L'aventure intérieure du candidat Jutier

Deux à zéro, au terme d'un dimanche après-midi de manifestation devant l'ambassade chinoise. Deux buts pour les manifestants, le soleil et le Tibet libre, contre aucun pour les politiques, tous absents… à une exception. Au milieu des drapeaux tibétains éclatants, loin des grosses machines Jospin et Chirac, se cache un candidat à part, Marc Jutier.

" C'est un peu David contre Goliath ", reconnaît le jeune et discret présidentiable à l'assaut de l'Everest électoral. Son sherpa, le plus célèbre Himalayen, fuit l'oppression depuis tout juste 43 ans : le Dalaï Lama, la " rencontre de [ sa ] vie " en 1990 à Bruxelles. Le bonze a donné au jeune ingénieur commercial déçu des ailes. L'envol s'est dirigé vers la présidence de la République, à l'annonce de la candidature le 2 janvier 2000.

Depuis le coup de gong belge dans l'âme, Marc Jutier est devenu activiste pour la cause tibétaine, militant, pour ensuite s'engager en politique au Mouvement Ecologiste Indépendant d'Antoine Waechter. Puis à la tête de son Rassemblement pour l'Ecologie et la Solidarité ( RES ), monté en janvier 2000 pour supporter sa candidature, il se présente comme " écologiste spirituel ". A tout problème de société, Marc Jutier répond, en philosophe, d'une voix amicale, par le changement nécessaire de civilisation ! Une démarche marginale suivie par une centaine d'adhérents ou sympathisants, un audacieux enchevêtrement idéaliste étalé sur Internet…

Utopie, curiosité et tchatche

Petit candidat en " pré- campagne depuis deux ans ", Marc Jutier ne regrette rien. Bientôt retiré de la compétition faute de 500 signatures de maires en sa faveur, il ne voit pas pour autant la fin de l'" aventure " politique, expression de ses idéaux. Son regard bleu doux et espiègle croise l'utopie du révolutionnaire, la curiosité de l'autodidacte, la tchatche de l'ancien vendeur aujourd'hui ennemi juré du marketing et du capitalisme.

Si le RES grossit encore un peu plus, Marc Jutier se veut " disponible aussi pour 2007 ". Ses théories encore assez fumeuses ne demandent qu'à s'éclaircir, ses appuis en politique sont, de son propre aveu, " inexistants ", sa technique " perfectible ". La carrière politicienne est tout de même bien engagée, avec ses tournants, ses rencontres, par exemple avec José Bové : " on a investi les locaux de Vivendi ensemble ".

La quarantaine à peine grisonnante ne témoigne guère de séquelles d'un parcours atypique. Les souvenirs d'enfance à Paris en mai 68, l'adolescence au Québec maternel, la brève expérience professionnelle dans la vente de logiciels, les voyages de routard en Asie, l'oisiveté du chômage et de nombreuses lectures ont précédé le curieux basculement dans la politique. Marc le mutant à l'itinéraire compliqué, auteur de " Carnet de route d'un jeune iconoclaste ", confirme l'usage du cadet de trois enfants rebelle de la famille.

La quête paraît insaisissable, le poste visé complètement hors d'atteinte. Patient et optimiste, Marc Jutier s'explique, le pas tranquille à travers le flot des militants fidèles défenseurs du Dalaï Lama. Le patchwork politique des manifestants rappelle un peu l'ensemble confus des idées du RES.

Seules lumières évidentes, la bonne volonté, le civisme et la sincérité du candidat Jutier apparaissent au fil de la conversation. De bon cœur, l'apprenti président dévoile son ambition politique d'" alléger la souffrance des êtres ". Puis, sur le même ton sympa, il s'avoue sans emploi, sans enfant, mais lié à une femme " qui a une fille ". En pleine campagne présidentielle, de l'anti-politiquement correct salutaire ! Alors, le rêve d'un président à contre-emploi passe… Rendez - vous probable en 2007 avec Marc Jutier.




Site du candidat : www.jutier.net

CV :

11 août 1962 :naissance à Levallois-Perret, puis enfance à Paris ( XIVème )
1977 : déménagement pour Montréal jusqu'en 1987.
1986 : Ingénieur de l'Ecole Polytechnique de Montréal. Rencontre avec un moine Tibétain. Voyage au Tibet un an plus tard.
1986 - 1990 : ingénieur commercial à Montréal puis Paris
1990 : rencontre avec le Dalaï Lama, en conférence à Bruxelles. Depuis, voyages ( Népal, Inde, Indonésie, Tibet, Indonésie et Thaïlande ), photos, méditation.
1997 : candidat du Mouvement Ecologiste Indépendant ( MEI ) aux législatives, dans la 11e circonscription de Paris ( XIVème ). Récolte 234 voix.
1999 : candidat perdant ( 3e avec 10 % des votes ) à la présidence du MEI face à Antoine Waechter le fondateur du parti. Publie " Carnet de route d'un jeune iconoclaste " aux Editions du Fraysse.
2000 : création du Rassemblement pour l'Ecologie et la Solidarité, annonce de candidature à la présidentielle 2002.
2002 : candidat à la présidentielle.

Article datant de mars 2002 par François Cavaillès