La publication en français de ce texte du Dalaï-Lama a été
rendue possible grâce au Comité Suisse de Soutien au Peuple Tibétain
(case postale 2204, 1211 Genève 2), et à la collaboration de Claude
B. Levenson, de limprimerie Fleury IPH & Cie à Yverdon et des
Editions Olizane à Genève.
Par Sa Sainteté le Dalaï Lama
Le but de la vie
Une grande question sous-tend notre expérience, que nous y songions sciemment ou non : Quel est le sens de la vie ? Jy ai réfléchi, et jaimerais partager mes pensées dans lespoir quelles puissent apporter une aide directe et pratique à ceux qui les liront.
Je crois que le but de la vie est dêtre heureux. Dès la naissance, tout être humain aspire au bonheur et ne veut pas souffrir. Ni les conditions sociales ni léducation ni lidéologie naffectent cette aspiration. Du plus profond de notre être, nous voulons simplement être contents. Je ne sais si lunivers avec ses innombrables galaxies, étoiles et planètes a ou non un sens plus profond, mais au moins, il est évident que nous autres, humains qui vivons sur cette terre, nous avons pour tâche de nous faire une vie heureuse. Cest pourquoi il est important de découvrir ce qui nous apportera le bonheur à son degré le plus haut.
Obtenir le bonheur
Dentrée de jeu, il est possible de diviser tous les genres de bonheur et de souffrance en deux grandes catégories : mentale et physique. Des deux, cest lesprit qui exerce la plus grande influence sur la plupart dentre nous. A moins dêtre gravement malade ou privé du nécessaire, notre condition physique joue un rôle secondaire dans la vie. Si le corps est content, pratiquement nous lignorons. Lesprit cependant enregistre le moindre événement, aussi infime soit-il. Nous devons donc consacrer nos efforts les plus sérieux à instaurer une paix mentale.
Bien que limitée, ma propre expérience ma montré que le plus haut degré de tranquillité intérieure venait du développement de lamour et de la compassion.
Plus nous nous soucions du bonheur des autres, plus notre propre bien-être saccroît. Cultiver un sentiment de cordialité et de proximité chaleureuse envers les autres met automatiquement lesprit à laise. Cela aide à dissiper les craintes ou linsécurité que nous pourrions nourrir, tout en nous donnant la force de faire face aux obstacles que nous rencontrons. Cest la source ultime de la réussite de la vie.
Aussi longtemps que nous vivons dans ce monde, nous sommes voués à rencontrer des problèmes. Si, dans ces moments, nous perdons espoir et nous nous décourageons, nous amoindrissons notre capacité à affronter les difficultés. Dautre part, si nous nous souvenons que ce nest pas seulement nous, mais tout un chacun qui doit passer par la souffrance, cette perspective plus réaliste confortera notre détermination et notre capacité à surmonter les ennuis. En fait, en adoptant cette attitude, tout nouvel obstacle peut être considéré comme une bonne occasion daméliorer notre état desprit !
Ainsi, nous pouvons graduellement tendre à davantage de compassion, ce qui veut dire développer à la fois une authentique sympathie à légard des souffrances dautrui et la volonté de les aider à sen défaire. Il en résultera un accroissement de notre propre sérénité et de notre force intérieure.
Notre besoin damour
Finalement, lamour et la compassion apportent le bonheur le plus grand simplement parce que notre nature y tient par-dessus tout. Le besoin damour est la pierre angulaire de lexistence humaine. Il résulte de la profonde interdépendance que nous partageons tous les uns avec les autres. Aussi capable et plein de ressources soit-il, laissé seul, aucun individu ne peut survivre. Aussi vigoureux et indépendant puisse-t-on se sentir durant les périodes les plus florissantes de la vie, quand on est malade, ou très jeune ou très vieux, on dépend forcément du soutien des autres.
A lévidence, linterdépendance est une loi fondamentale de la nature. Il ne sagit pas seulement des formes de vie les plus évoluées, mais même les insectes les plus petits sont des êtres sociaux qui, sans la moindre religion, loi ou éducation, survivent grâce à une coopération mutuelle fondée sur une reconnaissance innée de leur interrelation. Le niveau le plus subtil des phénomènes matériels est lui aussi régi par linterdépendance. Tous les phénomènes, de la planète où nous habitons jusquaux océans, aux nuages, aux forêts et aux fleurs qui nous entourent, surviennent dans la dépendance de modèles subtils dénergie. Sans leur interaction propre, ils se dissolvent et saltèrent.
Cest parce que notre propre existence humaine dépend tellement de laide des autres que notre besoin damour est le fondement même de notre existence. En conséquence, un authentique sens de responsabilité et le souci sincère du bien-être des autres nous sont nécessaires.
Considérons ce que nous sommes réellement, nous autres êtres humains. Nous ne sommes pas comme des objets faits par des machines. Si nous nétions que de simples entités mécaniques, des machines pourraient alléger toutes nos souffrances et subvenir à nos besoins. Cependant, comme nous ne sommes pas uniquement des créatures matérielles, il est faux de placer tous nos espoirs de bonheur dans le seul développement extérieur. Il vaut beaucoup mieux prendre en considération nos origines et notre nature pour découvrir ce dont nous avons besoin.
Laissant de côté la question complexe de la création et de lévolution de notre univers, nous pouvons au moins convenir que chacun dentre nous est le produit de ses propres parents. En général, notre conception a eu lieu non pas simplement dans le contexte du désir sexuel, mais aussi de la décision de nos parents davoir un enfant. Pareille décision se fonde sur la responsabilité et laltruisme, soit lengagement de nos parents de soigner leur enfant jusquà ce quil soit capable de prendre lui-même soin de lui. Ainsi, dès linstant où nous avons été conçus, lamour de nos parents est directement impliqué dans notre création.
Plus encore, nous sommes entièrement dépendants des soins de notre mère dès les premiers moments de notre croissance. A en croire certains scientifiques, létat desprit calme ou agité dune femme enceinte aurait un effet physique direct sur lenfant quelle porte.
Lexpression de lamour est également très importante au moment de la naissance. Dans la mesure où la première chose que nous faisons, cest téter le lait du sein maternel, nous nous sentons naturellement plus proche de notre mère, et elle aussi doit ressentir de lamour pour nous afin de nous nourrir comme il faut ; quelle soit en colère ou mécontente, son lait peut ne pas sécouler librement.
Il y a ensuite la période critique du développement du cerveau, à partir de la naissance jusquà environ trois-quatre ans, durant laquelle un contact physique affectueux est le facteur primordial de la croissance normale dun enfant.
Si lenfant nest pas choyé, câliné ou aimé, son développement sera amoindri et son cerveau ne mûrira pas comme il faut.
Puisque lenfant ne peut survivre sans les soins des autres, lamour est la nourriture la plus importante.
Aujourdhui, nombre denfants grandissent dans des foyers malheureux. Sils ne reçoivent pas daffection, plus tard dans la vie, ils aimeront rarement leurs parents et souvent ils trouveront difficile daimer les autres. Cest fort triste.
Quand les enfants deviennent plus âgés et entrent à lécole, leur besoin daide doit être comblé par leurs enseignants. Si un professeur ne se contente pas uniquement denseigner des sujets académiques, sil assume également la responsabilité de préparer ses étudiants à la vie, ses élèves éprouveront respect et confiance, et ce quils auront appris laissera une impression indélébile dans leur esprit. En revanche, des matières enseignées par quelquun ne se préoccupant guère du bien-être général de ses étudiants seront considérées comme passagères et rapidement oubliées.
De la même manière, quand un malade est traité à lhôpital par un médecin qui manifeste de la chaleur humaine, il se sent à laise, et le désir du médecin de prodiguer les meilleurs soins a lui-même un effet curatif, indépendamment de ses qualités techniques. Au contraire, quand un médecin manque de chaleur humaine et affiche une expression inamicale, impatiente ou dédaigneuse, le malade se sent anxieux même sil sagit du médecin le plus réputé, même si le diagnostic a été correctement posé et si les médicaments les plus efficaces lui ont été prescrits. Inévitablement, lattitude du patient fait la différence pour ce qui est de la qualité et de lampleur de sa guérison.
Engagés dans une conversation courante de la vie de tous les jours, quand linterlocuteur parle avec chaleur, nous écoutons avec plaisir et nous répondons de la même manière, si bien que la conversation devient intéressante en dépit de sa banalité. A linverse, si quelquun parle avec froideur ou rudesse, nous nous sentons mal à laise et souhaitons en finir rapidement. De lévénement le plus petit au plus important, laffection et le respect des autres sont vitaux pour notre bien-être.
Récemment, jai rencontré un groupe de scientifiques américains qui disaient que le pourcentage de maladies mentales était plutôt élevé dans leur pays environ 12 pour cent de la population. De la discussion, il est clairement ressorti que la cause principale de la dépression nétait pas le manque de biens matériels, mais la privation de laffection des autres.
Ainsi, comme vous pouvez le constater de tout ce que jai écrit jusquici, une chose me paraît évidente : que nous en soyons conscients ou non, du jour où nous sommes nés, nous avons dans le sang le besoin daffection humaine. Même si cette affection vient dun animal ou de quelquun que nous considérions normalement comme un ennemi, elle attirera naturellement enfants et adultes.
Je crois que nul nest né sans ce besoin damour. Et quand bien même certaines écoles modernes de pensée sefforcent de le faire, cela démontre que les êtres humains ne peuvent être définis uniquement physiquement. Nul objet matériel, aussi beau et précieux soit-il, ne peut nous faire sentir aimé, parce que notre identité profonde et notre vrai caractère senracinent dans la nature subjective de lesprit.
Développer la compassion
Quelques-uns de mes amis mont dit que lamour et la compassion, cétait bien beau, mais que ça navait pas tellement cours. Notre monde, disent-ils, nest pas un lieu où pareilles convictions ont beaucoup dinfluence ou de pouvoir. Ils affirment que la colère et la haine font tellement partie de la nature humaine quelles domineront à jamais lhumanité. Je ne suis pas daccord.
Nous autres êtres humains, nous existons sous notre forme actuelle depuis environ une centaine de milliers dannées.
Je crois que si durant tout ce temps, lesprit humain avait été fondamentalement sous lemprise de la colère et de la haine, la population globale aurait diminué. Aujourdhui pourtant, malgré toutes les guerres, force est de constater que la population humaine est plus nombreuse que jamais. A mon avis, cela prouve clairement que lamour et la compassion prédominent dans le monde. Cest aussi pourquoi les événements désagréables font la « une » de lactualité : les activités compatissantes font tellement partie de la vie quotidienne quelles sont considérées comme allant de soi, et par conséquent, largement ignorées.
Jusquici, jai essentiellement parlé des avantages mentaux de la compassion, mais elle contribue également à la santé physique. Selon ma propre expérience, la stabilité mentale et le bien-être physique sont directement liés. Nul doute que la colère et lagitation nous rendent plus vulnérables à la maladie. Par ailleurs, si lesprit est tranquille et occupé à des pensées positives, le corps offrira moins facilement prise à la maladie.
Au demeurant, il est aussi vrai que nous avons tous un égoïsme inné qui inhibe notre amour pour les autres. Donc, comment développer cet esprit calme qui seul apporte le vrai bonheur auquel nous aspirons, ainsi que cette attitude compatissante qui seule donne la paix de lesprit ? A lévidence, il ne suffit pas de penser combien la compassion est jolie. Nous avons à accomplir un effort concerté pour la développer ; nous devons utiliser tous les événements de notre vie quotidienne afin de transformer nos pensées et notre conduite.
Avant tout, nous devons clairement savoir ce que nous entendons par compassion. Certaines formes de compassion sont mêlées de désir et dattachement. Par exemple, lamour des parents pour leur enfant est souvent fortement associé à leurs propres besoins émotionnels, si bien quil nest pas pleinement compatissant. De même, dans le mariage, lamour entre mari et femme surtout au début, quand chacun des partenaires ne connaît peut-être pas en profondeur le caractère de lautre, dépend davantage de lattachement que dun amour véritable. Notre désir peut être si fort que la personne à qui nous sommes attachés paraît être bonne, alors quen fait, il ou elle est très négatif. De plus, nous avons tendance à exagérer les menues qualités positives. Ainsi, quand lattitude dun partenaire change, lautre est souvent désemparé, et son attitude change aussi. Cest là un signe que lamour avait pour motif davantage un besoin personnel quun authentique souci de lautre.
La véritable compassion nest pas simplement une réponse émotionnelle, cest un engagement ferme, fondé sur la raison. En conséquence, une attitude authentiquement compatissante envers les autres ne change pas même si les autres se comportent de façon négative.
Bien sûr, développer cette sorte de compassion nest pas du tout facile ! Pour commencer, examinons les faits suivants :
Quils soient beaux et gentils, ou laids et inamicaux, les autres sont finalement des êtres humains comme nous. Comme nous, ils aspirent au bonheur et ne veulent pas souffrir. Plus encore, leur droit à maîtriser la souffrance et à être heureux est égal au nôtre. Lorsque vous admettez que tous les êtres sont égaux tant dans leur désir de bonheur que dans le droit de lobtenir, automatiquement, vous ressentez cette empathie et vous vous sentez plus proche deux. En accoutumant votre esprit à ce sens de laltruisme universel, vous cultivez un sentiment de responsabilité envers les autres : le désir de les aider activement à surmonter les problèmes. Ce souhait-là nest pas sélectif, il sapplique à égalité à tous. Aussi longtemps quil y aura des êtres humains faisant la même expérience que vous du plaisir et de la douleur, il ne saurait y avoir de base logique établissant des différences entre eux ni modifiant votre sollicitude à leur égard, quand bien même leur attitude est négative.
Laissez-moi souligner que vous en avez le pouvoir : avec de la patience et du temps, vous pouvez développer cette sorte-là de compassion. Bien entendu, notre égoïsme et notre attachement distinctif au sentiment dun « moi » indépendant, existant de par lui-même, sactivent fondamentalement à inhiber notre compassion. En fait, la véritable compassion ne devient expérience quau moment où cette façon dappréhender le soi est éliminée. Mais cela ne veut pas dire que nous ne puissions pas commencer et progresser dès maintenant.
Comment commencer ?
Nous devrions commencer par écarter les plus grandes entraves à la compassion que sont la colère et la haine. Comme nous le savons tous, ce sont là des émotions extrêmement puissantes qui peuvent entièrement submerger notre esprit. Il nempêche quelles peuvent être contrôlées. Si pourtant elles ne le sont pas, ces émotions négatives nous harcèleront sans le moindre effort de leur part, tout en freinant notre recherche de la sérénité dun esprit aimant.
Or donc, pour commencer, il est utile de se demander si oui ou non, la colère a une valeur quelconque. Parfois, alors que nous sommes découragés face à une situation difficile, la colère peut sembler utile en paraissant apporter davantage dénergie, de confiance et de détermination.
Mais là, il faut soigneusement examiner notre état desprit. Sil est vrai que la colère est porteuse dune certaine énergie, à lexamen de la nature de celle-ci, nous découvrirons quelle est aveugle : nous ne pouvons être sûrs de son résultat, positif ou négatif. Cela parce que la colère éclipse la meilleure part de notre cerveau, sa rationalité. Par conséquent, lénergie de la colère est, la plupart du temps, sujette à caution. Elle peut induire une conduite immensément destructrice et malheureuse. De surcroît, si la colère est poussée à lextrême, on peut en devenir comme fou et agir de manière préjudiciable autant pour soi que pour les autres.
Il est cependant possible de développer une énergie tout aussi forte, mais beaucoup mieux contrôlée, avec laquelle affronter les situations difficiles.
Cette énergie contrôlée vient non seulement dune attitude compatissante, mais également de la raison et de la patience. Ce sont là des antidotes les plus puissants de la colère. Malheureusement, nombre de gens méjugent ces qualités quils considèrent comme des signes de faiblesse. Je tiens le contraire pour vrai : ils sont les signes véritables de la force intérieure. De par sa nature, la compassion est aimable, paisible et douce, mais elle aussi très puissante. Ce sont ceux qui perdent aisément patience qui sont incertains et instables. Cest pourquoi, à mes yeux, une flambée de colère est un signe direct de cette faiblesse.
Ainsi, quand un problème se pose, essayez de rester humble et de garder une attitude sincère, prenez soin que la solution en soit juste. Sans doute dautres peuvent-ils tenter den tirer avantage. Si votre attitude détachée ne fait quencourager une agression injuste, adoptez une position ferme. Faites-le néanmoins avec compassion, et sil savère nécessaire dexprimer votre point de vue et de prendre de sévères contre-mesures, faites-le sans colère ni mauvais dessein.
Vous devez réaliser que même si vos adversaires semblent vous nuire, en dernier ressort, leur activité destructrice se retournera contre eux. Afin de brider votre propre impulsion égoïste à des représailles, vous devez vous rappeler votre souhait de pratiquer la compassion et dassumer la responsabilité daider autrui à prévenir la souffrance causée par ses propres actes.
Ainsi, parce que calmement choisies, les mesures que vous employez seront plus efficaces, plus adéquates et plus puissantes. Des représailles étayées par lénergie aveugle de la colère atteignent rarement leur but.
Amis et ennemis
Je tiens à souligner une fois encore que simplement se dire que la compassion, la raison et la patience sont bonnes ne suffira pas à les développer. Nous devons saisir loccasion des premières difficultés pour tenter de les pratiquer.
Qui donc crée de telles occasions ? Pas nos amis, bien entendu, mais nos « ennemis ». Ce sont ceux qui nous posent le plus de problèmes. Si bien que si nous voulons vraiment apprendre, nous devons considérer les ennemis comme les meilleurs maîtres !
Pour qui estime hautement la compassion et lamour, la pratique de la tolérance est essentielle, et pour cela, un ennemi est indispensable. Nous devons donc être reconnaissants à nos ennemis, car ce sont eux qui nous aident le mieux à développer un esprit serein ! La colère et la haine sont nos vrais ennemis. Ce sont ces forces-là que nous devons le plus affronter et défaire, pas les « ennemis » passagers qui font par intermittence leur apparition dans la vie.
Bien sûr, il est naturel et juste de tous vouloir avoir des amis : il marrive souvent de plaisanter en disant que si lon veut vraiment être égoïste, il faut être altruiste ! Vous devez beaucoup vous soucier des autres, être concerné par leur bien-être, les aider, les servir, vous faire encore plus damis et faire fleurir davantage de sourires. Le résultat ? Quand vous-même aurez besoin daide, vous en trouverez en veux-tu en voilà ! Par ailleurs, si vous négligez le bonheur des autres, à long terme, vous serez perdant. Est-ce que lamitié naît de querelles et de colère, de jalousie et de compétition effrénée ? Je ne le crois pas. Seule laffection nous apporte de vrais amis proches.
Dans la société matérialiste daujourdhui, si vous avez de largent et du pouvoir, vous semblez avoir beaucoup damis. Mais ce ne sont pas vos amis, ce sont les amis de votre argent et du pouvoir. Si vous perdez richesse et influence, vous aurez bien du mal à retrouver ces gens-là.
Lennui, cest que tant que les choses vont bien pour nous, nous sommes sûrs que nous pouvons nous en tirer tout seul, et nous avons limpression de ne pas avoir besoin damis. Cependant, à mesure que notre situation et notre santé déclinent, nous ne tardons guère à réaliser combien nous avions tort. Cest là que nous voyons qui nous aide réellement et qui est complètement inutile. Cest dire que pour se préparer à ce moment-là, pour se faire de vrais amis qui nous aideront quand le besoin sen fera sentir, nous devons nous-mêmes cultiver laltruisme.
Même si parfois daucuns brocardent quand je dis cela, en ce qui me concerne, je veux toujours davantage damis. Jaime les sourires. Et mon problème, cest de savoir comment me faire plus damis, de voir davantage de sourires surtout de vrais sourires, car il y a plusieurs sortes de sourires sarcastiques, artificiels ou diplomatiques, par exemple. Certains sourires néveillent aucune satisfaction, et parfois, il en est même qui engendrent la suspicion ou la peur, nest-ce pas ?
Toujours est-il quun sourire authentique nous donne un vrai sentiment de fraîcheur, et je crois quil nappartient quà lêtre humain. Et si nous voulons ces sourires-là, nous devons nous-mêmes créer les raisons qui les font apparaître.
La compassion et le monde
Pour conclure, jaimerais aller un peu au-delà du sujet de ce bref exposé et souligner un point capital : le bonheur de chacun peut contribuer de manière à la fois profonde et efficace à une amélioration générale de la communauté humaine toute entière.
Du fait que nous partageons tous un identique besoin damour, il est possible déprouver le sentiment que quiconque nous rencontrons, quelles que soient les circonstances, nous est un frère ou une sur. Aussi nouveau que soit le visage ou aussi dissemblables que soient lhabit ou la conduite, il ny a pas de clivage significatif entre nous et les autres. Cest folie que de sarrêter aux différences extérieures, car nos natures fondamentales sont les mêmes.
En ultime instance, lhumanité est une, et cette petite planète est notre seul foyer. Si nous voulons le protéger, chacun de nous a besoin de lexpérience vécue de laltruisme universel. Seul se sentiment peut écarter les motifs égoïstes qui poussent les gens à se tromper et à abuser les uns des autres. Le cur sincère et ouvert, vous vous sentez naturellement confiant et sûr de vous, sans avoir à craindre les autres.
Je crois quà tous les niveaux de la société-familial, tribal, national et international, la clef dun monde plus heureux et plus réussi réside dans une compassion croissante. Nul besoin de devenir religieux, pas plus que nous navons besoin de croire en une idéologie. Tout ce qui est nécessaire à chacun de nous, cest développer nos meilleures qualités humaines.
Jessaie de traiter quiconque je rencontre comme un vieil ami. Cela me donne une sensation de vrai bonheur. Telle est la pratique de la compassion.
Homme de paix et de sérénité, le Dalaï-Lama du Tibet éveille le respect partout dans le monde. Guide spirituel et temporel de son peuple, il a inlassablement prôné la non-violence jusque devant lagression caractérisée. Sa conviction inébranlable lui a valu le Prix Nobel de la Paix en 1989. Au fil des années, sa silhouette et son sourire sont devenus de plus en plus familiers à un nombre croissant de personnes quil a su toucher par son langage simple et profond, empreint dune rare générosité. Dans ce bref texte, il explique avec clarté pourquoi la compassion est si inséparable de la nature humaine et comment elle mène au sens de la responsabilité universelle qui se trouve au cur de son message.
Sa Sainteté le Dalaï Lama