Jim Nollman

Ecologie spirituelle

Regardez autour de vous. Il y a des centaines, des milliers d'endroits de par le monde où l'environnement brûle. Mais là, il n'y a pas d'échelle de secours, pas de sortie, pas d'autre solution qu'une réorientation de notre connaissance de nous-mêmes. L'espèce humaine -- c'est-à-dire vous et moi tout autant que cet ingénieur brésilien résolu et bien attentionné, s'imaginant que c'est pour assurer des capitaux à l'économie endettée de son pays qu'il détruit la forêt tropicale. Et le harponneur de baleine, croyant subvenir aux besoins de sa famille alors qu'il alimente les gourmets japonais ; et le patron patriote d'une usine de Cleveland, persuadé de servir les intérêts de ses ouvriers en n'empêchant pas ses cheminées de polluer les lacs d'une région sauvage et reculée d'une autre nation (du Québec par exemple) et la Soudanaise enceinte, persistant à vouloir fonder une famille alors qu'elle a déjà donné naissance à douze enfants, tous morts de faim. Nous avons tous agi ainsi et continuons dans cette voie. Personne n'est jamais vraiment coupable, puisque tout le monde l'est. La perception de la perception est une affaire complexe et délicate. Par exemple, nous croyons couramment qu'il y a approximativement 21 000 baleines grises dans l'Océan Pacifique. Un expert peut décider du jour au lendemain que les baleines grises ne sont plus une espèce en voie d'extinction, et qu'au contraire il y en a maintenant bien assez. Assez ? Assez. Assez ! [...] Evidemment, une tragédie est tapie dans les chiffres malléables que brandissent les experts. Le jour viendra où un baleinier pourra affirmer, statistiques à l'appui, qu'il est temps de se mettre à la récolte de graisse de baleine grise, vu que non seulement il y en a assez, mais il en a même quelques-unes de trop. D'où la nécessité de procéder à les chasser pour avoir assez de nourriture, assez de travail, assez de capitaux. Assez ! De ce bal costumé objectiviste, de cette perception humaine de la baleine sémantique -- ou du rat de laboratoire sémantique ou même de "l'expert " sémantique qui n'a jamais permis aucune autre relation. Lorsque les chiffres parlent, cela veut dire aussi que les experts eux-mêmes sont innocentés. [...] C'est ainsi que je me retrouve sans voix devant un professionnel de l'insecte pris, quant à lui, dans la toile d'araignée de son propre paradigme inflexible. Nous avons à faire ici à l'expression d'une secte particulièrement coriace de la biologie, une religion elle-même très sectaire. Mais cela veut-il dire aussi qu'un vigneron masaï, un poète, ou n'importe quel profane ignorant les textes sacrés de la zoologie, est définitivement incapable d'observer la nature et de la décrire ensuite ? J'ai la désagréable impression que ce scribe professionnel de la nature se livre à une sorte de fascisme de l'observation. Citation des physiciens Bohm et Peat : " Nous ignorons de plus en plus le contexte global qui donne aux choses leur unité. En fait, cet esprit s'étend aujourd'hui au-delà de la science, pour gagner non seulement la technologie, mais aussi notre approche générale de la vie dans son ensemble. La compréhension est à présent appréciée en tant que moyen de prédiction, de contrôle et de manipulation des choses. " À vrai dire, nombre de biologistes souscrivent à l'idée que les mots ne servent pas à grand-chose. A les croire, ils arrivent à décrire avec beaucoup plus de précision les mécanismes de la nature en réduisant toutes leurs observations en équations mathématiques. S'ils ont raison, alors les visions des enfants et des poètes n'ont aucune valeur et doivent être écartées de toute discussion "sérieuse ". Nos politiciens souscrivent de tout cœur à cette idée et lorsqu'ils doivent prendre des décisions concernant l'exploitation ou la préservation de la nature, ils consultent uniquement les "experts ".


-- la sacro-sainte objectivité scientifique et leur experts nous mèneront en enfer --.

Communier avec la septième génération.

" Dans chacune de nos délibérations, nous devons réfléchir aux effets de nos décisions sur les sept générations à venir ". Ainsi commençait chaque réunion du conseil tribal des Iroquois par le rappel de cette obligation.
Extraits et réécriture du XIe chapitre d'Ecologie Spirituelle : Les animaux se trouvaient jadis au centre de notre perception du monde, ils n'occupent plus aujourd'hui qu'une place marginale dans notre existence. Les animaux réels semblent s'être définitivement retirés de la confrontation quotidienne entre les hommes et leur environnement naturel. Nous oublions la véritable nature de la vie dans un monde dont ils font partie intégrante. Ce monde est bien entendu la nature, et notre vie est vide de toutes expériences de la nature. Beaucoup de gens nous inciteraient à croire, par leurs actes si ce n'est par leurs paroles, que la salubrité de l'environnement est un problème tout à fait secondaire dans le processus résolument consommateur qui préside au déroulement de leur vie. Les esprits les plus utilitaristes objectent souvent qu'une telle soumission primitive aux voies de la nature est à la fois naïve et irréaliste, dans la mesure où elle impose trop de restrictions aux progrès social, culturel et industriel. " Chaque fois que les gens disent " il ne faut pas être sentimental ", vous pouvez être sûr qu'ils se préparent à faire quelque chose de cruel. Et s'ils ajoutent, " il faut être réaliste ", sachez qu'ils vont en tirer de l'argent. " Pas un coin de forêt d'une surface décente n'a été épargné pour servir de refuge aux créatures dont elle constituait l'habitat naturel, et qui sont donc vouées à disparaître à jamais de cette portion " super naturelle " de la Colombie britannique. Au contraire, je viens de croiser une pancarte dont le message est absolument choquant : ce morceau de forêt vierge que je traverse en ce moment est en réalité qualifié de trop âgé. Mais ne vous inquiétez pas, dit la pancarte, nous avons les choses bien en main. On lui a assigné sa place dans la file d'attente, et l'abattage se fera d'ici l'année prochaine. Tous les arbres seront coupés. Puis on pulvérisera sur le sol une pluie mortelle d'herbicides pour s'assurer que le terrain soit débarrassé de toute trace de vie incontrôlée. C'est ainsi qu'on empêche de pousser aussi bien les buissons inexploitables que les cèdres trop lents à se développer. Il n'est pas jusqu'aux plus petit écureuil qui ne soit condamné à être soit empoisonné sur place, soit privé du moindre recoin où se cacher, au cas où il se débrouillerait pour survivre. La septième génération scrute en silence notre inaptitude croissante à pénétrer l'armure de cette incohérence et elle en a des frissons. Pourtant, elle ne semble guère capable d'agir. Elle est assise sur les berges du temps, retenant collectivement son souffle, attendant de voir comment notre futur se transmuera pour elle en présent. Avant même d'être nés, les membres de la septième génération nous implorent de nous attaquer à cette tâche monumentale : transformer notre vision du monde et notre culture. Qui les entend ? Qui écoute leur point vu ?

http://www.interspecies.com/pages/sun.html

http://www.greenmuseum.org/artist_index.php?artist_id=41

http://www.earthear.com/catalog/profiles/nollman.html

http://www.sentientpublications.com/authors/j_nollman.htm