Monsieur Garaudy, qui est devenue peut-être un peu intolérant dernièrement envers certaines ethnies, se demande si l'Occident, qui règne en maître sur la planète depuis cinq cents ans, et qui essaye de justifier sa domination par ses mythologies du " progrès ", de la " raison ", ou de la " croissance ", va-t-il aujourd'hui vers le progrès ou vers la décadence ? Il fait preuve aussi d'une certaine intuition quand il écrit -- en 1990 -- : " A l'est, qui, au début du siècle, a donné un visage à l'espérance de tant de désespérés à travers le monde, assistons-nous à la faillite du socialisme ou à celle de ses perversions ? La " perestroïka " va-t-elle s'épanouir en renaissance, ou avorter dans un retour aux jungles ? ". Les extraits qui vont suivre nous donnerons une meilleure compréhension des racines de la notion de progrès dans la culture occidentale. " En Occident sont nées deux conceptions du temps : une conception cyclique, celle des Grecs, et une conception linéaire, celle de la tradition judéo-chrétienne. La première tentative d'ordonner d'histoire selon un schéma linéaire, plaçant à son terme les perfections les plus hautes, est celle de Joaquim de Flore qui, au XIIe siècle, imagina un déploiement " progressif " de la Trinité dans le temps. Il y eut, selon lui, un âge du père, celui de la loi, puis un âge du fils depuis Jésus, et, à la fin des temps, se réalisera l'âge de l'esprit, une société sans propriété, sans état, sans église, vision qui sera reprise, à l'époque de la réforme, par Thomas Müzer, chef de l'insurrection chrétienne des paysans de Souabe. Engels, qui écrivit histoire de cette " guerre des paysans ", voyait en ce programme " la forme la plus avancée du socialisme jusqu'au milieu du XIXème siècle " (c'est-à-dire jusqu'au " manifeste communiste de Marx et d'Engels, en 1848)..... La conception du progrès, telle qu'elle s'exprime au 18e siècle avec Condorcet, au XIXème avec Auguste Comte et sa " loi des trois États ", au XXe siècle avec les notions de " croissance " et de " développement ", qui en sont les héritières, naît d'une culture définie à la renaissance par trois postulats :
-- le postulat de Descartes : " nous rendre maîtres et possesseurs de la nature ", une nature réduite à son aspect mécanique. Des rapports de domination sur une nature dépouillée de toute signification propre ;
-- le postulat de Hobbes définissant les rapports entre les hommes : " l'homme est un loup pour l'homme ". Des rapports de concurrence sur le marché, d'affrontements de jungle entre les individus et les groupes, des rapports aussi de maître à esclave, et, au niveau actuel de nos pouvoirs techniques, des " équilibres de la terreur " ;
-- le postulat de Marlowe ( XVIe siècle), dans son Faust, annonçait
déjà la mort de Dieu : " Comme, par ton cerveau puissant,
deviens un Dieu, le maître et le seigneur de tous les éléments
", consacrant ainsi l'atrophie de la dimension transcendante de l'homme,
et le refus de toute valeur absolue.