Extrait d'Apache n°9-été 1996- Ecrit par : Travailleurs Chômeurs Précaires en colère ; c/o 13ème vivant, BP 400 75626 Paris CEDEX 13.
Chômeurs, RMIstes, précaires, nous sommes si nombreux à
galèrer que c'est une banalité de dire qu'il s'agit là
d'un phénomène de société. Pendant que les gros
bourges, eux, s'enrichissent de façon éhontée, leur système
économique et politique nous fout dans la merde et nous perdons tout
! Pourtant, il nous reste encore quelque chose : notre dignité ! Mais
c'est encore trop ! Tout est fait pour que nous ressentions un complexe de culpabilité
par rapport à notre situation, pour que nous nous sentions redevables
du peu que nous accorde l'État. Régulièrement, on entend
les médias, les politiciens de droite comme de gôche et les technocrates
tenir des discours tendant à nous faire passer pour des demeurés
incapables de s'adapter, voire pour des parasites. Dès qu'une prétendue
enquête parle de fraude, c'est de " faux chômeurs " dont
il est question, bien plus que de gros bourges détournant des milliards.
Quand ça n'est pas avec mépris, c'est avec pitié qu'ils
nous traitent ! Mais le résultat est le même : nous passons pour
des êtres inférieurs ! Et ça marche : beaucoup d'entre nous
s'enferment dans la honte, beaucoup deviennent serviles et acceptent des boulots
de merde contre un sous salaire de misère, beaucoup sont prêts
à tout pour se vendre et perdent toute notion de dignité ! Un
exemple est frappant : il est courant de voir des chômeurs remercier les
socialistes d'avoir instauré le RMI. Ces derniers ont participé
à la gestion de ce système capitaliste. Ils ont participé
à nous plonger dans la misère alors qu'ils dépensaient
allègrement des milliards en opérations de prestige et en s'en
mettant plein les poches, et il faudrait leur être reconnaissant de nous
avoir filé 2000 francs par mois ! ...... Il faut vraiment qu'on soit
tombé bien bas pour nous sentir redevables de ces gens la ! Non, ça
n'est pas à nous d'avoir honte ! Non, ça n'est pas nous les parasites,
c'est les gros bourges ! Non, ce n'est pas nous les responsables de cette situation,
c'est le capitalisme et ceux qui le gèrent !...... En acceptant notre
condition de galériens avec humilité, en étant reconnaissant
des miettes qu'on veut bien nous accorder, nous assurons donc le bon fonctionnement
de l'exploitation capitaliste !...... Bien sûr, il en restera toujours
pour continuer à croire que l'on doit se plier à la dictature
de l'économie capitaliste. À ceux là il ne leur reste qu'une
seule solution pour essayer de sortir de la galère : écraser les
copains, jouer les carpettes... Pour notre part, notre dignité, nous
ne la négocieront pas !