La biographie de Gautama Bouddha (1)

La seule chose sur laquelle toutes les sources bouddhiques sont d’accord, c’est que le Bouddha est entré dans le nirvâna (c-à-d est mort) à l’âge de 80 ans.

Pour le reste, il y a deux chronologies, une chronologie longue et une chronologie courte. Une partie des sources place le nirvâna du Bouddha 218 ans avant l’avènement de l’empereur Açoka (- 268), donc en – 486, et sa naissance en – 566. D’autres sources placent le nirvâna du Bouddha en – 368. Les historiens occidentaux adoptent en général la chronologie longue, avec des variations de détail : nirvâna en – 483 ou – 478, et naissance en – 563 ou – 558. Nous adoptons ici la chronologie de Louis RENOU : - 558 à – 478.

Le nom du fondateur du bouddhisme est Siddhârta Gautama Çâkyamuni Buddha. Siddhârtha est le prénom, c-à-d le nom donné par les parents au futur Bouddha. Gautama est en quelque sorte son nom de famille : = " issu de la famille des Gotama ". Çâkyamuni signifie ascète silencieux (muni) du clan des Çâkya. Buddha est le surnom qui lui sera donné après l’Illumination Intérieure (bodhi) et signifie " celui qui est passé par l’illumination intérieure " ou "l'Eveillé". Le clan Çâkya était un clan de la classe des princes (ksatriyas). Son père s’appelait Çuddhodana (" nourriture pure ") et dirigeait une petite principauté dans l’Uttara-Kosala, dans le Teraï népalais, avec pour capitale Kapilavastu (aujourdh’hui sur la frontière indo-népalaise, mais du côté népalais). Çuddhodana avait deux épouses Mâyâ Gautamî et Mahâprajâpatî Gautamî, sœur de Mâyâ.

La naissance eut lieu dans une localité voisine, au jardin de plaisance de Lumbinî (aujourd’hui Rummindei). Sept jours après la naissance de Siddhârta, sa mère meurt. Il est ensuite élevé par la sœur de sa mère, Mahâprajâpatî Gautamî, deuxième épouse de son père.

Consulté à l’âge de 16 ans sur le choix pour lui d’une épouse, Siddhârtha Gautama se serait résolu au mariage, dont il n’était nullement désireux, seulement pour suivre l’exemple des Bouddha du passé. Les traditions varient sur son mariage ou sur ses mariages et sur les noms et les généalogies de ses épouses. Il semble qu’il en ait eu au moins trois. Siddhârtha Gautama eut un fils, Rahula. Les mariages du futur Bouddha embarrassent notablement les textes monastiques, ce qui paraît garantir leur authenticité.

Les quatre rencontres

Selon les textes traditionnels, Çuddhodana couvait son fils et le chambrait, et lui interdisait toute sortie hors du domaine royal. Néanmoins, malgré les précautions de son père, Siddhârta Gautama réussit à sortir du palais paternel. Il fit alors quatre rencontres décisives. D’abord, il rencontra un vieillard décrépi, puis un malade, puis un mort qu’on emportait vers le bûcher crématoire, et enfin un religieux. Il y a donc ici irruption de la vulnérabilité du moi et de l’horizon inéluctable de la mort dans la conscience de Siddhârtha Gautama.

Interrogeant son cocher, le Siddhârtha Gautama apprit que personne ne pouvait échapper à la loi de la vieillesse, de la maladie et de la mort, et chaque fois il aurait fait détourner son char du palais, méditant sur l’emprise inexorable de la douleur.

Dans une quatrième rencontre, Siddhârtha Gautama vit un religieux et comprit à sa vue qu’il pouvait exister dans la sérénité religieuse un remède à la douleur.

A ce moment-là, un fils lui naîtra, Rahula. Siddhârtha Gautama l’aurait jugé comme un lien de plus qui l’attacherait au mode, mais cette naissance, en fait, justifiait mieux, dans les idées du temps, son départ pour la vie religieuse, sa postérité étant assurée.

Le Grand Départ (en – 529, à 29 ans)

En sanskrit mahâbhinishkramana, en pali mahâbhinikkhamana, en tibétain mngon-par-‘byung-ba-chen.

Siddhârtha Gautama était alors âgé de 29 ans. A la date anniversaire de sa naissance, de nuit et en secret, quoique ayant demandé l’autorisation de son père (selon le Lalitavistara) et après avoir jeté un dernier coup d’œil sur son épouse et son fils endormis (selon la Nidânakathâ), il aurait enfourché son cheval Kanthaka et se serait enfui avec son écuyer Chandaka.

Le religieux itinérant

Il devient alors un religieux itinérant (sanskrit: samnyâsin ou bhikshu) et recevant l’hospitalité d’étape en étape. Il gagne Vaiçâlî et se met à l’école d’un maître brahmanique (son guru) Ârâda Kâlâma. Puis il se rend à Râjagriha, capitale du Maghada (au nord de l’Inde). Le roi du Magadha Bimbisâra s’intéressa au nouveau religieux qui s’était installé sur une colline proche et venait quêter sa nourriture en ville. Bimbisâra se rend à la colline et séduit par Siddhârtha Gautama lui aurait offert, selon les textes traditionnels, la moitié de son royaume.

Il ne se laisse pas tenter et refuse. Il devient ensuite disciple de Rudraka Râmaputra, qu'il quittera peu après. Déjà, s'était formé autour de lui in groupe de 5 disciples: Âjñata Kaundinya, Bhadrika, Vâshpa, Açvajit et Mahânâman. Puis il se dirige vers Gâyâ et se fixe non loin à Uruvilva, près de la rivière Nairañjanâ (aujourd'hui Lilañj) en un site plaisant et calme, propice aux exercices religieux.

Les austérités et leur abandon (6 ans)

Dès lors va s'ouvrir une période qui se terminera six ans après le Grand Départ, période pendant laquelle Siddârtha Gautama se livrera à la plus formidable ascèse, à la manière des autres grands muni indiens, devenant ainsi le Çâkyamuni ("l'ascète silencieux du clan des Çâkya").

Selon Theravâdin, Sutta (M.N., t. 1, p.242-247), il se livra à des exercices respiratoires yoguiques extrêmes. Ces exercices commencent par l'occlusion complète de la voie buccale en serrant les dents et en pressant la langue contre le palais avec une énergie telle que la sueur sort des aisselles Puis la voie nasale est fermée à son tour, mais la pression interne du souffle fait éclater les tympans. Puis congestion de la tête et céphalées, coliques et accès de fièvre. Mais Siddhârta Gautama demeure imperturbablement maître de son corps et de sa pensée.

Puis il se livre à un jeûne à mort: "J'eus cette pensée: il faut que je pratique un jeûne complet…Tout à fait semblable à une ligne de boule, ainsi était devenue mon épine dorsale…J'en étais arrivé à ce que la peau de mon ventre adhère à mon épine dorsale sous l'effet du jeûne ".

Puis il se rend compte de l'inanité de cette ascèse extrême: " Par ces exercices ascétiques intenses, je n'atteins pas une excellence en la vision et la connaissance vraiment saintes qui soit supérieure à la condition humaine. Existerait-il donc, en vérité, une autre voie de l'É veil ?". Il abandonne donc ces austérités: " Est-ce bien en pratiquant l'absence de désir et en abandonnant les choses mauvaises que j'obtiendrai le bonheur ? Ce n'est certes pas à cause des souffrances que j'inflige à mon corps que j'obtiendrai ce bonheur. A présent, ne vaut-il pas mieux pour moi manger un peu de riz bouilli et de bouillie de grains grillés pour acquérir des forces suffisantes" (Dharmaguptaka, Vinaya (T. 1428, p. 781a).Il se lève alors très affaibli, et, ses vêtements étant tombés en loques, il prend le linceul d'un cadavre, le lave dans un étang et le façonne en robe de moine. Il part en quête de nourriture. Ses cinq disciples considèrent comme une défaillance impardonnable son abandon du jeûne; ils le quittent pour se rendre à Bénarès.

L'assaut et la tentation de Mâra

Les sources traditionnelles nous présentent les choses ainsi.

Mâra, la mort (tibétain bdud), le sieu qui domine le monde sent son emprise sur le monde menacée par la découverte imminente de la voie du salut, car cette voie met fin au cycle infernal des renaissances et donc des morts.

Siddhâtha Gautama sera d'abord attaqué par une effroyable armée de démons, mais rien ne peut l'atteindre. Il reste inébranlable, défendu par ses mérites antérieurs et par bienveillanace (maitrî). L'armée se rebutte et se lasse. Mâra essaie alors de faire valoir ses mérites propres pour revendiquer le trône de l' É veil . Mâra revendique et appelle en témoignage toutes ses troupes. Siddhârtha Gautama invoque alors le témoignage de la Terre. Il la touche de la main droite, et la terre tremble et se montre personnifiée, lui rendant hommage et se portant garante.

Assaut et tentation s'achèvent avant la levée du jour.

Le Bouddha a suivi la coutume de tous les religieux de son pays en s'asseyant au pied d'un arbre, un ficus religiosa, pour sa méditation et son enseignement. Environ deux cents ans après la mort du Bouddha, l'empereur Açoka y fit un pèlerinage de 256 nuits et y construisit un temple à ciel ouvert. A la fin du + 6ème s., le rejeton de l'arbre de la Bodhi fut détruit par le roi du Bengale, Çaçânka, par haine du bouddhisme. Un rejeton poussa cependant. Le site fut saccagé ensuite par les conquérants musulmans. Le voyageur anglais Buchanan trouva en 1811 son descendant en pleine vigueur. En 1867, le général Cunningham constatait sa décrépitude et un orage acheva de le renverser en 1876. Mais de nouvelles pousses surgirent et actuellement c'est de nouveau un très bel arbre avec de larges frondaisons.

L'Éveil (ou bodhi) : à 35 ans , en avril-mai de -523

Temple de la Bodhi à Bodhgaya avec arbre de la Bodhi

Bodhi signifie en sanskrit illumination intérieure au terme de laquelle on devient un buddha, un "éveillé", quelqu'un, donc, qui a pris conscience de l'état véritable des choses par ouverture maximale de l'esprit.

Il a eu lieu, selon les sources traditionelles, à la fin de la nuit de la pleine lune du moi de Vaiçâkha (avril-mai). Cette chronologie est celle du Lalitavistara. (FOUCHER, La vie du Buddha, p. 142 s).

La nuit comporte trois veilles.

1) A la première veille, SG parcourt les quatre stades de la méditation qui libèrent l'esprit de toutes les opérations psychiques liées à l'ambiance des sens. C'est la rétraction des sens. Son esprit plonge alors à travers les mondes des êtres engagés et enchaînés par le lien du karman. Cette médiation est un vidage de la conscience préfigurant l'arrêt définitif réalisé lors du nirvâna. SG passe par 4 stades (L RENOU, L'Inde classique, § 2302). On procède d'abord par apaisement des désirs et aussi de la joie née de cette exclusion
Vyupoçana: apaisement des activités intellectuelles, sérénité complète en soi-même (adhyâtmam samprâsada), équanimité de l'esprit.
Le méditant, tout en gardant pleine présence d'esprit, reste imperturbable (upeksha). Il est dans un état de béatitude sans l'intervention de la pensée discursive.
Pureté totale d'imperturbabilité et de présence d'esprit (upakshâsmritipariçuddhi).

2) .Lors de la deuxième veille, SG se remémora de ses existences antérieures: "Je me souvins de multiples existences antérieures, à savoir,: une naissance, deux naissances, trois naissances….cent naissances…, cent mille naissances, de plusieurs ères cosmiques. Là j'eus tel nom, tel clan, telle caste, telle nourriture…j'eus telle durée de vie; étant décédé, je renaquit là-bas, j'eus tel nom…" (Theravâdin, Sutta , M.N., t.1, p. 22-23). Il se remémora aussi des existences antérieures de tous les êtres: "Je vis les êtres décédant et renaissant…je compris que les êtres renaissaient selon leurs actes.." '(ibid.) .

3) Lors de la troisième veille, il prend conscience des quatre nobles vérités: " Je reconnus selon la réalité: ceci est la douleur (duhkha)…ceci est l'origine de la douleur…ceci est la cessation de la douleur…ceci est le chemin qui mène à la cessation de la douleur" (ibid.).

La découverte de la loi de production conditionnée

Les textes divergent sur la date de cet événement: soit lors de la troisième veille de l'Éveil, soit lors de la première veille du lendemain de l'Éveil, à Uruvilvâ (selon le Vinaya-pitaka des Theravâdin, cf. A. Foucher, t. 1, p. 92, et Louis Renou, § 2283).

Le sermon de Bénarès (Louis Renou, § 2192)

Eut lieu exactement à Sarnâth, à 6 km de Bénarès dans un ermitage appelé Mrigadâva '"Bois aux gazelles" ou Mrigadâya ("Grâce faite aux gazelles"). Le Bouddha y rencontre les 5 disciples qui l'avaient abandonné. La nuit tombée, il garde le silence pendant la première veille, explique durant la seconde veille son renoncement à l'ascétisme extrême et enfin expose durant la troisième veille les quatre vérités sur la douleur, l'origine de la douleur, l'arrêt de la douleur et le chemin qui mène à cet arrêt. Ce premier sermon constitue "la mise en mouvement de la roue de la Loi" (sanskrit: dharmacakrapravartana, pali: dhammacakkappavattana): "Quel est, ô moines, ce chemin du milieu…C'est la sainte voie octuple: l'opinion correcte, la pensée correcte, la parole correcte, l'activité correcte, les moyens d'existence corrects, l'effort correct, l'attention correcte, la concentration correcte…Voici, en outre, en vérité, ô moines, la sainte vérité sur la douleur: la naissance est douleur, la vieillesse est douleur, la maladie est douleur, la mort est douleur, l'union avec ce que l'on n'aime pas est douleur, la séparation d'avec ce que l'on aime est douleur, ne pas obtenir ce que l'on désire est douleur " (Theravâdin, Vinaya, M.V., t.1, p. 10 s)