RICARDO PETRELLA

 

www.ulaval.ca/scom/Au.fil.des.evenements/2000/11.02/bio.html

www.eautarcie.com/Eautarcie/2.Les_lois_et_l'environnement/I.Pensee_Petrella.htm

reseau21.univ-valenciennes.fr/enquestions/7petrella/petrella_bio.htm

www.monde-diplomatique.fr/2005/08/PETRELLA/12434

penseeunique.com/PU/auteurs/petrella.html

Le bien commun, éloge de la solidarité


Vers la citoyenneté sociale.

Historiquement, la citoyenneté est un concept qui détermine et fixe l'appartenance d'un être humain à une société donnée. La qualité de " citoyens romains " fut un moyen de fonder et de codifier l'appartenance à la société romaine, d'affirmer une identité des citoyens romains par rapport à ceux qui ne l'étaient pas et que l'on appelait les " barbares ". Comme on le voit par cet exemple, les sources possibles de l'exclusion, du rejet de l'autre, sont liées à la citoyenneté elle-même. Tout dépend des fondements et des modes de concrétisation de celle-ci. Une société qui fonde l'appartenance sur des bases d'ouverture, de dialogue et de respect des autres groupements humains ne se traduit pas par une citoyenneté excluante et ségrégationniste. En revanche, l'exclusion est l'inévitable résultat d'une société qui conçoit et pratique la citoyenneté d'une manière centrée exclusivement sur l'unité de son groupe humain et sur le caractère irréductible de la diversité entre culture, pays, civilisations. Le concept et la pratique modernes de la citoyenneté son liées à l'État libéral démocratique né des révolutions libérales anglaises, américaine et française des XVIIe et 18e siècle.

Cette transformation n'a pas été la seule et principale transformation du concept et des pratiques de citoyenneté due aux luttes du XIXème siècle pour la justice et la démocratie sociale et économique. De ces grandes luttes est née également une autre tentative d'édification d'un système social nouveau : la société communiste, exemplifiée, avec la révolution d'octobre 1917, par la création de l'URSS. La formation de l'URSS à donné naissance à une division du monde entre les sociétés se réclamant du capitalisme libéral et le nouvel État, se proclamant un État communiste, un État socialiste.

La citoyenneté sociale couvre l'ensemble des droits et des devoirs ayant trait au bien-être du citoyen défini dans un sens très large : travail, éducation, santé, qualité de vie. Il revient au britannique T. H. Marshall d'avoir théorisé de manière cohérente la triple dimension de la citoyenneté, à savoir :
-- citoyenneté civile, couvrant les droits nécessaires à la liberté individuelle (liberté de la personne, de parole, de pensée, de croyance, liberté de propriété, droit à la justice...) ;
-- citoyenneté politique, couvrant les droits nécessaires à la participation à l'exercice du pouvoir politique (liberté de réunion, de presse, liberté d'élire et d'être élu, liberté de constitution de partis politiques, liberté syndicale...) ;
-- citoyenneté sociale, couvrant les droits nécessaires à une existence décente minimale sur le plan économique (par exemple droit au travail), du bien-être matériel (revenu de base ou revenu minimal garanti, allocations familiales, égalité des chances...), de la sécurité (droit à la santé, à la pension, protection contre les risques...).

Les Nouvelles Tables de la Loi

Les Nouvelles Tables de la Loi se sont imposées ces vingt dernières années à l'ensemble de l'humanité. D'après la civilisation chrétienne, " l'ancienne " alliance fut un pacte entre Dieu et l'homme, centré sur l'idée de l'amour entre Dieu (le créateur, le père) et l'homme (sa créature, le fils), et entre les hommes eux-mêmes (Tu aimeras ton prochain comme toi-même). Les Nouvelles Tables consacrent l'" Alliance " contractée par les groupes dirigeants des sociétés développées avec ce qui est devenu le nouveau dieu de notre temps : le marché. Le marché est accepté quasi universellement comme le grand régulateur de la vie économique et sociale auquel tout individu, de toute entreprise et toute société doit se soumettre. Alors que le Dieu judéo-chrétien est miséricordieux envers l'homme, le " dieu marché " ne pardonne point. Si l'on commet une erreur, on est purement et simplement éliminé.
L'universalisation des nouvelles " Table de la loi " est telle que même les dirigeants de la République populaire de Chine considèrent que leur pays est désormais entré dans " l'économie de marché socialiste " le substantif " économie de marché " prévalant, évidemment, sur l'adjectif " socialiste ". Les nouvelles " Tables de la loi " contiennent six commandement :
1. Mondialisation. Il faut t'adapter à la globalisation actuelle des capitaux, des marchés, des entreprises.
2. Innovation technologique. Tu dois innover sans cesse pour réduire les coûts.
3. Libéralisation. Ouverture totale de tous les marchés. Que le monde devienne un seul marché.
4. Déréglementation. Donne le pouvoir marché. Pour un État greffier.
5. Privatisation. Élimine toute forme de propriété publique et de services publics. Laisse l'entreprise privée gouverner la société.
6. Compétitivité. Sois le plus fort si tu veux survivre dans la compétition mondiale.
Trois commandements appartiennent à l'ordre des impératifs " fondamentaux " et trois à l'ordre des moyens.

La culture de la conquête

Selon les Nouvelles Tables de la Loi, le monde est composé d'une série de marchés à conquérir. Le monde n'est pas composé de sociétés, de populations ayant une histoire, une culture, des besoins, des projets. Avant la société, c'est le marché qui compte. Or, celui-ci n'a qu'une histoire de courte durée. La durée de vie d'un produit et d'un service tend à devenir de plus en plus courte, les marchés deviennent volatils, éphémères ; le caractère non durable des marchés augmente de l'incertitude des marchés, les positions acquises ne sont plus stables, garanties. À tout moment, dans le cadre de l'économie actuelle de mondialisée, libéralisée et déréglementée, tout concurrent peut vous déstabiliser ou vous éliminer. Alors que l'on cherche à éduquer nos sociétés à privilégier un développement durable sur le plan environnemental et social, l'économie, elle, obéissant à la culture de la conquête, affirme qu'il n'y a pas de durabilité possible : ce qui compte, c'est gagner maintenant.
Il y a cinq siècles, la découverte du Nouveau Monde donna naissance à une nouvelle culture de conquête à travers les océans. Elle marqua le début de l'histoire de la colonisation de la Terre à l'échelle mondiale. Aujourd'hui, le nouveau monde mondialisé est considéré comme un ensemble d'espaces de nouveaux gisements de richesse à exploiter. Le " village global " est ressenti et vécu surtout en tant que nouveau terrain d'affrontements entre les meilleurs candidats au pouvoir mondial.

Extrait du livre de Riccardo Petrella édité aux éditions Labor (Bruxelles) en 1996

Quatrième de couverture : l'ensemble des pays du monde est confronté à la nécessité de la construction d'une " bonne " société à l'échelle du globe. Le rendez-vous est désormais pris avec la solidarité mondiale et non plus nationale ou continentale. Tel est le défi de la citoyenneté aujourd'hui. Ce défi peut être relevé. Comment ? En ne cherchant pas à être le gagnant, ou à s'en sortir tout seul, selon un itinéraire individuel de réussite, au niveau de son groupe social, de sa " communauté ", à l'échelle d'un pays, voire d'un continent comme l'Europe. À cette fin l'auteur préconise d'abandonner le système des valeurs imposé par l'économie de marché mondialisée, libéralisée, déréglementée et privatisée.
Riccardo Petrella est né en 1941 en Italie. Docteur en Sciences politiques et sociales, il fut directeur du programme de " Prospective et évaluation de la science et de la technologie " à la Commission Européenne. Actuellement il enseigne à l'université catholique de Louvain. Il est également président du Groupe de Lisbonne, auteur en 1995 de Limites à la compétitivité. Contre la compétitivité effrénée, il propose un contrat social mondial pour une nouvelle déclinaison des valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité. Au centre de ses préoccupations, l'homme et non le marché. Une vision de l'avenir réconfortante qui remet le monde à l'endroit et donne place à l'espoir.