moine et philosophe chinois, Bouddhisme, Mahayana, Tch'an (Chan)
Les six facultés étant sans souillure, on possède les
vertus inhérentes à la concentration et à la sapience...
L'Éveil détruit et l'esprit n'étant plus que vacuité,
dans une union née d'une pensée instantanée, on transgresse
subitement le profane et le sacré. On ne peut plus considérer
le non être non-être ni l'être comme être. Que l'on
soit en marche, debout, assis, couché, l'esprit reste inébranlable,
et il est, à tout instant, vacuité et insaisissable.
poeme(s) n° 1611. Entretiens du Maître de dhyana Chen-houei du Ho-tsô,
Traduction annotée par Jacques Gernet, Publication de l'École
française d'Extrême-Orient, Hanoi, 1949, p. 106-109, cité
dans Aux sources du Bouddhisme, Fayard, note p. 462-463
Lorsqu'on est plongé dans la quiétude constante [de l'esprit
propre], [on possède] une activité de réponse [aux sollicitations
des êtres] qui est illimitée. L'activité avec vacuité
constante, la vacuité avec activité constante, l'activité
avec absence d'être, voilà la vacuité absolue. Dans la vacuité
sans non-être, [il y a] l'être transcendant que constitue le savoir
mystique..., c'est la mahaprajna. (1).
poeme(s) n° 1608
Comprendre sans avoir recours au graduel, spontanément, voilà
le sens de la nature subite. La vacuité et quiétude originelles
de l'esprit propre, voilà l'illumination subite. L'absence de demeure
de l'esprit propre, voilà l'illumination subite... Entendre parler de
la vacuité sans s'attacher à la vacuité et sans saisir
non plus la non-vacuité, voilà l'illumination subite. Entendre
parler du moi sans s'attacher au moi et sans saisir non plus le non-moi, voilà
l'illumination subite. Accéder au nirvana sans rejeter la renaissance
et la mort, voilà l'illumination subite... Ceux qui partent du principe
absolu parviennent rapidement au Chemin. Ceux qui cultivent les pratiques externes
y parviennent lentement.
poeme(s) n° 788
Si l'on possède] cette connaissance, c'est la concentration [samadhi]
sans concentration, la sapience sans sapience, la pratique sans pratique. [
]
Nirvana et sapience diffèrent par le sens, mais sont identiques dans
leur substance
La sapience illumine complètement le nirvana, c'est
pourquoi on l'appelle connaissance et vue du Tathagata. Cette connaissance est
celle de la vacuité et de la quiétude constantes [de l'esprit
propre], et cette vue, c'est la vue directe du non-produit. Lorsque cette connaissance
et cette vue sont parfaitement claires, il n'y a plus ni identité ni
différence; mouvement et immobilité sont tous deux transcendants,
principe absolu et choses mondaines sont semblables. Dans la pureté du
principe absolu et au milieu des choses mondaines, on est capable de pénétrer
[tous les dharma]
poeme(s) n° 780
Les paroles de mon grand maître, le sixième patriarche (1),
pénétraient les auditeurs une à une, directement, comme
des couteaux; elles leur faisaient comprendre et voir leur nature propre directement,
sans qu'il eût à parler du graduel. Vous qui étudiez le
Chemin, vous devez être éveillés subitement, [puis] vous
cultiver graduellement et, sans quitter [le monde], obtenir la délivrance.
Il en est comme d'une mère qui met subitement son enfant au monde, lui
donne le sein et le nourrit peu à peu : la sagesse de cet enfant s'accroît
spontanément. De même, l'illumination subite, la vue subite de
la nature de Bouddha [se produisent brusquement] et la sapience s'accroît
ensuite spontanément peu à peu.
poeme(s) n° 450
Si vous étudiez dès aujourd'hui avec moi la perfection de sapience,
vous obtiendrez un esprit identique celui des Bouddha et des bodhisattva, dès
aujourd'hui, dans l'océan des renaissances et morts, en une pensée
instantanée, vous obtiendrez l'union avec les Bouddhas et les bodhisattvas.
Si, demeurant dans cette union née d'une pensée instantanée,
vous cultivez les pratiques, vous connaîtrez le Chemin, vous obtiendrez
le Chemin.
poeme(s) n° 449
Un visiteur demanda s'il était possible d'accomplir le chemin de Bouddha
en une vie. On le peut, répondit Chen-houei... Selon la doctrine du Mahayana,
les obstacles du karman, nombreux comme les grains de sable du Gange, en une
pensée instantanée, sont réduits à néant,
et la substance de la nature propre, qui est non produite, en un instant accomplit
le Chemin. Comment, à plus forte raison, ne pourrait-on l'obtenir en
une vie ?
poeme(s) n° 448
Les exercices... ne se séparent pas de la connaissance et de l'Éveil...
De telles causes et de tels fruits ne sont rien d'autre que production et destruction
: ils n'existent pas foncièrement. Pourquoi donc avoir recours aux exercices
?
- ... Si l'on s'écarte de la connaissance et de l'Eveil, comment serait-ce le Chemin?
- La substance du Chemin est absence d'objets particuliers, elle n'est comparable
à rien, elle est dépourvue de connaissance, d'Éveil et
d'activité de rayonnement, dépourvue de dharma de mouvement et
d'immobilité. En elle, ni terre spirituelle [de cittal, ni terre mentale
[de manas] ne peuvent être établies. Elle est sans allée
ni venue, sans intérieur ni extérieur ni milieu, sans localisation.
Elle n'est pas quiétude. Elle est sans concentration [samadhi] ni distraction.
Elle est sans vacuité et sans nom. Elle est absence de phénoménal,
absence de pensée, absence de réflexion. Ni la connaissance ni
la vue ne peuvent l'atteindre. Elle ne peut être éprouvée.
La nature du Chemin est absolument insaisissable.
poeme(s) n° 444
Qu'est-ce que la concentration de dhyana dans le Grand Véhicule ?
La concentration de dhyana dans le Grand Véhicule consiste à ne
pas se livrer aux exercices spirituels [à ne pas regarder son esprit],
à ne pas regarder la pureté, à ne pas contempler la vacuité,
à ne pas fixer son esprit, à ne pas le purifier, à ne pas
regarder au loin, à ne pas regarder auprès. Elle consiste en absence
de toute direction, en non-humiliation, en absence de peur, en absence de distinctions.
Elle consiste à ne pas se plonger dans la vacuité et à
ne pas demeurer dans la quiétude. Elle consiste en non-production de
toutes les particularités, qui sont erreur.
poeme(s) n° 265
Union (yoga) veut dire vue de l'absence de pensée, pénétration
de la nature propre, insaisissable, et l'insaisissable, c'est le dhyana
du Tathagata.
poeme(s) n° 250
Si l'on voit l'absence de pensée, même au milieu des impressions
réunies de la vue, de l'ouïe, de la perception et de la connaissance,
on reste dans une vacuité et une quiétude constantes.
poeme(s) n° 249
L'absence de pensée, c'est la pensée instantanée;
la pensée instantanée, c'est l'omniscience.
poeme(s) n° 248
Voir l'absence de pensée, c'est avoir les six organes des sens sans
souillure..., c'est la vérité de sens ultime du Chemin du milieu...,
c'est être capable de maîtriser tous les dharma..., c'est embrasser
tous les dharma.
poeme(s) n° 247
Si votre esprit est dépourvu du bleu, du jaune, du rouge et du blanc
[c'est-à-dire de tout caractère sensible], s'il est sans sortie
ni entrée, sans allée ni venue, sans éloignement ni proximité,
sans antériorité ni postériorité, sans activité
de l'esprit [manaskara] et sans non activité de l'esprit, s'il est ainsi,
c'est l'union. Mais, s'il y a sortie de concentration, entrée en concentration,
si votre esprit est pourvu de tous les objets de la connaissance, tout cela,
bien ou mal, ne se sépare pas de l'esprit d'erreur. S'il y a quelque
chose que l'on peut atteindre, c'est encore du fabriqué et ce n'est absolument
pas l'union [avec le principe absolu].
poeme(s) n° 100