Né en 1893 au Golok, Jamyang Khyentsé Tchokyi Lodro, l'incarnation de Padmasambhava et de Jamyang Khyentsé Wangpo, eut pour premier maître Kathok Sitou, au monastère de Kathok. Puis il étudia avec Khenpo Thoubten Rigdzin, Adzom Droukpa et Khenpo Kùnpel.
A quinze ans, à la mort du jeune Khyentsé Tulkou qui devait prendre la tête du monastère de Dzongsar, il fut choisi malgré quelques oppositions pour occuper le trône du monastère fondé par son prédécesseur Jamyang Khyentsé Wangpo. Après avoir reçu maintes transmissions Sakya et Nyingma, il fut ordonné moine au monastère Dzogchen. Là, Shétchen Gyaltsap lui transmit les Trésors du Nord (tchangter) et les termas d'Orgyen Terdak Lingpa, puis il retourna à Dzongsar où il fonda un collège d'études.
A vingt-huit ans, il rendit visite à Jigmé Tenpé Nyima (IIIe Dodroupchen) dans le Golok pour recevoir les transmissions du Longchen Nyingthik. Puis, de Terton Sogyal, il reçut Vajrakilaya. Au monastère de Shétchen, il reçut quantité de transmissions de Shétchen Gyaltsap, qui devint l'un de ses principaux maîtres. A la mort de Kathok Sitou, il dut veiller sur l'important monastère de Kathok. Puis il alla recevoir de grandes transmissions guélougpas auprès de Jampel Rolwai Dordjé alias Amdo Géshé. Il étudia au total avec près de quatre vingts maîtres de toutes les traditions bouddhistes tibétaines.
Érudit à la vaste compréhension et grand méditant, il fut rapidement connu comme le " Roi des Maîtres ".
Respecté de tous, il maîtrisa les enseignements de toutes les écoles et devint le détenteur de toutes les lignées sakyapa et nyingmapa. A l'âge de cinquante-six ans, il tomba sérieusement malade.
Selon des prophéties de Khyentsé Wangpo, de Jamgon Kongtrùl et de lui-même, il devait se marier pour écarter les obstacles à sa vie. Il prit pour épouse spirituelle Khandro Tséring Tchodron (nce en 1925) et recouvra rapidement la santé. Dès 1955, préssentant la dégradation de la situation du Tibet, il partit faire un pèlerinage en Inde, puis s'établit au Sikkim comme l'hôte du roi de ce petit royaume. Là, il poursuivit ses enseignements, mais tomba malade en 1959 et mourut peu de temps après.
Son départ fut ressenti comme une terrible perte par l'ensemble de la communauté tibétaine déjà très éprouvée par l'invasion chinoise.

Extrait de l'ouvrage "Padmasambhava" de Philippe Cornu aux éditions du Seuil