Les 6 paramitas

Lama Guendune Rinpoché

Les six paramitas - vertus transcendantes - constituent le coeur de l'entraînement sur le chemin du Grand Véhicule, le Mahayana.
Ce sont : la générosité, l'éthique, la patience, la persévérance (énergie enthousiaste), l'absorption méditative et la sagesse (conscience transcendante). S'appuyant sur le dynamisme des relations entre les êtres, elles sont l'instrument de l'intégration de l'enseignement dans la vie quotidienne en action.

Considérées dans leur succession, l'une est la base permettant à la suivante de se développer. Formant un tout indissociable, elles sont complètement interdépendantes, chacune d'entre elles étant purifiée par les cinq autres. Elles vont ainsi toutes se développer simultanément sur le chemin de l'Eveil.

Le texte qui suit correspond au début de l'enseignement sur les Paramitas donné par Guendune Rinpoché en juillet 85, se basant sur le "Joyau Ornement de la Libération", ouvrage composé par Gampopa. Il traite de la première des vertus transcendantes : la générosité.

Les êtres ordinaires sont le fondement de la pratique des paramitas. En effet, s'il n'y avait pas d'êtres démunis, il ne serait pas possible de pratiquer la générosité. Si les autres n'existaient pas, il n'y aurait pas d'opportunité de développer l'éthique, la base de l'éthique étant la conduite juste qui s'abstient de nuire à autrui. S'il n'y avait pas d'êtres négatifs, personne ne chercherait à nous nuire et on n'aurait aucun moyen d'exercer la patience et la tolérance. Afin de pouvoir pratiquer et mener à leur terme ces différentes vertus, il est nécessaire de faire preuve de persévérance. Il faut donc appliquer la quatrième paramita : l'énergie enthousiaste. Si on ne développe pas ensuite les absorptions méditatives, nos qualités positives seront instables. Afin de comprendre toutes les qualités et de leur donner une dimension ultime, on fait s'épanouir la dernière paramita : la conscience transcendante ou sagesse.

La générosité est définie en sept points qui vont être développés successivement :

- les défauts et les qualités qui naissent de la non-pratique et de la pratique de la générosité,
- l'explication de son essence,
- la classification,
- les caractéristiques essentielles de chacune de ces classes,
- la façon de l'accroître,
- la façon de la rendre parfaitement pure,
- le résultat qui est obtenu à travers sa pratique.

L'inconvénient de ne pas être généreux :

Celui qui ne possède pas cette vertu de générosité rencontrera la situation d'être sans cesse démuni. C'est l'expérience de la pauvreté. Pour la plupart des êtres qui n'ont aucune générosité, la conséquence est une naissance dans le monde des esprits avides. Ceux qui obtiendront une renaissance humaine seront soumis à des conditions d'existence difficiles, au dénuement.
Le Bouddha l'exprime dans un Soutra : "Celui qui est avare prendra naissance comme esprit avide et même s'il obtient une naissance humaine, il passera sa vie dans la pauvreté." Dans l'explication sur le Vinaya : "l'être qui est prisonnier de la cupidité et de l'avarice, qui n'a pas la capacité de produire la moindre générosité, sera conduit à prendre renaissance en tant qu'esprit avide et à expérimenter la faim et la soif. L'absence de générosité est la cause principale de renaissance dans le monde des esprits avides."

Si on est dénué de générosité, on ne possède pas non plus d'aptitude à accomplir le bienfait des êtres et on ne pourra pas obtenir l'Eveil. Ceci est expliqué par le Bouddha : "Celui qui ne peut pas pratiquer la générosité sera dépourvu de jouissance matérielle et n'aura pas davantage la capacité d'attirer à lui et de rassembler les êtres, et il est donc inutile de parler de sa compétence à réaliser l'Eveil."

Les avantages de la générosité :

Celui qui est capable de générosité jouira dans toutes ses existences de conditions matérielles favorables et obtiendra le bonheur. Ceci est exprimé par le Bouddha dans un Soutra :
"Le bodhisattva qui pratique la générosité tranche toute possibilité de renaître en tant qu'esprit avide ; il tranche également toutes les émotions qui naissent de l'état de pauvreté et de dénuement ; et, à travers cela, il crée l'obtention de biens et de jouissances illimités... Celui qui s'efface de façon juste dans la pratique de la générosité n'aura pas de meilleur ami que cette vertu transcendante du bien."

Ceci est illustré par Shantideva dans "La voie dans l'entrée médiane" (Madyamika) : "Celui qui aspire au bonheur devra jouir de conditions matérielles excellentes. Tant qu'il ne réunira pas ces conditions, il lui sera extrêmement difficile de posséder le bonheur. Pour cette raison, le Bouddha a d'abord enseigné la pratique de la générosité, comme étant la base de toutes les autres obtentions."

Les bienfaits de la générosité sont d'obtenir les capacités et les moyens d'agir pour le bien des autres. Celui qui rassemble toutes les formes de don s'établit fermement dans le Dharma et a la possibilité d'y conduire les autres êtres. Le Bouddha dit : "Par la pratique de la générosité, l'individu transforme toutes les situations et fait ainsi mûrir les êtres... Celui qui est généreux obtient facilement la réalisation de l'insurpassable Eveil... Celui qui pratique la générosité obtiendra des possessions... alors que celui qui garde jalousement pour lui ses acquisitions en sera dépossédé... Celui qui pratique la générosité est au cœur même des bienfaits, celui qui ne la pratique pas est en dehors de leur essence, son activité est inutile. Celui qui pratique la générosité n'a pas besoin de chercher une protection contre la souffrance ; celui qui ne la pratique pas doit s'efforcer de se protéger contre toutes sortes d'afflictions."

Qui pratique la générosité ne connaît aucune peur. Qui ne la pratique pas est sans cesse en butte aux conflits, aux difficultés, à l'agression et à de nombreuses frayeurs.
Qui pratique la générosité montre rapidement le chemin de l'Eveil.
Qui naît sans générosité démontre tout aussi rapidement le chemin démoniaque.

Pour celui qui est généreux, toutes formes de jouissances positives seront illimitées, alors que pour celui qui est sans générosité elles seront très vite épuisées. Cela signifie, dit Rinpoché, que celui qui n'est pas attaché à ses possessions et qui pratique la générosité obtiendra des causes de bonheur sans fin, illimité. Tout ce que nous expérimenterons au moment de notre mort sera le résultat de cette vie, de la façon dont nous aurons orienté notre esprit. Si nous sommes attachés à nos possessions et à nos biens, cela créera beaucoup de voiles dans l'esprit. Au moment où on quittera ce corps physique, les obscurcissements demeureront et on sera alors sans liberté.

Nous serons impuissants à transformer cette situation car nous n'aurons rien fait pour cela ; c'est à dire que dans le courant de notre vie nous n'aurons pas créé de conditions vertueuses à travers le corps, la parole et l'esprit et on se retrouvera donc extrêmement pauvre et démuni ; à ce moment-là on perdra tout ce que l'on avait.

A l'inverse, même s'il connaît des difficultés dans le cours de son existence, celui qui pratique les vertus positives se trouvera à la fin de sa vie extrêmement riche et fortuné parce qu'il aura créé les vraies conditions du bonheur, tout le reste n'étant qu'illusoire et transitoire ; il n'aura pas à souffrir longtemps de ces circonstances présentes car il aura travaillé à l'obtention d'un bonheur définitif.

L'essence même de la générosité :

Cette essence est sans attachement à aucune forme ni expression et est libre de la fixation et de la saisie réaliste. Ceci est expliqué dans l'ouvrage "Les Terres de Bodhisattvas" : "Quelle est l'essence de la générosité ? C'est un état d'esprit qui est sans attachement et qui produit les relations spontanées avec le monde et les êtres. [Elle est exprimée par] celui qui est capable de donner tout ce qu'il possède parce qu'il a rejeté toute chose comme ayant une existence propre, comme étant réelle par nature."

La classification de la générosité :

II y a trois formes de générosité :
- la générosité matérielle : elle consiste à aider les êtres du point de vue matériel ; elle est en relation avec le corps.
- la générosité de l'absence de peur : c'est la générosité amenant à protéger la vie des êtres ; c'est ce qui s'établit en relation avec la force vitale.
- la générosité du saint Dharma : c'est la générosité qui s'applique directement à la relation avec l'esprit des êtres.

Les caractéristiques essentielles de chacune de ces classes :

1 - LA GÉNÉROSITÉ MATÉRIELLE

La générosité pure doit être pratiquée à tout prix et la générosité impure abandonnée.

Les formes de la générosité impure :

Elles s'expriment à quatre niveaux : état d'esprit, substance (l'objet donné), réceptacle et manière d'accomplir le don.

A - LA GÉNÉROSITÉ LIÉE À UN ÉTAT D'ESPRIT IMPUR

- soit venant d'une intention contraire.

II y a générosité provenant d'une attitude négative lorsque l'on donne pour nuire sciemment, pour devenir célèbre et avoir un retour dans cette vie, ou encore lorsque cela représente une forme de rivalité et de compétition avec les autres.

Ces trois formes de générosité impropre doivent être abandonnées par le bodhisattva. Cela est exprimé dans les écritures ("Les terres de bodhisattva") : "Le bodhisattva est celui qui ne pratiquera pas une forme de générosité conduisant soit à tuer d'autres êtres, soit à les emprisonner, soit à les punir ou les condamner, soit à les expulser ou les bannir... Le bodhisattva ne pratiquera pas le don dans l'espoir d'être célèbre et loué... Le bodhisattva ne pratiquera pas pour rivaliser ou se mettre en compétition avec les autres."

Dans ces trois types de générosité, on essaie de prendre de l'ascendant par rapport aux autres, d'acquérir du pouvoir.

- soit venant d'une pensée inférieure.

Deux formes sont à abandonner par le bodhisattva : la première, c'est de pratiquer le don par peur de la pauvreté dans les vies futures ; la seconde, c'est de pratiquer la générosité dans le but de jouir ultérieurement de richesses, de l'obtention d'un statut, etc.

Le Bouddha dit : "Le bodhisattva refusera de pratiquer une forme de générosité basée sur la peur de rencontrer la pauvreté...

Le bodhisattva ne pratiquera pas la générosité dans le but de parvenir à la richesse ou à des incarnations telles que le dieu Indra ou les monarques universels."

B - LA GÉNÉROSITÉ LIÉE À L'OBJET DONNÉ IMPUR

Le bodhisattva ne pratiquera pas la générosité à travers le don de substances comme le poison, les armes, toutes sortes d'objets qui peuvent être nuisibles à soi-même et aux autres.

Ce n'est pas uniquement dans l'objet que l'on offre que réside l'impureté, mais aussi dans la motivation de l'offrande.
Par exemple, la motivation peut être erronée. Le Bouddha exprime cela : "Si le poison peut être utile, bénéfique à quelqu'un, alors, bien que ce soit du poison, il faudra l'offrir. Si on offre des nourritures extrêmement fines mais susceptibles de nuire à la personne, alors on ne pratiquera pas une telle générosité.... De même que l'on devra couper à une personne son doigt mordu par un serpent afin de lui sauver la vie, de la même manière si l'on doit agir en sachant que c'est désagréable mais bénéfique, il ne faut pas hésiter. "

Tout objet pouvant devenir une cause de souffrance pour les êtres ne doit pas servir comme source d'offrande. On n'offrira pas non plus son père et sa mère, ni quelque chose qui peut provoquer la déchéance de ses parents, ni un de ses enfants, ni sa femme si elle n'est pas d'accord. Si on a beaucoup de possessions matérielles, on ne fera pas d'offrande médiocre ; au contraire on offrira beaucoup. Inversement, on n'offrira pas des biens gardés dans un but précis pour accomplir quelque chose. Ceci fait référence, dit Rinpoché, au fait que l'on pouvait demander au bodhisattva son corps ou une partie de son corps pour en faire un usage négatif, notamment utiliser cette offrande pour contrer des êtres et procéder à des actes propitiatoires auprès d'esprits négatifs. Ces formes de dons nuisibles ne sont pas appropriées.

C - LA GÉNÉROSITÉ LIÉE À UN RÉCEPTACLE IMPUR

De la même manière, on ne pratiquera pas la générosité envers des êtres qui sont soumis à des influences négatives, démoniaques ou autres ; on ne fera pas don de son corps ou de ses biens d'une manière qui va nourrir la folie ou le déséquilibre des êtres. Si on s'aperçoit qu'une forme de générosité apporte davantage de troubles pour quelqu'un, on s'en abstiendra. "On ne donnera pas de nourriture à des êtres lorsqu'ils sont repus, gloutons... On ne donnera pas de boisson à des êtres qui ont suffisamment et qui demandent simplement par gourmandise."

D - LES MOYENS DE DONNER IMPURS

On ne pratiquera pas la générosité si on est dans un état d'esprit négatif, si on le fait à contrecœur, par haine ou par colère. On ne donnera pas non plus avec une attitude méprisante ou irrespectueuse, expression de l'orgueil. Si on pratique la générosité envers un mendiant, on le fera sans se moquer de lui, sans le réprimander, le critiquer ni dévoiler son état pour l'humilier.

Ainsi sont regroupées les façons impures de pratiquer la générosité.

Les formes de la générosité pure

A - L'OBJET DONNÉ

Il existe deux substances d'offrande : intérieure et extérieure.

- L'offrande intérieure

C'est offrir son propre corps. Dans les Soûtras, il est dit "que si on en a la possibilité et que c'est nécessaire, lorsque l'on nous demande notre main, il faut donner une main ; si on demande une jambe, il faut la donner ; si on demande l'oeil, il faut donner l'oeil ; si on demande la chair, il faudra donner la chair ; si on demande le sang, il faudra donner le sang."

Néanmoins, pour les bodhisattvas débutants qui n'ont pas encore complètement uni leur esprit à l'indifférenciation de soi et des autres et qui n'ont donc pas réalisé la vacuité parfaite, il sera difficile de donner une partie de leur corps. A ce moment là, ils devront pratiquer l'offrande intégrale du corps mais ne devront pas se séparer d'un de leurs membres ou de leurs organes.

Ce que cela signifie, dit Rinpoché, c'est que tant que l'on est dans la dualité "moi/les autres", deux formes d'intention s'affrontent : notre propre pensée, notre propre désir et la volonté de celui qui est en face de nous, et ces deux intentions sont souvent contraires. Tant que l'on demeure dans cette relation séparée entre soi et autrui, il faut pratiquer jusqu'à être capable d'échanger ses propres désirs avec ceux des autres et de faire place à la volonté des autres plutôt qu'à la sienne. Il faut s'entraîner à ce renversement. Pour cette raison, tant que l'on n'a pas réalisé la complète équanimité de soi-même et d'autrui, il ne sert à rien de donner une partie de soi si on est attaché à un "je". Tant que l'on a une saisie égocentrique très structurée, si on veut pratiquer quelque chose qui est trop difficile, cela ira contre le progrès spirituel, créera simplement davantage de souffrances et renforcera encore cette saisie égoïste. On peut pratiquer le don de son corps et de ses membres dans la mesure où cette pratique anéantira complètement toute forme de saisie égoïste.

Il est dit dans le Bodhicharyavattara : "Lorsque, partant d'une bonne intention, mais sans avoir une réalisation conséquente, on veut donner son corps, ceci est une erreur et on devra s'en abstenir. Au contraire, on devra d'abord utiliser ce corps pour aider les êtres et pour la réalisation de la pratique permettant d'obtenir les parfaits moyens d'accomplissement du bien d'autrui."

- L'offrande extérieure

II s'agit de tous les objets extérieurs au corps qui sont dignes d'offrande : des boissons, des vêtements, etc., toutes choses qui nous appartiennent en propre.

Le bodhisattva "maître de maison" ou laïc qui ne fait pas don de son corps ou de ses biens n'est pas un bodhisattva. Il est dit que ceux qui ont pris des voeux sous une forme ou sous une autre doivent pratiquer la générosité et donner absolument tout, sauf les trois robes monastiques. Si on donnait ces robes, cela nuirait au bien des êtres.

B - LE RÉCEPTACLE DU DON

II y a quatre types de réceptacles :

- ceux qui sont l'expression spécifique vers qui on peut pratiquer la générosité : les lamas,

- ceux à qui la générosité sera particulièrement utile : les parents,

- ceux vers qui la générosité s'exprimera parce qu'ils souffrent,

- ceux à qui elle s'appliquera parce qu'ils sont des ennemis qui cherchent à nous nuire.

C - LA MANIÈRE DE PRATIQUER CETTE GÉNÉROSITÉ

L'intention doit être pure et la façon de donner excellente. L'intention pure repose sur l'amour altruiste et la compassion qui nous amènent à pratiquer la générosité dans le seul but d'être utiles et bénéfiques à tous les êtres.

L'acte lui-même doit être excellent : le bodhisattva pratique la générosité avec honneur, de ses propres mains, le moment venu et sans nuire aux autres. L'acte est excellent lorsque les trois moments de la générosité sont portés par la joie et le bonheur du don :

- avant de donner, lorsque l'on en est au stade de l'intention, on se réjouit de cette intention même,

- au moment du don, on le fait dans l'état d'esprit de dédicace complète,

- lorsque l'on a pratiqué la générosité, on entretient la joie et l'enthousiasme sans aucun regret.

"Accomplir le don de façon honorable", c'est le faire avec respect. "De ses propres mains" signifie que l'on ne dit pas à quelqu'un de le faire, mais que l'on agit soi-même. "Le moment venu" signifie que l'on doit juger du moment le plus propice. On s'abstiendra de faire des offrandes d'objets appartenant à notre famille si cela entraîne des larmes versées ; on ne donnera pas des objets dont on n'est pas propriétaire ou qui ont été acquis de façon malhonnête ou en dépossédant quelqu'un.

La façon juste de pratiquer le don est exprimée à travers trois points : la générosité sera pratiquée de façon continue, sans partialité et elle sera menée jusqu'à ce que tous les désirs des êtres soient parfaitement satisfaits.

2 - LA GÉNÉROSITÉ QUI PROTÈGE DE LA PEUR

Cette forme de don peut être la protection contre la peur des brigands, la crainte des conditions extérieures (animaux, maladies, menaces des éléments). L'essentiel de cette pratique revient à protéger la vie.

En particulier, pour dissiper toutes formes de dangers et de menaces pour les êtres, la pratique de Tara est tout à fait excellente et puissante. De même, les pratiques comme celle de Mahakala servent à dissiper les obstacles en relation avec le Dharma, l'enseignement. A travers ces pratiques, on accomplit un bienfait personnel parce que l'on trouve pour soi-même une protection, mais on peut étendre celle-ci par la dédicace et la force des souhaits. D'une manière générale, toutes les formes d'activités vertueuses que l'on accomplit à travers le corps, la parole et l'esprit ont pour résultat de nous protéger de toutes les souffrances du samsara.

3 - LA GÉNÉROSITÉ DU DHARMA

L'objet de la générosité

Il s'agit de ceux qui écoutent avec dévotion, intérêt et respect les enseignements du Dharma.

L'intention

A - L'INTENTION NÉGATIVE A ABANDONNER

C'est lorsque l'on enseigne le Dharma dans le but d'obtenir une réputation, des honneurs, la célébrité ou des biens matériels. Si on enseigne le Dharma avec la volonté d'en tirer un profit personnel, cela sera tout à fait inutile. Le Dharma complètement pur sera souillé par cette motivation impure et à travers un tel acte on créera simplement un karma négatif.

On expliquera donc l'enseignement avec une pensée libre de toute attitude matérialiste. C'est ce que tous les Bouddhas ont montré.

B - L'INTENTION BÉNÉFIQUE A PRATIQUER

C'est l'intention qui repose sur la compassion envers tous les êtres. "Afin de mettre un terme à la souffrance, on fera don de l'enseignement dans le monde, sous une forme accessible."

La matière même de l'enseignement

L'enseignement doit être donné d'une manière qui soit complètement en accord avec les Soûtras, la parole du Bouddha. Il ne doit rien y avoir de contradictoire. Ceci est exprimé dans "Les Terres de Bodhisattva" : "L'enseignement doit être donné de telle sorte qu'il ne soit pas en contradiction avec la substance même du Dharma, d'une façon qui soit en accord avec les différents moyens de l'exprimer et qui ait pour but d'amener les êtres à s'en tenir de façon parfaitement pure aux différentes formes d'entraînement destinées à acquérir une attitude juste."

La façon d'enseigner

Lorsqu'un enseignement est requis, on n'enseignera pas tout de suite. "Le don de l'enseignement ne doit pas être fait immédiatement... Quand on vous demandera un enseignement, vous direz : - Je n'ai pas encore bien étudié le sujet. Ce sera la première réponse à donner." (Soûtra) Par contre, s'il n'y a pas de requête d'enseignement, mais que l'être rencontré paraisse digne de recevoir l'enseignement, il est alors bon d'enseigner.

En ce qui concerne l'environnement, on choisira un endroit convenable, qui soit à la fois ouvert, vaste et plaisant à l'esprit. Un texte dit : "On enseignera dans un lieu propre, agréable à l'esprit, sur un siège vaste et confortable." On s'installera sur un trône recouvert de brocart. On devra se laver, porter des habits seyants, être pur intérieurement et avoir une conduite en accord avec les enseignements, pour pouvoir les donner. Ensuite, chacun s'étant installé autour du trône, avant de donner l'enseignement on devra réciter des prières pour dissiper les interférences. La récitation du mantra a le pouvoir d'écarter toutes les forces qui créent des obstructions à l'explication du Dharma, à des lieues et des lieues de distance. Grâce au mantra, même des êtres négatifs qui ne sont pas expulsés ne peuvent plus nuire à l'enseignement.
L'enseignement sera donné clairement et à voix modérée.
Tout ceci, dit Rinpoché, montre que celui qui donne l'enseignement doit le faire de façon pure, avec une bonne motivation. Il doit aussi enseigner avec joie, en voulant créer quelque chose de bénéfique. On pratique ainsi la générosité sans rien attendre en retour, ni gratitude, ni rien d'autre ; on agit sans avarice ni mesquinerie, dans un état d'esprit joyeux et enthousiaste.

Tous ces dons ne sont pas perdus pour nous-mêmes et mûriront au contraire dans le courant de notre être. Tout ce que nous donnons aux autres crée une énergie positive dont nous expérimenterons le résultat au moment de la mort où elle s'actualisera en un ensemble de conditions et de situations favorables à notre propre libération. C'est comme un investissement que l'on ferait dans une banque et dont on toucherait les intérêts le moment venu ! A l'inverse, au moment de la mort, nous serons obligés de nous séparer de toutes les choses que nous essayons d'obtenir et de conserver jalousement. Rien de cela ne pourra être emporté avec nous ; ces biens deviendront la possession des autres.

La générosité matérielle aide les êtres à goûter au bonheur. C'est une forme de générosité relative, liée simplement à cette existence. La générosité du Dharma est celle du don ultime qui donne les moyens d'atteindre l'Eveil. La générosité qui protège de la peur peut se comprendre aux deux niveaux précédents : relatif et ultime.

La façon de faire s'accroître la générosité

On ne doit pas laisser s'amoindrir les différentes formes de générosité. Au contraire, on doit connaître les moyens de les fortifier. Le Bouddha a dit dans le Soûtra "L'éclair du bodhisattva" : "Sharipoutra, le bodhisattva expérimenté ne laissera pas sa générosité s'affaiblir, mais l'accroîtra. Il la développera par trois moyens : par la force de la sagesse primordiale, il la rendra supérieure ; par la force de la conscience transcendante, il l'étendra ; par la force de la dédicace, elle deviendra incommensurable."

1 - LA FORCE DE LA SAGESSE PRIMORDIALE

Cette force va rendre la générosité complètement pure des trois cercles car elle s'appliquera dans leur parfaite connaissance. Les trois cercles signifient qu'on reconnaît l'essence de la générosité comme vacuité, qu'on est conscient que la cause est en elle-même illimitée et que l'on discerne le fruit comme parfaitement immaculé. L'activité qui est libre des trois cercles est celle qui comprend que l'auteur de la générosité est semblable à une illusion n'ayant pas de nature propre, que la substance du don est semblable à un rêve, ainsi que l'objet vers lequel est dirigée la générosité. Donc, entre celui qui donne, l'objet du don et celui qui reçoit, il n'y a aucune différence, ils sont tous vides et parfaitement non duels.

2 - LA FORCE DE LA CONSCIENCE TRANSCENDANTE

Afin que le mérite de la générosité se développe sans cesse, on la pratique avec la deuxième force, celle de la conscience transcendante qui lui permettra de se répandre. Celui qui pratique la générosité doit avoir pour seule intention d'établir tous les êtres dans l'état d'Eveil. Au moment de l'acte lui-même, il doit être dépourvu d'attachement. Enfin, lorsque la générosité est accomplie, il doit être libre d'attente et d'espoir quant à un résultat ou un retour de son acte. Lorsque ces trois aspects sont présents, le mérite créé par la générosité peut réellement se répandre et se développer.

Le Bouddha dit : "Ayant pratiqué la générosité, le donateur ne demeurera pas attaché à l'objet offert, ni n'attendra de résultat pour lui-même. Le bodhisattva habile fera don de tout ce qu'il est bon de donner et, de cette manière, par cette forme de don éveillé, tout ce qu'il offrira deviendra incommensurable. "

3 - LA FORCE DE LA DÉDICACE

Le bodhisattva qui dédie sa générosité à l'insurpassable Eveil de tous les êtres rend cette pratique incommensurable. Par la dédicace, non seulement la vertu qui est créée va s'accroître, mais elle va devenir intarissable. Le Bouddha dit à Sharipoutra : "De la même manière que, si on fait tomber une goutte d'eau dans l'océan, cette goutte va y demeurer de façon inépuisable jusqu'à la fin de l'océan lui-même, tout acte de vertu parfaitement dédié à l'Eveil demeurera totalement indestructible jusqu'à l'obtention de l'Eveil même."

La façon de rendre la générosité parfaitement pure

"Par la conduite qui s'appuie sur l'essence de la vacuité et de la compassion, le mérite est rendu parfaitement pur." La générosité qui repose sur la conscience de la réalité ultime ne conduira pas au cycle des existences. Parce qu'elle s'appuie sur la compassion, elle ne conduira pas vers les véhicules inférieurs. Au contraire, par la présence de la vacuité et de la compassion indissociables, la pratique de la générosité conduira à l'obtention de "l'au-delà-de-la-souffrance-qui-est-sans-demeure."

La façon de s'appuyer sur la vacuité pour pratiquer est décrite dans un Soûtra : "La vacuité de la générosité doit être pratiquée en s'appuyant sur les quatre sceaux." Ces quatre sceaux sont la compréhension que notre propre corps, tous les objets "extérieurs", les êtres à qui on donne et tous les phénomènes -y compris le Dharma et l'Eveil- sont de la nature de la vacuité, sont vides en essence. C'est à travers la compréhension de ces quatre sceaux de la vacuité que l'on pratiquera la vraie générosité.

Le deuxième point sur lequel on s'appuie, c'est la compassion. La compassion est le fait de pratiquer la générosité parce que toutes les formes de souffrance qu'expérimentent les êtres, d'une façon générale ou particulière, ne sont pas supportables. C'est pour cela que le bodhisattva agit de façon généreuse envers eux.

Le fruit de la pratique de la générosité

Ce fruit se situe à deux niveaux : ultime et relatif.

1- AU NIVEAU ULTIME

Au niveau ultime, la pratique de la générosité conduit à la réalisation de l'insurpassable Eveil. "De cette manière, le bodhisattva qui pratiquera cette vertu transcendante de la générosité, l'ayant amenée à sa complète maîtrise, manifestera l'Eveil parfaitement pur et insurpassable qui est la réalisation de la bouddhéité."

2- AU NIVEAU RELATIF

Du point de vue relatif, différents résultats découlent de la pratique de la générosité, suivant les types de don. En ce qui concerne la générosité matérielle, le résultat sera de jouir de toutes sortes de possessions, de façon excellente, sans même avoir besoin d'aspirer à cela.

Par la générosité, on rassemblera les êtres autour de soi et on développera les capacités d'une pratique qui s'appliquera à les conduire sur le chemin de l'Eveil.

"Le bodhisattva qui pratique la générosité coupe toute possibilité de renaître dans le monde des esprits avides et empêche également toute expérience de pauvreté et de dénuement physique ou moral ainsi que tout ce qui est lié aux manifestations des émotions perturbatrices... Dans tout ce qu'il entreprendra, il jouira de possessions et de biens illimités... Par sa générosité, il obtiendra la capacité de faire mûrir les êtres, c'est-à-dire de les amener à se libérer de leurs souffrances et à atteindre le bonheur... Celui qui offre de la nourriture obtient la force. Celui qui offre des vêtements obtient un teint excellent. Celui qui offre des moyens de locomotion obtient le bonheur. Celui qui offre des lampes obtient des yeux."

Par la pratique de la générosité, on acquiert les jouissances physiques et matérielles.

Si on protège les êtres de la peur, on ne peut plus être perturbé par les Maras, les démons intérieurs, ni par toutes les formes d'obstacles extérieurs qui peuvent nous nuire.

Par la pratique de la générosité du Dharma, on obtient rapidement la capacité de réaliser l'Eveil en rencontrant et s'associant à des Bouddhas. Tous les souhaits s'accomplissent rapidement. "Celui qui fait offrande pure du Dharma, celui-là s'associera aux Bouddhas et tous ses désirs seront exaucés."

L'Ethique

Suite de l'enseignement sur les Paramitas donné par Guendune Rinpoché en juillet 85, se basant sur l'ouvrage de Gampopa, le "Joyau Ornement de la Libération". La deuxième Paramita est ici définie et expliquée : l'éthique ou conduite juste.

Ce n'est pas une vertu qui existe en tant que telle ; en fait, elle est complètement reliée à la générosité, elle en est le prolongement. Qu'est-ce que la conduite juste ? C'est s'abstenir d'intentions et d'actions négatives envers les êtres. C'est créer une activité vertueuse par tous les moyens. C'est dédier ses actes, ses pensées, ses actions au bien des êtres.
L'éthique s'exprime à travers la prise de voeux. Les êtres qui prennent des voeux monastiques à divers degrés créent les moyens de réaliser l'aspiration au bienfait de tous les êtres. Ensuite, par le fait de garder et de protéger ces voeux, on réalise alors le bienfait des êtres car, par la préservation de ces voeux, on devient un réceptacle à travers lequel les êtres peuvent accumuler du mérite.

La perfection de la conduite éthique est définie en sept points qui vont être développés successivement :
- les défauts et les qualités qui naissent de l'absence et de la pratique d'une conduite juste,
- l'explication de son essence,
- la classification
- les caractéristiques essentielles de chacune de ces classes,
- la façon de l'accroître,

Inconvénients dus à l'absence d'éthique

Celui qui pratique la générosité sans avoir d'éthique ne pourra pas obtenir l'excellence d'un corps supérieur, tel un corps humain ou un corps divin. "L'entrée au Milieu" dit : même si un être jouit de toutes sortes de biens et de possessions liés à la pratique de la générosité, au moment de la mort il chutera dans les mondes inférieurs s'il n'a pas eu de conduite juste, car sans éthique toute progression spirituelle est entravée et on ne peut atteindre l'Eveil. En pratiquant la générosité, qui est une forme de vertu, on crée quelque chose de positif, mais si l'on n'a pas de conduite juste on créera des négativités. On doit donc non seulement pratiquer ce qui est utile, mais aussi abandonner ce qui est inutile et néfaste, pour parvenir au résultat ultime. Si l'on n'a pas de conduite éthique, on ne pourra pas réellement rencontrer le Dharma. De même que si l'on n'a pas d'yeux on ne pourra pas voir, si l'on n'a pas d'éthique on ne pourra pas réellement voir le Dharma, en comprendre et en réaliser l'essence. Si l'on n'a pas d'éthique, on ne peut pas obtenir la libération des trois sphères du cycle des existences. Le Bouddha a dit dans un Soûtra : "de la même manière que si l'on est privé de jambes on ne peut pas se mettre en chemin, sans éthique on n'obtiendra pas la libération."

Avantages de la conduite juste

Au contraire, celui qui s'appuie sur une conduite éthique obtiendra tout ce qui est excellent.
Bouddha : "par l'éthique, il n'y aura plus de cause d'expérimentation des états animaux et on jouira au contraire de toutes les acquisitions positives qui sont celles de la naissance humaine dépourvue de toutes conditions contraires (c'est-à-dire les libertés et les conditions spécifiques à une bonne condition humaine)".
Par l'acquisition d'une conduite éthique, on pose les fondations de tous les bonheurs et de toutes les excellences.

L'éthique est comme la Terre sur laquelle repose tout ce qui se meut et tout ce qui est immobile, et elle est la base d'où s'élèvent toutes les qualités. Posséder une conduite juste, c'est être comme un champ fertile sur lequel tout peut pousser, support de l'accroissement et du développement de la moisson de toutes les qualités.
"L'entrée au Milieu" dit : "celui qui cultive son champ de conduite juste verra le mûrissement de cette activité dans le développement d'une expérience de jouissance et de bonheur."

La conduite éthique ouvre la porte à de nombreux types d'absorptions méditatives, à toutes sortes de samadhis.
Bouddha : "l'obtention rapide d'un état d'absorption libre de toute forme de perturbation mentale est le résultat positif de l'éthique."

Par l'acquisition d'une conduite juste, tous les souhaits s'accomplissent.
Soûtra de la rencontre du père et du fils : "par la protection d'une conduite éthique parfaitement pure, s'accomplissent rapidement tous les souhaits."
Par le fait de garder une conduite pure, l'obtention de l'Eveil devient aisée. Celui qui possède la conduite juste rencontre les Bouddhas lorsqu'ils se manifestent ; il est comme un ornement sublime pour tous les êtres du monde conditionné ; il demeure dans toutes les formes de réjouissances et est loué dans tous les mondes.

L'essence de la conduite juste

Cette essence se définit par l'obtention de quatre qualités :

- le fait d'accepter de façon parfaitement pure les autres
- le fait d'avoir une existence basée sur une conduite pure, l'observance de voeux
- le fait d'avoir un état d'esprit parfaitement pur
- la qualité, lorsque l'on a endommagé son éthique, qui consiste à s'en corriger, à réparer les erreurs
- le fait, afin de ne pas endommager sa conduite éthique, de développer respect, dévotion et conscience du comportement

En résumé, l'essence de ces quatre qualités peut se définir comme suit :
elle reflète deux aspects, le premier consistant à prendre des voeux, le second à protéger ces voeux.

La classification de l'éthique

- L'éthique des voeux, consistant à abandonner les actions non-vertueuses ; ainsi, on établit solidement son esprit en l'état de pacification et on n'est plus emporté par ses émotions.

- L'éthique qui rassemble tous les dharmas vertueux, comme le fait de s'engager en corps, parole et esprit à l'accomplissement d'actes vertueux ; ainsi on fait mûrir le courant de son être dans le sens de la pratique et de la réalisation du Dharma.

- L'éthique qui manifeste et qui accomplit le bienfait des êtres ; on obtient ainsi la capacité de faire mûrir les êtres, c'est-à-dire de les amener à une maturité spirituelle. Celui qui respecte les trois Joyaux, celui-là crée des causes de respect pour lui-même qui sont causes de bonheur.

Par l'accomplissement de ces vertus, en se purifiant du karma négatif passé, on va devenir une source d'inspiration.

En prenant des voeux, on devient un réceptacle pour les êtres : c'est le sens véritable des voeux monastiques et de la fonction de la Sangha.

Les caractéristiques essentielles de chaque classe

1 - L 'ETHIQUE DES VOEUX

A - ASPECT ORDINAIRE

II s'agit de la prise d'un des sept types de voeux de libération individuelle. "Le pratiquant qui prend les voeux de bodhisattva devra fonder son comportement sur les voeux de l'éthique juste, par la prise parfaitement pure de voeux de libération individuelle."

Les voeux de libération individuelle peuvent se prendre à différents degrés, à différents niveaux selon ses aspirations.

Sept voeux :

(1) voeux de guélong (moine pleinement ordonné)

(2) voeux de guélongma (moniale pleinement ordonnée)

(3) voeux de guélogma (aspect intermédiaire pour les femmes)

(4) voeux de guètsul (novice)

(5) voeux de guètsulma (novice)

(6) voeux de guénièn (voeux de conduite éthique pour un laïc)

(7) voeux de guéniènma (voeux de conduite éthique pour une laïque).

Celui qui, bien qu'ayant pris ces voeux, continue à nuire aux êtres, développe une attitude contraire à ses engagements. A l'inverse, s'il accomplit le bienfait d'autrui, il va dans le sens harmonieux des voeux. "Le bodhisattva est celui qui s'applique uniquement à ce qui est utile aux êtres."

La première étape des voeux consiste à abandonner les états d'esprit négatifs envers les autres et, ensuite, à développer des états d'esprit positifs. Tant que l'on a des intentions négatives, il est impossible de créer quoi que ce soit de positif en relation avec les autres, parce qu'à travers ce que l'on fait, on cherche toujours un résultat et un bienfait personnels.

On ne prend pas et on ne garde pas des voeux de conduite éthique comme on observerait une loi du monde parce qu'un roi ou un gouvernement en aurait décidé ainsi. On ne prend pas et on ne garde pas ces voeux pour acquérir une renaissance supérieure dans le samsara. On n'observe pas ces voeux par peur de renaître dans les mondes inférieurs (animaux, esprits avides, enfers), ni même par peur de la mort ou par aucune autre sorte de peur liée au monde, à l'expérience ordinaire.

Au contraire, on prend les voeux de conduite éthique pour réaliser son esprit comme étant l'esprit des Bouddhas, pour développer la même conscience des êtres que les Bouddhas.

B - ASPECT NON-ORDINAIRE

Shantideva : "il y a dix-huit différents types d'actes qui font chuter d'une conduite juste : cinq sont essentiels comme un roi, cinq le sont comme un ministre et huit comme un débutant."

Parmi les transgressions les plus importantes, qui détruisent les voeux d'éthique ou l'observation informelle d'une conduite juste, il y a le fait de voler les biens des trois Joyaux et le fait d'abandonner le Dharma.
Le Bouddha dit:
"même si un moine a chuté en transgressant ses voeux, il serait impropre de lui retirer ses robes de moine, de le frapper et de le mettre en prison ou de le faire déchoir de sa condition, ou d'appliquer envers lui l'un des cinq actes incommensurables."

Les voeux-racine sont transgressés quand on s'accroche à des vues erronées et à des théories contraires au Dharma, quand on terrorise des villes, des populations, quand on met en oeuvre les cinq actes incommensurables (tuer son père, sa mère, un Arhat, diviser la Sangha, faire couler le sang d'un bodhisattva). On brise ses voeux si l'on enseigne la vacuité à des êtres qui ne sont pas suffisamment préparés ou purifiés et qui ne peuvent donc pas encore recevoir ces enseignements ; également si on leur enseigne que leur chemin va les détourner de l'Eveil ou qu'il ne sert à rien de le pratiquer, et qu'ils doivent au contraire s'en remettre simplement à la compréhension de la vacuité du Mahayana. Si l'on agit ainsi, on agit en fait de façon contraire aux voeux mêmes du Mahayana et à la pratique du bodhisattva, parce que l'on va inciter ces êtres à aller contre leurs engagements, à aller contre le véhicule de leur développement spirituel. On évitera donc d'inciter à changer d'attitude ceux qui suivent le chemin de l'éthique.

Les autres formes de transgression consistent à vanter ses propres qualités dans le but d'obtenir des biens, des richesses, dès honneurs ; à dénigrer les autres par des paroles négatives, ou à parler avec beaucoup d'emphase de ses réalisations en disant : "oh, combien grande est ma patience, ma tolérance, etc.", à avoir toutes sortes de paroles contraires et fausses. Il est également impropre d'inciter quelqu'un à châtier un moine novice qui a enfreint sa discipline. Il est impropre d'accepter des offrandes ou de donner à quelqu'un d'autre des offrandes qui ont été faites aux trois Joyaux. Il est impropre de faire perdre à quelqu'un sa méditation, de troubler sa stabilité mentale ou de déranger sa retraite.

Serlingpa explique la conduite du bodhisattva. Il montre qu'il y a quatre formes de transgressions très importantes des voeux de bodhisattva. Il y a également quarante-six autres formes de négativités.

Les quatre formes de transgressions :

(1) Par attachement à des possessions ou à un état de bonheur, se louer soi-même et dénigrer les autres.

(2) Par avarice, par petitesse, par attachement aux choses matérielles, refuser de donner des biens matériels à ceux qui en sont dépourvus, qui souffrent ou qui sont sans protection.

(3) Refuser d'écouter quelqu'un qui s'excuse et qui reconnaît ses fautes envers nous, et, emporté par la colère, lui rendre le blâme et la critique.

(4) Prendre l'apparence d'un pratiquant du Dharma tout en ayant abandonné l'attitude Mahayaniste.

Les deux premières formes de négativités parmi les quarante-six autres :

(1) Ne plus considérer les trois Joyaux comme dignes d'offrandes et ne plus développer une pratique en relation avec les trois Joyaux.

(2) Suivre tous ses désirs, toutes les perturbations qui apparaissent dans son esprit.

2 - L'APPLICATION À LA VERTU

Celui qui a pris les voeux de bodhisattva doit mettre en oeuvre l'éthique par le corps et la parole, de toutes les façons qui conviennent à l'accomplissement de l'Eveil. C'est la définition même de l'éthique qui rassemble tous les Dharmas.

Quelle est, en détail, cette conduite ?

Le bodhisattva qui s'appuie sur l'éthique doit ensuite s'appliquer avec zèle à l'écoute et à la méditation sur les enseignements.Il doit trouver sa joie uniquement dans le fait de pratiquer et approfondir sa connaissance du Dharma.

Il doit s'appliquer à honorer et servir le lama, et à lui faire des offrandes.

Il doit se préoccuper de ceux qui sont sans protection, de ceux qui sont malades, en les servant et en s'occupant d'eux.

Il doit pratiquer de façon excellente la générosité envers les êtres.

Il doit se faire l'écho de toutes les qualités des êtres et vanter leurs bienfaits. Il doit se réjouir complètement de toutes les formes de mérites et d'actes positifs créés par les autres.

Il doit pratiquer la tolérance et la patience envers les êtres qui essaient de lui nuire.

Lorsqu'il s'applique à la vertu, il la dédie au bienfait de tous les êtres et fait pour eux des souhaits de réalisation.

Il doit encore s'exercer avec beaucoup de zèle à la pratique d'offrande et de célébration envers les trois Joyaux.

Il doit pratiquer la tempérance par le corps, la parole et l'esprit. Il doit s'exercer à la vigilance et à la conscience attentive et, de cette manière, protéger les voeux de bodhisattva en gardant ses organes sensoriels par l'attention et la vigilance.

Entre autres, il doit faire preuve de mesure lorsqu'il mange et ne doit pas être glouton.

Le bodhisattva est celui qui ne dort pas pendant la première et la dernière veille de la nuit. A ces moments-là, il s'exerce par le corps, la parole et l'esprit aux différents yogas et aux différentes pratiques spirituelles.
Il est celui qui s'en remet à des êtres saints ou à des amis spirituels.
Il est celui qui observe et analyse sa confusion et ses errances mentales - son attachement - et qui s'en débarrasse.
II est celui qui, de cette manière, accomplit toutes les formes de pratique en relation avec le Dharma et les maintient, les faisant s'accroître sans cesse jusqu'à l'Eveil.

L'essence du bodhisattva qui entretient une conduite juste est de développer une conscience ou vigilance de son corps, de sa parole et de son esprit, afin qu'à travers la conscience de ses trois portes il ne crée pas de négativités pour les êtres, mais qu'au contraire il développe toutes les formes possibles d'actes bénéfiques.

3 - L'ÉTHIQUE QUI MANIFESTE LE BIENFAIT DES ÊTRES

Treize aspects de l'éthique

Le bien des êtres s'accomplit en développant une attitude correcte, définie sous treize aspects, et en évitant les attitudes incorrectes du corps, de la parole et de l'esprit.

(1) S'associer à des personnes ayant des activités utiles qui soient en relation avec le bienfait des êtres.

(2) S'appliquer à une forme d'activité qui soit un moyen de soulager la souffrance de ceux qui sont dans cette condition.

(3) Montrer par ses capacités le chemin et les méthodes de libération à ceux qui veulent les suivre.

(4) A partir de ce que l'on fait ou ressent, accomplir toujours quelque chose d'utile (par exemple, si l'on rencontre des situations contraires, les transformer en conditions utiles pour autrui et pour soi-même).

(5) Protéger ceux qui vivent dans la peur, ceux qui sont menacés, qu'il s'agisse d'une peur physique ou d'une peur mentale.

(6) Dissiper toute forme et toute expérience de douleur ou de souffrance.

(7) Donner des moyens d'existence ou des biens matériels à ceux qui en sont dépourvus.

(8) Rassembler les êtres et leur expliquer le Dharma ; faire tourner la roue du Dharma de façon excellente et bénéfique pour les êtres.

(9) Etablir son esprit et celui des êtres dans le chemin de l'esprit d'Eveil.

(10) S'établir soi-même dans la joie qui manifeste toutes les qualités parfaitement pures.

(11) Détruire complètement toutes les sortes d'intentions contraires et négatives qui vont à l'encontre de l'enseignement.

(12) Se méfier de toutes les formes d'expression de pouvoirs et de miracles pour soi-même. On ne doit pas se tromper sur les manifestations qui ne sont pas un réel indice d'obtention spirituelle.

(13) Toujours développer son aspiration pour l'obtention de l'Eveil, le bien et les activités bénéfiques.

Attitudes au niveau du corps, de la parole et de l'esprit

Quelles que soient les circonstances, le bodhisattva ne doit pas laisser décroître sa motivation, sa joie intérieure et son élan enthousiaste vers l'accomplissement du bienfait des êtres. Il doit être vigilant par rapport à son corps, sa parole et son esprit, afin de pouvoir rejeter du courant de son être toutes les intentions ou les conceptualisations impures qui peuvent apparaître, et de s'appuyer fermement sur des intentions pures, de telle sorte qu'il puisse demeurer un objet de confiance de la part d'autrui.

A - ATTITUDES DU CORPS

Se mettre à sauter, à courir, avoir sans raison une expression corporelle agitée, créant une source de trouble et de perturbation pour les autres, est une attitude incorrecte. Il faut, au contraire, être pondéré et calme, avoir une attitude souriante, douce et réconfortante pour les autres. "En toutes circonstances, on devra rester maître de soi et exprimer une attitude souriante et avenante. On devra abandonner toutes formes de courroux qui défigurent l'aspect physique, et établir au contraire une attitude amicale et ouverte envers tous les êtres."

C'est en s'appuyant sur les rapports avec les autres que l'on développe les moyens de l'Eveil. On doit sans cesse être conscient de cela dans la relation à autrui, ce qui est comme un rappel pour l'obtention de l'Eveil. Avec cette conscience, on aborde les autres dans un état d'esprit franc et empli d'amour. Lorsque l'on est assis, on doit avoir les jambes croisées (sans les étendre). On n'entrecroise pas les mains ni les bras. On demeure dans la posture de méditation de façon extrêmement détendue.

Lorsque l'on mange, on doit éviter de se remplir complètement la bouche, de faire des bruits en mâchant ou d'avoir la bouche béante - toutes sortes d'attitudes impropres.

Cela signifie que l'on doit avoir une attitude correcte, car celle-ci n'est pas seulement liée au fait que "l'on mange", mais elle est un reflet de la pratique, un reflet de la voie spirituelle que l'on suit et développe. Pour les autres c'est important, car cela leur permet, d'une certaine façon, de juger la valeur de l'enseignement. L'attitude que l'on développe à ce moment-là peut donner confiance ou au contraire interdire toute forme de confiance en l'enseignement. Si l'on a une attitude positive, cela pourra amener les êtres vers le Dharma et être pour eux un facteur d'accumulation positive.

De la même manière, dans l'action, le mouvement, on ne doit pas avoir une attitude agitée, mais au contraire rester calme.
Dans toute forme d'activité, on appliquera un type de contrôle de soi-même.

Au moment de dormir, l'attitude juste est de prendre la même posture que le Bouddha Sakyamouni à sa mort (posture du lion) : couché sur le flanc droit, la main gauche sur le flanc gauche, la main droite sous la joue droite, le pouce pressé en dessous de l'oreille et l'auriculaire bouchant la narine droite.
On s'endort ainsi.

B - DEUX ATTITUDES INCORRECTES DE LA PAROLE

(1) Parler beaucoup.

(2) Parler sous l'emprise de l'attachement ou de l'aversion.

Toutes les négativités qui naissent du fait de parler trop ou à tort et à travers sont expliquées dans un texte du Bouddha : "Les fous, les gens puérils qui parlent trop endommagent complètement leur pratique du Dharma, qui se détruit chaque jour davantage. Le résultat est que leur esprit devient de moins en moins souple et de plus en plus rigide et grossier. Par cette attitude, ils s'éloignent des qualités de la méditation, comme la stabilité mentale ou la vision supérieure."
Telles sont les principales négativités associées aux bavards.

En traitant le lama de manière irrespectueuse, on habitue son esprit à des conversations impures et on commence à y prendre plaisir ; parce que l'on demeure dans cette attitude frivole, on perd toutes les qualités de conscience transcendante et de compréhension supérieure.

En ce qui concerne les négativités naissant des paroles incisives et agressives adressées aux autres, même si quelqu'un nous trouble, on ne doit pas considérer son attitude comme négative en soi, car si l'on réagit par une autre attitude négative, un type de fruit semblable à celui qui a été créé sera expérimenté. On doit considérer que celui qui parle ou agit ainsi est tout simplement sous l'influence de l'ignorance, et développer soi-même une attitude consciente sans répondre à l'ignorance par la stupidité.

Dans un Soûtra où le Bouddha exprime comment tous les phénomènes sont dépourvus d'origine, il est dit : "le bodhisattva à qui l'on cause du tort ne devra pas répondre par une attitude négative, car ceci l'éloignerait complètement de l'Eveil. Tant qu'un bodhisattva transgresse l'esprit d'Eveil, il s'éloigne de l'Illumination."
Même si les autres ont envers nous une attitude impropre et agressive, cette attitude ne doit pas être la cause d'une manifestation négative de notre part.

Si l'on doit s'exprimer, on le fait de façon attrayante et agréable pour les autres et de manière cohérente, c'est-à-dire en relation avec la situation. On exprime le sens de façon très claire, significative, dans une attitude libre de toute forme d'attachement ou d'aversion. On parle de façon douce et modérée.

C - DEUX ATTITUDES INCORRECTES DE L'ESPRIT

L'attitude basée sur l'attachement et le désir d'acquérir des biens, de la renommée, du pouvoir.
L'attitude basée sur l'attachement au sommeil ou à l'indolence et la paresse.
- Les négativités s'élevant de l'attachement aux honneurs et aux biens

Dans un Soûtra de l'exhortation à la pensée supérieure de l'Eveil, le Bouddha explique cela en s'adressant à Maitreya :
"Maitreya, le bodhisattva doit examiner son esprit et réaliser ce qui se passe lorsque s'élève l'attirance pour les biens matériels ou la renommée... En examinant son esprit, il prendra conscience que, de l'attachement aux biens et aux honneurs, s'élèvent la haine, la limitation mentale, la tromperie - et toutes autres formes d'émotions négatives - et il s'apercevra qu'il est désapprouvé par tous les Bouddhas."

Toutes les vertus sont détruites par cette saisie. S'attachant aux biens et aux honneurs, le bodhisattva se trompe lui-même ; ces richesses et cette célébrité sont comme une courtisane perfide. Même s'il parvient à ses fins, possédant des richesses et étant honoré, il ne se sentira pas satisfait pour autant. "Tout comme l'eau qui apparaît en mirage ne saurait étancher la soif, les qualités et obtentions issues du désir ne sauraient apporter satisfaction."

En réfléchissant à ceci, on réduira ses désirs et on développera un état de contentement, de modération et de satisfaction.

- Les négativités provenant du fait de se complaire dans l'oisiveté ou le sommeil

"Celui qui se complaît dans le sommeil, l'indolence, l'oisiveté verra sa capacité de conscience éveillée se réduire et devenir extrêmement faible ; à cause de cela son intellect s'amenuisera de plus en plus. Même les qualités primordiales de sagesse de l'esprit s'épuiseront petit à petit."
"Celui qui se réjouit dans le sommeil ou la somnolence sombre dans la paresse, l'ignorance et l'indifférence ; à cause de cela, toutes ses capacités de connaissance discriminante supérieure sont endommagées. En dépendance de cette faiblesse de l'esprit, il devient la proie de toutes les forces négatives et, en particulier, des forces non-humaines et invisibles. Etant devenu un terrain se prêtant à l'attaque des forces négatives, sa vie est sans arrêt tourmentée et il rencontre des obstacles et des difficultés."
Pour cette raison, on abandonnera les attitudes impropres de l'esprit et on développera les attitudes correctes, basées sur la foi, l'aspiration et la confiance, telles qu'elles ont déjà été exposées auparavant.

La façon d'accroître la conduite juste

Par la sagesse primordiale
Par la conscience discriminante
Par la dédicace

La façon de purifier l'éthique

Par la vacuité
Par la compassion

C'est par la compréhension de ces deux aspects que la conduite éthique est rendue parfaitement pure.

Le fruit de la conduite juste

1 - DU POINT DE VUE ULTIME

Par la pratique de l'éthique, on obtient l'insurpassable Eveil. Dans les "Terres de bodhisattva", il est dit : "Le bodhisattva qui s'exerce et qui atteint la perfection de vertu transcendante de la conduite juste, obtient manifestement et complètement l'Eveil insurpassable. Il devient véritablement un Bouddha."

2 - DU POINT DE VUE RELATIF

Le mûrissement de la conduite juste est l'obtention de toutes les conditions excellentes dans le monde - bonheur, bien-être, jouissances et situations favorables - sans que l'on ait besoin de les rechercher.

Le Bouddha s'adresse à Sharipoutra, lui disant : "Sharipa, si un bodhisattva observe une éthique parfaitement pure, de ce fait il n'est aucune des qualités ni aucune des excellences des dieux ou des hommes qui ne devienne sienne. Bien qu'il jouisse de toutes les facilités dans le monde, le bodhisattva ne sera pas dominé par elles, il aspirera au chemin de l'Eveil et s'y acheminera sans cesse."

Celui qui possède une éthique parfaitement pure sera honoré et vénéré par les êtres humains et non-humains.
"Le bodhisattva qui possède parfaitement le corps de l'éthique sera sans cesse honoré par les dieux, il sera adulé par tous les mages, loué par tous les gardiens des trésors et sera l'objet des offrandes et de la vénération des mangeurs d'odeurs (esprits)."
"Dans le monde humain, il sera sans cesse loué et demandé par des brahmines, par des êtres de condition supérieure, par les maîtres de maison."
"Il sera également toujours en accord avec tous les Bouddhas et sans cesse honoré par tous les êtres divins et mondains."

La patience

Suite de l'enseignement sur les Paramitas donné par Guendune Rinpoché en juillet 85, se basant sur l'ouvrage de Gampopa, le "Joyau Ornement de la Libération" (Dhagpo Thargyen). La patience, troisième de ces six perfections transcendantes, est ici définie et commentée. La perfection de patience est définie en 7 points qui vont être développés successivement :
- les défauts et les qualités qui naissent respectivement de l'absence et du développement de la patience ;
- l'explication de son essence ;
- la classification ;
- les caractéristiques essentielles de chacun des aspects ;
- la façon d'accroître la patience ;
- les moyens de la rendre parfaitement pure ;
- le résultat obtenu à travers sa pratique.

Inconvénients de ne pas avoir de patience

Celui qui a développé la générosité et la conduite juste, mais qui n'a pas développé la patience, sera soumis à la colère.
Et lorsque la colère apparaîtra, toutes les vertus créées par la pratique de la générosité et de l'éthique seront détruites.

Le Bouddha l'exprime dans "La corbeille du bodhisattva" : "La colère est ce qui amène la destruction de toutes les qualités positives qui ont été accumulées pendant mille ères cosmiques."

C'est expliqué par Shantideva dans le Bodhicharyavattara : "Toutes formes de qualité positive et d'attitude excellente développées pendant mille kalpas (ères cosmiques) à travers la générosité et les offrandes envers le Bouddha se trouvent détruites en un seul instant de colère."

Lorsqu'on est dépourvu de patience, de tolérance, on est soumis à la haine. Et, dans cet état de colère, de haine, c'est comme si l'on était frappé d'une flèche empoisonnée ; on expérimente une douleur incessante et, tant que l'on demeure dans cette condition de souffrance, il est impossible d'expérimenter la joie ou la paix ; on n'arrive même plus à trouver le sommeil.

Le Bouddha a dit : "L'esprit de celui qui a été piqué par l'épine de la haine ou de la colère ne goûte plus la paix. Il ne peut plus obtenir aucune forme de bien-être ni de repos ; le sommeil ne vient plus à lui et il demeure dans un état constant d'agitation."

Tant que la haine, la colère, est présente en nous, il est impossible d'éprouver de la joie. Si l'on ne fait pas preuve de patience et de tolérance envers les autres, même nos amis et nos proches, fatigués et déçus, finiront par se lasser de notre compagnie. Même s'il fait preuve de générosité, celui qui est dépourvu de patience sera délaissé par ses proches.

Bouddha : "Quant à l'impatient, son entourage et ses amis se lasseront de lui et, malgré sa générosité, il ne pourra pas rassembler ses proches de façon stable autour de lui."

Si l'on n'a pas de patience, on est la proie de tous les maras (démons) et soumis de ce fait à des difficultés et des tribulations.

Bouddha : "L'esprit qui est prisonnier de la haine ou de la colère ouvre la porte à l'activité de tous les démons, et toutes sortes d'obstacles apparaissent."

Si l'on est dénué de patience, on ne crée pas l'espace suffisant pour pratiquer les autres paramitas, qui sont le chemin même de l'Eveil ; ainsi, on se coupe de toute possibilité d'Eveil.

"Pour celui qui est pris par la colère et qui n'a pas de patience, l'Eveil est difficile."

Avantages issus de la pratique de la patience

Celui qui fait preuve de patience possède la plus excellente de toutes les sources de vertu.

Bouddha : "II n'y a pas de négativité qui soit pire que la colère et il n'y a pas d'ascèse qui soit supérieure à la patience. Pour cette raison, on devra sans cesse méditer et s'entraîner avec effort à toutes les formes de patience."

Celui qui fait preuve de patience obtient toutes les formes de conditions favorables et de bien-être, même au niveau relatif, immédiat.

Bouddha : "Celui qui domine parfaitement sa colère et qui fait preuve de discipline sera heureux en toutes circonstances, dans cette vie et dans les suivantes."

Par la perfection de la patience, est obtenu l'insurpassable Eveil.

Bouddha dans le Soûtra de la rencontre du père et du fils :"Avec la colère, il n'y a pas de chemin vers l'Eveil. Celui qui s'exerce constamment à l'amour envers les êtres développe en lui-même les qualités de l'Eveil."

L'essence de la patience

C'est le fait d'être sans malice, sans conjecturer ou imaginer quoi que ce soit, sans conceptualiser. Dans les Terres de bodhisattva : "Même s'il est dépourvu de tout bien matériel, le bodhisattva gardera un esprit empli de compassion. Il sera uniquement dirigé et motivé par cette compassion et ne créera pas de penchant malveillant, de tendance à juger, comparer, etc."
Le bodhisattva qui a cet esprit libre de calcul ou de comparaison a développé la conscience de l'essence même de la patience.
Rinpoché dit que la patience est un état d'esprit qui ne cherche pas à critiquer, comparer, juger ou toujours saisir les situations liées aux perturbations émotionnelles telles que la jalousie, la haine, etc. Celui qui cultive la patience est dans un état d'esprit d'ouverture ; il ne recherche pas l'analyse critique permanente, il s'ouvre à un état de paix. Cette paix est celle qui est goûtée dans la méditation de Chiné. Pratiquer la patience est un des moyens d'obtenir la stabilité mentale ; du fait que l'on se dégage de toutes ses préoccupations mentales, on parvient à éprouver la paix intérieure.

La classification de la patience

On distingue trois formes de patience .
Dans la première, on développe la tolérance, comme il vient d'être expliqué, c'est-à-dire sans développer de malveillance ou de malice, ni d'esprit négatif envers les autres. Ce type de patience est dirigé vers les êtres qui cherchent à nous nuire, et naît de l'observation, de l'examen de la nature même de ces êtres.
Une autre forme de patience consiste à être capable de supporter et d'accepter la souffrance. Elle naît de l'observation et de la compréhension de l'essence de cette souffrance.
La troisième forme de patience est basée sur l'aspiration à la reconnaissance de la réalité ultime, jusqu'à ce que l'esprit obtienne une certitude. Cette patience, qui est capable d'accepter la nature ultime des phénomènes, est celle qui s'exerce à travers le développement de la conscience discriminante qui nous permet de saisir sans erreur l'essence même des phénomènes.

Le fait de développer la patience en relation avec les deux premiers aspects définis plus haut produit une influence relative du point de vue de cette existence actuelle. Le fait de développer le troisième type de patience influe sur la réalisation par elle-même, d'un point de vue ultime.

Les caractéristiques essentielles de chaque aspect

1 - LA PREMIÈRE FORME DE PATIENCE

"Si nous-mêmes ou nos proches sommes exposés à la haine, la critique, etc., étant donné que ceci provient d'un conflit entre une personne qui souhaite quelque chose et une autre qui ne réalise pas ce souhait, on développera la patience par l'examen de la nature de ce désir."

Cette patience consiste à réaliser l'inutilité de rendre le trouble, la haine ou la colère qui a été créé, et elle permet de garder un esprit libre de toute forme de rancune ou de ressentiment. On peut mettre un terme à toute idée de vengeance en considérant plusieurs points. Lorsque quelqu'un essaie de nous nuire, il faut prendre conscience du fait que cette personne est dépourvue de libre-arbitre et donc qu'elle n'est pas maîtresse d'elle-même ; ensuite, il faut s'examiner soi-même et examiner ses propres négativités liées au karma individuel ; il faut percevoir aussi les négativités et inconvénients inhérents à notre corps physique ; puis il faut déterminer l'aspect négatif de nos intentions, de nos tournures d'esprit ; enfin il faut réaliser qu'il n'y a pas de différence entre les négativités d'autrui et les nôtres.

Une forme de méditation consiste à analyser le fait de se trouver face à une situation négative, par rapport à notre potentiel karmique, et au reflet des situations antérieures.
Une autre revient à méditer sur la grande bonté, la bienveillance de celui qui agit négativement. Dans une troisième forme de méditation, il s'agit de comprendre que la pratique de la patience réjouit tous les Bouddhas. Enfin, dans une dernière perspective, on considère la grandeur et valeur de tous les bienfaits qui sont issus de la pratique de la patience.

2 - LE DEUXIÈME TYPE DE PATIENCE

Il réside dans le fait de ne pas se laisser aller au découragement face aux difficultés endurées dans la pratique du chemin vers l'illumination, et d'accepter ces différentes sortes d'épreuves avec enthousiasme. Lorsqu'on s'engage dans la pratique du Dharma, on éprouve de la souffrance du fait qu'il est difficile de pratiquer de façon juste, de pouvoir réellement développer une attitude d'aspiration et de confiance envers les trois Joyaux et le lama.

D'autre part, l'écoute du Dharma, les explications, les récitations, les discussions, les méditations, toutes ces formes de pratique sont en elles-mêmes créatrices de souffrance car elles demandent un effort d'application.

Le fait de se consacrer à la pratique du Dharma en maintenant une discipline quant aux sessions de méditation - en particulier s'efforcer au yoga spirituel plutôt que de dormir durant la première et la dernière partie de la nuit - est encore une souffrance en soi.
De la même manière, celui qui vise uniquement à l'accomplissement du bien des êtres rencontre toutes sortes de souffrances parce qu'il doit faire preuve de beaucoup d'efforts pour réaliser son intention.
On peut rencontrer aussi la fatigue physique ou une lassitude mentale, souffrir du chaud, du froid, de la faim, de la soif, ou encore de troubles créés par les autres êtres, ou connaître des états de perturbation mentale.
Ainsi, conscient de toutes ces difficultés inhérentes au développement de la pratique, on ne se laissera jamais aller au découragement, mais, au contraire, on fera face à ces différents types de souffrance.

"Tout comme on est prêt à accepter une saignée afin de supprimer une douleur due à une grave maladie, de la même manière, pour l'obtention de l'insurpassable Eveil qui est l'au-delà de toutes formes de souffrance, on sera prêt à accepter les souffrances relatives qui sont celles du chemin de la pratique."

Bodhicharyavattara : "Les souffrances que je dois endurer pour arriver à l'Eveil sont mesurables. Elles sont comparables au fait de sonder une blessure pour stopper la douleur causée par un corps étranger."

L'attitude de celui qui est capable d'accepter toutes les souffrances en relation avec la pratique du Dharma le conduit à la victoire dans la bataille contre le cycle des existences et l'ennemi que sont ses propres émotions et perturbations mentales. Il est véritablement un grand héros. A l'opposé, bien qu'il puisse être célébré comme un héros dans le monde, l'être ordinaire qui détruit des ennemis ordinaires - d'autres êtres semblables à lui - n'est pas, du point de vue du Dharma, un héros du tout. On dit qu'il est semblable à quelqu'un frappant un cadavre : il est vraiment misérable.

Bodhicharyavattara : "Si tu veux arriver à détruire toutes les souffrances, tu le feras en subjuguant les ennemis que sont la colère, la haine, etc. Celui qui parvient à cela peut véritablement être appelé un héros, parce qu'il triomphe de tout ; il est un conquérant véritable. Les autres types de héros ne sont que des tueurs de cadavres."

3 - LA TROISIÈME FORME DE PATIENCE

C'est celle qui naît de l'aspiration à la compréhension véritable et ultime de tous les phénomènes et de la capacité à accepter les vérités ultimes du Dharma.
"On doit aspirer à la compréhension des huit points (1) à travers lesquels sont exprimées les qualités des trois Joyaux. En particulier, on doit développer la conscience de la nature réelle des phénomènes, comme elle a été exprimée par le Bouddha dans sa présentation de la vacuité, qui considère la réalité ultime comme étant par nature libre des deux types d'individualité : c'est l'absence d'identité individuelle du "moi-ego" et des phénomènes. Cette compréhension que toute manifestation individuelle ou phénoménale est vacuité en essence permet de pratiquer la patience et d'accepter dans son esprit une dimension que l'on ne peut pas percevoir réellement."
Il faut donc faire preuve de patience et de tolérance pour ouvrir positivement son esprit afin qu'il accepte toute vérité ultime.

(1) "Les trois Joyaux, le pouvoir des Bouddhas et des bodhisattvas, la signification de la réalité, l'enseignement de la loi de causalité, l'enseignement sur les conséquences de la loi de causalité, le but qu'on s'efforce d'atteindre, les conditions préalables indispensables à la pratique, et les textes qui font autorité auprès du bodhisattva idéal. "

La façon d'accroître la patience

Par la sagesse primordiale.
Par la conscience discriminante.
Par la dédicace.

Les moyens de la purifier

On purifiera la patience au moyen des deux qualités suivantes :
- la vacuité
- la compassion.

Le résultat de la patience

Il s'exprime à deux niveaux, ultime et relatif.

Au niveau ultime, c'est l'obtention de l'insurpassable Eveil. Comme il est dit dans Les degrés de l'Eveil : "Par une patience et une tolérance illimitées, incommensurables, est connu le fruit de l'Eveil... Le bodhisattva qui pratiquera cette qualité de patience et l'intégrera en lui-même obtiendra l'Eveil insurpassable, parfait et authentique."

Au niveau relatif, on pourra sans effort jouir, dans toutes nos vies, d'une bonne condition physique exempte de maladies et d'un aspect qui sera agréable et attirant pour les êtres ; on sera une personne renommée jouissant d'une longue vie et qui obtiendra la potentialité de devenir un monarque universel capable de mettre en mouvement la roue de l'enseignement.

Dans le Bodhicharyavattara : "Par la pratique de la patience, on obtient dans nos existences un corps agréable et toutes les qualités de notre action physique ; on est à l'abri des maladies ; on jouit de renommée, de célébrité, ainsi que d'une vie extrêmement longue et exempte de souffrances, et on obtient la capacité de devenir un monarque universel qui met en mouvement la roue de l'enseignement."

Guendune Rinpoché :
"Si l'on fait preuve de patience, le corps et l'esprit s'établissent dans une dimension de paix, d'harmonie et de bien-être. A l'inverse, si l'on ne développe pas la patience, on est sujet à des maux, des heurts et des conflits avec les autres, et cela va s'accroître et se développer de plus en plus, sans que l'on puisse en maîtriser le cours. De cette manière, on va créer sans cesse une relation ou une attitude d'esprit qui sera sans repos, toujours en butte aux situations, dans un état conflictuel permanent.

L'essentiel de la patience, c'est une attitude d'esprit qui ne cherche pas à nuire aux autres et est dépourvue d'agressivité.

La patience que l'on doit développer envers l'attitude agressive des autres repose sur la compréhension, l'acceptation de cette situation non pas comme venant d'autrui, mais comme étant soumise à notre propre responsabilité : cette situation résulte de notre propre activité karmique antérieure erronée. Par cette compréhension, on perçoit dans ces circonstances relationnelles l'opportunité offerte par l'autre de purifier ce karma antérieur ; l'autre apparaît comme un allié, un ami qui fait preuve de beaucoup de bienveillance, et il devient même une source de joie et de bonheur.

Si l'on n'est jamais confronté à des situations négatives, difficiles, si l'on ne rencontre jamais d'obstacles ni d'ennemis, comment allons-nous méditer sur la patience ? Qui donc pourrait développer cette qualité en l'absence de support, de condition propice ? S'il n'y a pas de terrain adéquat, il n'y a aucune possibilité de développer la patience. Ne pouvant pas développer cette qualité, on est incapable de progresser vers l'Eveil, de réaliser l'état de Bouddha. Ainsi, lorsque se présentent toutes formes de situations conflictuelles, il faut savoir les accepter et les prendre comme chemin même de l'Eveil, ne pas les rejeter, mais au contraire s'appuyer complètement sur elles. "

Qu'est-ce qu'avoir de la patience ?

Lama Guendune :
Avoir de la patience signifie que l'on respecte fondamentalement les êtres, parce qu'on sait que c'est grâce à eux et aux obstacles qu'ils nous créent que l'on arrive à progresser, à dominer notre ego et à développer petit à petit une attitude plus ouverte et plus souple. Cet aspect de patience est relié à notre cheminement spirituel au niveau du quotidien : sommes-nous capables de traiter avec les situations qui sont parfois très irritantes et difficiles ? Quelquefois, on perd le contrôle de soi-même. L'attitude à adopter dépend de la situation, de nous-mêmes et de la personne qui est en face. Si c'est quelqu'un qui nous est étranger - que l'on risque donc de blesser -, dans la mesure où l'on n'est pas capable de se maîtriser, mieux vaut alors s'en aller. Lorsqu'on ne contrôle pas ses émotions, il est préférable d'éviter l'affrontement et de travailler sur soi-même, d'être conscient de son incapacité afin d'y porter remède.

En relation avec les personnes que l'on côtoie tous les jours, avec qui l'on est beaucoup plus intime, apparaissent aussi inévitablement des heurts et des frictions. Dans ce cas, s'il y a acceptation réciproque, sachant que chacun essaie de se transformer et de développer une attitude positive et qu'inévitablement, malgré cela, des expressions négatives vont émerger, on n'en voudra pas à la personne elle-même. On sait que tout cela fait partie du chemin, on l'accepte en tant que tel.

Si les situations peuvent être tolérées réciproquement, on a la possibilité de les exprimer. Cela ne veut pas dire qu'il faut faire exprès de se mettre en colère, ou que l'on s'en réjouit ; mais on peut travailler la situation de façon à apparaître un peu comme un miroir pour les autres, pourvu que ceux-ci l'acceptent, que cela ne les choque pas, ne les blesse pas profondément. Dans cette mesure-là, il arrive que l'on puisse se mettre en colère. Ce qui est essentiel, c'est qu'il n'en reste rien après.

C'est parfois beaucoup plus grave de ne rien dire et d'entretenir un courant d'esprit négatif : dans ce cas, les idées noires pourrissent en nous-mêmes et cela finit par devenir quelque chose d'atroce, parce qu'on développe une vision extrêmement sombre et négative de certains êtres, et l'on ne sait plus comment en changer.
D'une certaine manière, on peut dire que, dans tous les cas, il faut trancher : soit on coupe en s'en allant, si l'on n'est pas capable de faire face à la situation ; soit on s'exprime, mais on coupe ensuite sans garder aucune trace de négativité dans l'esprit.
L'important, de toute façon, est d'être conscient de la situation, de se dominer et d'agir en évitant au maximum de blesser ou de heurter les autres. Même si l'on agit de façon négative, ce n'est pas quelque chose de catastrophique en soi, ni d'irrémédiable, dans la mesure où l'on est conscient de cette négativité et qu'on n'en tire pas orgueil ou satisfaction.

Le point essentiel est la vigilance. Pour s'y entraîner, il faut chaque jour reprendre le vœu de bodhisattva dès le réveil, tout en souhaitant accomplir une activité bénéfique par le corps, la parole et l'esprit ; on peut ensuite consacrer sa journée à vraiment mettre ce vœu en application, comme une pratique. De cette façon, on renforce la motivation. Et le soir, on considère le résultat de ce que l'on a fait dans la journée. Ainsi, on pourra mesurer tous les jours nos actions.

Cette attitude crée un entraînement qui va faire que, dans certaines situations, bien qu'au début on soit complètement dépassé et débordé, n'ayant pas même le temps de voir la négativité, petit à petit un espace va se créer. Par l'entraînement de l'esprit, on perçoit plus clairement ces négativités, on en voit de plus en plus du fait qu'on en devient conscient et, en même temps, on trouve les moyens de moins se laisser dominer par elles.

Cela se fonde uniquement sur cette intention du vœu de bodhisattva, cette volonté de le reprendre chaque jour et d'agir pour le bien des êtres. Evidemment, on sera de suite confronté au reflet de sa propre hypocrisie, car si l'on poursuit telle idée, on va s'apercevoir de tout ce qui entre en contradiction avec elle. Petit à petit, en travaillant sur soi-même, on parviendra à harmoniser son attitude dans le sens du vœu de bodhisattva.

La persévérance - énergie enthousiaste -

Suite et fin de la retranscription de l'enseignement sur les Paramitas, donné par Lama Guendune Rinpoché en juillet 85, se basant sur l'ouvrage de Gampopa, le "Joyau Ornement de la Libération" (Dhagpo Thargyen). La persévérance, quatrième de ces six perfections transcendantes, est ici définie et commentée.

La persévérance est définie en sept points : inconvénients et avantages issus respectivement de l'absence et de la présence de la persévérance, l'essence de la persévérance, la classification, les caractéristiques essentielles de chaque aspect, la façon de l'accroître, les moyens pour la purifier, le résultat.

Inconvénients dus à l'absence de persévérance

Celui qui, bien que pratiquant les Paramitas telles l'éthique, la générosité et la patience, est dénué de persévérance, sera paresseux. Etant pris de paresse, il n'accomplira pas d'actions vertueuses. Sans activité bénéfique, il ne pourra pas réaliser le bienfait des êtres. N'ayant pas cette capacité, il ne lui sera pas non plus possible d'obtenir l'Eveil.

Ceci est exprimé dans un Soûtra, où le Bouddha répond à la question posée par Lodreu Gyamtso : "Celui qui est paresseux est en fait incapable de pratiquer ou de faire naître aucune des autres Paramitas, depuis la générosité jusqu'à la sagesse transcendante. Celui qui est paresseux ne peut pas accomplir le bienfait des autres. En raison de cela, il ne pourra pas réaliser l'Eveil avant un temps considérable et, en fait, il s'en éloigne sans cesse."

Avantages issus de la persévérance

Celui qui a de la persévérance dans la pratique est un être dont les qualités positives, bénéfiques ne diminuent pas, mais au contraire s'accroissent sans cesse.

Dans un autre Soûtra, le Bouddha exprime les bienfaits de la persévérance : "Celui qui possède cet enthousiasme développera et ne laissera jamais décroître les qualités positives ; par cela même il sera comme celui qui obtient un trésor royal, le trésor de la sagesse transcendante."

En outre, si l'on possède cet enthousiasme pour la pratique, on sera capable de traverser complètement la montagne de toute l'accumulation d'activité mondaine antérieure.
"Celui qui fait preuve d'énergie se libérera des conditionnements du monde et transformera complètement toutes les formes de réalisation mondaine."
"Par cette énergie enthousiaste le sublime Eveil de la bouddhéité est obtenu."
Soûtra : "Pour celui qui s'exerce en enthousiasme et énergie, il ne sera pas difficile de réaliser l'Eveil. Il le réalisera de la façon la plus parfaite et la plus pure, il obtiendra l'Eveil insurpassable. Qu'est-ce que cela signifie ? Lodreu Gyamtso, sache que, là où il y a enthousiasme et persévérance, il y a Eveil."

L'essence de la persévérance

L'essence de la persévérance est le fait de se réjouir dans la vertu, de trouver sa joie dans l'action positive.

Soûtra : "Qu'est-ce que l'énergie enthousiaste ? C'est le remède à la paresse, c'est l'état d'esprit dans lequel on éprouve de la joie manifeste à se tourner vers la vertu, vers l'accomplissement spirituel."
Soûtra : "Le fait de se réjouir complètement et parfaitement de l'activité positive, de l'accomplir avec beaucoup d'élan, d'inspiration, voilà ce que l'on peut appeler l'essence de la persévérance."

Il est dit que l'effort enthousiaste est l'antidote à toutes les paresses qui conduisent vers des actes impurs et erronés. Ces paresses se présentent sous trois aspects. Tout d'abord, il y a celle que l'on pourrait appeler de l'indifférence ou oisiveté. Ensuite, il y a la paresse qui est celle du manque de confiance ou découragement. Il y a enfin la paresse grossière ou de base.

La paresse de l'oisiveté

C'est le type de paresse dans lequel on passe son temps à dormir, à se reposer ; on est plongé dans des rêveries ou un état d'inattention, de négligence ou d'indifférence aux choses, etc. Cette forme de paresse est le produit de l'attachement à un type de bonheur qui s'accomplit dans l'inactivité. Evidemment ce type de paresse est à proscrire.

De quelle manière va-t-on abandonner cette forme de paresse ?

En réfléchissant qu'il n'y a pas de temps pour cela en cette vie, que cette existence est extrêmement brève et que l'on n'a pas le loisir de paresser.

Dans un Soûtra, le Bouddha explique ce que doit savoir le moine : "Si la communauté monastique elle-même se réduit, si la force vitale est coupée, si la longévité et les capacités d'accomplir quelque chose se dispersent, si l'enseignement du Bouddha lui-même vient à décliner, ou s'il n'y a plus d'adhésion, de confiance en cet enseignement et que finalement il arrive à sa ruine, quelle en est la raison ? C'est le fait que, par l'influence de la paresse et de l'apathie, on ne s'applique pas à la réalisation des aspects et des pratiques qui sont liés à l'effort enthousiaste."

Le Bouddha exprime : "Etant donné que tout est sujet à destruction, que c'est la caractéristique de chaque chose et que cette mort est potentiellement présente et survient rapidement, pendant qu'il est encore temps on devrait s'appliquer à l'accumulation de ce qui est bénéfique, à travers le corps, la parole et l'esprit."

Si on se dit qu'il sera toujours temps, au moment de la mort, de créer cette accumulation positive, on doit savoir que lorsque ce moment est venu on n'a aucun loisir, on n'a plus le temps d'accomplir quoi que ce soit. Si on pense que l'on va abandonner la paresse avec la fin de cette existence, il faut bien se rendre compte qu'il sera trop tard.

On peut se persuader que la mort ne viendra pas tant que l'on n'aura pas réalisé cette accumulation de vertus, que tant qu'il restera encore quelque chose à faire, on restera en vie et on ne mourra pas. Ce genre de raisonnement n'est pas la preuve d'une réelle intelligence. Shantideva a dit : "Le seigneur de la mort, qui n'est pas digne de confiance, n'attend pas que l'on ait mené à bien nos projets ; que l'on ait fini ou pas, il frappe, et la mort vient sans prévenir. "

Ainsi, que l'on soit malade ou en bonne santé, cette vie n'est pas sûre ; on ne doit pas s'appuyer simplement sur cette conscience ordinaire de l'esprit qui croit que la vie va toujours durer. On doit au contraire savoir que cette vie est transitoire et fugitive.

De quelle manière faut-il abandonner toute paresse ?

De la même façon que l'on rejetterait immédiatement un serpent qui se serait installé sur nous, ou avec la même énergie que l'on mettrait à éteindre le feu qui aurait pris sur notre tête.

Dans le Bodhicharyavattara il est dit : "De même que, si un serpent était venu s'installer sur nous, on le rejetterait immédiatement au loin avec la plus grande vigueur, de la même façon lorsque l'on s'applique à la pratique du Dharma, on doit rejeter avec une grande force et une grande vigueur toute tendance à la rêverie, la somnolence, l'apathie ou l'oisiveté et contrer de toutes ses forces ces tendances pour s'appliquer avec une grande énergie à la réalisation de l'Eveil."

Dans un autre texte il est dit : "De même que si le feu prenait sur notre tête ou dans nos vêtements, aussi rapidement que possible on essaierait de l'éteindre, on se débarrasserait de ses vêtements en flammes, de la même manière et avec la même rapidité on devrait s'efforcer de porter tous ses efforts vers la libération du monde conditionné. A part cela, il n'y a rien d'important à accomplir."

La paresse du découragement

Cette forme de paresse, liée à un état dépressif, de manque de confiance, est entretenue à travers des réflexions du genre : "comment quelqu'un de vil et ordinaire comme moi pourrait, même en s'efforçant, obtenir l'Eveil qui est quelque chose de tellement éloigné de moi ?" Cette paresse résulte du fait de s'entretenir dans un état de découragement et une attitude d'impuissance. Il est dit qu'il ne faut pas se laisser aller au découragement et cette forme de paresse doit être rejetée.

Comment peut-on s'en convaincre ? En développant cette pensée, comme l'a expliqué le Bouddha : "Même pour les mouches, les abeilles ou les moustiques, jusqu'au dernier des insectes et des vermisseaux, s'ils s'appliquent avec énergie, s'ils peuvent développer cette force de la persévérance et de l'enthousiasme, il ne sera pas difficile d'obtenir l'Eveil. Alors moi, qui ai obtenu une naissance dans le monde humain avec toutes ses qualités de compréhension et ses potentialités, et qui de plus ai rencontré le Dharma et compris le sens du Mahayana - l'importance de réaliser quelque chose d'utile et de ne pas nuire aux autres - pourquoi douterais-je de ma capacité à réaliser l'Eveil alors que cela est possible pour tous les êtres ?"

La paresse grossière

La troisième forme de paresse est celle qui consiste, sous l'emprise de l'attachement, à s'appliquer à des actes négatifs, à utiliser son énergie soit pour vaincre des ennemis, soit pour accumuler richesses, renommée, pouvoir, etc., à travers des actions erronées.

Etant donné que toutes ces formes d'activités sont la cause de la souffrance, on s'abstiendra de telles attitudes.

Classification de la persévérance

Cette classification est triple : la persévérance semblable à une armure, l'énergie enthousiaste de l'activité même, et la persévérance qui ne tient jamais rien pour suffisant.

Le premier aspect consiste à endosser l'armure de l'intention ferme d'accomplir le bien des êtres et de produire toutes formes d'actions excellentes apportant bonheur et vertu. C'est donc la motivation indéfectible, immuable comme une armure de protection. Le deuxième aspect est l'énergie qui s'applique à ce qui est bénéfique et excellent pour le bien de tous les êtres. On ne demeure pas simplement au stade de l'intention, mais on met en pratique cette détermination de l'esprit. Le troisième aspect est celui qui considère que dans cette mise en application il n'y a pas d'hésitation à avoir ; on ne doit pas se sentir satisfait, mais au contraire toujours s'appliquer sans cesse, sans jamais relâcher son effort.

- La première forme d'énergie enthousiaste est une accumulation de l'excellence de l'attitude d'esprit ;

- la deuxième est l'accumulation de l'excellence de l'activité de la conduite juste ;

- la troisième est le fait de porter ces deux aspects à leur parfait développement, avec toutes les qualités qui sont en relation avec cette pratique.

Caractéristiques essentielles de chaque aspect

1 - LA PERSÉVÉRANCE SEMBLABLE À UNE ARMURE

Elle s'exprime ainsi : "A partir de maintenant, dès ce jour, jusqu'à ce que tous les êtres soient véritablement établis sur le chemin de l'Eveil, je m'engage à ne jamais rejeter cette volonté de m'appliquer avec enthousiasme à l'accomplissement de l'activité bénéfique aux êtres."

Ceci est exprimé par le Bouddha lui-même lorsqu'il explique l'attitude du bodhisattva face à l'Eveil. Il s'adresse à Sharipoutra : "Sharipoutra, il faut développer cette armure de l'activité bénéfique insondable sans relâcher la persévérance, jusqu'à ce que le dernier des êtres sensibles soit établi dans l'Illumination."

Quant à la façon d'établir cette armure de la persévérance, il est dit dans un Soûtra : "Le bodhisattva est celui qui doit réaliser le bienfait des êtres, afin de les réunir tous dans l'au-delà de la souffrance. Pour mener à bien cette tâche, il va revêtir l'armure de l'énergie enthousiaste, qui sera semblable aux êtres : ceux-ci existant en nombre infini, l'armure de persévérance sera elle aussi infinie, inconcevable."

Soûtra : "Le bodhisattva ne doit pas calculer ou planifier son activité en se disant : pendant tel Kalpa je vais revêtir l'armure du bodhisattva et je vais aider les êtres, et pendant tel autre Kalpa, je m'abstiendrai, je me reposerai un petit peu et je ne revêtirai pas cette armure du bodhisattva."

Cela ne convient pas ! Le bodhisattva ne doit pas concevoir cette armure de la persévérance de façon limitée, intellectuelle, comme un projet ; il doit simplement comprendre que c'est au-delà du mental, que l'esprit lui-même ne peut pas embrasser une telle dimension.

Dans les Terres de Bodhisattva il est dit : "Même s'il faut une ère cosmique entière pour que je parvienne à libérer un seul être des enfers, même si c'est le seul résultat que j'obtiens, je m'engagerai avec grande joie et un enthousiasme sans partage dans l'accomplissement de ce bienfait."

Sans parler du temps et des efforts qu'il faudra fournir pour libérer tous les êtres de la souffrance... Telle est cette parfaite armure du courage et de l'énergie, au-delà de tout point de référence et de tout ce que l'on peut concevoir.

2 - LA PERSÉVÉRANCE DE L'ACTIVITÉ MÊME

Ce deuxième aspect se présente sous trois formes :

- l'activité de la persévérance qui consiste à abandonner les émotions conflictuelles ;

- l'activité de la persévérance qui consiste en l'action positive ;

- l'activité de la persévérance qui s'exprime dans l'accomplissement du bienfait de tous les êtres.

A - ABANDONNER LES ÉMOTIONS CONFLICTUELLES

Les émotions telles que le désir ou l'aversion s'élèvent, en dépendance du karma, des empreintes qui ont été créées : si on se laisse emporter par elles, on va créer une forme d'activité karmique productrice de souffrance. La racine de la souffrance réside en le fait que ces émotions apparaissent et qu'on ne les contrôle pas. De plus, émotions et souffrance s'engendrent de manière réciproque ; c'est-à-dire que si l'on ne se libère pas de la souffrance, on est toujours dans l'émotion, .et si l'on est sous l'emprise des émotions, on expérimente toujours une forme de souffrance à travers l'accumulation de karma. Par la compréhension de cette réciprocité de cause et d'effet entre l'expérience de la souffrance et la présence des émotions non maîtrisées, on s'applique au contrôle des émotions afin de ne pas en recevoir la "bénédiction", c'est-à-dire la souffrance !

Dans le Bodhicharyavattara, Shantideva l'exprime de façon imagée en disant : "Lorsque l'on se tient au milieu de la meute des émotions conflictuelles qui s'élèvent dans l'esprit, on doit être capable de les affronter fermement de mille et une manières, par tous les moyens possibles. Tout comme le lion qui se trouve entouré de chacals ne leur permettra pas d'approcher ni de le toucher, de la même façon on devra se protéger soi-même de toutes les émotions qui sont comme une meute autour de nous et de notre esprit, en les maintenant à distance."

Dans un autre exemple, il est dit que l'on doit être comme quelqu'un qui transporte un pot rempli d'huile, étant sous le regard d'une autre personne qui tient une épée à la main en menaçant de nous mettre à mort si jamais nous renversons une seule goutte de ce liquide. Avec la même attention et maîtrise de soi que l'on développerait en telle situation, il nous faut, avec rigueur, nous garder d'être emportés par les émotions conflictuelles.

Rinpoché explique que ce genre d'exemple était utilisé par les yogis de l'Inde du temps du Bouddha pour développer les états d'absorption méditative, pour marquer avec quelle présence et attention de l'esprit on doit méditer afin de réaliser l'absorption "en un seul point". C'est comme un rappel constant de la conscience au support de méditation. Cette rigueur, cette autodiscipline est vraiment nécessaire parce que, lorsque l'on est en relation avec d'autres êtres, se créent beaucoup d'occasions de dispersion et de perturbation de l'esprit. En particulier, par rapport aux autres, apparaissent le désir, la jalousie, la haine, etc., et on doit cultiver cette rigueur de l'esprit afin de ne pas être emporté par ses pulsions.

"Le pratiquant qui se laisse emporter par des inclinations négatives, qui perd la vigilance et la conscience de son état d'esprit, est immédiatement frappé par tous les démons comme par autant de pointes d'épées."

B - AGIR POSITIVEMENT

Cet aspect de l'énergie enthousiaste consiste à s'efforcer à la pratique des six vertus transcendantes : "Celui qui s'exerce à la pratique des six Paramitas doit le faire avec beaucoup d'énergie, sans aucun regard sur son propre corps ou sa propre vie. Il doit être uniquement concentré sur le fait de mettre le Dharma en pratique."

Milarépa disait : "La seule raison de pleurer se trouve dans toutes les souffrances qui sont endurées dans le monde. Les seules raisons de se réjouir se trouvent dans toutes les difficultés de la pratique du Dharma."

Ayant pris conscience de la souffrance des êtres dans le monde conditionné, et ayant compris le fait que c'est dans la pratique du Dharma que l'on trouve la joie ultime, on puise dans cette motivation la force de réaliser l'Eveil.

Milarépa l'exprimait également par rapport à ses disciples qui doutaient de leurs propres capacités à réaliser l'Eveil, affirmant que pour quelqu'un comme lui, une émanation du Bouddha, il était facile d'obtenir l'Eveil. Milarépa répondait que tous les êtres sont des émanations du Bouddha et que la seule difficulté réside en le manque de certitude, de confiance de chacun en sa propre capacité de réaliser l'Eveil. Si l'on n'a ni doutes ni incertitudes, si l'on s'applique avec diligence à la pratique du Dharma, on triomphe de toutes les difficultés, de toutes les souffrances.

Cet aspect de la persévérance qui pratique l'action juste est expliqué en cinq points :

- la persévérance qui fait que l'on s'exerce constamment, sans relâche ;

- la persévérance qui fait que l'on s'exerce avec respect, dévotion et aspiration ;

- la persévérance qui demeure immuable ;

- la persévérance qui ne se détourne pas de son but, qui garde confiance ;

- la persévérance qui est libre d'orgueil, sans vanité.

- La persévérance sans relâche.


C'est le fait de s'exercer de façon continue, sans aucune interruption, dans un flot permanent d'énergie qui est produit pour l'accomplissement des actes vertueux.


"Lorsque le bodhisattva qui a donné naissance à l'esprit d'Eveil s'exerce à la mise en pratique de la bodhicitta, il doit le faire, dans tous les aspects de sa pratique, avec une énergie continue. Cette persévérance dans l'action ne cédera pas à la fatigue ou à la lassitude physique : elle ne cédera pas au découragement mental. Elle s'efforcera toujours à l'action positive inspirée, heureuse."

- La persévérance enthousiaste liée à l'aspiration et la dévotion.
C'est le fait d'être toujours dans la joie et d'avoir, du fait de cette joie, l'élan naturel pour l'accomplissement de ce qui est bénéfique.

Le Bouddha explique lui-même la façon de parachever cette perfection : "Tout comme l'éléphant qui souffre de la chaleur du soleil en plein midi se précipite sans réfléchir dans l'eau pour en goûter la fraîcheur, de la même manière on doit se précipiter - juste comme un réflexe par rapport à une sensation - dans l'exercice de ce qui est positif et vertueux, simplement parce que c'est une nécessité sans appel."

- La persévérance qui demeure immuable.
C'est celle qui n'est pas affectée par les productions conceptuelles s'élevant dans l'esprit, les émotions perturbatrices, ou par l'expérience d'une forme de souffrance ou de frustration. Cela veut dire que l'esprit reste parfaitement ferme et ne se laisse pas entraîner par toutes les sortes de tendances négatives qui peuvent s'élever. Cette persévérance immuable s'établit en relation avec son propre état intérieur.

- La persévérance qui ne se détourne pas du but.
Elle naît en relation avec le monde extérieur et les êtres. Au moment où l'on est tourmenté par les autres, où l'on doit supporter des êtres grossiers saturés d'émotions et de négativités qui cherchent à nous nuire ou à mettre en péril notre équilibre, au moment où dominent dans des époques dégénérées des idées négatives et contraires au Dharma, par rapport à cette agitation et ces conditions néfastes d'environnement extérieur, cette persévérance est la force qu'acquiert l'esprit de ne pas se détourner de son but et dé garder la vision de l'Eveil et du bienfait des êtres.

- La persévérance libre d'orgueil.
C'est le fait de s'appliquer avec énergie à l'accomplissement d'actes vertueux sans pour cela en tirer gloire ou vanité, mais en gardant présent à l'esprit le fait que cette pratique doit viser à la réduction de la fixation égocentrique.

C - ACCOMPLIR LE BIEN DES ÊTRES

C'est l'énergie enthousiaste dans l'activité qui s'efforce à la réalisation du bienfait d'autrui à travers onze formes d'actes spécifiques, tels que venir en aide à ceux qui sont sans secours, etc.

3 - LA PERSÉVÉRANCE QUI NE TIENT JAMAIS RIEN POUR SUFFISANT

Cela signifie que tant que l'état de Bouddha n'est pas obtenu, on doit s'efforcer, sans jamais être satisfait de soi-même, à l'accomplissement d'actes bénéfiques.

Bouddha : "Si l'assouvissement des désirs ordinaires, qui sont comme du miel sur une lame de rasoir, n'apporte pas la satisfaction ni le contentement, alors que peut-on dire de l'accomplissement enthousiaste d'actes bénéfiques qui sont la source de la véritable paix mentale et de la félicité sans limite ?"

La façon d'accroître la persévérance

La sagesse primordiale va rendre cette qualité de persévérance parfaitement pure, authentique ; la conscience transcendante permet de la développer, de l'accroître, et le pouvoir de la dédicace parfaite la rend définitive.

Du fait que cette activité positive est dédiée vers tous les êtres, c'est-à-dire qu'elle est marquée de la dimension de sagesse, parce qu'elle est soutenue par les souhaits que l'on fait pour qu'elle s'accroisse sans cesse et demeure comme quelque chose de vivant qui va se développer constamment, cette vertu n'est plus limitée à nous-mêmes. On se libère de l'idée du sujet qui a créé cette activité vertueuse, ce qui fait qu'elle peut continuer à s'accroître et être disponible pour tous les êtres, comme un trésor inépuisable.

Ainsi, grâce à une parfaite dédicace, l'activité bénéfique demeure indestructible, à l'abri de toutes les perturbations et émotions dues aux actions antérieures.

Les moyens pour la purifier

La façon de rendre parfaitement pure cette énergie enthousiaste est l'union de la vacuité et de la compassion : par la conscience de la compassion et de la vacuité comme étant deux aspects indissociables, le bienfait que l'on crée est réellement dirigé vers tous les êtres, on n'a pas d'autre intention que de créer des conditions positives pour tous les êtres, tout en demeurant dans la conscience de la dimension de vacuité de la réalité de cette compassion.