
Nicolas Machiavel (1469-1527), né le 4 Mai 1469 à Florence est
issu de la moyenne bourgeoisie florentine et a suivi un cursus scolaire typiquement
florentin. Après lexécution de Savonarole en 1498, il est
nommé en 1498 à 29 ans à la tête de la 2ème
Chancellerie de Florence, non comme un simple fonctionnaire mais et en tant
quhomme de confiance de Piero Solderini, nommé en 1502, gonfalonier
à vie.
Il accomplit de nombreuses missions hors dItalie (notamment auprès
de Cesar Borgia, des papes Alexandre VI et Jules II) qui font de lui un témoin
privilégié du jeu politique. Cest un pur politique, un théoricien,
un spécialiste, se distinguant des marchands et des travailleurs. En
1505, il commence à organiser la milice florentine et aura des missions
en Allemagne en tant que Chancelier des Neuf. Il rédige ses « Ritratti
» (Portraits de lAllemagne et de la France où il voit alors
un authentique modèle du point de vue historique et politique) et des
considérations sur le comportement de César Borgia.
Il est exclu bientôt de la scène politique en 1512 à la fin de la république de Florence avec le retour des Médicis car il sest trop activement engagé en faveur de la République. Machiavel sera accusé en 1513 davoir conspiré contre les Médicis, il sera arrêté, emprisonné et torturé avant dêtre relâché. Il se retire alors dans sa propriété de SantAndrea in Percussina près de San Casciano.Il va entreprendre des activités littéraires et démonter ses capacités intellectuelles pour obtenir un emploi auprès du nouveau régime. « Le Prince », « Lart de la Guerre », « Lhistoire de Florence », « Discours sur la première décade de Tite Live ».
Machiavel fréquente les réunions politiques et culturelles des Orti-Oricellari, y lit des passages de ses uvres et exerce sur la jeune génération une influence politique importante. En 1518, il effectuera une mission pour les Médicis, il est engagé par lUniversité de Pise (par le cardinal Jules de Médicis qui deviendra Pape en 1523 sous le nom de Clément VII au décès de Léon X) comme historien officiel des Medicis, chargé de composer, moyennant une pension, une histoire de Florence et compose « la mandragore ». Il est nommé en 1526 Chancelier aux fortifications de Florence face aux menaces dune attaque impériale.
Il meurt le 22 Juin 1527. En 1559, le Prince sera mis à lindex
par le Vatican jusquen 1929
La Renaissance
Cest la redécouverte de lAntiquité gréco-romaine
et de ses auteurs et une relativisation du christianisme. La Renaissance commence
au nord de lItalie dans les circonstances de leffondrement de lempire
romaine de Byzanze (réfugies) et de la diffusion de la presse et des
uvres antiques.
Le contexte économique et social est issue de la Peste noire, de la Guerre de Cent ans, et de lapparition de lartillerie. La Réforme bouleverse lEglise ; elle commence avec les 95 thèses du moine bénédictin Martin Luther (1517). A Genève, cest Calvin qui dirige la Réfèrme dès 1541 (conservatisme calvinien). Suite à la Saint Barthélémy (1572 ; 10'000 20'000 Huguenotes sont tués), les Monarchomaques (contre les Princes tyranniques) donnent aux Réformes une nouvelle orientation.
Florence est une des cités principales de la Renaissance. Les savants, mathématiciens et artistes y vivent. La ville est dominée par la famille des Médicis, mais pendant trois ans, le pouvoir reste chez Girolamo Savonarola, un prêtre réformateur qui règne dans une manière démocratique mais meurt comme martyr.
Origine du « Prince »
Machiavel vient dune famille bourgeoise. Devient un haut-fonctionnaire
: secrétaire de la seconde Chancellerie de la République florentine
; secrétaire à la disposition des Dix de Liberté et de
Paix, chargée des missions étrangères.
Mais la République florentine est renversé, Machiavel qui a réorganisé la défense sur la base de la conscription - torturé et envoyé en Exile, abandonné par les Médicis. Il tente sa réhabilitation, mais réussit seulement partiellement, chargé décrire une histoire de Florence. De conviction républicaine, il est quand même prêt à collaborer avec cet Etat de labsolutisme monarchique venant du droit divin, parce que lidée de servir lEtat est plus importante pour lui que la forme de lEtat. Cest également en exile ou il rédige « Le Prince »
Son grand ouvrage : Le Prince (1513/31)
« Quelle est lessence des principautés, de combien de sortes
il en existe, comment on les acquiert, comment on les maintient, et pourquoi
on les perd » - voilà comme Machiavel décrit son sujet,
qui est véritablement un sujet de science politique : Comment régner
une Principauté ? Cela est spécialement important pour un Prince
nouveau (Julien de Médici, après Laurent).
Sa perspective est strictement le réalisme. Il se contente de parler du pouvoir réel.
Les principautés
Sortes de principautés :
héréditaires.
nouvelles: plus difficile à gérer:
- entièrement nouvelle
- ajouté à lEtat héréditaire : Machiavel fournit
un petit code de lannexion.
ecclésiastiques : Pour les conserver, les anciennes institutions religieuses
suffissent. Ex : Pape Léon X (Médici)
Il distingue plusieurs façons dacquérir des principautés :
par la vertu (énergie, ressort, résolution, valeur farouche,
et, sil le faut, féroce, donc lhabilité politique)
et ses propres armes : Difficile à linstaller (faire croire par
la force), facile à conserver.
par la fortune et par les armes de lautrui : la fortune montre surtout
son pouvoir « là où aucune résistance a été
». Facile à acquérir, difficile à maintenir. Les
nouveaux Princes dépendent trop de la volonté et de la fortune
; ils manquent des racines profondes. Exception : un homme de grand esprit comme
César Borgia, Prince sans scrupule qui devient duc de la Romagna (1501).
par la « scélératesse ». Il distingue des bonnes et
des mauvais cruautés pour conserver un Etat usurpé. Les «
bonnes » sont pratiquées tout au début du règne et
tout à la fois (Hitler, 30 juin 1934), les « mauvaises »
se multiplient.
par la faveur de ses concitoyens : fortune et vertu. Le Prince peut être
élevé par les Grands (conflits), ou par le peuple (mieux).
Machiavel néglige complètement la question de la légitimité. Ce qui compte, cest le droit du plus fort. Le seul objet des Etats est la guerre ; alors il faut des troupes nationales.
Il y a trois modes de gouvernement:
Despotique (i.e. Turquie) : Difficile à conquérir, facile à
maintenir
Aristocratique (i.e. France), Prince assisté par les Grands : Facile
à acquérir, difficile à maintenir
Républicain : Extraordinairement difficile à maintenir pour un
Prince nouveau. Machiavel préfère des gouvernements libres, même
sil fait un hommage aux Médicis.
Le Prince
Le Prince, vivant en danger permanent, doit apprendre à ne pas être
toujours bon, à lêtre ou pas « selon la nécessité
». Ce qui compte, cest uniquement le résultat : survie personnelle
et préservation de lEtat. La condition humaine ne permet pas de
toujours être bon. César Borgia semble être le type du Prince
nouveau. Il rétablit lordre avec la cruauté.
Le Prince doit se montrer parcimonieux et doit surtout être craint, agissant parfois comme renard, parfois comme lion. Par contre, il est bon dapparaître bien : Vertu du paraître, du faire-croire, de lhypocrisie.
Le Prince a le devoir de veiller sur les desseins des puissants dans lEtat et sur les desseins des puissances environnantes. Il doit se méfier des autres Princes puissants et bien choisir ses conseillers.
Machiavel fournit à Julien, puis à Laurent de Médicis, toutes les recettes du pouvoir.
Réception du Prince
La 1e édition apparaît seulement 1532 avec laccord du Pape.
Mais plus tard, léglise condamnera le livre. Après la Réforme,
les échos sont forts.
Montesquieu cite Machiavel. Didérot et Rousseau réhabilitent Machiavel qui voulait, selon eux, dénoncer le despotisme et la tyrannie. Napoléon I. avait une haut estimation du livre, comme dailleurs Lord Bayron et Goethe (nationalisme, romantisme). Catherine de Médicis sinspire pour Saint-Bartélemy. Lu par Mussolini.
Les 8 interprétations du Prince
1) Traité sur la tyrannie (traité de machiavélisme). Pour
: Justification dune politique moralement condamnable, mais nécessaire.
Référence pour les despotes. Contre : Préférence
de Machiavel pour la République.
2) Traité machiavélique. Pour : Rousseau ; Machiavel le rusé veut donner une leçon au peuple, dénoncer les politiques cruels du Prince. Contre : Intérêt de la Patrie (raison dEtat) > intérêt de la République, justice, pitié, etc., deviennent secondaires. Pas encore publier, donc rien dénoncer.
3) Traité patriotique. Pour : Esprit de « Risorgimento ». Contre : dautres ouvrages, pas douvrage sur le gouvernement italien.
4) Traité dhistoire. Contre : Machiavel fait des jugements de valeurs.
5) Traité qui fonde la science politique. Pour : Approche sans religion ou morale. Contre : Mieux chercher chez Platon, Aristote, pas dintérêt de théoriser.
6) Précurseur de la politique révolutionnaire bourgeoise (jacobinisme, marxisme, ). Pour : Gramsci, Mussolini. Gagner le pouvoir, cest morale. Contre : Avec le prolétariat, le Prince doit avoir le support des masses.
7) Traité illustrant la théorie de la faiblesse politique. Pour : Machiavel décrit les faiblesses du capitalisme. Contre : Il ne connaît pas les capitalistes, ni les communistes
8) Critique de la raison politique. Jeanne Hersch, 1956. Pour : Justement la morale et léthique chez Machiavel sont importants. La réussite est une exigence politique. Autre sphère que léthique individuelle.