Descartes, René (1596-1650)


http://abu.cnam.fr/BIB/auteurs/descartesr.html

http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/livres/Descartes/descartes.html

http://philos.wright.edu/DesCartes/MedF.html

http://www.lycee-international.com/travaux/HISTMATH/descartes/

Descartes, René (1596-1650), philosophe, scientifique et mathématicien français, fondateur du rationalisme moderne. Né à La Haye (aujourd'hui Descartes, Indre-et-Loire), d'un père conseiller au parlement de Rennes, Descartes reçut, de 1607 à 1614, l'enseignement, décisif pour lui, des pères jésuites du Collège royal de La Flèche. Cette expérience le conduisit à proposer une refondation des sciences, critiquant l'absence de fondement de l'enseignement professé. Il reçut une formation de juriste en 1616 puis entra dans la carrière militaire en 1618, entreprit des voyages, mêla vie scientifique et vie mondaine, avant de se consacrer pleinement à la philosophie. Il passa sa vie entre la France et les Pays-Bas, fuyant les villes, fréquentant les bibliothèques et rencontrant les esprits les plus illustres de son temps, notamment Bérulle, Fermat, Gassendi, Hobbes et Pascal. Il mourut d'une pneumonie à Stockholm, léguant à la postérité une œuvre entourée de légende et imprégnée d'un esprit nouveau.

La légende

Auteur de l'œuvre de philosophie la plus célèbre en France, le Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences, plus la Dioptrique, les Météores et la Géométrie, qui sont des essais de cette méthode (1637), l'un des premiers ouvrages philosophiques écrits en français (et non plus en latin), après ceux de Nicolas Oresme (v. 1325-1382) et de Ramus, Descartes passe parfois pour le fondateur de la philosophie moderne. L'"!esprit cartésien!" fut souvent identifié à l'esprit français dans son ensemble, perçu comme particulièrement rationnel. Ceci en fit un auteur de prédilection pour l'enseignement secondaire français, qui le présente essentiellement comme un rationaliste sceptique.

Les éléments "!irrationels!" de son œuvre ne sont pourtant pas négligeables : intégration de l'autobiographie et de la subjectivité à l'œuvre philosophique (fait extrêmement rare avant le XIXe siècle), croyance en la fortune, à la capacité qu'auraient les rêves de guider notre existence, foi et réflexion chrétienne (Lettre à Chanut sur l'amour de Dieu, 1646!; Méditations métaphysiques, 1641). Cette dimension fut curieusement occultée pour réduire Descartes à la figure conventionnelle du philosophe rationaliste, en écartant sa dimension humaine. Or, son cheminement s'inscrit dans sa philosophie, tant dans le Discours de la méthode que dans les lettres.

L'œuvre philosophique

Descartes se consacra principalement à l'étude des vérités premières, racines de toute connaissance (Méditations métaphysiques, 1641!; Principes de la philosophie, 1644 et 1647!; Entretien avec Burman, 1648), de questions théologiques Lettres au père Mesland, 1645), de l'homme, tant physiologique que moral (Traité de l'homme, vers 1633!; Lettres au marquis de Newcastle, 1645-1646!; Description du corps humain, 1648), de la physique (le Monde, vers 1633!; Les Météores, 1637!; Lettres à Morus, 1649), de l'optique et des mathématiques (la Dioptrique, la Géométrie, 1637!; Correspondance avec Mersenne, dès 1629) : il s'attela en tous domaines à la "!recherche de la vérité!", "!son principal bien en cette vie!" (Lettre à la princesse Élisabeth du 9 octobre 1649).

En philosophie, Descartes posa le sujet et l'individualité comme source de la connaissance : la célèbre thèse cogito ergo sum ("!je pense, donc je suis!"), que l'on trouve déjà chez saint Augustin et Avicenne, révèle que la seule certitude, sur laquelle doivent être modelées les autres certitudes à établir, est subjective. La méthode d'analyse et d'enchaînement des idées qu'il élabora pour éviter l'erreur et pour trouver la vérité part d'une mise en doute méthodique des connaissances acquises, qui doit permettre de fonder la pensée sur des idées "!claires et distinctes!". Descartes prolongea par là la pensée des tenants du scepticisme, en particulier Montaigne, et les investigations sur la méthode des philosophes de la Renaissance tels que Ramus et Francis Bacon.

Descartes proposa une articulation à la fois traditionnelle et novatrice entre la philosophie et la théologie. Il reprit l'argument ontologique de saint Anselme pour prouver l'existence de Dieu, mais proposa une théorie inédite de la création des vérités éternelles (Lettres à Mersenne, 1630) : il affirma qu'aucune loi ou idée préexistante ne s'impose à Dieu, créateur "!arbitraire!" de la vérité, et il soutenait, liant physique et théologie, que Dieu crée à chaque instant, en maintenant le monde dans l'être (théorie de la création continuée).

Il distingua la "!substance étendue!" (res extensa) de la "!substance pensante!" (res cogitans), d'où il tira une théorie de l'union de l'âme et du corps. Il posa, enfin, l'identité du sujet, de l'âme et de la pensée. Il ne conçut pas d'esthétique, hors son Abrégé de musique (Compendium musicae, 1618, publié en 1650), traité technique sur le temps musical, ni de philosophie politique. En morale (les Passions de l'âme, 1649), ne parvenant pas à établir les principes premiers de l'éthique, il invita à respecter les usages et préceptes moraux "!par provision!", en attente d'une morale véritablement assurée!; cette approche s'inspira de certains aspects de la morale du stoïcisme et du christianisme primitif. En raison de ce scepticisme mêlé de respect de l'ordre établi, il fut qualifié d'homme masqué et taxé de duplicité vis-à-vis de la religion. Sa célèbre devise Larvatus prodeo ("!je m'avance masqué!") jeta une ombre sur sa théologie et la dimension religieuse de son œuvre!; on put y voir le motif pour lequel il abandonna la théorie copernicienne de l'univers après la condamnation de Galilée par l'Église catholique en 1633.

L'œuvre philosophique de Descartes peut être considérée comme une relecture originale de la tradition scolastique médiévale à la lumière de la philosophie de la Renaissance. En fait, elle aborde des problématiques traditionnelles, comme celles du libre-arbitre et de la théodicée, laquelle dégage Dieu de la responsabilité du mal!; elle expose de nouvelles approches, notamment la critique de la scolastique et de l'argument d'autorité, une forme de scepticisme intégral (pyrrhonisme) et une nouvelle méthode!; elle contient, enfin, des dimensions personnelles. Sa philosophie reprend, par l'intermédiaire de la philosophie scolastique et de la philosophie de la Renaissance, des thèmes provenant aussi bien de Platon (l'erreur, source du mal) que d'Aristote (étude du monde physique, démarche scientifique). Aussi refusa-t-il, à l'instar d'Avicenne dans le monde musulman, la scission qui avait déchiré le monde médiéval entre ces deux pères de la philosophie.

L'œuvre scientifique

D'une importance capitale pour son temps, l'œuvre scientifique de Descartes n'est souvent pas appréciée à sa juste valeur. En optique, il découvrit la loi de la réfraction et ouvrit la voie à la théorie ondulatoire de la lumière. Systématisant la géométrie analytique, il s'efforça le premier de classer les courbes d'après le type d'équations qui les produisent, contribuant par là à la naissance de la théorie des équations. En mathématiques, on lui doit aussi l'usage qui consiste à utiliser les dernières lettres de l'alphabet pour désigner des valeurs inconnues et les premières pour les valeurs connues, ainsi que la notation en exposant pour exprimer la puissance d'un nombre. La démarche scientifique est au cœur même de son œuvre philosophique : elle est au fondement de sa méthode (expérimentation, doute, recherche d'une certitude), de son programme et de l'idée d'une "!mathématique universelle!" (mathesis universalis). Pour Descartes, la science constitue une des branches de l'arbre de la philosophie (Principes de la philosophie, préface à l'édition française de 1647).

La postérité de l'œuvre cartésienne

L'œuvre philosophique de Descartes, après avoir suscité de son vivant de nombreuses polémiques philosophico-théologiques, tant en France qu'aux Pays-Bas (les Sept Objections et Réponses au Méditations métaphysiques, 1641-1642 et la Correspondance), fut à l'origine de nombreux courants. Initialement, le cartésianisme se développa en insistant principalement sur la théorie de la connaissance de Descartes. L'oratorien Nicolas Malebranche, à la fin du XVIIe siècle, fut celui qui contribua le plus à la diffusion de l'œuvre de Descartes.

Spinoza, Pascal et Leibniz prirent appui sur l'œuvre de Descartes pour la dépasser et en prolonger les problématiques, créant à leur tour, entre rationalisme et théologie, un univers philosophique original et autonome. La réception de l'œuvre de Descartes se caractérise par quatre orientations majeures : la mise en relief de l'analyse cartésienne des idées et des sensations (Locke, Berkeley, Hume)!; le développement de sa vision matérialiste mécaniste (La Mettrie), qui retint surtout la théorie des animaux-machines (Lettres au marquis de Newcastle, 1645-1646), assimilant le fonctionnement du corps à celui des automates et l'appliquant à l'homme!; l'approche idéaliste (Kant, Fichte), qui prolongea l'affirmation d'un sujet transcendantal (condition de l'expérience) puis spiritualiste!; et enfin une perspective rationaliste, voire positiviste. Ainsi, pour paraphraser le propos de Whitehead à propos de Platon, toute la philosophie moderne s'écrivit "!dans les marges de Descartes!".