56.07. La vache folle. Journal politiquement j't'emmerde, écolo et alternatif.

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Journal à l'humour décapant, n'est pas encore distribués en kiosque. Dommage ! Voici un extrait du numéro 18 parus en avril mai 1998. Merci Aquilès de m'avoir fait bien rire avec ton article.

Guy Sorman, ze globalizing profesôr. Quand la pensée de marché envoie ses pions prêcher la bonne parole dans le Tiers-Monde, il est évident qu'elle a réussi un premier pari, celui de globaliser la connerie.

Rencontrer par hasard Guy Sorman en tournée intello-médiatique en Amérique latine n'est plus seulement une surprise désagréable, mais une chose facile, une affaire de tous les jours et ce grâce à la globalisation. En effet, le "Professeur Sorman", tel qu'on le présentait au public d'une conférence universitaire à Caracas, ne limite pas son rayon de nuisances au plateau télévisé LCI ou à la mal nommée "Polémiques" de Michèle Cotta. Il répand son verbiage globalisant aux quatre coins de la planète. Professeur, évidemment, lorsqu'il s'agit de parler de politique, ça fait mieux qu'Adjoint au maire de droite de Boulogne-Billancourt, de Clichy ou de Levallois-Perret. Pour nous mettre en appétit, monsieur le professeur commence son intervention par une mise en garde. Se définissant comme un libéral, il s'empresse de faire remarquer que " le libéralisme n'est pas une idéologie mais une philosophie "... heureusement, car ça change tout. Notre" despote éclairé " continue sa démonstration et fait beaucoup moins dans la nuance. Le libéralisme, dit-il, s'est historiquement érigé " contre le communisme, le stalinisme, et toute autre forme de totalitarisme ". N'ayons donc pas peur du libéralisme, garant de toutes les libertés. Et si le libéralisme ne jouit pas de la sympathie des masses, ce n'est pas parce qu'il est effectivement moteur de ségrégation et d'exclusion sociale, mais uniquement parce que dans le monde entier il est perçu comme un facteur de l'impérialisme US. Eh ! bien, le professeur sorman nous rassure tout de suite, y a pas le feu dans la maison : le libéralisme, c'est français. On respire à nouveau. C'est tellement mieux de savoir qu'on se fait " culbuter" par des french lovers ! Du coup, on se demande dans quelle position Sorman va nous prendre sur la globalisation. La globalisation, explique-t-il, rencontre des freins, de même que le libéralisme, car " la tendance nationaliste a toujours été plus forte que l'unification ". La globalisation, pour l'instant, ne serait donc qu'une réalité partielle, qu'une tentative de domination américaine et d'expansion du modèle de vie Anglo-Saxons. " Si la globalisation était une réalité, chaque civilisation apporterait quelque chose et ce n'est pas le cas ". Mais on peut y remédier, " la globalisation américaine n'est pas une fatalité, la suprématie américaine peut-être détruite ". Et par qui ? Mais par l'Europe bon sang ! L'Europe que veut Guy Sorman, libérale et offensive. En un mot, la même daube, mais avec le charme dont seuls les Français sont capables. Un impérialisme philosophe, un fourrage gastronomique avec la manière ! Pour combattre le" méchant" nationalisme tiers-mondiste (version :" liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes"), le professeur nous propose le bon vieux remède de l'impérialisme européen. Et puis d'abord, nos casques à pointe coloniaux ne sont-ils pas beaucoup plus jolis que ceux des Marines ? La globalisation n'est donc pas mauvaise en soi, mais il faut bien choisir son maître. D'ailleurs, " Y a-t-il plus d'injustice et de pauvreté que par le passé ? Je ne sais pas, mais en tout cas maintenant nous pouvons la voir ". Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, et Sorman de poursuivre : " la globalisation a éliminé la pauvreté en Inde et en Corée ". Deux modèles confirmés de démocratie sociale et de réussite économique comme en témoigne la récente faillite financière coréenne ! Sorman aime les questions philosophiques, et il se les pose : " mais qui est coupable de la pauvreté ? " Suit une réponse d'une rare intelligence : " eh bien, c'est vous, ce n'est pas le capitalisme ni le marché qui n'existe pas dans ce pays de l'Amérique latine " Explosion de rires dans la salle. Et le cancre de continuer de plus belle : " la faute est aux élites qui ont confondu l'État et l'Étatisme, médiocres entrepreneurs, ils ont ruiné les rares entrepreneurs privés ". Et plus d'abord, selon le professeur, en Amérique latine " l'aristocratie féodale s'est transférée au capitalisme d'État. Cette aristocratie-là, restant d'ailleurs perpétuée par l'éducation ". Une blague désopilante dans la bouche d'un énarque. Rien qui pourrait cependant nous faire oublier le sens profond de son message : libéralisez plus, et les élites entendront raison. Et elles pourront ensuite éliminer tranquillement la pauvreté, avec autant d'efficacité qu'en Europe... Enfin, Sorman, pour ajouter une touche de douceur dans son discours de brute se lance sur " la nécessité de donner une bonne éducation aux femmes, pour que celle-ci la transmettent aux enfants, afin d'en finir avec le machisme " Sorman, en missionnaire féministe au pays des Papous, fallait oser ! À la fin de la conférence j'ai voulu le titiller avec mes questions. M'entendant parler français, il s'est tiré, au milieu de la foule, bouffer quelques petits fours.