Le professeur américain Michael Parenti et le débat sur le communisme.(partie 7)
Le paradis du marché libre: 300.000 SDF rien qu'à Moscou
Selon les apôtres du marché libre dans les anciens pays socialistes,
la privatisation et l'accumulation du capital dans quelques mains stimulent
la production et apportent la prospérité : il faut seulement passer
d'abord par une période un peu difficile. Mais cette période est
bien plus dure et bien plus longue qu'annoncée, remarque Parenti.
Un texte de Michael Parenti
En 1990, alors que l'Union Soviétique est en train de passer au paradis
du marché libre, Bruce Gelb, chef de la United States Information Agency,
fait remarquer à un journaliste que la formation commerciale américaine
ferait beaucoup de bien à l'économie soviétique. Car "En
Union Soviétique, il faut réhabiliter les serpents venimeux, les
sangsues et les intermédiaires. C'est la formule de la réussite
de pays comme le nôtre!"1
Aujourd'hui les serpents venimeux et les sangsues sont bien présents
dans les anciens pays socialistes. Des milliers de luxueuses autos circulent
dans les rues de Moscou et Prague. Le prix des locations et des ventes immobilières
a fortement augmenté. Une nouvelle classe d'investisseurs, de spéculateurs
et de maîtres chanteurs nage dans le luxe. Le but affiché n'est
plus l'amélioration de la vie des citoyens mais l'accumulation du capital
individuel.
Etat de santé catastrophique.
En Russie et en Europe de l'Est, la dérégulation des prix due
à l'arrivée du paradis du libre marché n'a pas créé
des prix compétitifs mais des prix déterminés par les monopoles
privés. Cela a stimulé l'inflation galopante. Pour les magouilleurs,
les maquereaux, les trafiquants de drogue et autres escrocs, les affaires n'ont
jamais été meilleures. Le chômage, le nombre de sans-abri,
la pollution de l'air et de l'eau, la prostitution, les mauvais traitements
conjugaux, la maltraitance enfantine et toutes les autres formes de misère
sociale ont dramatiquement augmenté.2
En Russie et en Hongrie, le nombre de suicides a augmenté de moitié
en quelques années. Pendant les longs hivers, le nombre de décès
ou de maladies graves chez les pauvres et les personnes âgées a
fortement augmenté: l'augmentation des prix et les factures impayées
ont entraîné la fermeture des robinets de gaz. Dans les hôpitaux
publics russes, les docteurs et les infirmières sont honteusement sous-payés.
Désormais, les hôpitaux prodiguant des soins gratuits ferment.
D'autres doivent combattre de gros problèmes d'hygiène. Et l'on
manque de seringues jetables, d'aiguilles, de vaccins et d'appareillage moderne.
De nombreux hôpitaux ne disposent pas d'eau chaude, certains n'ont même
pas d'eau du tout.3
Des maladies comme la polio, la tuberculose, le choléra, la diphtérie,
la dysenterie et les maladies sexuellement transmissibles réapparaissent
à cause de la dégradation des programmes de vaccination et du
recul des normes sanitaires. Le nombre de drogués croît aussi terriblement.
Les hôpitaux russes essaient de soigner les toxicomanes le mieux possible,
même si le financement se réduit.
La qualité de la nourriture est de moins en moins bonne. Le stress et
les maladies augmentent. Et pourtant, le prix de la consultation médicale
a augmenté de moitié car les honoraires du nouveau système
de santé privatisé sont très élevés. Ainsi,
de nombreuses maladies non diagnostiquées et non traitées évoluent
jusqu'à mettre des vies en danger. Les instances militaires russes qualifient
l'état de santé des nouvelles recrues de catastrophique. Le nombre
de suicides dans l'armée a dramatiquement augmenté et le nombre
de morts par overdose a crû de 80% ces dernières années.4
Pour la première fois depuis la Deuxième guerre mondiale, le taux
de natalité en Russie est inférieur au taux de mortalité.
En 1992 et 1993, les Allemands de l'Est enterraient deux personnes pour un enfant
qui naissait. Pour les femmes de presque quarante ans, le taux de mortalité
a augmenté de 20% et pour les hommes de la même catégorie
d'âge, ce chiffre a augmenté de trente pour cent.5
Maintenant que les loyers ne sont plus subsidiés, les estimations du
nombre de sans-abri à Moscou seulement atteignent trois cent
mille. Dans de très nombreuses villes, beaucoup d'entre eux meurent en
rue, de froid et de faim. En Roumanie, des milliers d'enfants sans abri vivent
dans les gares et les égouts. Ils sniffent de la colle pour ne pas sentir
la faim, mendient et sont la proie de toutes sortes d'exploitateurs.6
Dans les pays où le communisme offrait un travail à chacun, les
chiffres du chômage ont augmenté de 30%. Un ouvrier polonais témoigne
que si l'on est chômeur, il est presque impossible de retrouver du travail
après quarante ans. Les femmes polonaises connaissent cette mort économique
encore plus vite. Pour obtenir un emploi, dit une femme, "il faut être
jeune, ne pas avoir d'enfants mais quand même une grosse poitrine."7
On ne peut plus que rêver de sécurité d'emploi et le nombre
de blessures et d'accidents de travail a augmenté de manière drastique.
Du travail?
Allez chez les flics!
Dans toute l'Europe de l'Est, les syndicats ont été liquidés.
Congé de maladie, de maternité, congés payés et
autres avantages qui allaient de soi sous le socialisme sont supprimés
ou démantelés. Il ne reste presque plus rien des sanatoriums pour
ouvriers, des villages de vacances, des centres de santé, des centres
sportifs et culturels, des plaines pour enfants, des centres de jour et de tous
les autres aspects qui faisaient qu'une entreprise communiste était plus
qu'un lieu de travail. Les maisons de repos auparavant uniquement destinées
aux ouvriers sont aujourd'hui privatisées ou transformées en casino,
night-club ou restaurant pour les nouveaux riches.
Les services de gardiennage pour les entreprises ou les milices privées
sont des marchés florissants. Rien que pour l'ex-Union Soviétique,
on parle de 800.000 hommes. Une alternative pour la jeune classe ouvrière
est l'immense appareil répressif de l'Etat, beaucoup plus terrifiant
que sous la période soviétique. Aujourd'hui, l'effectif de cet
appareil est plus important, mieux payé et mieux équipé
que celui de l'armée. L'ennemi du régime est dans le système
même!8
Dans les anciens pays communistes, les revenus réels ont chuté
de 30 à 40%. Pour 1992 seulement, les dépenses des consommateurs
ont chuté de 38%. En comparaison: les dépenses des consommateurs
américains pendant la Grande Dépression des années 30 ont
reculé de 21% sur quatre ans. Tant en Pologne qu'en Hongrie, selon les
statistiques, 70% de la population vit sous ou juste au niveau du seuil de la
pauvreté. En Russie, cette limite se situe entre 75 et 80%.
1. Washington Post, 11 juin 1990 · 2. Monthly Review, 11/96,
pp 1-12 · 3. Eleanor Randolph, Waking the Tempest: Ordinary Life
in the New Russia, Simon & Schuster New York 1996 · 4. Toronto
Star, 5 novembre 1995 · 5. New York Times, 6 avril 1994 ·
6. National Public Radio News, 20 juillet 1996 · 7. Nation,
7 décembre 1992 · 8. Monthly Review, 11/96, p.7.
Lire aussi: partie 1, partie 2, partie 3, partie 4 , partie 5, partie 6
Aujourd'hui, en Allemagne de l'Est, depuis la restauration du capitalisme, on
enterre deux personnes pour un enfant qui naît.
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