoins solvables -- et même plus que les besoins réels
--, tandis que n'a cessé de croître le nombre des agriculteurs
acculés à la faillite. Dans le même temps le nombre d'exclus
qui n'ont rien à manger amène Coluche à créer les
restos du cur. Cette obstination à vouloir maintenir à tout
prix un système devenu catastrophique s'est manifestée d'abord
dans le secteur agricole... Maintenant, ce sont les biotechnologies qui sont
prêtes à opérer une nouvelle coupe sombre dans l'emploi
agricole. Les conséquences en seront dramatiques si les derniers agriculteurs
cessent d'entretenir la terre parce qu'elle n'est plus "rentable".
Après les mines et la sidérurgie, vint le tour du secteur industriel
où les nouvelles technologies remplacèrent le bras de l'homme
par un automate, lui-même commandé, géré, surveillé
par des microprocesseurs. Libération ? -- on aurait pu alors se dire
que c'était la fin du travail ? -- hélas, non, parce qu'on veut
toujours que s'applique le principe :"tu gagneras ton pain à la
sueur de ton front" ! On aboutit ainsi à cette conclusion stupide
: "il faut créer des emplois", sans le moindre souci de leur
utilité. Toutes les victimes de "dégraissages pour cause
économique" se retournent donc vers le tertiaire... ou l'informatique
a très rapidement permis d'automatiser bien des taches. Que faire ? Une
idée s'impose : puisque le nombre de clients diminue, il faut créer
des services pour aller à leur recherche. Alors nait une jungle où
la lutte est de tous les instants, où tous les coups sont bons pourvus
qu'ils permettent de supplanter l'autre, où tous les moyens sont mobilisés
à cette seule fin. Il faut être un battant : dans un cours de gestion
ou de marketing, on vous forme au combat et on vous dresse à considérer
que l'objectif, c'est la vente ; la cible, le client ; la récompense,
l'argent. Ainsi, dans ce système dit libéral, les jeunes et tous
ceux qui ont fait l'objet d'un "dégraissage pour cause économique"
n'ont pas d'autre perspective que de monter sur ce ring qu'on appelle la compétitivité.
Pollution morale
La publicité génère la "société de consommation"
et inflige, avec les moyens considérables dont elle dispose, une insupportable
tentation à ceux qui n'y ont pas accès (une des causes principales
de la délinquance). Evidemment, comme dans ce système ou un individu
dont le porte-monnaie est vide n'existe pas, on cherche à susciter de
nouveaux besoins et on crée du superflu pour ceux qui ont déjà
le nécessaire. Les pays riches ont asservi les pays pauvres, dévoyé
leurs cultures en leur faisant miroiter des profits, qu'ils n'ont pas obtenu
car l'abondance de leurs exportations en a fait chuter les cours, fixés,
par les pays riches. On utilisera les ressources la technologie pour mettre
au point des appareils destinés à être vite remplacés
et la mode incitera à les renouveler le plus souvent possible. Le souci
de l'environnement est perçu comme une contrainte -- ceci est un point
très important. En effet, il est impossible de concilier écologie
et économie capitaliste --. D'autres emplois ont été inventés,
dont la pollution envahit les cerveaux, plus sournoisement que les phosphates
n'infiltrent la nappe phréatique. Ces "tour operators", ces
conseillers, ces intermédiaires et animateurs en tout genre, qui, sous
prétexte de les aider à profiter de leurs loisirs, privent leurs
clients de leur autonomie, leur font perdre tout esprit d'initiative, tout libre
arbitre et tout jugement personnel. Les jeux télévisés
sont encore des moyens de tirer profit des loisirs ou des rêves d'un public
captif. Donc d'un côté, tant de moyens, d'effort et d'ingéniosité
sont déployés pour faire du pognon et de l'autre l'éducation
et les services de santé manifestent des besoins criants.
Le nud gordien
Pour investir dans une entreprise il faut s'adresser une banque qui exige l'assurance
que l'entreprise sera en mesure de la rembourser avec intérêts
et dans un délai limité. Si elle a cette assurance, ou une caution
équivalente, la banque crée l'argent nécessaire, sous forme
de crédits. Alors, seules les entreprises lucratives peuvent trouver
un financement dans le système, quel que soit, d'ailleurs, leur utilité
sociale. La création monétaire est le comble des aberrations engendrées
par le système. Elle a cessé d'être le droit régalien
du pouvoir politique, et ne résulte donc pas de décision résultant
d'un débat. Les banques privées ont reçu le privilège
de créer, sous forme de crédits, des sommes qui peuvent atteindre
jusqu'à 10 fois le montant des dépôts qui leur sont confiés.
Les déréglementations initiées par Reagan au début
des années 80 ont encore élargi ces privilèges en même
temps qu'ils ont permis les transactions boursières les plus invraisemblables.
Les flux monétaires entre les sept pays les plus riches du monde s'élevaient
en 1991 à 420 milliards $/jour alors que le commerce international ne
correspondait alors qu'à 12,4 milliards $/jour.
L'impôt
L'État a théoriquement institué l'impôt pour financer
les besoins collectifs et répartir les biens et les richesses. Aujourd'hui,
l'impôt pénalise celui qui travaille "pour gagner sa vie"
car il ne sait pas s'organiser pour éluder l'impôt -- le nanti,
lui, s'organise pour mettre son argent dans des paradis fiscaux et grâce
au conseil de fiscalistes il connaît toutes les ficelles afin d'éluder
l'impôt. La théorie Malthusienne préconise qu'il vaut mieux
prendre aux pauvres car ils sont plus nombreux. Les multinationales et financiers
internationaux spéculent sur les marchés des changes et leur bénéfice
est détaxé. La banque "joue" l'argent de ses clients.
Quand elle gagne c'est pour elle, quand elle perd c'est pour nous -- le contribuable
paiera la facture. Remplaçons l'impôt sur le revenu par une taxe
sur les plus-values ! Taxons ce qui détruit la planète. Taxons
ce qui fait du tort à l'individu. Taxons l'argent qui ne circule pas.
Détaxons les revenus du travail. Détaxons les produits de première
nécessité. Offrons à tous un dividende social rien que
parce qu'il existe et qu'il a droit une vie digne.
Le progrès et le travail
Les politiques parlent du chômage à résorber et du plein
emploi à rétablir. Utopie, mensonge, bêtise ou incompétence
? La politique et l'art de rendre possible ce qui est nécessaire et l'économie
politique se doit de tendre à équilibrer harmonieusement "production"
et "consommation". L'évolution de la société
nous empêche d'apporter notre contribution à la production en créant
des machines et les ordinateurs qui travaillent aujourd'hui à notre place.
Et, c'est tant mieux ! Nous sommes donc les bénéficiaires en tant
qu'héritier et légataire universel de toute l'humanité
qui nous a précédés. Dès lors, cessons de perdre
notre vie à la gagner et revendiquons le maintien de notre pouvoir d'achat
plutôt que le droit au travail. Bien sûr, l'oisiveté est
la mère de tous les vices et tout être humain éprouve naturellement
le besoin de créer et de réaliser pour pouvoir s'exprimer. Mais
un travail inutile, répétitif ou polluant avili, dénature
l'être humain et engendre dépressions et maladies de civilisation.
Les robots et les ordinateurs peuvent réaliser à notre place la
plus grande partie du travail productif et répétitif nécessaire
à notre bien-être. Mais, l'équilibre économico-social
est rompu. Autrefois, celui qui ne possédait que sa force de travail
n'avait donc que son salaire pour participer à la consommation. Aujourd'hui,
le travail est spolier par les machines, mais les machines peuvent-elles nous
voler aussi la consommation ? Nous devons adapter nos outils de régulation
économique à la réalité actuelle, pour permettre
à tous de participer activement à l'amélioration de la
qualité de la vie. La société doit pouvoir payer une mère
qui décide de se consacrer entièrement à l'éducation
de ses enfants (pas plus de 2 ou 3), payer celui qui décide de consacrer
sa vie à la recherche, à l'art ou à la méditation
au même titre que celui qui participe à la production des biens
de consommation. Qui peut prétendre savoir juger lequel aura le plus
apporté au genre humain ? Chacun devrait pouvoir choisir son activité
en fonction de ses aptitudes et de ses goûts et non en fonction de projections
mercantiles. On peut imaginer aussi que l'on pourra changer d'activité
au cours des années et se retrouver tantôt sur un tracteur tantôt
à piloter une machine à commande numérique et tantôt
à écrire des poèmes ou à peindre sur une île
à l'écart de toute civilisation. Nous ne sommes pas faits pour
le travail mais le travail et fait pour que nous puissions nous exprimer, nous
épanouir, nous ouvrir aux autres, nous réaliser.
La peur du lendemain
La peur du lendemain transforme l'homme en loup pour l'homme. On n'a peur de
ne pas avoir assez, et si l'on a suffisamment peur on a d'ailleurs jamais assez.
La peur nous empêche d'être généreux et c'est encore
la peur qui nous empêche de prendre le moindre risque qui pourtant permettrait
de grandir et de nous épanouir. C'est la peur de l'inconnu, de l'autre,
de la différence qui est responsable du racisme de la xénophobie
et de l'égoïsme, c'est la peur qui engendre la violence et les guerres
et ce n'est pas le pouvoir qui corrompt mais la peur de le perdre. Le remède
à la peur, c'est la confiance en soi. Aujourd'hui, est le premier jour
de tous ceux qui me restent à vivre. Le passé n'existe plus --
ne nous y attachons pas. Le futur n'existe pas encore -- il est donc inutile
de fantasmer. Les remords du passé et l'angoisse du futur sont les assassins
d'aujourd'hui. Vivre au présent permet de jouir pleinement de tout ce
que nous offre la vie. Si nous pensons négativement, nous obtiendrons
du négatif par contre si nous pensons positivement, nous obtiendrons
du positif. Tout dans la vie fonctionne de manière aussi simple. C'est
nous qui avons l'art de tout compliqué. Seul l'esprit agit, le corps
ne fait que réagir aux suggestions de l'esprit. Notre plus grand travail
à poursuivre inlassablement c'est de découvrir, réaliser,
réveiller et utiliser toute la puissance de notre esprit pour notre plus
grand bien et celui de notre entourage. Les pensées négatives
sont comme des oiseaux, nous sommes incapables de les empêcher de voler
au-dessus de notre tête mais nous pouvons les empêcher de faire
nid dans notre tête. Ces pensées négatives sont un voile
qui obscurcit et déforme la réalité. S'angoisser pour quelque
chose qui pourrait arriver demain est semblable à verser aujourd'hui
un intérêt pour de l'argent pas encore emprunté. Lorsqu'on
interrogeait le Mahatma Gandhi sur les possibilités de son assassinat
il répondait invariablement : " tant qu'ils ne l'ont pas fait, ce
n'est pas mon problème, une fois qu'ils l'auront fait, ce ne sera plus
mon problème ". Chassons nos pensées négatives comme
nous chassons les mouches en été.