Ce livre de Philippe Labarde et de Bernard Maris parus en mars 98 préfacé par Serge Halimi aux éditions Albin Michel, m'a réconforté dans mon esprit de résistance que j'essaie de communiquer à mon entourage depuis déjà plus de 7 ans. Et je les remercie de m'avoir fait chauds au cur et de contribuer à me donner du courage à continuer notre lutte commune. Ils m'ont fait beaucoup rire, leur humour c'est de la soude caustique.
Extraits:
Le marché étant un totalitarisme omnivore, il avale goulûment
chaque chose, la mastique et la recrache sous forme de produit et de profit.
Bientôt plus présents dans l'imaginaire de nos enfants que les
histoires de leurs grands-parents, Disney s'occupe même de commercialiser
dans ses enclos hideux nos rapports les plus intimes. " Pour que le malheur
se vende, il ne reste plus qu'à en trouver la formule " chantait
Léo Ferré... son nom : mondialisation c'est-à-dire guerre
universelle civile et permanente... alors la guerre verbale, c'est le peu qui
reste à ceux qui ne dispose pas de Matras, Dassault, Sciences-Po ni du
Figaro. Vingt ans que les maîtres de l'univers essaient d'effacer deux
siècles d'histoire sociale et en face rien que nos quelques mots, forcément
" polémiques ". Les agresseurs, nouveaux Bourbons revenus dans
les fourgons de la mondialisation ont disposé du choix des armes... à
Moulinex ou à Vilvorde et chaque fois que le " tueur " du camp
du pouvoir essuyait les derniers vestiges d'une résistance humaine, son
arme était aussi un couteau de mots que personne n'aurait jamais l'idée
de qualifier de " polémique " apparemment innocent et pourtant
aussi assassin qu'un sabre de pirate : compétitivité, employabilité,
réalisme, s'adapter... Et les journalistes de marché, les économistes
domestiqués, les penseurs mercenaires, les savants cagoulés et
les profiteurs de l'ordre de notre système inégalitaire ne sont
presque jamais " polémiques ", eux. Bon... les historiens nous
disent qu'ils ne faut pas se révolter, il ne reste plus qu'à "
serrer les dents " Simone Veil -- grève de juin 36... depuis 74
en France la production des richesses a augmenté de 70 % et le nombre
de chômeurs multipliés par 7. Il faut savoir que ce sont nos hommes
politiques nos élus, qui délibérément, systématiquement,
ont choisi de débridé les marchés. C'est seulement ensuite
qu'ils ont feint de découvrir leur impuissance, ils ont dénoncé
la crise de la représentation et de la démocratie. Les artificiers
de l'apocalypse : Reagan -- Bush -- Clinton --Thatcher --Major -- Blair -- Kohl
-- Fabius -- Chirac -- Balladur et quelques autres.... Après les trente
glorieuses, les vingt malheureuses. Barre légua un million de chômeurs,
Giscard créa un emprunt qui rapporta 7 milliards de francs au trésor
et qui en coûta 10 fois plus aux Français. Baladur ajouta plusieurs
centaines de milliards de francs à la dette publique et creusa le déficit
de la sécu. Mais pour les médias, se sont des "experts économiques".
Durant le Krash d'octobre 97, les commentateurs experts en tous genres, cambistes,
économistes : " et que ce n'est pas si grave, et que la croissance
n'est pas en cause... ". Résultat, le petit porteur, rassuré,
a su garder son calme pendant que les gros partaient en retraite.... Brave soldat
-- toujours calme dans la tranchée pendant que les chefs prépare
son destin. Le petit porteur n'a pas vendu, le gros oui . Et il a bien fait.
Dès le premier jour de chutes, il a placé ses fonds en obligations.
Il sait que derrière l'obligation il y a l'État. Et derrière
l'État, celui qui paye pour la faillite frauduleuse, 4 à 500 milliards
de dollars des caisses d'épargne aux États-Unis ou le déficit
du Crédit Lyonnais en France 130 milliards de francs.... le fameux modèle
asiatique de développement " nettoyé " en quelques semaines.
Les " dragons " transformée en caniches. Et l'État va
payer, et pour se faire pressurer ceux qui n'ont rien ou pas grand-chose...
Luttez, car c'est votre destin. La mondialisation est là. Vous ne pouvez
rien contre elle, non ? Battez-vous. Les inégalités se creusent
? Creusez plus profond votre tranchée. Votre vie devient polluée
comme un vendredi soir sur les quais de Seine ? Mettez votre masque à
Gaz. Vous ne savez pas si vos enfants auront une éducation, un métier
? Apprenez leur la flexibilité, la précarité, la peur de
chômage. Allons, du nerf que diable ! Les profits explosent, les multinationales
font tellement de profits qu'elles ne les investissent même plus. La guerre,
on vous dit, soyez mobiles, prêt à être embauché le
matin pour être débauché le soir, flexible, courbés.
Prêts à attaquer, on vous sifflera dès qu'il faudra sortir
du trou.
Épilogue : éloge de la résistance. Giono a fait
toute la guerre de 14 son fusil rempli de terre pour ne pas avoir à s'en
servir. Il faut savoir desobéir. Oser dire que les entreprises n'ont
pas le monopole de la richesse que " l'efficacité " qui remplit
les villes de voitures et les poumons de particules ; que la " croissance
" n'a aucun sens quand elle ne sait pas où elle va et détruit
plus qu'elle ne produit ; que la servitude commence avec la soumission à
la compétitivité, productivité. Que la robotisation, qui
est là meilleur des choses, est devenue la pire, qu'elle décervelle
les hommes et transforme les individus en prothèses des machines. Que
le nerf de la guerre souille tout : le sport, l'art, les livres, les journaux,
l'info, la science et particulièrement la "science économique",
pâle prostituée de ces temps blafards. Que la non participation
à la guerre économique est un droit fondamental, essentiel, pouvant
être choisi par tout citoyen, au même titre que l'objection de conscience.
Que l'économie est devenue folle, un train d'enfer sans pilote... que
le libéralisme est bien prétentieux de croire son règne
arrivé. Le libéralisme à trois siècles. C'est peu
dans l'histoire de l'humanité. D'autres crurent le nazisme millénaire
et le stalinisme éternel. Crosses en l'air ! Assez de se battre tous
contre tous ! Et qu'on ne nous ressorte pas cette potacherie éculée
du " capitalisme qui est le pire des systèmes à l'exception
de tous les autres ". Il n'est qu'une petite, pauvre et courte parenthèses,
dans la riche histoire passée et à venir de l'humanité.
Dernière phrase de l'ouvrage : " au fait, la vie vaut-elle d'être
efficace ou d'être vécue ? "