Mes amis et moi menions notre combat pour la paix sur laffirmation que ce nest pas lhomme qui est notre ennemi , mais le fanatisme, la haine, lambition et la violence.
Par Thich Nhat Hanh
Un enseignement du maître Thich Nhât Hanh. Traduit de langlais par Evelyne Culot. Révisé par Nguyên van Thông..
Je me souviens encore de lépoque pendant laquelle, lors de mon travail pour le mouvement de la paix (entre 1963-1973), on maccusait fréquemment de ne pas distinguer mes amis de mes ennemis. A cette époque, mes amis et moi menions notre combat pour la paix sur laffirmation que ce nest pas lhomme qui est notre ennemi , mais le fanatisme, la haine, lambition et la violence (1). Cette prise de position entraîna notre condamnation par les deux parties en guerre. Notre plus grand crime était de considérer les personnes des deux bords comme nos frères, quils appartiennent au mouvement communiste ou au mouvement anticommuniste. Le recueil de poèmes « Mains jointes, nous prions pour que la Colombe Blanche apparaisse » édité clandestinement à Saigon en 1964, a été censuré par les deux parties en guerre. Il a été confisqué par lune et condamné sur les ondes par lautre.
Le soleil vert.
Jadhère toujours à mes idées dalors mais maintenant je suis allé plus loin. Avant, javais lhabitude de dire que notre ennemi est lambition, la haine, la discrimination et la violence mais depuis vingt ans et plus, je nai plus voulu considérer ces formations mentales négatives comme des ennemis à détruire. Jai constaté quelles pouvaient être transformées en énergies positives comme la compréhension et l amour, tout comme un jardinier peut transformer des déchets en engrais, qui peut être utilisé pour faire pousser les fleurs et les légumes. Au cours des trente dernières années, jai pratiqué et enseigné le Bouddhisme en Occident à partir de ce point de vue appelé la vision profonde de linter-être qui est expliqué dans le soutra Avatamsaka. Linter-être peut être traduit en anglais par Interbeing et en allemand par Intersein. Mes amis occidentaux qui ont su apprendre et pratiquer selon cette vision profonde ont été capables de se transformer en profondeur et ont trouvé beaucoup de bonheur.
Si vous souhaitez avoir une vision profonde de linter-être ; il vous suffit de regarder un panier de légumes frais et vert que vous venez juste de cueillir. En regardant profondément, vous verrez le soleil, les nuages, le compost, le jardinier et des centaines et des milliers dautres éléments. Les légumes ne peuvent pas pousser seuls, ils ne peuvent croître que sil y a le soleil, des nuages, de la terre, etc.. Si vous enlevez le soleil du panier de légumes, il ny aura plus de légumes. Cest pareil si vous enlevez les nuages.
Prenons un autre exemple. Regardons la seule organisation bouddhiste légale au Vietnam quon appelle avec humour la Congrégation gouvernementale (CG). Si nous la regardons, nous voyons en elle les éléments positifs et négatifs qui lont créée. Parmi ces éléments, nous voyons lEglise Bouddhique Unifiée (EBU) du Vietnam, représentée par des moines comme Huyen Quang, Quang Dô, Duc Nhuân, Tuê Si, Không Tánh, etc... Parce que ces moines ont été corrects dans leurs combats, les moines de la Congrégation gouvernementale comme Thiên Siêu, Minh Châu, Tri Tinh, Tri Quang, ont été autorisés à traduire et publier des oeuvres bouddhistes et à organiser un travail préparatoire pour les Etudes Bouddhistes, etc... Plus les moines de l EBU menaient des combats, étaient emprisonnés, plus les moines de la CG avaient de lespace pour travailler. Les moines de lEBU sont donc ceux qui ont soutenu et soutiennent toujours la CG de la manière la plus positive. Si vous dites quils sopposent à la CG, vous navez pas encore perçu la vérité profonde de lintérieur et navez pas compris linter-être. Les moines Huyên Quang, Quang Do, Duc Nhuân sils regardent lInstitut des Etudes Bouddhistes, lInstitut de la Recherche Bouddhiste, le travail de traduction du Canon vietnamien, etc... pourraient sourire et dire « Ne pensez pas que cela est votre uvre à vous seuls. Nous vous aidons à réaliser ces choses. Nous avons travaillé ensemble. » Les moines Thich Tri Siêu et Minh Châu, en regardant les combats de lEBU pourraient aussi sourire, ressentir la gratitude et dire « Grâce à vos combats, le gouvernement a diminué la pression et nous a autorisé à travailler au nom du Bouddha. » Nous ne sommes pas assez naïfs pour dire : « Quêtes-vous parvenu à faire pendant toutes ces années dopposition ? Nous sommes les seuls, nous qui ne nous opposons pas au gouvernement, à avoir été capables de faire ce travail. Grâce à la vision profonde de linter-être, les moines des deux congrégations peuvent regarder avec amour et compréhension, sans ressentir le besoin de blâmer qui que ce soit, parce quils sont tous capables de voir que les moines des deux congrégations sont des manifestations de boddhisattvas, tous travaillant pour leur idéal et pour lensemble des personnes et les deux « camps » peuvent être heureux parce quaucun ne ressent de la haine ou de la discrimination. Si nous continuons à nous blâmer lun lautre et à être fâchés, nous serons toujours les victimes de personnes extérieures qui cherchent à créer la discorde. Si nous avons la vision profonde de linterêtre, ces personnes narriveront pas à nous diviser, à créer une situation de coqs dans un même poulailler qui se combattent entre eux. Un côté porte les couleurs de l EBU et lautre côté porte les couleurs du gouvernement. Se combattre mutuellement à cause des couleurs que lon porte nest pas très intelligent ; cest manquer de sagesse de linter-être. Au cours des trente dernières années, il ny a pas eu un moment au cours duquel je nai regardé lensemble des moines bouddhistes comme mes frères, quils appartiennent à la CG ou à lEBU
Le roi du pays des « So » perd son arc.
Au cours des trente dernières années, bon nombre de personnes, au Vietnam et ailleurs, continuent à me blâmer parce que je suis trop proche des chrétiens et des communistes. Ils veulent que je ne suis proche que des bouddhistes et des anticommunistes. Jai essayé de leur rappeler que mes actes reposent toujours sur le sentiment que lhomme nest pas notre ennemi. Je veux que chacun ait la chance de vivre et le droit de vivre heureux. Cependant tout le monde na pas été capable daccepter facilement mon attitude. Ma pratique, cest dêtre capable dembrasser à la fois les communistes et les chrétiens parce que je ne peux me contenter de nembrasser que les bouddhistes et les anticommunistes. Létroitesse desprit, le fanatisme et les préjugés ne se trouvent pas uniquement chez les chrétiens et les communistes. Parmi les bouddhistes, il existe aussi une grande part détroitesse desprit, de fanatisme et de préjugés, ce qui a apporté énormément de souffrance pour les familles et les individus qui ressentent ces préjugés ou qui en sont les cibles. Parmi ceux qui se réclament du bouddhisme, beaucoup, en ce compris les moines et moniales, ont atteint un tel niveau de corruption, de cruauté et de préjugés que leurs enfants ou disciples nayant pas pu le supporter, les ont abandonnés. Ils enfreignent les entraînements relatifs à lacte de tuer, à la mauvaise parole, au mauvais comportement sexuel, se blessant eux-mêmes et leur famille de manière considérable. Certains protestants, catholiques et communistes sont bien meilleurs que ces bouddhistes, bien plus sains et bien plus proches des enseignements du Bouddha. Dès lors, afin de pratiquer dans lesprit bouddhiste, je souhaite embrasser et aimer tout le monde sans exception, en ce compris tous ceux qui mont fait souffrir moi et mon peuple. Embrasser les personnes ne veut pas dire être daccord avec leur étroitesse d esprit , leur préjugés et leur fanatisme. Lorsquil leur manque la tolérance, la compassion et la capacité de regarder profondément, les êtres humains deviennent mesquins, nuisibles et fanatiques. La responsabilité des bouddhistes pratiquants est daider les personnes à se détacher de cette étroitesse desprit, de ces préjugés et de ce fanatisme, daider les personnes à devenir compréhensives, tolérantes et compatissantes et non pas prendre un fusil et de les détruire.
Dans le bouddhisme, on nous apprend à aimer selon les principes de la bonté aimante, la compassion, la joie et léquanimité. Léquanimité signifie ne pas faire de discrimination négative. Chaque fois que nous voyons une personne qui souffre, nous aimons cette personne, nous navons pas à savoir si elle est bouddhiste, communiste ou chrétienne. En pratiquant dans un tel état desprit, jai écrit des dialogues avec les chrétiens et les communistes en termes de joie, déquanimité et de compassion. Les livres qui tendent à dialoguer avec les chrétiens comme Bouddha vivant, Christ vivant et Jésus et Bouddha comme des frères, ont été écrits en utilisant le type de langage que le bouddhisme appelle le discours aimant. Ils ont aidé des centaines de milliers de chrétiens à comprendre le bouddhisme, à voir le véritable esprit de la chrétienté et à se détacher dun comportement mesquin et préjudiciable. Les chrétiens, en ce compris des prêtres et des nonnes, mont écrit des lettres pour me remercier chaleureusement. En ce qui concerne les catholiques au Vietnam, jai également utilisé cette parole aimante. Dans le livre Lotus dans une mer de feu (1966), jai dit clairement que si nos amis catholiques au Vietnam prennent la direction du catholicisme de notre peuple et sont déterminés à vivre en harmonie avec les autres entités présentes dans la population, il ny a pas de raison pour que le Vietnam ne leur ouvre pas les bras pour les accueillir au sein de la nation. Jai également utilisé cette parole aimante envers les communistes vietnamiens, particulièrement dans le livre Dialogue, la porte vers la paix (1967). A cette époque, peu de communistes désiraient mécouter mais maintenant, je pense que beaucoup de communistes lisent mes livres et écoutent mon message. Je sais que beaucoup de cadres et dagents de sécurité ont eu loccasion de lire mes livres et découter mes cassettes et grâce à cela, ont transformé une part importante de leur souffrance. Jai parfois vu la mentalité des cadres et des agents de sécurité, particulièrement celle des agents de sécurité travaillant dans les secteurs culturel et religieux :des postes les plus élevés aux postes les plus bas dans le gouvernement, la politique est que les livres et cassettes de Thây Nhât Hanh doivent être interdits. Cest pourquoi mes livres et cassettes sont confisqués dès quils arrivent à Saigon ou Hanoi, que ce soit à laéroport ou par envoi postal. Jai dit à mes amis là-bas « ne soyez pas irrités, parce que les personnes qui confisquent les livres et les cassettes ont ainsi une occasion de les lire ou de les écouter. Çà, cest penser dans lesprit du roi du pays des « So » qui a perdu son arc. Mais le peuple avait larc et ainsi rien ne fut perdu.
De temps en temps, les agents de sécurité font une descente et confisquent mes livres et cassettes qui ont été imprimés et copiées clandestinement. La vérité est quil y a des agents de sécurité qui, après avoir confisqué ou censuré mes livres et cassettes (sans les restituer à la personne qui légalement a le droit de les avoir en retour)
se sont assis pour les lire ou les écouter toute la nuit. Ils ont compris lintérêt et le bénéfice à retirer de ces livres et de ces cassettes et ils ont été capables de transformer une grande partie de leur souffrance grâce à eux. Néanmoins, après avoir censuré les livres et cassettes, ils ne les renvoient pas aux personnes qui, légalement, devraient les recevoir. Ils les restituent parfois, mais avant tout, ils effacent toutes les images et les sons des cassettes. Avant cela, ils ont copié les cassettes, en envoient une copie au Ministère de lIntérieur et gardent une autre copie pour eux même, pour lécouter de temps en temps. Je les comprends et je les aime, parce quils ont peur dêtre réprimandés par leurs supérieurs et de perdre leur travail. On interroge certains agents de sécurité qui ont lu mes livres et écouté mes cassettes. « Pourquoi interdit-on la circulation de ces livres et cassettes ? Est-ce que vous voyez dans ces livres et cassettes des modes de pensées qui apportent souffrance au pays, au peuple ou au gouvernement ? Ils ont répondu : « Tout ce que Thây Nhât Hanh enseigne dans ces livres et cassettes est très intéressant, merveilleux, en accord avec le chemin spirituel et très bénéfique pour la vie spirituelle et le cur humain. La raison pour laquelle on interdit la libre circulation de ces livres et cassettes est que nous ne savons pas si, derrière les enseignements et la pratique de Thây, se cache ou non une conspiration politique ». Ils ont exprimé deux mêmes ce quils ressentent vraiment, leur peur et leur suspicion. Cette peur et cette suspicion ne leur sont pas propres, cest aussi celles de leurs supérieurs.
De temps en temps, ces cadres et agents de la sécurité expriment leur compréhension éveillée et leur compassion. Ils ferment les yeux sur la publication clandestine de certains de mes livres et cassettes. Ils agissent ainsi car ils savent trop bien que la société regorge de choses comme la corruption, labus de drogue, la prostitution ; la haine, les fugues denfants, léchec des mariages, les divorces, léclatement des familles, les livres et films pornographiques. Alors que les politiciens et les éducateurs ont presque renoncé à essayer de nettoyer ces énormes montagnes de détritus, les cassettes de Thây Nhât Hanh qui encouragent les personnes à pratiquer léveil, à se réconcilier les unes avec les autres et à retourner à une manière de vivre saine, sont interdits et confisqués. Les agents de sécurité sont forcés de les censurer et de les confisquer, mais au fond deux mêmes, ils ont des doutes. Ils ne se sentent pas du tout à laise vis à vis de cette politique et cest pourquoi ils ferment parfois les yeux sur la publication et la diffusion clandestines de quelques ouvrages culturels et moraux. Chaque fois quils sont à la tête dopérations humanitaires pour les victimes dinondations ou de la pauvreté, des moines et moniales et des civils glissent souvent dans les colis un chant ou un court soutra en espérant que, si le colis soulage leur détresse matérielle pendant deux ou trois semaines, le soutra, lui, soulagera leur souffrance et leur chagrin pendant un laps de temps bien plus long. Il y a des agents de la sécurité qui sont étroits desprit, pleins de préjugés et déterminés à en interdire la distribution en disant que ces chants sont des propagandes politiques. Il y a toutefois des agents de la sécurité qui se sentent heureux de lire ces chants et soutras, les approuvent secrètement et apprécient même les enseignements. Nous avons des racines saines dans nos curs. Si nous les acceptons et les traitons de manière salutaire, les graines de compassion et de tolérance en nous seront arrosées. Si nous sommes toujours méprisés, haïs et en opposition, nous perdrons cette occasion. Dès lors, aussi sévères et désagréables que soient les agents de la sécurité dans les domaines culturel et religieux, les moines, les nonnes et les laïcs qui connaissent la pratique restent doux et patients avec eux. En recevant un tel traitement, ils auront aussi, un jour ou lautre, loccasion de se transformer. A Huê, on a entendu un agent de la sécurité qui disait : « Thây Nhât Hanh habite loin dici, je ne sais rien faire contre lui. Mais toi, tu est là, entre nos mains. Je peux técraser en mille morceaux quand jen ai lenvie ». En entendant cela, jai éprouvé beaucoup de compassion pour cet agent. Pourquoi vouloir écraser quelquun qui ne souhaite que réaliser un travail social pour ses compatriotes ?
Un véritable changement vers le meilleur.
Nos enfants et petits-enfants sont tous nos enfants et petits-enfants, quils descendent de Bouddha, de Jésus Christ, du communisme ou de lanticommunisme. Chaque fois que quelquun souffre et a besoin daide, je dois venir laider. Cest de cette seule façon que nous pouvons aimer dans lesprit enseigné par le Bouddha.
Chacun de nous a fait des erreurs, que nous soyons bouddhistes, catholiques, communistes, membre du parti ou du gouvernement. Parce que nous sommes certains de nos perceptions, parce que nous sommes fanatiques et remplis de préjugés, il se peut que nous blessons gravement notre peuple, mais si nous parvenons à nous réveiller et à savoir véritablement comment prendre un nouveau départ, nous pourrons apprendre des douloureuses leçons du passé. Il y a des agents de la sécurité et des cadres qui nous ont fait souffrir mais avec lamour du Bouddha nous continuons à vouloir leur donner une chance de changer pour le meilleur, de transformer les déchets en compost et en fleurs, de produire de la compréhension et de l amour afin que leur vie soit soulagée de toute douleur et que nous puissions y occuper un espace plus grand. Si nous accordons trop de confiance aux idéologies, nous pouvons apporter une grande détresse à notre peuple et à notre pays où des millions de personnes sont déjà mortes dans le conflit. Dans le passé (en 1964, quand le recueil de poèmes « Les mains jointes, nous prions pour que la Blanche Colombe apparaisse » fut publié) jai dit « Les idéologies sont les chaînes dun mauvais karma utilisées pour ligoter le corps de notre peuple » Trân Manh Hao la exprimé dune meilleur façon que moi : « Les chemins qui sont comme des baguettes de lhistoire qui fouettent notre pays ».Quand nous nous réveillerons et que nous voyons nos erreurs, la détermination à suivre le chemin de lamour et de la compassion reste la chose que nous voulons le plus.
Depuis que je suis en exil, être capable de continuer à écrire des livres pour mes compatriotes ma été dun grand réconfort. Depuis 1966, bien que plusieurs de mes livres aient été publiées au Sud Vietnam, ce fut sous un pseudonyme parce que jai commis le crime de lancer un appel pour la paix. Depuis 1975, mes livres ont seulement été copiés manuscritement, ensuite imprimés et distribués clandestinement. Moi-même jignore qui a organisé limpression et la publication. Parce que plusieurs de mes compatriotes éprouvent le besoin dapprendre et de pratiquer, des personnes ou groupes de personnes, sans considération pour leur propre sécurité, ont rendu possible limpression et la publication de ces livres. La même chose sest produite avec les cassettes audio et vidéo. Lancien premier ministre Pham van Dông a lu les trois tomes de lHistoire du bouddhisme vietnamien que jai écrits et il a exprimé son admiration pour eux. Au Ministère de lIntérieur et celui des Affaires Etrangères, beaucoup de personnes ont lu et apprécié mes livres. Beaucoup danciens généraux de larmée et beaucoup danciens officiers et membres du Parti ont lu des livres comme Sur les traces de Siddharta et Paix et joie à chaque pas et ils les ont appréciés. Ils ont senti quils redécouvrent lidéal absolu de leur jeunesse. Jai le sentiment que les personnes qui sont les plus heureuses de lire mes livres sont celles qui, un jour, se sont laissé tourner la tête par lidéologie marxiste mais actuellement ny croient plus. Un nombre incalculable de personnes ont adopté une religion ou adhéré au Parti avec toute la pureté et le zèle de la jeunesse. Toutefois, après trente ans de pratique religieuse ou dadhésion au Parti, elles ont le sentiment davoir beaucoup perdu parce quelles ont souffert à cause de leur religion ou à cause du Parti. Plus que tout autre, ces personnes acceptent plus facilement la pratique bouddhiste de la Bonté aimante, la Compassion, la Joie et lEquanimité. Ce sont ces personnes qui retirent le plus de bonheur de la lecture de mes livres et de laudition de mes cassettes. Elles sont très silencieuses et très contentes chaque fois quelles rencontrent quelquun qui pratique véritablement. Elles sont toutefois très malheureuses lorsquelles voient des moines ou moniales corrompus, à la recherche dhonneurs ou de plaisir sensuel, sans savoir quils trahissent ainsi leur idéal de novices. Parmi les jeunes, les enfants et les petits-enfants des politiciens et cadres vivant au Vietnam ou à létranger, beaucoup lisent mes livres avec énormément denthousiasme. Beaucoup dévêques du Vatican ont lu mes livres. Pour moi, il nest pas important que les personnes soient daccord ou pas avec ce que jai écrit. Ce qui importe, cest leur capacité à être prêt à lire ce que jai écrit. Certaines personnes commencent la lecture de mes livres dans un but de critique et de censure mais au cours de leur lecture, elles apprécient mes livres parce quelles sentent quelles en retirent un profit en se sentant bien et légères.
Le chemin de la Bonté aimante
En ayant appris et pratiqué les enseignements de lInterêtre, je ne vois plus personne en tant que ennemi et, dans mon cur, existe un sentiment dillumination et de grand espace. Je néprouve même pas de haine à légard des personnes qui nous ont fait souffrir, moi et mon peuple, car je sais comment les regarder avec les yeux de la compréhension et de lamour. Vous pouvez poser la question suivante : « ainsi vous allez donner à cette bande de voleurs et dassassins fous, cruels et fanatiques la liberté de continuer à détruire et répandre le malheur sans faire quoi que ce soit pour les arrêter ? « Non ! nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour les arrêter, nous ne pouvons pas les autoriser à continuer à tuer, à piller, à oppresser et à détruire, mais nos actions ne seront jamais motivées par la haine. Nous devons les arrêter, ne pas leur permettre de provoquer la misère. Si nécessaire, nous pouvons les attacher, les mettre en prison, mais cet acte doit être motivé par notre cur de boddhisattva et tout en agissant ainsi, nous continuons à maintenir notre Bonté aimante ; nous voulons quils soient capables davoir une occasion de se réveiller et de changer. En agissant sur base de Bonté aimante, de Compassion, de Joie et dEquanimité, nous choisissons automatiquement le chemin de la non violence sur lequel nous nous efforçons autant que possible de protéger la vie de toutes les espèces. Manifestement, nous ne pouvons pas être totalement non violents, tout comme mon plat dharicots cuits à la vapeur ne peut pas être végétariens à 100%, parce que lorsque nous cuisons des légumes nous tuons des bactéries. Quoi quil en soit, en empruntant la voie de la non violence, nous pouvons éviter les effusions de sang et protéger la vie de toutes les espèces, de la manière la plus large possible.
Dans la lutte contre une invasion étrangère, toutes les activités qui relèvent de linformation, de la culture et de léducation et qui ont pour but manifeste de construire la confiance et lunification de tout un peuple et de mener une politique de non coopération avec les envahisseurs, peuvent être menées totalement dans un esprit douverture, de tolérance et de non violence. Si nous réussissons dans ces domaines, les militaires nauront quun rôle mineur à jouer. Même si nous devons utiliser la force militaire, nous pouvons toujours agir dans lesprit de la non violence, en évitant autant que possible les carnages, les effusions de sang, celles de notre peuple ou celle des envahisseurs. Ainsi les militaires peuvent aussi pratiquer la Bonté aimante et la Compassion, tout comme les leaders spirituels, les hommes détat et les humanistes. La grande victoire militaire de lère Trân (14è siècle) contre linvasion mongole fut notamment possible grâce au travail des guides spirituels, à lart du gouverneur et à la culture de lère Trân. Le facteur militaire nest pas le seul à conduire au succès. A lépoque de Monsieur Diêm (N.D.T. :président de Sud Vietnam assassiné en 1963), il en était de même avec le Mouvement pour les droits démocratiques : larmée na jouée quun rôle final qui, bien que nécessaire, était mineur . Savoir si notre pays et notre peuple vont faire des progrès, en sortant dune situation aussi difficile, dépend de comment pratiquer afin dabandonner toute discrimination et toute haine. Si nous lançons un appel pour la paix mais, entre nous, continuons à appliquer la discrimination et la haine et à nous éliminer les uns les autres, quand pourra til y avoir réelle réunification ? Etre capable de regarder profondément afin de voir que lautre personne est également notre frère ou notre sur et ne pas essayer de trouver les moyens déliminer cette personne de notre vie quotidienne, cest lenseignement et la pratique que nous devons tous entreprendre, que nous soyons bouddhistes ou pas. Certaines personnes sont aimables, dautres difficiles et dautres encore insupportables. Peu importe : si nous sommes les descendants de Bouddha , nous devons essayer daimer chacun selon le principe : « lhomme nest pas notre ennemi ». Notre ennemi nest pas notre ennemi ou en dautres termes, la personne qui nous hait nest pas la personne que nous haïssons. Nous navons pas dennemis. Si nous savons percevoir et agir conformément à cela, alors à la fin de notre vie quand nous fermerons nos yeux, nous serons capable de sourire.
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(1) « Guerre » dans « Mains jointes, nous prions pour que
la Colombe Blanche apparaisse ».
Thich Nhat Hanh
Village des pruniers
Centre Martineau
33580 Dieulivol
Téléphone :05 56 61 84 18
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