un des plus beaux textes canoniques du Ch'an
Par Vénérable Saddhânanda
Ici, est reproduit un des plus beaux textes canoniques du Ch'an, le Sin Sin Ming (Shin Jin Mei en japonais). Il a déjà fait l'objet de plusieurs commentaires et mérite toute votre attention. Lisez et relisez-le souvent, essayez même de l'apprendre par coeur, le travail que vous ferez dans ce sens portera certainement ses fruits. " Si nous faisons confiance à la Nature, alors nous pouvons être en harmonie avec la Voie ".
Linscrit sur l'Esprit en la Confiance sereine
La Parfaite Voie ne connaît nulle difficulté
Sinon quelle se refuse à tout attachement.
Ce nest quune fois libérée de la haine et de lamour
Quelle se révèle pleinement et sans masque.
Une différence dun dixième de pouce
Et le ciel et la terre se trouvent séparés.
Si vous voulez voir la Parfaite Voie manifestée,
Ne concevez aucune pensée, ni pour elle, ni contre elle.
Opposer ce que vous aimez à ce que vous naimez pas
Voilà la maladie de lesprit.
Lorsque le sens profond (de la Voie) nest pas compris
La paix de lesprit est troublée et rien nest gagné.
La Voie est parfaite comme le vaste espace,
Rien ny manque, rien ny est superflu :
Cest parce que lon fait un choix
Que sa vérité absolue se trouve perdue de vue.
Ne poursuivez pas les complications extérieures,
Ne vous attardez pas dans le vide intérieur.
Lorsque l'esprit reste serein dans l'unité des choses
Le dualisme sévanouit de lui-même.
Et quand lunité des choses
Nest pas comprise jusquau fond
De deux façons la perte est supposée.
Le déni de réalité peut conduire à son absolue négation,
Alors que le fait de soutenir le vide
Peut résulter en une contradiction avec soi-même.
Phraséologie, jeux de lintellect, plus nous nous y adonnons
Et plus loin nous nous égarons.
Eloignons nous donc de la phraséologie
Et des jeux de lintellect.
Et il nest nulle place où
Nous ne puissions librement passer.
Lorsque nous remontons à la racine
Nous obtenons le Sens.
Lorsque nous poursuivons les objets extérieurs
Nous perdons la raison.
Au moment où nous sommes Illuminés en nous-mêmes
Nous dépassons le vide du monde qui soppose à nous
Les transformations qui se déroulent dans le monde vide
Qui se trouve devant nous semblent toutes réelles
A cause de lIgnorance.
Nessayez pas de chercher la Vérité
Cessez simplement de vous attacher à des opinions.
Ne vous attardez pas dans le dualisme,
Evitez avec soin de le poursuivre.
Aussitôt que vous en avez le bien et le mal
La confusion sensuit et lesprit est perdu.
Dans lunité du vide les deux sont un
Et chacun des deux contient en soi
Toutes les dix mille choses,
Lorsque nulle discrimination nest faite entre ceci et cela,
Comment une vision partiale et préconçue peut-elle surgir ?
La grande voie est calme et large desprit,
Rien nest facile, rien nest dur :
Les petites opinions sont irrésolues,
Plus elles sont hâtivement adoptées
Et plus tard elles disparaissent.
Lattachement passionnel ne reste
Jamais dans de justes limites,
Il est sûr de se lancer dans la fausse voie :
Lâchez prise, laissez les choses comme elles peuvent être,
Leur essence ne part et ne subsiste pas.
Obéissez à la nature des choses
Et vous êtes en accord avec la Voie.
Calme, détendu, exempt de tout ennui.
Mais quand vos pensées sont liées
Vous vous détournez de la Vérité
Elles deviennent plus lourdes,
Plus sombres et cessent dêtre saines.
Lorsquelles ne sont pas saines, lâme est troublée.
Quel avantage y a-t-il à avoir lesprit partial et préconçu
?
Si vous désirez parcourir le chemin du Grand Véhicule,
Nayez aucun préjugé contre les six objets des sens.
Lorsque vous naurez plus de préjugé
Contre les six objets des sens,
Vous vous identifierez à votre tour avec lIllumination ;
Les sages sont non-agissants,
Alors que les ignorants senchaînent eux-mêmes.
Tandis que dans le Dharma lui-même
Il ny a nulle individualisation.
Ils sattachent par ignorance aux objets particuliers.
Ces sont leurs propres esprits qui créent les illusions.
Nest-ce pas là la plus grande des contradictions ?
Lignorance suscite le dualisme du repos et du non-repos,
Ceux qui sont Illuminés nont ni attachement ni inimitiés.
Toutes les formes du dualisme
Cest lesprit lui-même qui les invente par ignorance.
Elles sont comme des visions et des fleurs dans les airs :
Pourquoi nous mettrions-nous dans le trouble
En essayant de les saisir ?
Gain et perte, justice et injustice,
Quils disparaissent une fois pour toutes !
Si un oeil ne tombe jamais endormi
Tous les rêves cesseront deux-mêmes :
Si lesprit conserve son unité.
Les dix milles choses sont dune seule et même essence.
Lorsque le profond mystère de cette essence est sondé
Dun seul coup nous oublions les complications extérieures ;
Lorsque les dix mille choses
Sont envisagées dans leur unité,
Nous retournons à lorigine de ce que nous sommes.
Lultime but des choses,
Là où elles ne peuvent pas aller plus loin
Nest pas limité par les règles et les mesures
Lesprit en harmonie avec la Voie
Est le principe didentité.
Dans un état de quiétude
Les irrésolutions sont complètement chassées
Et la juste foi est restaurée dans sa droiture originelle.
Rien nest retenu maintenant,
Il nest plus rien dont on doive se souvenir,
Tout est vide, lucide
Et porte en soi un principe dIllumination
Il ny a pas de tâche, pas deffort,
Ni de gaspillage dénergie.
Voici où la pensée ne parvient jamais,
Voici où limagination ne parvient pas à évoluer.
Dans le plus haut royaume de lEssence Vraie,
Il ny a ni Autre ni Soi,
Lorsquon réclame une identification directe,
Nous ne pouvons que dire " pas deux ".
Et nétant pas deux tout est le même,
Et tout ce qui est sy trouve compris :
Dans les dix quartiers de la terre,
Tous les sages entrent dans cette foi absolue.
Cette foi absolue est au-delà du temps et de lespace
Un instant y est dix mille années,
Peu importe comment les choses sont conditionnées
Que ce ne soit pas " être " ou " ne pas être ",
Tout cela est manifeste partout devant vous.
Linfiniment petit est aussi vaste que peut être limmensité
Lorsque les conditions extérieures sont oubliées :
Linfiniment grand est aussi petit
Que linfiniment petit peut lêtre
Lorsque les limites objectives sont reléguées hors de la vue.
Ce qui est, est la même chose que ce qui nest pas,
Ce qui nest pas est la même chose que ce qui est :
Lorsque cet état de choses manque de se produire,
Ne vous attardez surtout pas.
Un en Tout - Tout en Un
Si seulement cela est réalisé
Ne vous tourmentez plus sur votre imperfection.
Lesprit croyant nest pas divisé
Et indivisé est lesprit croyant.
Cest là que les mots sont impuissants,
Car cela nest pas du passé, du futur ni du présent.
Ainsi, nous ne pouvons pas dire "pas deux".
Sengtsan (maître Tchan) mort en 606.
(version tirée dHermès No 4 Tchan-Zen)
Vénérable Saddhânanda
Union des Bouddhistes de Langue Française
" La Paix de l'Esprit "
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