Dalaï-Lama

www.dalailama-nantes2008.fr
à Nantes du 15 au 20 août 2008

www.dalailama.com

Allocution à Rio le 7 juin 1992

Alors que le 20ième siècle touche à sa fin, nous constatons que le monde a rapetissé. Sa population est presque devenue une seule communauté. Des alliances politiques et militaires ont créé des groupes multinationaux, l'industrie et le commerce international ont engendré une économie globale. Les communications planétaires ont éliminé les vieilles barrières de distance, de langue et de race. Nous sommes aussi poussés à serrer les coudes par les graves problèmes que nous affrontons : la surpopulation, l'épuisement des ressources naturelles et la crise de l'environnement qui menace l'air, l'eau et les arbres, en même temps qu'un grand nombre de belles formes de vie qui sont le fondement même de l'existence de cette petite planète que nous partageons.
Je crois que pour relever les défis de notre temps, les êtres humains auront à développer un sens accru de responsabilité universelle. Chacun de nous doit apprendre à travailler non pas uniquement pour lui ou pour elle, sa famille ou son pays, mais au bénéfice de toute humanité. La responsabilité universelle est la clef véritable de la survie humaine. C'est le meilleur fondement de la paix mondiale, de l'utilisation équitable des ressources naturelles et, dans le souci des générations à venir, du soin approprié à prendre de l'environnement.
Je suis venu à cette réunion internationale des responsables de l'environnement l'esprit plein d'optimisme et d'espoir. Les rencontres ici représentent un tournant pour l'humanité, la chance de notre communauté globale en gestation de coopérer d'une façon sans précédent. Même s'il peut sembler que sous certains aspects ce sommet de la terre soit en deçà des urgences les plus criantes, le seul fait qu'il ait lieu est déjà un remarquable succès. C'est pourquoi il est si encourageant de voir ici autant d'organisations non-gouvernementales. Votre rôle en vue de forger un avenir meilleur est absolument essentiel, et quand bien même il est encore modeste au sein des Nations Unies, il s'accroît. Nombre d'O.N.G. sont bâties grâce à des volontaires dévoués, réellement préoccupés du sort de leurs semblables. Votre engagement représente l'avant-garde du progrès tant dans la société que pour l'environnement. Toutes les organisations représentées ici ont des désirs et des besoins particuliers, tout comme d'ailleurs les individus. Cependant, sans nos efforts collectifs, nos succès ici serait sensiblement moindres.
Que cela nous plaise ou non, nous sommes tous nés sur cette terre comme membres d'une même grande famille. Riche ou pauvre, éduqué ou non, appartenant à une nation, religion et idéologie ou l'autre, finalement chacun d'entre nous n'est qu'un être humain pareil à un autre. Tous nous voulons le bonheur, et pas la souffrance. Plus encore, chacun d'entre nous a les mêmes droits de chercher le bonheur et d'éviter de souffrir. Quand on admet que tous les êtres sont égaux à ce propos, on ressent automatiquement empathie et proximité avec les autres. Dès lors éclôt à son tour un véritable sens de responsabilité universelle, le souhait d'aider activement les autres à surmonter leurs problèmes.
Bien sûr, cette sorte de compassion est, de par sa nature, paisible et aimable, mais elle est aussi très puissante. C'est le signe authentique de la force intérieure. Point n'est besoin de devenir religieux, pas plus que de croire en une idéologie. Tout ce qui est nécessaire à chacun de nous, c'est de cultiver de bonnes qualités humaines.
La nécessité d'un sens de responsabilité universelle concerne chacun des aspects de la vie moderne. Aujourd'hui, des événements survenant dans un coin du monde finissent par affecter toute la planète. Si bien qu'il nous faut d'emblée traiter le moindre problème majeur local en termes globaux. Nous ne pouvons plus évoquer les barrières nationales, raciales ou idéologiques qui nous séparent sans répercussions destructrices. Dans ce contexte de nouvelle interdépendance, prendre en compte les intérêts des autres est à l'évidence la meilleure manière de servir nos propres intérêts.
Il va sans dire que l'interdépendance est une loi fondamentale de la nature. Non seulement les myriades de formes de vie, mais également le niveau le plus subtil des phénomènes matériels sont gouvernés par l'interdépendance. Tous les phénomènes, de la planète où nous vivons jusqu'aux océans, en passant par les nuages, les forêts et les fleurs qui nous entourent, adviennent en dépendance de schémas subtils de l'énergie. Sans leur interaction propre, ils se dissolvent et se désagrègent. Nous avons à prêter attention à ce fait de la nature bien davantage que par le passé. C'est notre ignorance à ce propos qui est responsable de nombre de nos problèmes. Par exemple, exploiter les ressources limitées du monde, en particulier celles des pays en développement, simplement pour alimenter la société de consommation est désastreux. Si cela continue hors de tout contrôle, tout le monde en souffrira. Nous devons respecter la délicate matrice de la vie et lui permettre de se refaire. Le programme des Nations Unies pour l'environnement avertit, m'a-t-on dit, que nous avons à faire face à la vague d'extinctions la plus massive en 65 millions d'années. C'est parfaitement effrayant. Nos esprits doivent s'ouvrir devant les immenses proportions de la crise qui nous attend.
Ignorer l'interdépendance n'a pas seulement nui à l'environnement naturel, mais également à la société.
Au lieu de nous soucier les uns des autres, nous consacrons l'essentiel de nos efforts de bonheur à la course à la consommation matérielle individuelle. Nous en sommes tellement obnubilés sans même le savoir que nous avons négligé de répondre aux besoins humains les plus élémentaires d'amour, de courtoisie et de coopération. C'est fort triste. Nous devons considérer ce que nous sommes vraiment, nous autres êtres humains. Nous ne sommes pas produits par des machines. Si nous n'étions que des entités mécaniques, les machines suffiraient à alléger toutes nos souffrances et à satisfaire nos besoins. Mais comme nous ne sommes pas que des créatures matérielles, il est faux de chercher à se satisfaire uniquement d'un développement extérieur.
Fondamentalement, nous apprécions tous la tranquillité. Par exemple, quand arrive le printemps, les jours s'allongent, le soleil brille davantage, l'herbe et les arbres revivent, tout est frais. Les gens se sentent heureux. En automne, les feuilles tombent une à une, puis meurent toutes les belles fleurs, jusqu'à ce que nous soyons entourés d'arbres nus. Alors, nous ne nous sentons plus si joyeux. Pourquoi cela ? Parce que, quelque part au tréfonds de nous-mêmes, nous aspirons à la croissance et à ses fruits, nous n'aimons pas ce qui s'effondre, meurt ou s'anéantit. Toute action destructrice est contraire à notre nature fondamentale. Bâtir, être constructif, tel est le mode humain. Afin de poursuivre une croissance appropriée, nous avons besoin de renouveler notre engagement face aux valeurs humaines dans de nombreux domaines. La vie politique exige bien entendu un fondement éthique, mais la science et la religion aussi doivent s'étayer sur une base morale. Autrement, les scientifiques ne sauraient faire la distinction entre techniques bénéfiques et celles qui ne sont qu'expédients. Les dommages causés à l'environnement autour de nous sont les résultats les plus flagrants de cette confusion. Dans le cas de la religion, c'est particulièrement indispensable.
Le but de la religion n'est pas de bâtir de beaux temples et sanctuaires, mais de cultiver les qualités humaines positives comme la tolérance, la générosité et l'amour. Toutes les religions du monde, quelle que soit leur vision philosophique, sont d'abord et avant tout fondées sur le précepte d'amoindrir notre égoïsme et de servir les autres. Malheureusement, il arrive parfois qu'au nom de la religion, d'aucuns provoquent davantage de querelles qu'ils n'en résolvent. Les adeptes des diverses fois devraient réaliser que chaque croyance a une valeur intrinsèque immense en tant que moyen de dispenser le bien-être mental et spirituel.
Il y a dans la Bible un merveilleux verset qui parle de transformer les épées en charrues. L'image est belle, de convertir une arme en outil destiné à répondre aux besoins fondamentaux des humains. Elle est symbolique d'une attitude de désarmement intérieur et extérieur. Dans l'esprit de cet ancien message, je pense qu'il est important de souligner aujourd'hui l'urgence d'une politique trop longtemps différée -- la démilitarisation de toute la planète.
La démilitarisation libérera de grandes ressources humaines pour protéger l'environnement, soulager la pauvreté et favoriser un développement humain acceptable. C'est mon espoir que les Nations Unies puissent rapidement aider à matérialiser ce vœu. J'ai toujours eu une vision de l'avenir de mon pays, le Tibet, fondée sur cette base. Le Tibet sera un sanctuaire neutre et démilitarisé, où les armes seront bannies et les gens vivront en harmonie avec la nature. J'ai appelé cela une zone d'AHIMSA, ou de non-violence. Ce n'est pas seulement un rêve -- c'est précisément comme cela que les Tibétains se sont efforcés de vivre un millier d'années durant, avant que notre pays ne soit tragiquement envahi. Au Tibet, la vie sauvage était respectée selon les principes bouddhistes. Au XVIIe siècle déjà, nous avons commencé à promulguer des décrets en vue de protéger l'environnement, si bien que nous avons été parmi les premiers à nous heurter à des difficultés pour les faire appliquer. Dans l'ensemble cependant, notre environnement a été protégé essentiellement grâce aux croyances qui nous étaient inculquées dès l'enfance. Par ailleurs, au cours des trois cents dernières années au moins, nous n'avions pratiquement pas d'armée. Le Tibet a renoncé à la guerre en tant qu'instrument de sa politique nationale dès les sixième et septième siècles.
J'aimerais conclure en disant qu'en général, je suis plutôt optimiste quant à l'avenir. Les rapides changements de notre attitude envers la terre sont également une source d'espoir. Il y a une décennie à peine, nous dévorions sans souci les ressources du monde, comme si elles étaient infinies. Nous ne réalisions pas que la consommation effrénée était un désastre aussi bien pour l'environnement que pour le bien-être social. Maintenant, tant les individus que les gouvernements sont en quête d'un nouvel ordre écologique et économique.
Souvent il m'arrive de plaisanter en disant que la Lune et les étoiles sont bien belles, mais que si quelques-uns d'entre nous essayaient d'y vivre, nous nous y sentirions misérables. Cette planète bleue qui est la nôtre est un délicieux habitat. Sa vie est la nôtre, son avenir -- le nôtre. En fait, la Terre agit comme une mère pour nous tous. Comme des enfants, nous dépendons d'elle. Devant des problèmes aussi globaux que l'effet de serre et l'amenuisement de la couche d'ozone, des organisations individuelles et des nations seules sont impuissantes. À moins de nous y mettre tous ensemble, impossible de trouver la solution. Notre mère la Terre nous donne une leçon de responsabilité universelle.
En raison des leçons que nous avons commencées à apprendre, je crois que nous pouvons dire que le siècle prochain sera plus cordial, plus harmonieux et moins nuisible. La compassion et les graines de paix pourront fleurir. Je l'espère profondément. Dans le même temps, je crois que chaque individu a pour responsabilité d'aider à guider notre famille globale dans la bonne direction. Les vœux pieux ne suffisent pas, nous devons assumer nos responsabilités. Les grands mouvements humains jaillissent d'initiatives individuelles.
Les Nations Unies, qui parrainent ces rencontres, sont nées de la nécessité de prévenir les conflits militaires. Je suis très touché que leur mission soit maintenant de relever un nouveau défi -- sauvegarder à long terme à la fois notre santé et celle de la planète. J'espère et prie qu'à l'avenir, chacun de nous fasse tout son possible afin que le but de créer un monde plus heureux, plus harmonieux et plus sain soit atteint.

Dalaï-lama
Sa Saintété le Dalaï-lama, Tenzin Gyatso, est né le 6 juillet 1935 dans une famille de paysans pauvres de la province d'Amdo au nord-est du Tibet. De ses quinze frères et soeurs seuls six ont survécu. À l'âge de deux ans, il fut reconnu comme le quatorzième de la lignée des Dalaï-lamas, le précédent étant mort en 1933. Le titre de Dalaï-lama signifie "océan de sagesse", et ceux qui le portent sont considérés comme des manifestations du Bodhisattva de la Compassion, Avalokitesvara (Tchènrézi en tibétain). Accompagné de sa famille, le jeune Dalaï-lama alla vivre à Lhassa où il reçu une formation religieuse et spirituelle complète. Il fut officiellement intronisé le 22 février 1940. En 1959, il passa son examen final à Lhassa au cours de la fête annuelle de prière du Mönlam. Il réussi brillamment, puisqu'on lui décerna le grade le plus élevé de geshe, qui équivaut approximativement au doctorat en philosophie bouddhiste.
Tenzin Gyatso fut le premier Dalaï-lama à entrer pleinement en contact avec la technologie moderne, et il montre un vif intérêt pour la science.
Avant les années 50, le Tibet était gouverné comme un État religieux où le Dalaï-lama exerçait le pouvoir à la fois spirituel et séculier. Chaque Tibétain se sent pronfondément et viscéralement lié au Dalaï-lama qui incarne le Tibet dans toute sa signification spirituelle et naturelle. Jusqu'à la nomination d'un ministre des Affaires étrangères en 1942, cette fonction paraissait inutile tant le Tibet était isolé du reste du monde. Le 7 octobre 1950, l'armée chinoise franchissait les frontières souveraines du pays. Dominé militairement, et partisan de la non-violence, le Dalaï-lama crut qu'un accord de cohabitation garantissant l'autonomie du Tibet pourrait être signé avec la Chine. Dans cet espoir, il se rendit à Pékin en 1954 pour négocier la paix avec Mao Ze Dong.
En mars 1959, les troupes chinoises d'occupation réprimèrent brutalement un soulèvement populaire. Sa position et sa vie étant en danger, le Dalaï-lama s'enfuit en Inde où le gouvernement lui accorda le droit de s'installer à Dharamsala dans l'État de l'Himachal Pradesh. Il fut suivi dans son exil par plusieurs milliers de Tibétains. Plusieurs milliers d'autres, restés au Tibet, ont été tués ou torturés par les forces chinoises d'occupation. Les monastères ont été détruits systématiquement et un véritable génocide culturel fut programmé et mis en place.
En 1963, le Dalaï-lama présenta un projet de constitution démocratique pour son pays, et en 1992, il prit l'engagement de renoncer à toute autorité politique et historique dès que le Tibet aurait retrouvé son indépendance.
Le Dalaï-lama a toujours déclaré que tant qu'il dirigerait les affaires du Tibet, il poursuivrait une politique de non-violence. Selon lui, toute solution fondée sur l'usage de la force est, par nature, temporaire. "Le désarmement extérieur procède d'un désarmement intérieur. La seule garantie de paix se trouve à l'intérieur de vous-même." Son engagement inconditionnel en faveur de la paix a été reconnu par la communauté internationnale, qui lui décerna le Prix Nobel de la Paix en 1989.
Le Dalaï-lama trouve des mots simples et touchants pour parler de la nature humaine. Sa maîtrise des arcanes et des complexités de la pensée bouddhique est telle qu'aux yeux de ces disciples il fait plus qu'enseigner le Dharma: il l'incarne. Pour lui, le bouddhisme n'est ni un dogme ni une religion mais un mode de vie dans la paix, la joie et la sagesse. Il met l'accent sur la responsabilité universelle et l'interdépendance des individus et des nations dans la réalisation de la bonté essentielle de la nature humaine. Depuis des années, le Dalaï-lama voyage inlassablement, pour enseigner la paix et dispenser la sagesse et la joie.
-
-
- -

Tibet :

Le site de l'association France Tibet : www.tibet.fr


The government of Tibet in exile : www.tibet.com


The International Campaign for Tibet (ICT) works to promote human rights and self-determination for Tibetans and to protect their culture and environment. ICT has offices in Washington, D.C., and Amsterdam : www.savetibet.org