Il ny a rien de permanent, déternel et sans changement dans la totalité de lexistence universelle (Vénérable Walpola Rahula)
Par Vénérable Walpola Rahula
Alors, le Bouddha, plein de compassion et de sentiments humains parla avec bonté à son disciple dévoué et bien aimé : " Ananda, quattend de moi lOrdre du Sangha ? Jai enseigné le Dhamma (la Vérité) sans faire aucune distinction comme lésotérique et lexo-térique. En ce qui concerne les Vérités, le Tathagata na rien de semblable au poing fermé du maître (acariya mutthi). Certainement, Ananda, si quelquun pense pouvoir diriger le Sangha et que le Sangha puisse dépendre de lui, quil donne ses instructions. Mais le Tathagata na pas de telle pensée. Pourquoi alors laisserait-il des instructions concernant le Sangha ? Ananda, je suis vieux maintenant, jai quatre-vingts ans. De même quun chariot usagé a besoin de réparations pour servir encore, de même, il me semble, le corps du Tathagata a besoin de réparations pour servir encore. Donc Ananada, demeurez en faisant de vous-même votre île (votre soutien), faisant de vous-même, et de personne dautre, votre refuge : faisant du Dham-ma votre île (votre soutien), du Dhamma votre refuge, et de rien dautre ".
Ce que le Bouddha désirait exprimer à Ananda est parfaitement clair. Ananda était triste et déprimé. Il pensait quils allaient se trouver seuls, sans aide, sans refuge, sans chef, après la mort du grand Maître. Aussi le Bouddha lui apporte consolation, courage et confiance, lui disant quils auraient à dépendre deux-mêmes et du Dhamma quil avait enseigné, et de personne dautre, ni de rien dautre. Ici la question dun Atman ou dun Soi métaphysique est absolument hors de propos. Et de plus, le Bouddha explique à Ananda comment on peut être sa propre île ou refuge et cest par la culture de lattention à légard du corps, des sensations, de lesprit et des objects mentaux (les quatre satipatthana) . Ici encore il ny a aucun mot relatif à un Atman ou à un Soi.
Il y a encore un autre exemple utilisé par ceux qui tentent de trouver un Atman dans lenseignement du Bouddha. Une fois, le Bouddha était assis sous un arbre dans une forêt sur la route de Bénarès Uruvela. Ce jour-là, trente amis, tous jeunes princes, allèrent faire une sorte de pique-nique avec leur jeunes femmes dans cette même forêt. Lun deux qui nétait pas marié avait amené une prostituée avec lui. Mais pendant quils se distrayaient elle déroba des objects de valeur et disparut. Tandis quils la recherchaient dans la forêt, ils virent le Bouddha assis sous un arbre et lui demandèrent sil navait pas vu une femme. Le Boudhha leur demanda pourquoi. Ils lui racontèrent lincident. Alores le Bouddha les interrogea : " Que pensez -vous, jeunes gens, lequel est le meilleur pour vous, chercher une femme ou vous chercher vous-mêmes ? " Ici encore cest une question simple et naturelle, et il ny a aucune raison dintroduire dans laffair lidée lointaine dAtman ou de soi métaphysique. Ils répondirent quil valait mieux pour eux se chercher eux-mêmes. Alors le Bouddha leur demanda de sasseoir autour de lui et il leur exposa le Dhamma. Daprès le récit de ce quil leur prêcha et quon trouve dans le texte original, pas un mot nest mentionné au sujet de lAtman.
On a beaucoup écrit, discuté sur le sujet du silence du Bouddha alors quun certain Parivrajaka (Errant), nommé Vacchagotta lui demandait sil avait un Atman ou non.
Voici lhistoire
Vacchagotta vient auprès du Bouddha et lui demanda : " Vénérable Gotama, y a-t-il un Atman ? " Le Bouddha reste silencieux. " Alors Vérérable Gotama, il ny a pas dAtman ? " Le Bouddha reste également silencieux. Vacchagotta se lève alors et sen va. Après le départ du parivrajaka, Ananda demanda au Bouddha pourquoi il navait pas répondu à la question de Vacchagotta. Le bouddha expliqua sa position : " Ananda, quand Vacchagotta lerrant ma posé la question : Vénérable Gotama, y a-t-il un Soi ?, si javais répondu : Il y a un Soi, alors Ananda, cela aurait été se ranger du côté de ces reclus et brahmana qui soutiennent la théorie éternaliste (sassatavada). " Et Ananda, quand Vacchagotta lerrant ma posé la question : Vénérable Gotama, il ny a pas de Soi, si javais répondu : il ny a pas de Soi, alors Ananda, cela aurait été se ranger du côté de ces reclus et brahmana qui soutiennent la théorie annihiliste (ucchedavada) " Et encore Ananda, quand Vacchagotta lerrant ma posé la question : Vénérable Gotama, y a-t-il un Soi ?, si javais répondu : il y a un Soi, alors Ananda cela aurait-il été en accord avec ma connaissance que tous les Dhamma sont sans Soi ? Certainement pas, Seigneur. Et encore Ananda, quand Vacchagotta lerrant ma posé la question : Vénérable Gotama, ny a-t-il pas de Soi, si javais répondu : il ny a pas de Soi, alors Ananda, cela aurait été pour Vacchagotta lerrant une plus grande confusion encore, lui qui est déjà confus ; car il aurait pensé : antérieurement javais en effet un Atman, mais maintenant je nen ai plus. "
La raison pour laquelle le Bouddha est resté silencieux devrait être mainteant parfaitement claire. Mais cela sera plus clair encore, si nous prenons en considération tout larrière plan et la façon dont le Bouddha traitait les questions et les interrogateurs ces deux choses étant ignorées de ceux qui ont discuté ce problème. Le Bouddha nétait pas une machine à répondre, ne donnant sans aucune considèration les réponses quelles que soient les questions posées et quel que soit celui qui les posait. Il était un instructeur pratique, plein de compassion et de sagesse. Il ne répondait pas aux questions pour montrer son intelligence et sa connaissance mais pour aider celui qui le questionnait dans la voie de la réalisation. Il parlait toujours aux gens en ayant à lesprit leur niveau de développement, leur tendances, leur tournures desprit, leurs caractères, leur aptitudes à comprendre un sujet particulier.
Daprès le Bouddha, il y a quatre façons de traiter les questions :
1. à certaines on doit répondre directement ;
2. à dautres on doit répondre de façon à les analyser ;
3. à dautres encore on doit répondre par des contre-questions ;
4. et enfin il y a des questions quon doit laisser de côté.
Il peut y avoir plusieurs façons de laisse de côté une question. Lune est de dire quune question particulière na pas de réponse ou dexplication, comme fit le Bouddha à légard de ce même Vacchagotta à plus dune occasion quand ces célèbres questions de savoir si lUnivers était éternel ou non, etc....lui furent posées. Cest de la même façon quil répondit à Malunkyaputta et à dautres . Mais il ne pouvait pas agir ainsi en ce qui concerne la question de savoir sil y avait un Atman(Soi) ou non, parce quil lavait tourjours discutée et expliquée. Il ne pouvait pas dire : " Il y a un Soi " parce que cela était contraire à sa connaissance que " tous les Dhamma sont sans Soi " et il ne voulait pas dire " il ny a pas de Soi " parce que cela aurait, sans nécessité et sans raison, rendu plus confus et plus troublé le malheureux Vacchagotta qui était déjà troublé par une question semblable comme il lavait avoué antérieurement et nétait pas encore en mesure de compredre lidée de Anatta. Donc, laisser de côté cette question en restant silencieux était le moyen le plus sage dagir dans ce cas particulier. Il ne faut pas oublier non plus que le Bouddha connaissait dèjà Vacchagotta depuis longtemps. Ce nétait pas la première fois que cet Errant interrogateur venait le voir. Le Maître sage et plein de compassion pensait souvent à ce chercheur confus et lui montrait sa considération. Il y a de nombreuses références dans les textes palis à ce même Vacchagotta lErrant et au fait quil se rendait souvent auprès du Bouddha et de ses disciples et leur posait encore et encore les mêmes sortes de questions qui le tourmentaient et lobsédaient. Le silence du Bouddha semble avoir eu plus deffet sur Vacchagotta que toute autre discussion ou réponse éloquente.
Certains prennent le Soi pour ce qui est généralement appelé "esprit "ou " conscience ". Mais le Bouddha dit quil vaut mieux quun homme considère son corps physique comme " Soi " plutôt que lesprit, la pensée ou la conscience, parce que le premier semble plus solide que ceux-ci, parce que lesprit, la pensée ou la conscience (citta, mano, vinnana) changent constamment jour et nuit plus rapidement que le corps (kaya) Cest la vague sensation dun " JE SUIS " qui crée cette idée de soi qui na aucune réalité correspondante, et voir cette vérité cest réaliser le Nirvana ce qui nest pas facile !
Il y a dans Samyutta-nikaya une conversation lumineuse sur ce point entre un bhikkhu nommé Khemaka et un groupe de bhikkhus. Ces moines demandent à Khemaka si dans les cinq Agrégats il voit un soi ou quelque chose appartenantà un Soi. Khemaka répond " non ". Alors les bhikkhus disent que sil en est ainsi, cest quil doit être un Arahant libéré de toute impureté. Mais Khemaka confesse que bien quil ne trouve pas dans les cinq Agrégats, un Soi ou quelque chose appartenant à un Soi ; " je ne suis pas un Arahant libéré de toute impureté. Amis, en rapport avec les cinq Agrégats dattachement, jai la sensation : " JE SUIS ", mais je ne vois pas clairement : "ceci est JE SUIS. " Puis Khemaka explique que ce quil appelle " JE SUIS " nest ni matière, ni sensation, ni perception, ni formations mentales, ni conscience, ni quelque chose en dehors deux. Mais il a sensation : " JE SUIS " en rapport avec les cinq Agrégats dattachement bien quil ne puisse voir clairement " ceci est JE SUIS ". Il dit que cest comme lodeur dune fleur qui nest ni lodeur de pétales, ni celle de la couleur, ni celle du pollen, mais lodeur de la fleur. De plus, Khemaka explique que même une personne qui a atteint les premières étapes de réalisation conserve encore cette sensation de JE SUIS ". Mais plus tard, quand elle a encore progressé cette sensation de " JE SUIS " disparaît elle aussi de même que lodeur chimique dune étoffe fraîchement lavée disparaît après un certain temps quand elle a été rangée dans un coffre.
Cette discussion fut si utile et si lumineuse pour eux, quà la fin de celle-ci, dit le texte, tous y compris Khemaka lui-même, devinrent des Arahant libérés de toute impureté, sétant ainsi finalement débarrassés de " JE SUIS ". Daprès lenseignement du Bouddha, il est aussi mauvais de soutenir lopinion " je nai pas de soi " (qui est la théorie annihiliste) que de soutenir lopion " jai un soi " (qui est la théorie éternaliste) parce que toutes les deux sont des liens, toutes les deux se levant de la fausse idée " JE SUIS ". La position correcte à légard de la question dAnatta est non pas de soutenir telle ou telle vue ou opinion, mais dessayer de voir les choses objectivement, telles quelles sont, sans projections mentales, de voir que ce que lon appelle " Je " ou " Etre " est seulement une combinaison dagrégats physique et mentaux qui agissent ensemble dune façon interdépendante dans un flux de changement momentané, soumis à la loi de cause et effet, et quil ny a rien de permanent, déternel et sans changement dans la totalité de lexistence universelle.
Ici une question se pose naturellement : sil ny a pas dAtman , ou soi, qui reçoit le résultat du Karma (des actions) ? Personne ne peut répondre à cette question mieux que le Bouddha lui-même. Lorsquun bhikkhu lui pose cette question, le Bouddha dit : " je vous ai enseigné, ô bhikkhu, à voir la conditionnalité partout et en toute chose ". Lenseignement du Bouddha sur Anatta, non-Ame ou non-Soi ne doit pas être considéré comme négatif ou nihiliste. De même que le Nirvana, il est Vérité et Réalité ; et la Réalité ne peut pas être négative. Cest la fausse croyance en un Soi imaginaire, non existant, qui est négative. Lenseignement dAnatta dissipe, lobscurité des fausses croyances et produit la lumière de la Sagesse. Il nest pas négatif. Comme Asabga le dit très justement : " Il y a le fait quil nya pas de Soi (nairatmyastita)"
Mai 2001
Le bouddhisme, le désarmement et la paix
Vénérable Walpola Rahula