Entre prion et dieu Pan : la vache folle..., par Pierre RABHI

Il est peu d'événements aussi pathétiques que celui qui rend chaque jour la gent bovine un peu plus suspecte de maléfice à l'égard de notre santé et de notre vie. Cette situation est d'autant plus poignante que les vaches incriminées sont elles-mêmes des victimes, passibles massivement de peine de mort au moindre indice équivoque et sans autre forme de procès. Cela n'exempte pas les citoyens consommateurs d'une terreur inexorable. Chacun dans l'intimité de son imaginaire se voyant sur un lit d'agonie confronté à une maladie dont l'incubation est paraît-il longue et le processus mortel irréversible, ne sait à quel saint se vouer pour avoir secours et protection. Cela est compréhensible et digne de compassion. Cependant, l'ampleur de l'événement comporte, à côté d'éléments objectifs, une part d'irrationnel difficile à comprendre. Peut-être faut-il s'en prendre en partie au dieu Pan, inventeur de flûte et gardien des mythologiques troupeaux, maître des frayeurs violentes qui, selon le dictionnaire, annihilent la raison et rendent les foules dangereuses. C'est à ce dieu hybride, homme et animal, qu'il faudrait imputer la panique à laquelle il a donné son nom. Il préfigure d'ailleurs les clonages et les tripotages de gènes qui se proposent de tout mêler, de tout confondre et nous réservent sans aucun doute des paniques qui paniqueront le dieu Pan en personne. En tout cas, des événements d'aujourd'hui, résulte un chaos inextricable mettant les politiques, les scientifiques, les éleveurs, les bouchers, les fabricants d'aliments, les citoyens sens dessus dessous. On suspecte, on accuse, on affirme, on se lave les mains, on protège prérogatives et image électorale. L'Europe tout entière est affectée de la tremblante, à la source semble-t-il du phénomène en question.

De toute cette effervescence, on peut tout de même tirer une leçon magistrale et paradoxale : la nourriture, qui a toujours été source de vie, est devenue risque de mort. La situation est d'autant plus absurde que les créatures ennemies de notre santé le sont devenues par notre propre volonté. Depuis l'avènement de l'agriculture et de l'élevage, pour ne prendre que cet aspect des choses, ces animaux furent les compagnons de notre destin. Ils furent des auxiliaires précieux, et parfois indispensables, de notre survie. Les vaches en accusation nous ont depuis longtemps offert sans compter leur lait, leur chair, leur pelage, leur force pour nos charrues et nos charrois et, comme si cela ne suffisait pas, leur fumier pour nourrir notre terre nourricière et la réjouir comme disaient les amis de la glèbe, au temps où les paysans n'étaient pas encore des exploitants de la terre ni des exploités d'un productivisme insensé, cause de tant de souffrances et de désarrois qui affectent les nourriciers de la nation.

La vache, emblème sacré au royaume du hamburger
Au-delà des biens tangibles que ces vieux compagnons domestiqués nous ont prodigués, ils ont également fasciné l'imaginaire de nos plus lointains ancêtres, les terrifiant probablement de leur force brute, de la puissance de leur front en proue volontaire. Ils furent bientôt les symboles de l'harmonie entre force et patience, comme s'ils étaient chargés de reproduire sur terre les éternelles cadences du cosmos. Il n'est donc pas étonnant que cette présence mystérieuse ait déjà figuré sur les fresques les plus primitives, ainsi que dans l'art des civilisations les plus avancées de l'Orient. Et comment ne pas être aujourd'hui encore émerveillé par les vaches porteuses de lyres, comme prêtes à toutes les louanges, déambulant les yeux fardés de khôl sur les terres semi-arides du Sahel et autres lieux, des steppes d'Asie et d'ailleurs ? Elles sont encore, un peu partout, mémoire du temps où elles avaient éduqué l'être humain à l'éternité, donnant leur sang en des hécatombes rituelles en l'honneur du principe fondateur. Il n'est pas surprenant que de nombreux peuples, pressentant le mystère dont est nimbé cet animal, lui aient voué le culte dévolu aux intercesseurs entre le monde tangible et l'ailleurs où, selon leur conviction, se détermine le sort de l'humanité. La métempsycose hindoue garde à cet animal la déférence que nous savons, etc. Nous sommes conscients de l'inanité de ces références métaphysiques au temps du hamburger, mais elles nous ont paru intéressantes dans le cadre du contentieux ambigu qui agite notre société repue.

C'est probablement de ce terreau de dévotions que le Veau d'or a surgi : campé sur ses pattes rigides, le mufle arrogant et froid déjà satisfait du culte éternel que l'humanité allait lui vouer jusqu'à la folie. Il n'y a guère encore, les " sauvages " Peaux-Rouges, vivant de la chair du buffle au massif garrot, pourtant abondant, avaient néanmoins pour règle morale de n'en prélever que le nombre indispensable à leur survie. Ce prélèvement s'accompagnait en outre d'une profonde gratitude, d'un usage ne laissant aucune place au gaspillage, car encore une fois cela reposait sur le principe de la vie se donnant à la vie. Comment ces " primitifs " pouvaient-ils imaginer l'arrivée de hordes " civilisées ", parmi lesquelles M. Buffalo Bill symbolisera l'ange exterminateur ? Celui-ci construira sa réputation sur la destruction massive (et sans le prétexte des prions) de ces bovidés placides de l'éternelle placidité des vastes plaines du Nouveau Monde. Ces vastes plaines immaculées et baignées de silence seront bientôt couvertes de carcasses de bisons spoliés de leur fourrure et de leur langue, après que les déflagrations des armes auront profané le millénaire silence, et ces carcasses constitueront d'immondes charniers empuantissant un air sans doute encore pur de la pureté originelle.

Etranges et significatifs épisodes, déconcertants de cruauté, transformant l'être humain en une erreur dans l'ordre établi par le Créateur lui-même s'il existe. Comment s'étonner de toutes ces équivoques : l'animal, selon le docte M. Descartes, n'est pas une créature mais une mécanique biologique. Quant à la référence biblique, elle est sans équivoque : " soyez la terreur des créatures ". Avec ces deux cautions, scientifique et religieuse, pourquoi se priver des exactions ? François d'Assise, " patron " des écologistes, aura beau faire sonner la harpe de la compassion, en appeler à la convivialité avec les créatures, l'Eglise elle-même restera sourde à ses appels. Pourquoi ne poursuivrait-on pas par exemple les antiques jeux des arènes, mettant en présence la force brute mais innocente du taureau et une sorte de frelon à cape l'agaçant de sa malignité pour tirer orgueil et gloire de cette provocation ? Dans ce duel ambigu, avec parfois l'éventration des chevaux et bien d'autres scènes sanglantes, si le frelon est dominé, des auxiliaires, faussant en quelque sorte la règle du jeu, interviennent pour le soustraire à l'estocade de l'animal. Et c'est dans le coeur d'une créature harassée, pantelante, le garrot brisé et ensanglanté hérissé d'aiguillons, que le frelon plongera son dard d'acier sous les ovations d'une foule ivre de ses pulsions impuissantes (nous prions les amateurs enthousiastes de ces jeux de nous pardonner notre manque de ferveur à l'égard de cet esthétisme, et de ne pouvoir vibrer à tous le lyrisme qui en découle).

Et que dire de tant de porteurs de fusils arpentant les plaines et des chasses à courre, " top niveau " de l'élégance, traquant des créatures ivres de terreur, troublant la sérénité des forêts, et des collectionneurs de trophées de bêtes majestueuses, de leur souplesse ou de leur puissance massive et tranquille dans l'indolence des jours ? Que dire de la vivisection qui, sous le prétexte de la science, soumet des créatures au supplice ? Partout, sur terre, dans les eaux et les airs, le bipède omnipotent impose à tout ce qui ose partager sa réalité une tyrannie meurtrière et injuste, issue probablement de l'angoisse qui embrume son coeur et son esprit.
C'est ainsi que de dérive en dérive nos exactions se normalisent, se banalisent et que les animaux, spoliés du droit à exister que la nature leur a conféré, sont condamnés sans appel à l'arbitraire des humains. C'est ainsi que les compagnons de notre destin, issus légitimement des mêmes forces de vie, précédant même notre propre avènement, se trouvent livrés, impuissants, à notre méchanceté. La liste serait longue de toutes les exactions dont pourraient se plaindre les animaux devant on ne sait quelle instance suprême transcendant notre histoire commune : la vache folle n'est que l'expression de l'homme fou.

De " gagner son pain " à " gagner son bifteck ", ou le décalogue d'une dérive sans rivage
Le mesnage des champs et du bétail, comme dirait Oliviers de Serre, a été durant des millénaires respectueux des fondements de la vie. Les Nabatéens, parmi bien d'autres antiques précurseurs en la matière, ont établi les règles de l'agriculture sur ce que la terre leur révélait de son caractère. L'agriculture paysanne s'inspirait des mêmes lois. La prodigieuse épopée de l'agriculture n'a fait que s'enrichir de savoirs, de savoir-faire, de variétés et espèces végétales et animales jusqu'à atteindre des seuils extraordinaire d'abondance. Ce progrès a nécessité des interventions humaines artificielles : croisement d'espèces, sélection, greffage, adaptation de variétés étrangères à de nouveaux biotopes, croisement d'animaux, etc. L'homme est toujours intervenu sur le vivant, mais en gardant à chaque souche une sorte d'intégrité naturelle. Il y a donc longtemps que notre espèce manipule les espèces. Mais la nature gardait une prérogative majeure : réinstaurer les règles de la pérennité, et donc de la sécurité, des patrimoines génétiques garants de notre propre survie. Tout cela n'allait pas sans quelques aléas ici ou là - insuffisances, disettes, famines - mais un recours permanent aux sources de la richesse alimentaire était toujours maintenu. Au regard de la logique antérieure, la crise actuelle de l'alimentation est d'une gravité démesurée et n'est malheureusement que le début d'une immense déconvenue liée à une succession de transgressions dont la " vache folle " est une apothéose momentanée, qui paraîtra anodine à côté de ce qui peut encore advenir.
1) La première grande transgression commence avec l'ère industrielle, par la confusion entre monde minéral et mécanique et monde vivant. C'est sans doute à cette vision que nous devons l'usage des engrais artificiels prôné par les travaux de M. Justus von Liebig, honnête homme au demeurant : les nitrates, qui sont une substance d'abord dédiée aux explosifs de guerre - tout un symbole - puis le phosphore, le kalium (potassium), qui donnent la fameuse trilogie " NPK ", fondement de l'agriculture moderne. Les rendements sont en effet élevés, on détient, pense-t-on, le secret de la fertilité. Engrais, mécanique, thermodynamique, énergie pétrole deviennent l'arsenal du cultivateur chargé de nourrir efficacement une population urbaine de plus en plus importante nécessaire à l'industrie.
2/ Les sols n'étant pas des substrats neutres, mais de véritables organismes vivants avec leur métabolisme propre, se déséquilibrent. Les plantes qu'ils génèrent se déséquilibrent également, sont malades et attirent les ravageurs, et c'est l'avènement des pesticides de synthèse.
3/ L'industrialisation de l'agriculture se confirme de plus en plus, la pétrochimie y trouve son compte, les institutions qui sont créées homologuent cette logique et c'est le productivisme agricole : désormais, la terre produit la matière première de base avec des moyens industriels, et cette même industrie transforme industriellement la matière produite par l'industrie, gagnant ainsi sur les deux tableaux.
4/ Chemin faisant, des variétés sélectionnées sur les critères de leur affinité avec les engrais, l'irrigation, etc. remplacent les variétés adaptées aux divers biotopes et génétiquement fiables Des hybridations se révèlent parfois d'une bonne productivité, mais pour la plupart ont l'inconvénient majeur de n'être pas reproductibles, et déjà instaurent une dépendance qui ne fera que s'aggraver.
5/ Le consommateur est conditionné à consommer ce que lui offre l'agriculture officielle. Il y a belle lurette que le vrai paysan est perçu comme le représentant d'un monde suranné. Les guerres ont détruit des paysans philosophes, des paysans savants, des paysans fins économistes, etc., bref une authentique civilisation fondée sur la vie est peu à peu éradiquée au profit d'une civilisation hors sol, et la terre n'est plus à faire valoir mais à exploiter comme un gisement minier pour produire du capital financier.
6/ Grâce à l'accès facile et quasi gratuit à des ressources minérales énergétiques issues des empires coloniaux, on peut appliquer l'agriculture la plus dispendieuse du monde et de l'histoire. Elle permet de détruire 12 calories d'énergie pour la production d'1 calorie alimentaire, et il faut environ 2 à 3 tonnes de pétrole pour produire 1 tonne d'engrais, etc. L'espace rural et les paysages patiemment modelés par les paysans selon des critères inspirés par le sensible sont bouleversés par leur adaptation au machinisme agricole et constituent des déserts de céréales et de maïs.
7/ Sitôt après avoir corrigé les pénuries d'après-guerre, le productivisme instaure une sorte de culte de la protéine comme référence alimentaire. C'est alors que l'animal devient essentiellement un transformateur de protéines végétales en protéines animales. Un boeuf, par exemple, doit consommer 10 protéines végétales pour produire 1 protéine animale. Toutes les espèces sont mises à contribution : bovins, volailles, porcins, caprins, ovins, etc.
8/ On passe de " gagner son pain " à " gagner son bifteck ", et c'est l'escalade, car les habitudes alimentaires se sont transformées : les protéines animales prennent une place considérable dans l'alimentation - ce que les pays en développement ne peuvent évidemment pas s'offrir mais à quoi ils participent en bradant leurs protéines végétales (le soja devient par exemple la star des protéagineux).
9/ Les critères économiques et les contraintes de la rentabilité imposent un dogme absolu consistant à produire le maximum de matières consommables dans le minimum de temps. Les sacro-saints gains de productivité tenaillent le producteur, les règles industrielles sont appliquées au vivant, et c'est ainsi que fleurissent et prolifèrent des structures hors sol. Dans ces " usines ", l'animal est mis en conditions artificielles. Il n'est plus perçu comme un être vivant mais comme une machine biologique pour produire lait, viande, oeufs. Le système performant concilie l'espace minimum, d'où concentration et surnombre, pour une productivité maximum dans le temps le plus court. Des excédents considérables nécessitent une gestion quasi psychédélique pour corriger sans cesse les déséquilibres d'une énorme machinerie agro-alimentaire gagnant sur tous les tableaux et faisant d'énormes profits dans un scénario où l'indigence, la souffrance des petits producteurs évolue avec la destruction et la pollution du patrimoine naturel et nourricier représenté par la terre, les eaux, les espèces et variétés, etc. Entre excès des pays industrialisés et insuffisances des autres pays, la planète alimentaire, potentiellement capable de nourrir l'ensemble des humains, est comme un vaisseau fou sur lequel cohabitent des excès alimentaires nécessitant régimes et traitements médicaux, et des disettes et famines sans solution à ce jour en dépit des proclamations de l'agriculture moderne d'être la meilleure solution à ces problèmes.
10/ Confirmation d'une nouvelle espèce d'êtres humains, le consommateur, car sans lui tout l'édifice s'effondrerait. Il ne lui est pas demandé d'être un délicat gourmet mais - rôle plus efficace -, d'être un " bouffeur ". Le noble terme de nourriture, évoquant tant de beauté, fondement de nombreuses cultures et substance vitale, est abandonné au profit de la " bouffe ", pour nommer toutes les matières " comestibles " sujettes à falsification, quasi virtuelles, qui arrivent dans l'assiette du citoyen consommateur. Pour être tout à fait conforme, celui-ci doit avoir de bonnes mandibules, un estomac à forte capacité et un transit intestinal diligent. Il est invité à consommer hors saison et sans tenir aucun compte de la régulation du biotope où il vit. Un carrousel incessant de bateaux, d'avions, de trains, de camions, et tous les producteurs de la planète sont à sa dévotion. La publicité, avec une ferveur qui ne se relâche jamais, lui fabrique des besoins, manipule son mental, exacerbe ses frustrations à coup de fantasmes toujours inassouvis. Consommer est un acte civique influençant le PIB et le PNB et jusqu'aux mouvements de la Bourse. Ce qui pourrait être produit localement est importé des antipodes. Le consommateur, otage d'un scénario infernal et insidieux, se voit confisquer sa capacité à survivre des biens générés par ses terroirs et territoires, comme cela fut depuis les origines. De plus en plus déconnecté de la réalité vivante, tout lui est virtuel. Une sorte de nouvelle révolution néolithique fait de lui un chasseur-cueilleur poussant son caddie dans les allées achalandées des hypermarchés. Le citoyen ne consomme pas seulement, il est lui-même consommé dans une ambiance feutrée de belles proclamations sur la liberté.

Le magistère ambigu de la science
Notre déférence et dévotion quasi religieuse à l'égard de la science nous a fait oublier qu'elle est aussi faillible que les humains, dont elle est une des disciplines fondamentale. Cette attitude confère à la science une prérogative considérable sur le destin collectif, qu'aucune règle transcendante ne justifie. Il faudra bien reconnaître que de ce magistère absolu sont issus des avantages pour la condition d'une minorité humaine, mais qu'un chaos considérable est malheureusement également à mettre à son crédit. La biosphère et la communauté humaine ont été bouleversées par d'innombrables innovations dont on ne sait plus si les nuisances induites ne seront pas plus chèrement payées que les bénéfices. Suite aux erreurs cumulées, nous sommes aujourd'hui dans un débat équivoque où il faut à la fois reconnaître la légitimité de la recherche comme spécificité de notre espèce et la légitimité de chaque citoyen et même de chaque être vivant susceptible de subir les préjudices liés à ses options et orientations erronées.
Il y a belle lurette que la science est perçue comme l'antidote à l'obscurantisme primitif. Accoler obscurantisme et science dérange l'ordre établi et pourtant, comment définir ces pratiques dont les résultats, tel celui de la " vache folle ", éclatent en tragique dérision ? N'avoir pas compris qu'un herbivore ruminant, adapté depuis les origines à transformer exclusivement les végétaux en muscle, ne peut être contraint au cannibalisme sans conséquences graves pose tout de même question. On pourrait tout aussi bien obliger des lions, des tigres et des panthères à brouter l'herbe des prairies !
L'autre grande illusion est de croire que nous pouvons être exemptés des conséquences de nos actes sur le vivant : c'est oublier que nous sommes maillon d'une chaîne indéfectible et que les conséquences de ce que nous faisons à la terre ou aux animaux s'exprimeront dans notre physiologie, et probablement dans notre psyché. On ose à peine répéter de telles évidences. La science, sorcière maléficieuse ou fée protectrice de notre destin ? Les deux malheureusement.
Quand on est témoin des tergiversations caractérisant le débat public au sujet des OGM et des revendications en embryologie, pour ne citer que ces deux cas, il y a lieu pour l'honnête citoyen d'être légitimement inquiet. Il est difficile, sur l'inventaire impressionnant des nuisances toujours engagées sur l'affirmation péremptoire de leur innocuité, de faire confiance aveugle à Prométhée. Le défi aux dieux à des limites, comme le défi à la Nature qui nous fait oublier que nous sommes Nature. Circonspection, prudence, principe de précaution ne suffisent plus : ou bien la science oeuvre dans la lumière, ou bien dans l'obscurité et l'obscurantisme. Les sophismes et les hypocrisies qui enrobent cette question simple ne sont plus tolérables.

Tout est affaire de Veau
En dépit des apparences, ce n'est ni le sarcasme ni la dérision qui nous animent, mais la quête, souvent douloureuse, d'un ordre qui ne soit plus la négation de l'intelligence (dont nous aurions l'apanage). Toute notre merveilleuse planète est à présent l'empire du Veau aveuglant de ses ors outrageant le veau réel de chair, de sang et de chaleur qui parfois ajoute à la beauté de nos paysages. Il n'est besoin d'aucune référence religieuse pour en reconnaître le pouvoir agissant dans les consciences, provoquant injustices et guerre économique mondiale, transformant les humains en anthropophages volontaires et involontaires, avec une règle du jeu qui oblige chacun à ne pouvoir être qu'au détriment de quelqu'un d'autre.
Le veau sait bien que la violence humaine est bien plus fondée sur les symboles que sur du réel tangible. Il sait que l'insécurité au coeur de l'humain est prétexte à toutes les exactions. Nous savons combien il est facile aux gens rationnels de taxer ces propos de moralisateurs. C'est oublier qu'il s'agit en l'occurrence de faits très objectifs.

Changer de monde, changer le monde ?
Le monde ne changera et ne sera apaisé que lorsque les individus le seront, et il y a un merveilleux chantier au niveau de l'éducation de nos enfants, du respect de la terre et des êtres vivants, du " produire et consommer localement " avec une agriculture sensible et consciente, scientifiquement et techniquement performante, au niveau de l'équité dans les échanges commerciaux.
Il y aurait un formidable chantier de restauration de la planète, purification des eaux, dépollution des terres, reboisement des terres arides, sauvegarde des variétés et espèces végétales et animales en perdition, retour à des structures à la mesure humaine, etc., etc.
Une petite part des moyens mis au service de la destruction et de la mort suffirait à ces grandes oeuvres.