Instructions sans ornement

Lama Guendune Rinpoché

Enseignement donné par Guendune Rinpoché à Dhagpo Kagyu Ling, au mois d'Août 1984

Le texte de Tchagmé Rinpoché qui sert de base à cet enseignement porte également le nom d'instructions essentielles du Grand Compatissant. C'est un commentaire sur l'union des pratiques du Mahamoudra et du Dzogtchen, présenté sous la forme de chants successifs.

PREMIER CHANT : le chant qui lie et explique le Dharma profond.

Le texte commence par un hommage, en sanskrit, au Grand Compatissant Tchenrézi, et le texte tibétain débute par l'exclamation Emaho, ô merveille !

Il dit ensuite que les Bouddhas des trois temps ont laissé un nombre considérable d'enseignements et de traditions des Soutras et des Tantras. Néanmoins, la vie mondaine est extrêmement courte, et, pour ceux qui sont d'une capacité de connaissance limitée, la possibilité de comprendre en une vie humaine est très improbable et il est très difficile de pouvoir parfaire tous ces enseignements et instructions.

On peut posséder une vaste connaissance de ces instructions et transmissions, mais si on ne les met pas en pratique, "on ressemble à quelqu'un qui mourrait de soif sur la rive d'un grand lac".

Un proverbe dit encore ; "dans le lit d'un érudit, le cadavre est celui d'un être ordinaire."

Il existe une profusion de textes et d'instructions orales, mais il est difficile pour l'homme ordinaire de pouvoir en recevoir complètement toutes les bénédictions. Néanmoins, toutes ces transmissions provenant des Soutras et des Tantras, ainsi que de la bouche de tous les accomplis de l'Inde et du Tibet sont enseignées dans les collèges monastiques car il est nécessaire que ceux qui sont destinés à transmettre toutes ces voies les connaissent et les comprennent.

Mais, pour celui dont le but est de mener à bien sa pratique, de la manière la plus effective, toute cette "variété" d'enseignements n'est que de peu de profit.

Pour celui qui souhaite se consacrer essentiellement à l'accomplissement d'une pratique, le plus utile est "la vieille femme qui montre du doigt l'esprit", c'est-à-dire la réalisation qui s'élève de sa pratique.

Il existe un nombre incommensurable d'enseignements profonds dans les différentes traditions. Il est important que ceux qui sont destinés à les détenir, et ainsi à accroître le nombre des pratiquants, comprennent la totalité de ces instructions et en acquièrent une parfaite certitude. Mais pour celui qui s'engage dans la pratique afin de développer ses tendances positives pour les vies à venir, il est essentiel et beaucoup plus important de concentrer tous ces enseignements en une seule pratique et d'approfondir celle-ci.

Il est également important que toutes les traditions, les différentes voies, puissent être maintenues de façon ferme, sans se mêler les unes aux autres, sans qu'il y ait de confusion entre elles. Il faut donc que les détenteurs de ces enseignements maintiennent "pure" la transmission afin qu'il soit toujours possible de réaliser chacune de ces voies. Mais, pour le pratiquant qui souhaite surtout accomplir le bienfait de ses existences futures, sa seule pensée doit être de se départir de toute forme d'esprit partiel. Il ne lui faut pas se perdre dans des directions diverses, ni faire de distinctions entre les traditions, mais développer une conscience pure et s'efforcer de débarrasser son esprit de ses voiles.

Il est nécessaire de tourner son esprit vers un Lama, de s'en remettre à lui et de le considérer comme éminent parmi tous les Lamas ; il est bénéfique de devenir comme son grand fils, comme son disciple personnel. Mais le plus important, en fait, pour celui qui souhaite réunir toutes les qualités de l'Eveil et voir s'élever en lui expériences et réalisations, est de demeurer uni au Lama par la mise en pratique de ses enseignements. C'est la meilleure forme de pratique, celle qui réunit toutes les autres. La meilleure façon de "servir" le Lama est de développer un esprit qui considère en le Lama la réunion de tous les autres, qui tient tous les Lamas comme un seul. Pour le disciple, il est beaucoup plus profond de méditer sur son Lama racine par la prière. Il existe de multiples prières profondes qui développent l'aspiration vers le Lama racine.

Il existe également de nombreuses manières de pratiquer les accumulations par la méditation des différentes formes de divinités des diverses classes de Tantras, ainsi que par la récitation des mantras associés à ces divinités et correspondant à la phase de développement de la méditation. Il faut que ces formes extrêmement variées soient connues dans tous leurs détails et leurs différents aspects par les grands Lamas appelés à transmettre ces initiations. Mais pour celui qui cherche des moyens de purifier les voiles de son esprit et d'obtenir les accomplissements, il est beaucoup plus important de réunir toutes ces formes en une seule et de s'efforcer d'accomplir profondément la méditation d'une divinité et la récitation d'un seul mantra.

Il existe beaucoup d'instructions qui expliquent les phases de la pratique : la phase de développement, la phase d'accomplissement, celle avec signe, celle sans signe et sans référence... Il est indispensable que ceux qui donnent ces explications les connaissent parfaitement. Mais, pour le pratiquant ordinaire qui souhaite faire naître en lui les qualités et les réalisations, il est essentiel de ramener toutes ces différentes instructions à une seule et de les condenser en leur essence. Il lui faut s'efforcer de se diriger vers une pratique et de l'approfondir.

Il existe de multiples instructions et théories qui expliquent comment couper extérieurement les élaborations et projections et intérieurement les formations mentales. Cependant, il vaut mieux faire comme l'exemple de la fumée et du feu : si l'on souhaite se débarrasser d'une fumée, il est nécessaire de se débarrasser du feu, d'attaquer le mal à la racine. De la même manière, il est préférable de trancher à la racine de l'esprit plutôt que de s'occuper d'aspects extérieurs pour comprendre l'aspect intérieur de l'esprit.

Il existe de nombreuses méthodes de méditation : avec support et sans support, avec point de référence et sans point de référence. Mais la méditation qui parfait toutes les autres, qui accomplit à la fois la phase de développement et la phase d'achèvement, est la méditation qui unit clarté et vacuité (Chiné).

Et lorsqu'on décrit les comportements que l'on peut développer après la méditation, on dit qu'il y en a une infinie variété. L'essentiel se résume au fait que l'on doit simplement approfondir ses capacités à pratiquer la vertu et abandonner les actions impropres.

Il existe plusieurs méthodes qui expliquent les moyens d'obtenir le fruit et la façon dont il est connu au moment où il est obtenu. L'essentiel est de mettre en pratique sans confusion toutes les phases de la méditation - la vue, la méditation et l'action - et de les développer les unes après les autres de façon stable et régulière jusqu'à obtenir, par l'approfondissement de la pratique, les moyens d'une connaissance véritable faisant naître en nous la certitude.

Il est parfois relaté dans les enseignements que les bodhisattvas résidant dans les Boumi (Terres des bodhisattvas) peuvent agir d'une façon qui semble, à un oeil ordinaire, incorrecte et erronée, parce que leur vision est exempte de voiles et qu'ils perçoivent le sens ultime de leur action et le bienfait qui en naîtra pour le Dharma. Mais pour nous, être ordinaires qui souhaitons nous libérer de toutes les peurs des royaumes inférieurs, il est beaucoup plus sûr d'approfondir sans négligence nos capacités à éviter toute forme d'action négative et toute transgression de l'enseignement.

Et quoi que l'on fasse - des offrandes dirigées vers des supports adéquats, la pratique de la générosité envers ceux qui sont démunis, écrire des textes, les lire, en expliciter le sens - toutes ces pratiques faites sans aucun intérêt personnel et dirigée uniquement vers le bienfait de tous les êtres doivent être approfondies, élargies et développées par une dédicace libérée de la triade (sujet, acte et objet), une dédicace parfaite, non-référentielle et non-conceptuelle.

L'ensemble de ces instructions constitue le premier chant et présente les voeux, l'engagement du Dharma profond.

Deuxième chant

le chant qui montre comment comprendre l'essence de cette précieuse existence humaine, si difficile à obtenir.

"Bien qu'il y ait de nombreuses ères cosmiques, parmi toutes ces ères il est extrêmement rare d'en voir une où le Dharma est présent et peut se répandre ; bien qu'il existe un nombre immensurable d'univers, rare est le monde dans lequel un Bouddha est apparu.

Si un Bouddha apparaît, il est extrêmement rare que son enseignement demeure présent ; si cela est le cas, il est extrêmement rare d'obtenir, parmi les six classes d'êtres, une naissance humaine.

Et même si l'on obtient cette naissance humaine, il est encore plus rare de pouvoir naître sur le continent sud, Djamboudvipa.

Et sur ce continent, rares sont les pays où le Dharma est connu et répandu."

Rinpoché explique que, parmi toutes les formes d'existence qui peuvent être expérimentées, l'existence humaine est particulièrement rare et précieuse car c'est la seule base qui permette d'entrer en contact avec l'enseignement du Dharma. Encore faut-il que cette existence humaine soit expérimentée dans un monde favorable, c'est-à-dire sur cette terre. En effet, c'est seulement sur cette terre que l'on peut rencontrer l'enseignement. On peut obtenir une existence humaine dans d'autres mondes où l'on jouira de formes matérielles, de possessions, humaines ou divines, plus développées que celles que nous connaissons sur cette terre ; mais, dans tous ces mondes, le Dharma est absent.

C'est seulement ici, en cette existence humaine, sur cette terre, que l'on peut rencontrer et pratiquer le Dharma. Et on s'aperçoit que, sur cette terre, les pays où le Dharma est connu et accessible sont l'exception. De plus, il faut avoir créé les conditions suffisantes pour éprouver de la confiance dans le Dharma et voir cette confiance se matérialiser par la rencontre d'un ami spirituel.

"Même s'ils sont nés dans un pays favorable à la pratique du Dharma, très rares sont ceux, parmi les êtres humains de ce pays, qui disposent de toutes leurs facultés physiques et mentales pour pouvoir pratiquer. Et parmi ceux-ci, peu nombreux sont ceux qui ont la conscience suffisante et la volonté nécessaire pour accomplir le Dharma de façon parfaitement pure.

Parmi ceux qui aspirent ainsi à la pratique du Dharma, rares sont ceux qui peuvent rencontrer un ami spirituel véritablement qualifié et compétent. Et si on le rencontre, il est extrêmement rare et précieux de pouvoir obtenir de lui des instructions de pratique.

Si l'on a rencontré cet ami spirituel et reçu de lui des instructions, il est encore plus difficile de recevoir complètement les initiations qui font mûrir les transmissions scripturaires et tous les commentaires détaillés nécessaires à la pratique. Et même si on a réuni ces deux aspects essentiels des instructions et des initiations, il est encore plus rare et plus difficile de pouvoir les pratiquer et les réaliser, de pouvoir en reconnaître l'essence."

Nous-mêmes avons la chance, en ce moment, de détenir ces circonstances favorables et de trouver tout cela naturellement devant nous. Mais ce n'est pas parce que c'est là présent, apparemment sans effort, qu'il s'agit du fruit du hasard, d'une simple chance. La présence de ces conditions réunies est le signe d'une activité antérieure positive : ceux qui réunissent ces conditions ont déjà commencé antérieurement à purifier les voiles de leur esprit, à pratiquer les accumulations, à se tourner vers le Lama et, en particulier, ont fait des prières de souhaits afin de pouvoir rester en contact avec cet enseignement. Dans cette existence où nous avons la chance d'avoir réuni toutes ces excellences, nous devons faire effort sur nous-mêmes - le texte dit : "Efforce-toi de te défaire du samsara ; si tu ne profites pas de cette occasion, tu seras semblable à celui qui est allé dans l'île au trésor en ignorant qu'un trésor s'y trouvait : il est revenu les mains vides." - sinon, incapables de voir le trésor qui est dans nos mains, nous ne tirerons aucun bienfait ni aucun profit de cette existence humaine.

On doit véritablement se poser la question : "sera-t-il encore possible dans l'avenir de réunir de telles conditions ?" En particulier, nous devons nous demander si nous aurons de nouveau la chance d'être en relation avec les enseignements du vajrayana, les enseignements insurpassables du Véhicule de Diamant ; car il est dit dans les enseignements que, du Bouddha Maitreya jusqu'au millième des Bouddhas, ils ne seront plus disponibles. Il n'y aura donc plus aucun espoir de les obtenir à nouveau. Alors, c'est maintenant, puisque nous avons la chance de posséder ce précieux corps humain si difficile à obtenir, que nous devons nous décider sans délai et nous concentrer uniquement sur l'accomplissement de ce qui est bénéfique, la vertu, car nous n'aurons pas beaucoup de temps pour le faire : le moment où nous devrons laisser ce corps n'est pas loin. Il ne sera bientôt plus que de la nourriture pour la vermine. Il faut donc se réveiller dès maintenant et accomplir sans délai ce qui a un sens, sinon nous passerons à côté de l'essentiel. En particulier, il faut garder parfaitement purs tous les liens, les samayas, tous les engagements et tous les voeux que l'on a reçus, par exemple en pratiquant les Nye-Nés les jours de pleine lune, de nouvelle lune et le huitième jour du mois (tibétain).

Comment peut-on encore agir de façon utile ?

On doit utiliser ses mains et s'exercer à accomplir sans répit des prosternations ; on doit utiliser ses jambes et s'exercer à faire des circumambulations autour des supports sacrés ; on doit utiliser sa langue et réciter des textes de prière : en particulier, on s'applique à réciter le mantra de six syllabes. On doit utiliser ses biens, ses possessions, ses richesses pour créer des accumulations de mérite en faisant des offrandes aux Trois Joyaux et en pratiquant la générosité envers ceux qui sont démunis. On doit exercer son esprit en méditant sur la Vacuité et sur la Compassion.

Le corps humain que nous utilisons est illusoire et simplement emprunté aux quatres éléments ; nous devons pouvoir supporter avec patience d'avoir à le restituer. Il faudra avoir suffisamment développé la patience pendant cette existence humaine pour qu'au moment de la mort elle soit stabilisée dans l'esprit, afin que nous ne souffrions pas de la séparation d'avec ce corps et que nous soyons pourvu de tout ce qui est nécessaire. Il est dit : "Celui qui veut s'engager dans un voyage, s'il possède un cheval excellent et bien chargé de tout le nécessaire, s'il emporte avec lui le viatique suffisant, est assuré défaire un très bon voyage, car, toutes les provisions étant réunies et toutes les nécessités présentes, il ne connaîtra aucune souffrance et n'aura rien à redouter." Il se passera la même chose pour le voyage qu'il faudra faire au moment de la mort.

Ceci conclut le deuxième chant qui explique la valeur de l'existence humaine et la difficulté à l'obtenir.

Troisième chant

réflexion sur l'impermanence, la mort et la rétribution karmique.

Le chant débute par une lamentation : "Hélas ! tous les phénomènes sont impermanents, quel dommage !"

L'univers entier, les mondes, les galaxies, les phénomènes quels qu'ils soient, tout ce qui est créé est nécessairement voué à la destruction et sera anéanti par le feu, l'eau et le vent. Tout ce qui existe dans le monde, même ce qui est le plus considérable, même le mont Méru (la montagne axiale), sera détruit tôt ou tard et laissera place à un espace vide. Toutes les manifestations de l'univers seront consumées par le feu, emportées par les eaux, balayées par les vents et les ouragans, et rien n'en restera qu'un espace vide.

Par essence, tout est vide, tout est vacuité. On peut alors penser que toutes les formes associées au monde, tels les enfers, les mondes des esprits et les mondes des animaux, par exemple, seront complètement dissoutes et résorbées dans le vide primordial, voyant là leur terme. Mais il faut comprendre que tout est produit par l'esprit : tous les mondes ne sont pas autre chose qu'une production de l'esprit. Tant que les tendances fondamentales de l'esprit ne sont pas modifiées, les mêmes tendances produisent les mêmes effets, c'est-à-dire les mêmes mondes : tant que l'esprit sera en proie aux mêmes émotions, les mêmes expériences apparaîtront et les mêmes conditions d'existence se perpétueront. Ainsi, l'expérience du cycle des existences peut durer et n'avoir pas de fin, aussi longtemps que l'esprit qui lui a donné naissance n'a pas été purifié ou transformé.

Nous connaissons une succession d'existences : nous montons, descendons, tournons d'une existence à l'autre en une ronde incessante. Ces existences ne sont pas différentes du mouvement des pensées qui apparaissent et disparaissent dans l'esprit et peut-être n'y a t il aucune différence, en essence, entre ces deux aspects, entre la pensée conceptuelle et la ronde des existences. Tout cesse lorsque la pensée est fondue dans la vacuité et reconnue dans son essence primordiale.

C'est en des termes semblables que Gampopa, dans "Le Joyau Ornement de la Libération", explique la manière dont naît et fonctionne cette illusion : "Cette illusion, quelle est sa nature propre ? Elle est vacuité. Quelle est la cause qui la fait s'élever du cycle des existences ? C'est l'ignorance fondamentale. Comment se développe-t-elle ? Quelle est son origine ? Elle est libre d'origine et apparaît d'instant en instant, comme une succession d'instants. Comment s'exprime-t-elle ? Elle est semblable à un rêve, elle n'apparaît qu'en dépendance de la réalité que l'esprit projette sur elle ; comme le rêve, elle est en essence vide."

Dans notre expérience du monde ordinaire, du fait de notre conscience d'un "moi existant", nous projetons une saisie sur le monde, sur les autres comme différents, et à partir de ce moment toutes sortes de peines, de joies et de souffrances peuvent apparaître et nous affecter.

L'impermanence se conçoit d'abord au niveau du temps :une année pousse l'autre dans une ronde continue, les mois comme les jours se succèdent les uns aux autres ; il y a eu le moment qui était ce matin et c'est déjà cet après-midi ; l'heure qui était celle d'avant est déjà passée ; et les minutes et les secondes s'envolent. Ainsi, tout le temps s'écoule d'instant en instant, dans une fuite que l'on ne peut retenir.

Nous pouvons également prendre conscience de l'impermanence des phénomènes par les variations du monde au cours des saisons : les transformations de la nature, les couleurs qui changent, les saisons qui se succèdent nous montrent que rien ne dure et que tout se transforme perpétuellement. Le soleil et la lune se lèvent et disparaissent, et lorsqu'ils se couchent, il est impossible de les retenir ne serait-ce qu'un instant ; on ne peut que les regarder disparaître.

Comme l'univers, les êtres sont soumis à cette impermanence. L'existence de tout être commence par la naissance, se poursuit par la vieillesse, la maladie et la mort. Tous les êtres sont soumis à cette loi. Ainsi, tout est impermanent comme l'onde sur l'eau, comme le flot qui s'écoule sans jamais pouvoir être retenu ; d'instant en instant tout change. Si nous considérons les êtres qui vivaient ne serait-ce que cent ans auparavant, combien en reste-t-il ? On s'aperçoit que ce sont des êtres nouveaux qui sont là maintenant et que ceux qui vivaient il y a cent ans ont disparu.

Tout est ainsi ; tout ce qui est établi comme réel et véritablement existant est appelé à disparaître, de tous les phénomènes conditionnés aucun ne demeure véritablement, il est impossible qu'aucune des choses produites d'une cause relative puisse durer en tant que telle. Tout ce qui est conditionné, tout ce qui naît, dès l'instant où il naît est vouera la mort Tout ce qui est produit sera détruit. C'est la raison pour laquelle dans le bouddhisme l'univers porte le nom de "support destructible" : ce qui est apparu un jour et sera détruit un autre.

Tout ce qui commence par une naissance se termine par la mort, tout ce qui a été construit s'achève par sa ruine, tout ce qui s'accroît finit par se réduire, tout ce qui s'élève décline et tout ce qui a été accumulé finit par être épuisé. Ainsi, tout ce qui est réuni finit par être séparé et il n'existe aucun moyen de l'empêcher.

Même les Parfaits Bouddhas, les Bouddhas "pour eux-mêmes" (Pratyekas Bouddhas) et les Arhats, tous ceux qui ont obtenu les accomplissements ordinaires et sublimes, doivent un jour laisser leur corps physique et, de ce point de vue, il ne reste rien de toutes leurs Qualités supérieures.

Les êtres les plus puissants - les dieux Brahma, Indra, les monarques universels, ceux qui règnent sur des empires et des galaxies, les rois de ce monde qui gouvernent l'Inde, la Chine et d'autres royaumes - que reste-t-il d'eux au moment de la mort ? Quels qu'aient été leur puissance et leur rayonnement, ils meurent comme les êtres ordinaires. Tous les êtres sont affligés par les quatre cents sortes de maladies et les huit milles types de démons et d'obstacles.

Les menaces qui pèsent sur la vie sont innombrables : cette existence humaine est comme une lampe à beurre ou une bougie exposée en plein vent ; nul ne sait à quel moment elle va se terminer, et le moindre mouvement de l'air peut, d'un instant à l'autre, l'éteindre complètement.

Quels que soient nos efforts, ils ne nous conduisent nulle part ailleurs qu'à la mort. Le condamné à mort sait le moment du châtiment inéluctable et la mort sa seule destination. Nous sommes tous dans l'état de condamné potentiel puisque chaque année, chaque mois et chaque jour qui s'écoulent nous rapprochent du moment où nous devrons comparaître devant le Seigneur de la mort. A cet instant-là, nous n'aurons plus aucun moyen de nous protéger par des remèdes et tout ce que nous aurons pu accumuler autour de nous ne nous sera d'aucune aide. Il nous faut abandonner toute forme de stupidité et d'obstination, et comprendre dès maintenant cette imminence. De la même manière que le soleil disparaît derrière la crête de la montagne, il n'existe aucun moyen de retarder cette échéance ou de faire marche arrière. On ne peut que suivre le cours du temps.

Au moment de la mort, tous les amis et les serviteurs, même s'ils furent très nombreux, ne pourront nous guider ou nous aider, et c'est seul que nous devrons partir dans cet instant douloureux. Toutes nos possessions, même multiples, devront rester en arrière, nous n'aurons aucune possibilité de les emporter avec nous. Et à cet instant où il faudra partir les mains vides, quelle ne sera pas notre terreur devant cette impermanence !

Nous devrons partir seul, sans ami. sans aucun de nos biens, et nous devrons errer seul dans cette expérience, dépourvu de tout allié, sans aucun moyen de nous préserver ni aucune possibilité de rejeter sur d'autres nos maladies et nos souffrances : tous les maux dont nous serons affligé ne seront là que pour nous-mêmes et n'incomberont qu'à nous seul.

Quand nous connaîtrons la dissolution des apparences extérieures et des phénomènes, nous serons incapable de reconnaître et de saisir la Claire Lumière. Quelle souffrance de ne pouvoir atteindre la libération à ce moment !

Quand apparaîtront les divinités paisibles et irritées, nous les verrons s'élever à travers des sons, des lumières, des rayonnements et nous les percevrons comme terribles, telles des hordes guerrières remplies d'intentions négatives. Incapable de les reconnaître, terrorisé par leur apparence considérable, par leur éclat, par les lumières et les sons, plongé dans un état de terreur, nous verrons alors apparaître les messagères du seigneur de la mort qui nous conduiront devant l'assemblée des divinités et des démons apparus spontanément pour nous présenter et peser nos actes positifs et négatifs. A ce moment-là, devant le miroir de notre karma, il sera inutile de mentir. Nous verrons très clairement le reflet de notre activité karmique et pourrons en juger de façon lucide, ayant tout loisir de reconnaître nos actions négatives antérieures, mais il sera trop tard pour le regret. Si à ce moment, nous rendant compte de la futilité et de la vanité de toutes nos actions impropres, nous souhaitons ardemment pratiquer la vertu, nous ne pourrons ni l'acheter, ni l'emprunter à qui que ce soit et nous serons incapable de la trouver. Et quand le Seigneur de la mort pèsera nos actions blanches et nos actions noires, nous serons éperdu de honte et de remords, mais cela ne changera rien à la situation.

Nous comprendrons alors très clairement à quel point nous nous sommes abusé et combien futile fut notre activité.

La brûlure d'une simple étincelle nous est déjà insupportable ; qu'en sera-t-il lorsque nous serons dans les enfers où les souffrances dues aux chaleurs extrêmes sont sept fois plus intenses que tout ce que l'on peut connaître pendant cette existence humaine ? Nous n'aurons même pas la possibilité de mourir pour y échapper, nous devrons expérimenter la souffrance d'être brûlé, blessé ou frappé pendant des ères cosmiques, sans pouvoir nous y soustraire d'aucune façon. Il faut bien comprendre cela dès maintenant et en imprégner son esprit.

Nous ne pouvons même pas endurer de rester nu dehors pendant une journée d'hiver ; qu'adviendra-t-il de nous quand nous devrons demeurer des ères entières dans les enfers glaciaux, sans vêtement, entièrement nu, soumis aux rigueurs du froid et de la glaciation, sans pouvoir y échapper par la mort ?

Il nous est si difficile actuellement de passer une seule journée sans parler, sans manger ou sans boire (exemple des Nyoung Né) ; qu'en sera-t-il le jour où nous serons dans le monde des esprits avides et que nous connaîtrons pendant des milliers d'années les souffrances de ne pouvoir boire, manger ou émettre un seul son ? C'est maintenant qu'il faut réfléchir à ces souffrances et à notre incapacité à y échapper, même par la mort, lorsque nous y serons plongé.

Le simple fait que l'on nous traite verbalement ou physiquement comme une vieille chienne nous est déjà intolérable en esprit ; qu'en sera-t-il lorsque nous serons véritablement en train d'expérimenter cette condition animale ?

Il nous est très difficile de supporter nos ennemis et les agressions extérieures, notre seul recours est la fuite devant les manifestations guerrières ou violentes. Qu'en sera-t-il de nous quand nous aurons pris naissance dans le monde des Titans (dieux jaloux) où nous serons sans cesse en butte à des guerres et à des conflits ?

Nous n'admettons pas la moindre remontrance : nous connaissons une colère sans borne lorsque l'on nous montre nos défauts, nous éprouvons une jalousie sans limite dès que nous sommes dans une position inférieure. Qu'en sera-t-il dans le monde des dieux, lorsqu'il nous faudra expérimenter les souffrances de la transmigration, lorsque nous perdrons nos qualités divines pour transmigrer dans les états inférieurs ?

Les souffrances de ces états inférieurs sont insupportables. Les bonheurs des états mondains sont transitoires et se transforment inéluctablement en souffrance. Toutes les conditions d'existence connaissent la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort, et ces différentes étapes se succèdent comme les rides sur l'eau. Toutes les souffrances du samsara sont telles qu'elles sont aussi profondes que le plus profond des océans. Elles sont sans fin, illimitées dans le temps et l'espace. Il faut comprendre qu'elles naissent des actions négatives et en éprouver une juste peur.

Ayant développé cette peur du samsara, on doit s'attacher à éviter comme du poison toute forme d'action négative et comprendre que le seul bienfait réside dans l'accomplissement du Dharma, médecine qui va nous guérir de ces poisons. Développant une attitude de regret, nous prenons refuge en les Trois Joyaux qui doivent être considérés comme des maîtres sublimes et parfaits.

Quand on a compris cela, quand on en a bien approfondi le sens en son esprit, on doit observer encore toutes les causes qui peuvent mener aux existences inférieures et toutes les souffrances qui y sont associées.

Le texte donne l'exemple d'une famille de plusieurs enfants. Ces enfants naissent dans les mêmes conditions, ont le même père et la même mère, et sont élevés de la même manière. Malgré cela, certains de ces frères et sœurs deviendront riches et d'autres pauvres, certains auront une vie brève et les autres vivront longtemps, certains connaîtront de nombreuses souffrances et les autres de grands bonheurs, certains seront continuellement malades et les autres toujours bien portants. Bien qu'ils aient tous obtenu la même existence humaine et les mêmes conditions de base, les uns seront extrêmement puissants dans le monde et les autres sans influence, les uns jouiront de toutes sortes de biens et de richesses alors que les autres connaîtront le dénuement, la pauvreté et la famine. Bien qu’ils aient eu les mêmes parents, l’intelligence des uns sera extrêmement développée alors que les autres seront stupides. Ceci montre clairement la vérité de la loi du Karma, la loi de causes et d’effets, la loi de rétribution des actions des existences extérieures.

Depuis des kalpas innombrables, depuis des éons sans nombre jusqu’à maintenant, il n’existe pas un seul être qui ait trouvé le moyen d’empêcher la mort de ce produire : personne n’a pu maintenir éternellement son existence. Nous voyons au contraire que beaucoup de ceux que nous connaissions sont déjà morts ; ne serait-ce que ces deux dernières années, combien sont partis ? Si nous regardons à plus long terme, que reste t’il de tous les êtres que nous avons connus, au fur et à mesure que nous avançons vers la mort ? La seule certitude que nous avons est celle de la mort, mais le moment ou elle se produira est imprévisible. Pour cette raison, il n’y a pas de temps à perdre et nous devons pratiquer le Dharma sans paresse, sans repousser à plus tard.

Il faut donc s’engager dans la voie spirituelle avec attention et constance, s’efforcer par tous les moyens de la mener à son terme, de réaliser la voie de l’éveil. Seul cet entraînement spirituel et le souvenir que nous en restera nous seront utiles au moment de la mort. Tout autre chose que le Dharma n’aura aucun sens à ce moment là ; même si nous avons connu le Dharma, nos richesses et notre renommée disparaîtront sans laisser de trace. Ce qui demeurera, ce n’est pas seulement notre connaissance du Dharma, mais surtout notre application à le mettre en œuvre. Nous devrions, dés maintenant, en pensant au moment de la mort, nous devrions au moins trois fois par jour à la pratique et garder à l’esprit le cœur de cette pratique, de façon à ce qu’il en soit si imprégné qu’au moment de mourir, le souvenir de cette pratique puisse resurgir. Il faut méditer encore et encore, le plus souvent possible, sur l’impermanence, sur le caractère transitoire et changeant de tous les phénomènes, et en particulier de cette existence, pour en arriver à la conviction intérieure qu’il n’y a rien de plus urgent que d’utiliser cette existence pour la pratique du Dharma. Lorsque cette conviction est vraiment établie par la méditation, la pratique devient véritablement utile car elle imprègne la conscience.

Ceci était le troisième chant

Quatrième chant


Comment pratiquer la méditation ?

La pratique de la méditation comporte deux étapes : ce qu'il est nécessaire de comprendre avant de méditer - la vision juste que l'on doit établir et ce qui est à faire pendant la méditation - la façon de méditer.

Développer l'attitude d'esprit juste, c'est établir solidement la raison pour laquelle on médite. On commence donc par réfléchir à la souffrance inhérente au cycle des existences conditionnées afin de comprendre que la plus sûre protection contre cette souffrance est celle des Trois Joyaux. Le début de la méditation va donc consister à tourner son esprit vers les sources sûres de refuge, vers les Trois Joyaux.

On peut rendre compte des Trois Joyaux de plusieurs manières. Dans les Soûtras, le Bouddha est le premier des Joyaux.

Le Bouddha est l'esprit qui représente les excellences d'abandon et d'accomplissement, l'esprit qui s'est purifié de tous ses voiles ; et une fois accomplie cette purification, c'est l'esprit qui s'est tourné vers les êtres par compassion, et leur a montré une voie menant à la libération. Cette voie est le Dharma, le deuxième des Joyaux. Pour parcourir cette voie, il a instruit des êtres qui sont devenus à leur tour capables de guider les autres. Ces guides, ces compagnons qui aident les autres à parcourir cette voie jusqu'à la réalisation ultime, constituent le Sangha.

Ainsi, la tradition des Soutras nomme Bouddha, Dharma et Sangha les Trois Joyaux, sources de refuge.

La tradition des Tantras présente autrement les trois aspects du refuge. Le Lama représente la première source de refuge : le Lama est reconnu comme la source de toutes les bénédictions, de toute l'influence spirituelle. Ensuite vient le Yidam, la divinité de méditation, considéré comme la source de tous les accomplissements spirituels. Enfin, les Dakinis représentent les éléments interdépendants qui vont permettre la réalisation, et les Protecteurs de l'Enseignement sont à l'origine de toute l'activité de l'esprit éveillé. On nomme ces trois formes du refuge les Trois Racines : tout d'abord le Lama, ensuite la divinité de méditation ou Yidam, et enfin les Protecteurs et les Dakinis regroupés.

Il existe encore une autre présentation des sources du refuge : le mode ultime. Les trois sources de refuge sont alors l'expression du Corps, de la Parole et de l'Esprit du Lama. Notre propre esprit est le refuge ultime au moment où nous le réalisons comme étant le Lama sous ses trois aspects. On peut alors considérer le corps du Lama comme le Corps d'émanation ou Nirmanakaya, sa parole comme le Sambhogakaya et son esprit comme le Dharmakaya. On peut également considérer que le corps du Lama symbolise le Sangha, sa parole le Dharma et son esprit le Bouddha. On peut encore établir une relation entre les Trois Racines et les différents aspects du Lama : le corps est représenté par le Lama, l'aspect de la parole par le Yidam, l'esprit par les Dakinis et l'activité par les Protecteurs.

Le but de toutes ces représentations est de reconnaître l'indissociabilité de son esprit et de l'esprit du Lama, et donc, ultimement, de reconnaître que son propre esprit étant la réunion de tous ces aspects de l'esprit éveillé, représente le refuge. Toute notre démarche va consister à mettre en œuvre des moyens d'identifier complètement notre esprit ordinaire à l'esprit éveillé du Lama.

Le fait de prendre refuge dans tous ces aspects à travers la personne du Lama nous permet de recevoir l'influence spirituelle et la bénédiction de l'esprit éveillé et de voir ainsi mûrir, et apparaître rapidement dans le courant de notre être, expériences et réalisations. Il s'agit d'une voie puissante qui permet de réaliser l'Eveil par des moyens particulièrement rapides. Par notre capacité à recevoir la grâce du Lama, plutôt que d'être obligé de progresser longtemps et continûment, nous pouvons réaliser l'Eveil instantanément, nous pouvons jouir déjà, à travers la visualisation basée sur les qualités éveillées, de toute la dimension de l'esprit éveillé.

La réalisation de l'Eveil est semblable à la croissance d'une plante. Tout d'abord, une base, une terre bien préparée est nécessaire : c'est la réflexion fondamentale sur les quatre pensées préliminaires. L'assimilation de ces quatre pensées va faire naître en nous le souhait de nous tourner vers la pratique pour réaliser l'Eveil. Il faut ensuite que la plante soit bien enracinée dans le sol : les racines que l'on développe sont celles de la foi et de la confiance. Une fois la plante bien enracinée, il faut de l'eau : la pluie est nécessaire pour qu'elle croisse et se développe. Cette pluie, c'est la bénédiction du Lama, son influence spirituelle que l'on reçoit à travers la pratique. Enfin, il faut déployer toutes les potentialités de la plante par le mérite. L'énergie, la diligence avec laquelle on s'applique à la pratique pourront créer ce mérite, dont le fruit sera la jouissance de l'esprit éveillé.

On prend refuge, donc. Prendre refuge signifie s'en remettre à ceux qui savent ce qui doit être fait. On dit : "Vers vous les Trois Joyaux qui savez ce qui doit être accompli et comment ce doit être accompli, qui savez comment se libérer du samsara et comment cheminer jusqu'à l'Eveil, vers vous, sans aucune hésitation, je tourne mon esprit pour me mettre sous votre protection, moi et tous les êtres." Tel est le sens de l'expression "prendre refuge" ; en tibétain, on dit "se diriger vers le refuge". Le refuge, ce sont les Trois Joyaux ; c'est donc l'esprit éveillé. Le refuge est l'aspect ultime de notre propre esprit. C'est ce qui est sûr, ce qui connaît, ce qui ne trompe pas. Aller vers le refuge, c'est trouver la protection contre toutes les formes de souffrance relative ; le terme "aller" signifie s'abandonner complètement au refuge par le corps, la parole et l'esprit.

Une fois que l'on s'est placé soi-même sous la protection des Trois Joyaux, il faut comprendre qu'obtenir une protection pour soi-même ou obtenir l'Eveil pour soi-même n'est pas suffisant. Il faut considérer l'existence de tous les êtres et la bonté qu'ils nous ont manifestée lorsqu'ils étaient nos pères et nos mères, et il faut souhaiter que ce refuge s'applique à eux également et qu'eux aussi puissent atteindre l'Eveil. Quand on souhaite ainsi établir tous les êtres dans l'état d'Eveil, on développe l'esprit d'Eveil.

Pour accomplir véritablement quelque chose de vaste et de complet englobant tous les êtres, il faut comprendre que partout où il y a de l'espace, aussi immense et illimité soit-il, existent des êtres qui sont soumis à un type d'activité, à leur karma produit par les émotions qui agitent leur esprit. Le résultat de cette activité karmique est la présence et l'expérience de la souffrance, commune à tous les êtres de toutes les conditions et dans tous les mondes. La première étape consiste à prendre conscience de cette souffrance des êtres et à souhaiter les en libérer pour les établir dans un état de bonheur, dans l'état d'Eveil. Tel est le développement de l'attitude éveillée.

Ensuite, afin de mettre en pratique cette intention, il faut tout d'abord écouter les enseignements pour connaître les moyens d'y parvenir, ensuite réfléchir pour intégrer en soi-même ces moyens, pour comprendre de quelle façon on va pouvoir cheminer jusqu'à l'Eveil, et enfin s'appliquer à la pratique, à la méditation, jusqu'à réaliser ces moyens. C'est dans cette réalisation qu'on trouvera tout ce qui est nécessaire pour aider les êtres, les libérer de la souffrance, les établir véritablement dans l'état de bonheur. On développe donc l'esprit de l'Eveil pour s'engager ensuite à le pratiquer jusqu'à réaliser la Bouddhéité pour le bien de tous les êtres. Cette intention est la deuxième étape de la méditation. La graine de la Bouddhéité est présente en tous les êtres. Donner naissance à l'esprit d'Eveil, c'est se donner les moyens, pour soi-même et pour les autres, de faire mûrir cette graine. Pour réaliser la parfaite Bouddhéité, les êtres ordinaires sont aussi importants que les Bouddhas et doivent être considérés de façon égale. Pourquoi ? Parce que sur le chemin de l'Eveil la pratique des six Vertus Transcendantes (les six Paramitas) représente le moyen de réaliser véritablement le plein et parfait Eveil. La générosité, par exemple, suppose des êtres démunis : sans ces êtres, il n'est pas de moyen de pratiquer cette Paramita ; de même la compassion : pour lui donner naissance, il faut un point de référence, il faut des êtres qui soient plongés dans la souffrance. Il nous faut aussi comprendre que certains êtres, même si l'on tente d'agir de façon bénéfique avec eux, développeront en retour une attitude négative. Nous serons alors confrontés à toutes sortes de difficultés, nous rencontrerons des ennemis, des êtres cherchant à nous nuire et à créer des obstacles. Toutes ces circonstances négatives sont extrêmement bénéfiques dans le sens qu'elles sont un point d'appui, un support pour la pratique de la patience. Pratiquer la patience, c'est véritablement développer l'esprit d'Eveil, et donc comprendre que ces circonstances et ces êtres hostiles sont nos amis les plus chers, ceux qui vont nous permettre d'atteindre l'Eveil.

Lorsque l'on a compris le sens du cheminement vers l'Eveil, on se débarrasse de toute, forme d'esprit partiel cherchant à protéger certains êtres au détriment des autres. On se débarrasse de toutes les notions de "moi", "d'autre", de différence entre les êtres, et l'on souhaite accomplir uniquement et complètement un bienfait accessible à tous les êtres et consacré à tous les êtres sans aucune différence ni exception. Telle doit être la seule motivation, la seule volonté que l'on développe tout au long de la pratique. On nomme cela donner naissance à la force d'un esprit bienveillant. La force de cet esprit bienveillant né en nous fait que l'on pourra ensuite continuer à cheminer vers l'Eveil et que l'on pourra développer l'esprit éveillé dans son sens le plus profond, jusqu'à réaliser le sens de tous les phénomènes.

Il nous faut encore comprendre, pour affermir la pratique, que notre esprit est rempli de toutes sortes de négativités et que nous avons occupé la plus grande partie de cette existence à accomplir des actions impropres. Il est nécessaire de prendre conscience de la présence de ces actes négatifs en nous : nous devons essayer de voir ce que nous avons créé comme formes impropres dans cette existence et les reconnaître sincèrement. Si nous ne reconnaissons pas ces négativités, elles vont demeurer dans le courant de notre être, elles vont sans cesse mûrir et s'accroître, devenant de plus en plus puissantes, de la même façon, dit Rinpoché, que celui qui commence à boire de l'alcool en boira chaque jour un peu plus. Aucune activité impropre ou négative n'est négligeable et, si l'on n'y met pas un terme, elle va se répéter et se reproduire. A force, cela fera une grande accumulation d'activité négative qui pourra être cause de chute dans les états inférieurs et infortunés. De même, aucune action vertueuse, si petite semble-t-elle, n'est insignifiante. Toutes les actions vertueuses connaissent leur résultat et, reproduites et ajoutées les unes aux autres, elles forment un grand courant d'activité bénéfique qui deviendra la cause de l'obtention de l'Eveil. Il faut comprendre cela quand on souhaite véritablement pratiquer le chemin de l'Eveil.

On est sûr, en agissant de façon juste, de créer un bienfait pour soi-même et pour les autres, et de pratiquer véritablement le chemin en tenant son engagement d'accomplir le bienfait de tous les êtres. Si l'on perd la conscience de l'activité impropre, on se trompe soi-même et on trompe tous les êtres, car on endommage cette volonté d'accomplir leur bien. Tout ce que nous faisons dans la pratique, nous devons prendre conscience que nous le faisons afin de créer un bienfait pour les autres. Pour cette raison, nous devons essentiellement cultiver l'attention consciente, la conscience permanente de notre activité sous toutes ses formes, pour qu'à travers elle naisse un bienfait véritable. Si nous ne développons pas cette conscience, si nous ne faisons pas attention, nous demeurons simplement ordinaire et notre activité est ordinaire. Il faut donc commencer par dévoiler et reconnaître sincèrement toutes les formes d'actions impropres, toutes les transgressions dont on est l'auteur.

Reconnaître ses négativités, les accepter, comprendre qu'elles sont simplement insensées, qu'elles n'ont aucune essence propre, c'est se donner les moyens de les purifier. Les voir, c'est pouvoir immédiatement les dissiper, de la même manière qu'il suffit de plonger dans l'eau un vêtement sale et de le nettoyer pour qu'il redevienne propre.

Il nous faut considérer toutes les actions négatives accomplies antérieurement sans en être effrayés et les voir semblables à un poison virulent à l'intérieur de nous : tant qu'elles ne sont pas purifiées, il est impossible d'échapper à l'effet de ce poison. Avec la volonté de rejeter loin de nous le poison des actions négatives, naît en notre esprit le regret sincère. Cette présence du remords est nécessaire pour qu'il y ait réellement purification des négativités, et celle-ci sera alors très facile à accomplir. Mais si l'on est empêtré dans l'orgueil, et que l'on n'a pas de remords, il sera extrêmement difficile de purifier quoi que ce soit. Il faut ensuite prendre l'engagement ferme de ne pas reproduire à l'avenir ces activités erronées : c'est seulement dans cette mesure que la purification est totale. Si nous pensons que, finalement, quelles que soient nos actions impropres, il sera toujours temps de les reconnaître et de les purifier par la méditation, nous nous trompons complètement, car le Bouddha a dit que sans ce regret sincère et cet engagement de ne pas reproduire ces actes, il serait quasiment impossible de voir et de purifier quoi que ce soit.

Pour accomplir cette purification, nous imaginons que les Trois Joyaux sont présents et nous méditons, le Lama au-dessus de notre tête. Nous faisons donc une confession sincère, nous reconnaissons clairement nos actions négatives. C'est ce que l'on nomme la force du support. Cette reconnaissance accomplie, le meilleur moyen de purification parmi tous ceux qui existent est la récitation du mantra de Tchenrézi.

Rinpoché nous dit qu'il faut commencer par examiner le courant de son être et de son esprit. Si nous n'observons pas, nous penserons que nous n'avons pas trop de négativités. Mais si nous nous observons et nous examinons, nous découvrirons beaucoup de choses et nous nous apercevrons que nous avons produit, ne serait-ce que dans cette vie, une quantité incroyable d'actes négatifs. Et si nous considérons tout ce que nous avons pu créer dans les existences antérieures, nous nous rendrons compte qu'une montagne de négativités pèse sur nos épaules. Alors se pose la question de savoir ce qu'il adviendra de nous lorsque, dans l'avenir, mûriront toutes ces actions négatives et qu'il faudra en éprouver le fruit dans les enfers, dans le monde des esprits avides ou dans les mondes animaux. On développe la peur par rapport à cette possibilité. Même si l'on ne peut voir directement ces mondes des enfers ou des esprits, dit Rinpoché, on peut cependant imaginer ce que peuvent être ces expériences. On peut voir les animaux et on peut déjà comprendre ce que l'on éprouverait si on était pourvu d'un corps d'animal, ou d'une forme qui soit celle d'un esprit dans les enfers, par les descriptions qui en sont faites. On peut réfléchir et imaginer ce que l'on vivrait soi-même dans ces conditions, l'expérience de souffrance particulièrement pénible à laquelle on serait soumis. Cette réflexion, menée jusqu'au moment où nous ressentons véritablement cette souffrance, fait qu'un regret sincère et profond de toutes nos actions négatives peut monter en nous, ainsi que le souhait de les purifier. On développe ce regret sincère, on souhaite ardemment se tourner vers les moyens qui permettront de se débarrasser de ses négativités et de les purifier complètement. Ces moyens de purification résident en le Lama, en les Trois Joyaux, dans la confiance que l'on développe à leur égard, dans la prière que l'on adresse au Lama pour qu'il nous purifie complètement. Et si nous avons une aspiration et une foi sincères dans la capacité de purification du Lama ou des Trois Joyaux, il est certain que nos négativités seront purifiées. Pour cela, nous imaginons que nous sommes touchés par le rayonnement de lumière qui émane de la forme du Lama ou des Trois Joyaux, et que ce rayonnement nous pénètre complètement, ayant pour effet de dissiper totalement toutes nos négativités. Pour cela, il faut avoir la conviction que ces négativités, ces actions impropres sont réellement et complètement purifiées. C'est la force de cette confiance qui nous permet de purifier même les actes les plus importants. Rinpoché dit : "Si la confiance est réellement présente, les actions négatives même les plus considérables, même les plus graves, deviennent extrêmement faciles à dissiper."

Cette puissance est là dès l'instant où se fait une prise de conscience : on prend conscience d'une négativité, puis d'une autre, etc. Prendre conscience du caractère insensé de ces activités fait naître le souhait de les purifier et d'y mettre un terme. C'est cette prise de conscience qui est extrêmement puissante, c'est la confiance que l'on développe qui permet de dissiper progressivement tous les voiles et toutes les activités impropres, comme on peut avec une seule flamme embraser une montagne entière. Ainsi, on purifie tout d'abord son esprit en reconnaissant un état de conscience impropre, et cette purification est la base de tout le reste, de toutes les autres formes de purification : progressivement, on va purifier et dissiper les voiles de son esprit et on aura alors beaucoup moins de tendances à reproduire des actions négatives car la base de la purification sera axée sur l'essentiel : la purification de l'esprit lui-même. Ce sont donc les moyens particulièrement puissants des méditations du vajrayana qui permettent cette purification, parce qu'elle est faite à la racine.

Ensuite, on peut passer à l'étape suivante : l'accumulation de bienfaits ou de mérites. Il est dit que nous devons nous efforcer à cette accumulation par tous les moyens dont nous disposons, avec toutes les capacités qui sont les nôtres ; mais la façon la plus rapide de le faire et de créer un grand mérite est l'offrande du mandala.

L'offrande du mandala consiste à faire en esprit l'offrande de tout ce qui existe de plus beau et de plus grand dans le monde. On commence par offrir la montagne axiale, symbole du centre de l'univers, entourée des quatre continents, des quatre représentations symboliques de tous les mondes ; on imagine également que tout ceci est notre corps, notre parole et notre esprit, complètement indifférenciés de toutes les formes produites et créées. On offre tout cela ensemble. On y adjoint toutes les possessions des hommes et des dieux, toutes les jouissances et tous les biens qui peuvent exister dans l'univers, sous toutes les formes. On ne limite pas l'offrande à un monde ou à ce que l'on peut percevoir du monde, mais on crée une offrande considérable par la puissance de l'esprit, qui est illimité comme l'espace. On imagine que l'on est soi-même le maître, le propriétaire de toutes ces jouissances et que l'on en fait l'offrande gigantesque vers les sources de refuge.

Lorsque l'on fait cette offrande, on la base sur une représentation : les quatre continents ; mais on doit penser qu'il n'y a pas simplement quatre continents et multiplier son offrande à l'infini. De même, quand on offre l'univers, toutes les possessions et les biens des hommes et des dieux : on n'offre pas simplement ces biens, mais on multiplie mentalement l'offrande à l'infini. Pourquoi ? Parce que l'offrande est l'offrande mentale, elle est faite par la puissance de l'esprit et elle est l'aspect de vacuité de l'esprit. Par cette vacuité, l'esprit est sans entrave, non-limité. L'offrande créée par l'esprit doit avoir cette dimension illimitée et se multiplier à l'infini ; on ne se contente pas d'une petite offrande tangible, réelle, limitée à quelque chose d'existant ou de perçu : la dimension ultime est sans limite.

Lorsque l'on fait cette offrande, on la dirige mentalement vers tous les êtres de toutes les conditions d'existence, en particulier les êtres affligés par la pauvreté, les êtres démunis et qui connaissent toutes sortes de souffrances à cause de leur karma et de leur activité négative antérieure. On pense que l'offrande se dirige vers eux et les purifie de cette activité négative et des souffrances qui y sont associées. L'offrande est également dirigée vers les Trois Joyaux, et, lorsqu'elle est terminée, on imagine que de la lumière émane de toutes les sources de refuge et vient vers nous-mêmes et vers l'offrande.

Par cette réception de la grâce (bénédiction) des Trois Joyaux, le mérite créé devient considérable car il est alors consacré ; il devient illimité. La vertu créée par cette offrande et consacrée par la bénédiction des Trois Joyaux, nous la dirigeons vers tous les êtres : nous dirigeons notre esprit vers tous les êtres et nous dédions l'activité bénéfique ainsi créée à l'Eveil de tous les êtres.

Faire une offrande d'accumulation réelle de grand mérite, c'est parfaire l'offrande : parfaire l'offrande veut dire ne pas se contenter de l'offrande de base. Rinpoché dit : "On peut par exemple offrir une ou deux fleurs. Si on fait simplement cette offrande, on offrira alors une fleur ou deux ; mais, par l'esprit, on peut multiplier à l'infini cette offrande. D'une fleur, on peut en faire cent ; de cent, on peut en faire mille, et de mille, des millions et des millions jusqu'à des myriades de fleurs. A ce moment-là, le mérite créé par la puissance de l'esprit, par la confiance investie dans l'offrande, sera la perfection de l'offrande."

De la même manière, lorsque l'on fait des prosternations, si on pense qu'on est tout seul à les faire, à chaque fois qu'on en fera une, il y aura une prosternation de faite. Si on imagine qu'il y a mille autres êtres autour de nous qui font en même temps que nous les prosternations, dans chacune des prosternations il y aura mille prosternations qui seront accomplies."

Ceci représente les moyens particuliers mis en œuvre par le vajrayana, le Véhicule de Diamant, pour multiplier les effets de la pratique. On doit comprendre qu'une simple graine peut donner naissance à tout un arbre et produire de multiples fruits, et qu'on peut dépasser notre représentation ordinaire pour créer tout cela par l'esprit.

L'offrande que l'on fait n'est pas destinée à apaiser la faim ou la soif de divinités ou à leur faire plaisir pour s'attirer leurs bonnes grâces. Elle est essentiellement liée à nous-mêmes pour briser l'attachement que nous avons à notre égard, pour nous détacher de tout ce qui nous emprisonne, de l'idée que nous avons de notre corps, de notre vie, de notre forme, de nos amis, de nos biens, de nos possessions et de tout ce qui nous est lié, et dont nous parlons toujours en terme de "je". C'est toujours "je" qui pense par rapport à lui-même. Donc, en prenant conscience que nous avons toujours pensé en termes de "moi", de "je", et agi en ce sens, nous prenons conscience par là-même que nous avons créé beaucoup d'actions impropres pour protéger et rassurer ce "je".

C'est toute la somme de cette activité négative qui est maintenant présente sous la forme des voiles de notre esprit, ces obscurcissements mentaux qui nous empêchent de reconnaître notre nature éveillée. Et c'est pour purifier ces voiles et ces tendances présentes en notre être que nous faisons des prosternations et des offrandes.

De la même manière, lorsque l'on récite des louanges, on ne le fait pas pour faire plaisir à des divinités, au Bouddha, etc. On n'essaie pas à travers ces louanges de s'attirer leurs bonnes grâces ou quelque chose qui soit lié à nous-mêmes. Les mots de la prière sont des mots destinés à briser notre orgueil, à briser l'importance que nous nous accordons. Ils sont destinés à nous faire comprendre que nous sommes perpétuellement dans la conscience que nous représentons ce qu'il y a de plus important, et à contrer les tendances qui nous ont fait accumuler un karma impropre au cours de nos existences. Nous faisons ces louanges et ces offrandes pour comprendre qu'il existe autre chose, de plus important que nous-mêmes, et que l'esprit éveillé (les qualités éveillées) est bien au-delà de ce que nous percevons par rapport à nous-mêmes, être ordinaire. En particulier, la récitation de louanges est un moyen utilisant essentiellement la parole ; il est donc destiné à purifier spécifiquement les activités erronées et les voiles produits et créés par la parole.

Le texte dit : "Bien que soient apparues dans les dix directions de l'espace - les quatre directions cardinales, les directions intermédiaires, le zénith et le nadir - des myriades de Bouddhas, de bodhisattvas et de grands Accomplis, nous n'avons pas été capables de les rencontrer." Nous n'avons donc pas développé de souhaits, suffisants pour cela. Aujourd'hui, nous avons la chance de pouvoir être en relation avec un Lama qui nous témoigne beaucoup de bienveillance et de bonté, puisqu'il nous confère des initiations, nous explique les Tantras et nous donne de profondes instructions orales. Nous devons le considérer comme l'union de tous les Bouddhas, et lorsque nous pensons à lui, nous ne devons pas le méditer sous sa forme ordinaire mais lui adresser nos prières en le voyant sous la forme de Dordjé Tchang, sous la forme du Dharmakaya. C'est en le considérant sous cette forme que nous pourrons recevoir à travers lui toutes les expériences de réalisation et faire mûrir toutes les qualités de l'Eveil. Si nous le considérons ainsi, nous comprendrons qu'il est l'union de la compassion de tous les Bouddhas.

S'il se trouve en présence de ce Lama un disciple qualifié, c'est-à-dire quelqu'un qui présente aussi les qualités suffisantes, le Lama aura la possibilité de transvaser toute sa sagesse et sa réalisation dans le disciple, comme l'on verse l'eau d'un vase dans un autre vase. Il pourra lui transmettre complètement sa réalisation à travers son influence spirituelle. Il a été prédit par le Bouddha que c'est ainsi, par une relation de Maître à disciple, que les enseignements se propageraient après lui. Dans la voie du Mahamoudra particulièrement, la réalisation dépend de la bénédiction du Lama et donc de la capacité du disciple à s'ouvrir à cette bénédiction, à développer la foi et la confiance. Celles-ci se développent par la prière que l'on adresse encore et encore au Lama. Par la puissance de cette prière, peu à peu la confiance va s'élever, et peu à peu la bénédiction pourra pénétrer dans le courant de l'être du disciple. Aussi, lorsque l'on a créé cette méditation du Lama au-dessus de sa tête, on doit s'efforcer de tourner son esprit vers le Lama et de prier vers lui le plus de fois que l'on peut, jusqu'à cent mille et plus si on le désire.

Le chant explique maintenant la manière de se servir des enseignements. Il dit en particulier que quels que soient les aspects de l'Enseignement que l'on a reçus - des initiations, des lectures rituelles ou des instructions de pratique - on doit garder parfaitement purs les vœux et les liens associés à tous ces aspects. Sinon, cela revient à utiliser un remède trop vieux pour traiter une maladie - le Dharma étant considéré comme un remède - et qui serait devenu semblable à un poison : un remède utilisé de façon impropre aura l'effet d'un poison sur notre corps et tout pourrira à l'intérieur de nous.

Si l'on ne sait pas comment garder tous les vœux de façon subtile, il faut alors être capable de les garder de façon essentielle, de réunir tous nos engagements dans le sens essentiel. Le texte explique donc la manière essentielle de garder ces différents vœux. Tant que l'on s'en remet d'un esprit plein de confiance aux Trois Joyaux et que l'on se tourne vers eux au-delà des circonstances relatives - les joies ou les peines qui nous échoient - tant qu'on les considère toujours selon l'expression qui dit : "Vous qui savez ce qui doit être fait...", les vœux de refuge sont gardés purs. Tant qu'au niveau du corps, de la parole et de l'esprit, on n'accomplit rien qui soit négatif ou nuisible pour les autres, tant qu'on abandonne tout ce qui pourrait créer de la souffrance pour les autres, les vœux de libération individuelle ou les vœux d'éthique et du Vinaya sont respectés. Tant que l'on se consacre par tous les moyens dont on dispose à l'accomplissement d'actions vertueuses, et qu'on dédie ces actions à tous les êtres, tant qu'on pratique pour créer du bonheur et libérer les êtres de la souffrance, tant qu'on utilise toutes les facettes de ses capacités physiques, verbales et mentales dans ce but, les vœux de bodhisattva sont gardés intacts. De la même manière, tant que l'on garde une vision du Lama-racine indifférencié de la divinité de méditation, que l'on ne crée pas de vues erronées, il est dit qu'en essence les vœux du Mantrayana, les vœux du vajrayana, les vœux initiatiques sont gardés purs.

On en vient maintenant à l'explication sur la façon de faire la méditation. On imagine que l'on se trouve au milieu d'un espace très vaste, illimité, et très lumineux. Dans cet espace, au-dessus de notre tête, apparaît un lotus ; sur ce lotus, un disque de lune, et, au-dessus, apparaît l'essence des Trois rares et sublimes, de tous les Lamas racine et de lignée, de tous les Accomplis liés avec cette pratique, sous la forme du Bouddha Amitabha. On commence par accomplir son propre bienfait, par réciter les prières de refuge ; on passe ensuite à l'accomplissement du bienfait des autres êtres en développant l'intention d'obtenir l'Eveil pour le bien de tous. On fait ces récitations de façon extensive ou réduite, comme on les connaît, et autant de fois que l'on peut. On considère ensuite toutes les actions négatives accumulées auparavant ; on développe la peur et le regret à leur égard, et on les révèle et les dévoile. Lorsqu'on a ainsi reconnu en paroles toutes ses actions négatives, on se tourne vers le Bouddha Amitabha, on lui adresse des prières et on récite le mantra de six syllabes. On imagine alors que du corps du Bouddha Amitabha s'écoule, au-dessus de notre tête, un nectar blanc semblable à du lait, qui pénètre par le sommet de notre tête et emplit tout notre corps. On imagine ensuite que ce nectar chasse de notre corps toutes les négativités et tous les voiles, qui sortent sous la forme de substances noirâtres comme de la suie, par les orifices inférieurs et par les jambes. Ces substances pénètrent dans la terre au-dessous de nous où se trouve le Seigneur de la mort, la gueule béante, qui va boire jusqu'à s'en repaître toutes ces négativités. Ainsi, lui et tous les êtres qui voulaient nous nuire, ceux avec qui on avait créé des liens karmiques négatifs, nos créanciers karmiques, se trouvent maintenant rassasiés et satisfaits, car nous leur avons rendu ces négativités, nous avons payé nos dettes, nous nous sommes débarrassés de nos voiles. Eux-mêmes voient, par la puissance de notre pratique, leurs négativités et leurs voiles disparaître à leur tour.

Notre corps est alors complètement pur, immaculé, semblable à du cristal transparent. Nous tournons à nouveau notre esprit vers la forme du Bouddha Amitabha au-dessus de notre tête, et développons la force de la foi et de la dévotion par la prière sans cesse répétée. On récite la prière que l'on connaît ; ce peut être des mantras, comme le mantra de Gourou Rinpoché, ou le mantra de Tchenrézi, ou celui d'Amitabha. On imagine ensuite que tous les Lamas et les Trois Joyaux se réunissent et de fondent en la figure du Bouddha Amitabha, que cette forme de Amitabha se résorbe en lumière, que cette lumière pénètre en nous et que nous en devenons indifférenciés. A ce moment-là, notre aspect ordinaire du corps, de la parole et de l'esprit devient le Corps, la Parole et l'Esprit de tous les Bouddhas, de tous les Lamas. Ils sont mêlés de façon indissociable, comme de l'eau et du lait. On reçoit en même temps l'influence spirituelle et les bénédictions du Corps, de la Parole et de l'Esprit du Bouddha Amitabha, ainsi que toutes les initiations qui y sont associées. Tout ceci est véritablement en nous maintenant, et on en développe la conviction.

Ainsi s'achève le quatrième chant.