III° section : la production de la plus-value absolue
Chapitre X : La journée de travail
II. Le Capital affamé de surtravail Boyard et fabricant
Le capital n'a point inventé le surtravail. Partout où une partie
de la société possède le monopole des moyens de production,
le travailleur, libre ou non, est forcé d'ajouter au temps de travail
nécessaire à son propre entretien un surplus destiné à
produire la subsistance du possesseur des moyens de production [1]. Que ce propriétaire
soit caloz cagaqoz athénien, théocrate étrusque, citoyen
romain, baron normand, maître d'esclaves américain, boyard valaque,
seigneur foncier ou capitaliste moderne, peu importe [2] ! Avant d'aller plus
loin, constatons d'abord un fait. Quand la forme d'une société
est telle, au point de vue économique, que ce n'est point la valeur d'échange
mais la valeur d'usage qui y prédomine, le surtravail est plus ou moins
circonscrit par le cercle de besoins déterminés; mais le caractère
de la production elle-même n'en fait point naître un appétit
dévorant. Quand il s'agit d'obtenir la valeur d'échange sous sa
forme spécifique, par la production de l'or et de l'argent, nous trouvons
déjà dans l'antiquité le travail le plus excessif et le
plus effroyable. Travailler jusqu'à ce que mort s'ensuive devient alors
la loi. Qu'on lise seulement à ce sujet Diodore de Sicile [3]. Cependant
dans le monde antique ce sont là des exceptions. Mais dès que
des peuples, dont la production se meut encore dans les formes inférieures
de l'esclavage et du servage, sont entraînés sur un marché
international dominé par le mode de production capitaliste, et qu'à
cause de ce fait la vente de leurs produits à l'étranger devient
leur principal intérêt, dès ce moment les horreurs du surtravail,
ce produit de la civilisation, viennent s'enter sur la barbarie de l'esclavage
et du servage. Tant que la production dans les Etats du Sud de l'Union américaine
était dirigée principalement vers la satisfaction des besoins
immédiats, le travail des nègres présentait un caractère
modéré et patriarcal.
Mais à mesure que l'exportation du coton devint l'intérêt vital de ces Etats, le nègre fut surmené et la consommation de sa vie en sept années de travail devint partie intégrante d'un système froidement calculé. Il ne s'agissait plus d'obtenir de lui une certaine masse de produits utiles. Il s'agissait de la production de la plus-value quand même. Il en a été de même pour le serf, par exemple dans les principautés danubiennes.
Comparons maintenant le surtravail dans les fabriques anglaises avec le surtravail dans les campagnes danubiennes où le servage lui donne une forme indépendante et qui tombe sous les sens.
Etant admis que la journée de travail compte six heures de travail nécessaire et six heures de travail extra, le travailleur libre fournit au capitaliste 6 x 6 ou trente-six heures de surtravail par semaine. C'est la même chose que s'il travaillait trois jours pour lui-même et trois jours gratis pour le capitaliste. Mais ceci ne saute pas aux yeux; surtravail et travail nécessaire se confondent l'un dans l'autre. On pourrait, en effet, exprimer le même rapport en disant, par exemple, que l'ouvrier travaille dans chaque minute trente secondes pour le capitaliste et trente pour lui-même. Il en est autrement avec la corvée. L'espace sépare le travail nécessaire que le paysan valaque, par exemple, exécute pour son propre entretien, de son travail extra pour le boyard.
Il exécute l'un sur son champ à lui et l'autre sur la terre seigneuriale. Les deux parties du temps de travail existent ainsi l'une à côté de l'autre d'une manière indépendante. Sous la forme de corvée, le surtravail est rigoureusement distinct du travail nécessaire. Cette différence de forme ne modifie assurément en rien le rapport quantitatif des deux travaux. Trois jours de surtravail par semaine restent toujours trois jours d'un travail qui ne forme aucun équivalent pour le travailleur lui-même, quel que soit leur nom, corvée ou profit. Chez le capitaliste, cependant, l'appétit de surtravail se manifeste par son âpre passion à prolonger la journée de travail outre mesure; chez le boyard, c'est tout simplement une chasse aux jours corvéables [4].
Dans les provinces danubiennes, la corvée se trouvait côte à côte des rentes en nature et autres redevances; mais elle formait le tribut essentiel payé à la classe régnante. Dans de pareilles conditions, la corvée provient rarement du servage; mais le servage, au contraire, a la plupart du temps la corvée pour origine. Ainsi en était-il dans les provinces roumaines. Leur forme de production primitive était fondée sur la propriété commune, différente cependant des formes slaves et indiennes. Une partie des terres était cultivée comme propriété privée, par les membres indépendants de la communauté; une autre partie, - l'ager publicus, - était travaillée par eux en commun. Les produits de ce travail commun servaient d'une part comme fonds d'assurance contre les mauvaises récoltes et autres accidents; d'autre part, comme trésor public pour couvrir les frais de guerre, de culte et autres dépenses communales. Dans le cours du temps, de grands dignitaires de l'armée et de l'Église usurpèrent la propriété commune et avec elle les prestations en usage. Le travail du paysan, libre cultivateur du sol commun, se transforma en corvée pour les voleurs de ce sol. De là naquirent et se développèrent des rapports de servage, qui ne reçurent de sanction légale que lorsque la libératrice du monde, la Sainte Russie, sous prétexte d'abolir le servage, l'érigea en loi. Le Code de la corvée, proclamé en 1831 par le général russe Kisseleff, fut dicté par les boyards. La Russie conquit ainsi du même coup les magnats des provinces du Danube et les applaudissements du crétinisme libéral de l'Europe entière.
D'après le Règlement organique, tel est le nom que porte ce code, tout paysan valaque doit au soi-disant propriétaire foncier, outre une masse très détaillée de prestations en nature : 1° douze jours de travail en général-, 2° un jour pour le travail des champs, et 3° un jour pour le charriage du bois. En tout quatorze jours par an. Or, avec une profonde sagacité économique, on a eu besoin d'entendre par journée de travail non pas ce qu'on entend ordinairement par ce mot, mais la journée de travail nécessaire pour obtenir un produit journalier moyen, et ce produit journalier moyen a été déterminé avec tant de rouerie, qu'un cyclope n'en viendrait pas à bout en vingt-quatre heures. Le « règlement » lui-même déclare donc, avec un sans-façon d'ironie vraiment russe, qu'il faut entendre par douze jours de travail le produit d'un travail manuel de trente-six jours; par un jour de travail des champs, trois jours; et par un jour de charriage de bois, trois jours également. Total: quarante-deux jours de corvée Mais il faut ajouter à ceci ce qu'on appelle la jobagie, ensemble de prestations dues au propriétaire foncier pour services agricoles extraordinaires. Chaque village, en raison de sa population, doit fournir pour la jobagie un contingent annuel. Ce travail de corvée supplémentaire est estimé à quatorze jours pour chaque paysan valaque. Ces quatorze jours, ajoutés aux quarante-deux ci-dessus, forment ainsi cinquante-six jours de travail par an. Mais l'année agricole ne compte, en Valachie, que deux cent dix jours, à cause du climat. Si l'on en déduit quarante jours pour dimanches et fêtes, trente en moyenne pour mauvais temps, soit soixante-dix jours, il en reste cent quarante. Le rapport du travail de corvée au travail nécessaire 56/84 ou 66 2/3 % exprime un taux de plus-value beaucoup moins élevé que celui qui règle le travail des ouvriers manufacturiers et agricoles de l'Angleterre. Mais ce n'est encore là que la corvée prescrite légalement. Et le « règlement organique », dans un esprit encore plus « libéral » que la législation manufacturière anglaise, a su faciliter sa propre violation. Ce n'était pas assez d'avoir fait cinquante-quatre jours avec douze, on a de nouveau déterminé de telle sorte luvre nominale qui incombe à chacun des cinquante-quatre jours de corvée, qu'il faut toujours un supplément à prendre sur les jours suivants. Tel jour, par exemple, une certaine étendue de terre doit être sarclée, et cette opération, surtout dans les plantations de maïs, exige le double de temps. Pour quelques travaux agricoles particuliers, la besogne légale de la journée se prête à une interprétation si large, que souvent cette journée commence en mai et finit en octobre. Pour la Moldavie, les conditions sont encore plus dures. Aussi un boyard s'est-il écrié, dans l'enivrement du triomphe : « Les douze jours de corvée du Règlement organique s'élèvent à trois cent soixante-cinq jours par an ! » [5]
Si le Règlement organique des provinces danubiennes atteste et légalise article par article une faim canine de surtravail, les Factory acts (lois de fabriques), en Angleterre, révèlent la même maladie, mais d'une manière négative. Ces lois refrènent la passion désordonnée du capital à absorber le travail en imposant une limitation officielle à la journée de travail et cela au nom d'un Etat gouverné par les capitalistes et les landlords. Sans parler du mouvement des classes ouvrières, de jour en jour plus menaçant, la limitation du travail manufacturier a été dictée par la nécessité, par la même nécessité qui a fait répandre le guano sur les champs de l'Angleterre. La même cupidité aveugle qui épuise le sol, attaquait jusqu'à sa racine la force vitale de la nation. Des épidémies périodiques attestaient ce dépérissement dune manière aussi claire que le fait la diminution de la taille du soldat en Allemagne et en France [6].
Le Factory Act de 1850 maintenant en vigueur accorde pour le jour moyen dix heures, douze heures pour les cinq premiers jours de la semaine, de 6 heures du matin à 6 heures du soir, sur lesquelles une demi-heure pour le déjeuner et une heure pour le dîner sont prises légalement, de sorte qu'il reste dix heures et demie de travail, - et huit heures pour le samedi, de 6 heures du matin à 2 heures de l'après-midi, dont une demi-heure est déduite pour le déjeuner. Restent soixante heures de travail, dix heures et demie pour les cinq premiers jours de la semaine, sept heures et demie pour le dernier [7]. Pour faire observer cette loi on a nommé des fonctionnaires spéciaux, les inspecteurs de fabrique, directement subordonnés au ministère de l'Intérieur dont les rapports sont publiés tous les six mois par ordre du Parlement. Ces rapports fournissent une statistique courante et officielle qui indique le degré de l'appétit capitaliste.
Ecoutons un instant les inspecteurs [8] :
« Le perfide fabricant fait commencer le travail environ quinze minutes,
tantôt plus, tantôt moins, avant 6 heures du matin, et le fait terminer
quinze minutes, tantôt plus, tantôt moins, après 6 heures
de l'après-midi. Il dérobe cinq minutes sur le commencement et
la fin de la demi-heure accordée pour le déjeuner et en escamote
dix sur le commencement et la fin de l'heure accordée pour le dîner.
Le samedi, il fait travailler environ quinze minutes, après 2 heures
de l'après-midi. Voici donc son bénéfice :
Avant 6 h du matin. 15 mn
Après 6 h du soir. 15 mn
Sur le temps du déjeuner. 10 mn
Sur le temps du dîner. 20 mn
60 mn
ý Somme en 5 jours : 300 minutes.
Le samedi. Avant 6 h du matin. 15 mn
Au déjeuner. 10 mn
Après 2 h de l'après-midi. 15 mn
40 mn
ý Profit de toute la semaine : 340 minutes.
Ou cinq heures quarante minutes, ce qui, multiplié par cinquante semaines
de travail, déduction faite de deux semaines pour jours de fête
et quelques interruptions accidentelles, donne vingt-sept journées de
travail [9].»
« La journée de travail est-elle prolongée de cinq minutes
chaque jour au-delà de sa durée normale, cela fournit deux jours
et demi de production par an [10]. » « Une heure de plus, gagnée
en attrapant par-ci par-là et à plusieurs reprises quelques lambeaux
de temps, ajoute un treizième mois aux douze dont se compose chaque année
[11]. »
Les crises, pendant lesquelles la production est suspendue, où on ne
travaille que peu de temps et même très peu de jours de la semaine,
ne changent naturellement rien au penchant qui porte le capital à prolonger
la journée de travail. Moins il se fait d'affaires, plus le bénéfice
doit être grand sur les affaires faites; moins on travaille de temps,
plus ce temps doit se composer de surtravail. C'est ce que prouvent les rapports
des inspecteurs sur la période de crise de 1857-58 :
« On peut trouver une inconséquence à ce qu'il y ait quelque
part un travail excessif, alors que le commerce va si mal; mais c'est précisément
ce mauvais état du commerce qui pousse aux infractions les gens sans
scrupules; ils s'assurent par ce moyen un profit extra. » « Au moment
même, dit Leonhard Horner, où cent vingt-deux fabriques de mon
district sont tout à fait abandonnées, où cent quarante-trois
chôment et toutes les autres travaillent très peu de temps, le
travail est prolongé au-delà des bornes prescrites par la loi
[12].» M. Howell s'exprime de la même manière : « Bien
que dans la plupart des fabriques on ne travaille que la moitié du temps,
à cause du mauvais état des affaires, je n'en reçois pas
moins comme par le passé le même nombre de plaintes, sur ce que
tantôt une demi-heure, tantôt trois quarts d'heure sont journellement
extorqués (snatched) aux ouvriers sur les moments de répit que
leur accorde la loi pour leurs repas et leurs délassements [13].»
Le même phénomène s'est reproduit sur une plus petite échelle
pendant la terrible crise cotonnière de 1861-65[14].
« Quand nous surprenons des ouvriers en train de travailler pendant les
heures de repas ou dans tout autre moment illégal, on nous donne pour
prétexte qu'ils ne veulent pas pour rien au monde abandonner la fabrique,
et que l'on est même obligé de les forcer à interrompre
le travail (nettoyage des machines, etc.), particulièrement le samedi
dans l'après-midi. Mais si « les bras » restent dans la fabrique
quand les machines sont arrêtées, cela provient tout simplement
de ce qu'entre 6 heures du matin et 6 heures du soir, dans les heures de travail
légales, il ne leur a été accordé aucun moment de
répit pour accomplir ces sortes d'opérations [15]. »
« Le profit extra que donne le travail prolongé au-delà
du temps fixé par la loi semble être pour beaucoup de fabricants
une tentation trop grande pour qu'ils puissent y résister. Ils comptent
sur la chance de n'être pas surpris en flagrant délit et calculent
que, même dans le cas où ils seraient découverts, l'insignifiance
des amendes et des frais de justice leur assure encore un bilan en leur faveur
[16]. » « Quand le temps additionnel est obtenu dans le cours de
la journée par une multiplication de petits vols (a multiplication of
small thefts), les inspecteurs éprouvent, pour constater les délits
et établir leurs preuves, des difficultés presque insurmontables
[17]. » Ils désignent aussi ces petits vols du capital sur le temps
des repas et les instants de délassement des travailleurs sous le nom
de « petty pilferings of minutes », petits filoutages de minutes
[18], « snatching a few minutes » escamotage de minutes [19]; ou
bien encore ils emploient les termes techniques des ouvriers : « Nibbling
and cribbling at mealtimes [20] ».
On le voit, dans cette atmosphère, la formation de la plus-value par
le surtravail ou le travail extra n'est pas un secret. « Si vous me permettez,
me disait un honorable fabricant, de faire travailler chaque jour dix minutes
de plus que le temps légal, vous mettrez chaque année mille livres
sterling dans ma poche [21]. » « Les atomes du temps sont les éléments
du gain [22]! »
Rien n'est plus caractéristique que la distinction entre les « full times » - les ouvriers qui travaillent la journée entière - et les « half times [23] » - les enfants au-dessous de treize ans, qui ne doivent travailler que six heures. Le travailleur n'est plus ici que du temps de travail personnifié. Toutes les différences individuelles se résolvent en une seule; il n'y a plus que des « temps entiers » et des « demi-temps ».
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Notes
[1] « Ceux qui travaillent... nourrissent en réalité tout à la fois et les pensionnaires qu'on appelle les riches et eux-mêmes. » (Edmond Burke, l.c., p.2.)
[2] Niebuhr, dans son Histoire romaine, laisse échapper cette naïve remarque : « On ne peut se dissimuler que des ouvrages, comme ceux des Étrusques, dont les ruines nous étonnent encore aujourd'hui, supposent dans les petits Etats des seigneurs et des serfs. » Sismondi est bien plus dans le vrai quand il dit que les « dentelles de Bruxelles » supposent des capitalistes et des salariés.
[3] « Il est impossible de voir ces malheureux (dans les mines d'or situées entre l'Égypte, l'Éthiopie et l'Arabie) qui ne peuvent pas même entretenir la propreté de leur corps, ni couvrir leur nudité, sans être forcés de s'apitoyer sur leur lamentable destin. Là point d'égards ni de pitié pour les malades, les estropiés, les vieillards, ni même pour la faiblesse des femmes. Tous, forcés par les coups, doivent travailler et travailler encore jusqu'à ce que la mort mette un terme à leur misère et à leurs tourments. » (Diod. Sic. Bibliothèque historique, liv. III, ch.13.)
[4] Ce qui suit se rapporte aux conditions des provinces roumaines avant les changements opérés depuis la guerre de Crimée.
[5] Pour plus de détails consulter E. Regnault : Histoire politique et sociale des principautés Danubiennes. Paris, 1855.
[6] « En général et dans de certaines limites, c'est un témoignage en faveur de la bonne venue et de la prospérité des êtres organisés, quand ils dépassent la taille moyenne de leur espèce. Pour ce qui est de l'homme, sa taille s'amoindrit dès que sa croissance régulière trouve des obstacles dans n'importe quelles circonstances, soit physiques, soit sociales. Dans tous les pays de l'Europe où règne la conscription, depuis son établissement, la taille moyenne des hommes faits s'est amoindrie et ils sont en général devenus moins propres au service militaire. Avant la Révolution (1789) la taille minimum du soldat d'infanterie en France était de cent soixante-cinq centimètres; en 1818 (loi du 10 mars) de cent cinquante-sept; enfin après la loi du 21 mars 1832, de cent cinquante-six seulement. Plus de la moitié des hommes sont généralement déclarés impropres au service pour défaut de taille et vices de constitution. La taille militaire en Saxe était en 1780 de cent soixante-dix-huit centimètres; elle est aujourd'hui de cent cinquante-cinq; en Prusse de cent cinquante-sept. D'après les données fournies par le docteur Meyer dans la Gazette de Bavière du 9 mai 1862, il résulte d'une moyenne de neuf ans qu'en Prusse sur mille conscrits sept cent seize sont impropres au service, trois cent dix-sept pour défaut de taille et trois cent quatre-vingt-dix-neuf pour vices de constitution, etc. En 1858, Berlin ne put fournir son contingent pour la réserve, il manquait cent cinquante-six hommes. » (J. V. Liebig : La chimie dons son application à l'agriculture et à la physiologie, 1862, 7° édition, v.I, p.116, 118.)
[7] On trouvera l'histoire du Factory Act de 1850 dans le cours de ce chapitre.
[8] Je ne m'occupe que de temps à autre de la période qui s'étend du début de la grande industrie en Angleterre jusqu'en 1845, et sur cette matière je renvoie le lecteur au livre de Friedrich Engels sur la situation des classes ouvrières anglaises. (Die Lage der arbeitenden Masse in England, von Friedrich Engels, Leipzig, 1845.) Les Factory Reports, Reports on Mines, etc., qui ont paru depuis 1845 témoignent de la profondeur avec laquelle il a saisi l'esprit du mode de production capitaliste, et la comparaison la plus superficielle de son écrit avec les rapports officiels de la « Children's Employment Commission » publiés vingt ans plus tard, montrent avec quel art admirable il a su peindre la situation dans tous ses détails. Ces derniers rapports traitent spécialement de branches d'industrie où la législation manufacturière n'était pas encore introduite en 1862 et en partie ne l'est même pas aujourd'hui. L'état des choses, tel que l'a dépeint Engels, n'y a donc pas subi de modification bien sensible. J'emprunte mes exemples principalement à la période de liberté commerciale qui a suivi 1848, à cette époque paradisiaque dont les commis voyageurs du libre-échange aussi terriblement bavards que pitoyablement ignorants racontent tant de merveilles. - Du reste, si l'Angleterre figure au premier rang, c'est qu'elle est la terre classique de la production capitaliste, et qu'elle possède seule une statistique continue et officielle des matières que nous traitons.
[9]« Suggestions, etc., by M. L. Horner, Inspector of Factories » dans le « Factory Regulation act, ordered by the House of Commons to be printed, 9 août 1859 », p.4, 5.
[10] Reports of the Insp. of Fact. for the hall-year ended, 1856, p.34.
[11] Reports, etc., 30 April 1858, p.7.
[12] Reports, etc., l. c., p.43.
[13] Reports, etc., l. c., p. 25.
[14] Reports, etc., for half-.year ending, 30 th. April 1861. V. Appendix n°2, Reports, etc., 31 st. Octobre 1862, p.7, 52, 53. Les infractions deviennent plus nombreuses dans le dernier semestre de 1863. Comp. Reports, etc., ending 31 Oct. 1863, p.7.)
[15]Reports, etc., 31 st. Oct. 1860, p.23. Pour montrer avec quel fanatisme,
d'après les dépositions des fabricants devant la justice, «
leurs bras » s'opposent à toute interruption du travail dans la
fabrique, il suffit de citer ce cas curieux , Au commencement de juin 1836,
des dénonciations furent adressées aux magistrats de Dewsbury
(Yorkshire) d'après lesquelles les propriétaires de huit grandes
fabriques dans le voisinage de Butley auraient violé le Factory Act.
Une partie de ces messieurs étaient accusés d'avoir exténué
de travail cinq garçons âgés de douze à quinze ans,
depuis vendredi, 6 heures du matin jusqu'au samedi, 4 heures du soir, sans leur
permettre le moindre répit excepté pour les repas, et une heure
de sommeil vers minuit. Et ces enfants avaient eu à exécuter ce
travail incessant de trente heures dans le « shoddy hole », ainsi
se nomme le bouge où les chiffons de laine sont mis en pièces
et où une épaisse atmosphère de poussière force
même le travailleur adulte à se couvrir constamment la, bouche
avec des mouchoirs pour protéger ses poumons ! Les accusés certifièrent
- en qualité de quakers ils étaient trop scrupuleusement religieux
pour prêter serment - que dans leur grande compassion pour ces pauvres
enfants ils leur avaient permis de dormir quatre heures, mais que ces entêtés
n'avaient absolument pas voulu aller au lit. MM. les quakers furent condamnés
à une amende de vingt livres sterling. Dryden pressentait ces quakers,
quand il disait :
« Renard tout fourré de sainteté,
Qui craint un serment, mais mentirait comme le diable,
Qui, avec un air de carême, roule pieusement des regards obliques,
Et n'oserait commettre un péché, non ! sans avoir dit sa prière.
»
[16]Rep., etc., 31 Oct. 1856, p.34.
[17] L.c., p.35.
[18] L.c., p.48.
[19] L.c.
[20] L.c.
[21] L.c., p.48
[22] « Moments are the elements of Profit. » Rep. of the Inspect, etc., 30 th., April 1860, p.56
[23] Cette expression est admise officiellement, aussi bien dans la fabrique que dans les rapports des inspecteurs.