Introduction du livre de M. Jutier : Brut de Décoffrage. Version 1.05.

Début 1992, quand je commençai à réfléchir au livre que j'allais écrire afin de contribuer à imaginer et à construire un nouveau modèle philosophique qui remplacera au siècle prochain le modèle néo-ultra-libéral de notre civilisation en déclin, je comptais écrire un chapitre sur l'histoire de l'économie, un sur la philosophie occidentale, un sur la spiritualité et la philosophie orientale, un sur l'histoire des mathématiques et des sciences physiques, un autre sur l'écologie, sur la critique de la société de consommation, sur les situationnistes, sur le Club de Rome... bref dans 20 ans j'y serai encore. Alors comme la vie est courte, que je n'aime pas rester devant un écran cathodique trop longtemps et que j'ai envie de voir les choses "bouger", j'ai décidé de publier un document interactif et évolutif qui, je le souhaite, sera augmenté dans ses prochaines versions de tes commentaires, suggestions et notes de lecture.

Le but de ce document est triple :

Premièrement, donner des éléments pour une meilleure compréhension du monde moderne -- plus particulièrement du monde occidental et de son modèle économique (le libéralisme).


Deuxièmement, montrer que ce modèle est devenu obsolète, hypocrite, absurde, ridicule et dangereux pour la survie de l'humanité et de la planète.

Troisièmement, rassembler et proposer d'autres voies d'organisation sociale et sortir du conditionnement qui consiste à croire qu'il n'existe rien d'autre que les deux modèles, le libéralisme et le totalitarisme.


Ce document est un mélange de créations, de commentaires et d'extraits (de livres, de revues et de fanzines), une suite de paragraphes numérotés et discontinus. À l'image du cerveau humain et de ses réseaux de neurones, cet ouvrage n'est pas linéaire, c'est plutôt un ensemble de paragraphes reliés parfois à plusieurs autres. À toi de faire les liens et de remplir les cases.
Pourquoi se lancer dans une telle aventure ?
Parce que si nous continuons à nous voiler la face, le monde que vont habiter nos enfants ne sera que pauvreté, désolation, violence, pollution, surpopulation etc. J'entends souvent dire " de toute façon on ne peut rien faire ; alors essayons d'en profiter tout de suite ". Certes on ne peut pas changer le monde en un clin d'oeil, mais il est irresponsable de ne pas essayer de l'améliorer.


Tu trouveras une version complète du livre dans toutes les librairies ou en devenant membre de l'association AHIMSA. Pour 10 Euros, tu seras donc propriètaire sur Jupiter d'un vaste domaine, tu deviendras membre de l'association prestigieuse AHIMSA pour l'année en cours et tu seras détenteur d'une copie du précieux ouvrage dédicacé par l'auteur.

01.09. Consommation synonyme de bonheur.

Consommer est le nouveau devoir du citoyen moderne. Mais consommation est-il synonyme de bonheur ? Tous ces produits nous apportent-ils, excepté l'image de bonheur véhiculé sur l'écran cathodique télévisuel, un authentique bonheur ? Ce gaspillage des ressources naturelles et des matières premières ne mène telle pas plutôt à une catastrophe écologique, à un suicide collectif ? Bien sûr, je pourrais continuer de fermer les yeux, d'essayer de gratter le plus de pognon possible sur le dos de mon voisin et d'exploiter la connerie humaine en cherchant à créer et à vendre de nouveaux produits qui répondent à des besoins nouvellement créés.
Grâce à cet argent je pourrais m'acheter une nouvelle voiture et une télévision haute définition ; mais le soir en regardant les nouvelles, j'aurais honte de mon insouciance, de mon égoïsme. Je ne veux plus gaspiller, polluer et oublier l'enfer que vivent les enfants des bidonvilles de Rio, l'enfer que vivront les générations qui nous suivent. La consommation et la production effrénée de marchandises sont des crimes contre l'humanité. Les gens sont conditionnés à penser qu'ils doivent gagner leur vie à la sueur de leur front, nos ethnologues définissent de travail comme synonyme de progrès.
Il faut sortir du paradigme économique dans lequel nous nous sommes cloisonnés, repenser les bases philosophiques de notre société, notre vision uniquement matérialiste du monde et peut-être même réapprendre à vivre et à échanger.

01.21. Excursions dans le Quartier latin, chez les iroquois et au Tibet.

À cinq ans déjà je voulais faire la révolution. En mai 68, nous habitions le sud de Paris et mon père, dont ma mère disait que c'était un révolutionnaire en chambre car il avait beaucoup d'écrits communistes et socialistes, allait comme tout le monde faire quelques excursions dans le Quartier latin. Bien sûr cela devait laisser quelques traces dans mon esprit, car on me rapporta par la suite que je voulais emmener mes petits camarades sur les barricades. Qui sait ? Peut-être, ai-je vécu une de ces révolutions qui a secoué le XIXe siècle...
En 1977 nous partîmes ma mère mon frère et moi à Montréal. Le Québec était entre autres le territoire des Iroquois, c'est donc le territoire de mes ancêtres car le grand-père de ma mère était iroquois. Le Québec, comme le reste de l'Amérique du Nord, fut conquis et son environnement est en voie de destruction par la civilisation judéo-chrétienne blanche d'Europe. C'est encore un beau pays, même si les forêts sont systématiquement rasées pour produire le papier nécessaire à la publication des milliards de pages de "pub" diffusé sur tout le continent nord-américain et qu'il n'y a plus de poissons dans des milliers de lacs à cause des pluies acides. Je devins donc un Nord américain.
À 15 ans, fort impressionné que j'étais par un ami de ma mère physicien et probablement, comme dirait un "psy", pour faire plaisir à ma maman, je décidais de devenir physicien.
À 19 ans j'entrai donc étudiant à l'Ecole Polytechnique de Montréal en pensant naïvement que la recherche en physique allait m'apporter le bonheur, intellectuellement tout au moins. Je me rendis rapidement compte qu'à l'évidence, une école d'ingénieur n'était pas faite pour acquérir un noble savoir mais plutôt pour acquérir un statut social, ce que je n'avais absolument pas compris au départ. Cette contradiction, entre ma quête naïve de la vérité sur le fonctionnement de l'univers et le but d'une école d'ingénieurs qui est de former les serviteurs et/ou créateurs d'une société qui me dégoûtait de plus en plus -- la société de consommation ultralibérale -- me fit presque déprimer. À vingt-trois ans en dernière année, le cours de marketing m'ouvrait les yeux sur la dure réalité du " marché " et de sa seule mine inépuisable " la connerie humaine ". Les cours de gestion, de macro-économie etc. me fit comprendre que le capitalisme était une imposture. Il n'y avait donc, finalement, que la recherche du profit qui comptait ici bas ! Un de mes profs répétait souvent : " le nerf de la guerre c'est l'argent ! ".
Cette année la, après avoir découvert que la société ou plutôt la civilisation dans laquelle je me trouvais ne correspondait définitivement pas à ma vision du monde, j'eus la chance de faire une rencontre. Pour une fois, je rencontrai - lors d'une conférence -- un être qui ne parlait pas uniquement de connaissances mais aussi de valeurs. Il parlait plus à mon cœur qu'à ma tête, il n'essayait pas de me vendre quelque chose et de toute façon je ne le comprenais pas directement car il parlait en tibétain. Cette rencontre changea bien évidemment ma vie.
En 87, j'eus l'occasion et la chance d'aller au Tibet. De 86 à 90, je travaillais à Montréal puis à Paris comme ingénieur commercial en informatique. Depuis, je voyage en Asie (Népal, Tibet, Inde, Indonésie, Thaïlande, Birmanie), je prends des photos, je médite, je lis, j'écris et je tente de survivre. J'ai très peu de besoins, je n'achète pratiquement rien (aucun produit marketing), je fais mes courses dans un supermarché bio, je suis végétarien à 95%, je n'en suis pas plus malheureux et surtout je suis en bien meilleure santé.

01.27. L'activisme. Activisme non-violent

Début 1990, je travaillais comme commercial grands comptes chez EGT. Société simulacre du capitalisme à la française, filiale de France télécom. Ce fut une expérience amusante. Ma véritable fonction sociale était de distraire des acheteurs professionnels qui avait l'air de s'ennuyer sérieusement, enfermés qu'ils étaient dans leur tour de verre et de métal. Encore une hypocrisie de notre société, être obligé, pour communiquer, de vendre toutes sortes d'objets dont nous nous passerions volontiers. De toute façon, le commercial est l'expression même de la part maudite, c'est le fantassin de la guerre économique, c'est aussi le maillon essentiel du capitalisme. Bon, ils ont vite compris, mes chefs, j'ai du mal à jouer la comédie plus de quelques mois, que je n'avais pas l'intention de devenir caporal ni même caporal chef.
Bref, mi-avril 90, je me retrouvais au chômage et... pas mécontent. C'était le printemps, mon compte en banque était bien garni et j'allais toucher un confortable chômage. J'avais donc tout le temps devant moi pour faire ce que j'avais vraiment envie.
Le 22 avril 90, c'était la première fois que l'on célébrait le jour de la terre à Paris, il y avait foule du Trocadéro à l'école militaire, des stands partout. On croyait presque qu'avec tous les gens de bonne volonté qui étaient là, l'avènement d'une terre nouvelle n'était pas loin. Je rencontrai deux personnes qui m'invitèrent à les suivre pour aller voir le Dalaï-lama à Bruxelles. Le lendemain, nous partîmes. Quand le Dalaï-lama est entré dans la salle, on devait être près de 3000 à se lever. Pendant la conférence, je suis resté collé dans mon fauteuil, fasciné par cet homme qui parlait si simplement de chose si vraies et avec une décontraction que l'on aurait cru être dans son salon en train d'écouter un ami qui sirote une tasse de thé. Bref, on est resté quelques jours en Belgique et de retour à Paris, réunion générale au Cluny. Précisons, évidemment, que l'enseignement du Dalaï-Lama était spirituel et non pas politique. A 20 ou 25 personnes, nous avons fondé France Tibet. Voilà, en gros, comment je suis devenu, pour mon plus grand bonheur, activiste.

01.35. Don Quichotte.

Bon, je ne vais pas te raconter tous les détails de ma vie. Après quelques temps, j'ai vite compris que la " Realpolitic " occidental, française ou autre n'avait rien à faire du problème tibétain. Que derrière les " belles paroles " sur les droits de l'homme se tapissait bien sûr le " business " et qu'il était plus important de sauvegarder " nos emplois ", d'exporter " nos produits " et surtout, pour une " certaine élite ", de faire beaucoup d'argent que de sauver un peuple et une culture d'un génocide. Bref, la folie de la logique ultralibérale n'a pas le moindre soupçon d'éthique et ceux qui dans ce système jouissent d'un certain pouvoir sont souvent beaucoup plus préoccupés de leur propre intérêt et de celui des lobbies qu'ils représentent que d'un quelconque intérêt collectif. Le Don Quichotte que je suis peut-être, pour donner un sens à son existence autre que celui de survivre et de se reproduire, se devait de faire quelque chose de positif.

02.17. Avons-nous perdu la tête ?

Vous est-il arrivé de vous arrêter sur un pont traversant une autoroute et de contempler le flux des voitures ? Mais où courent-ils ces hommes et ces femmes dans leur cercueil roulant ? Mais que font-ils avec leurs téléphones cellulaires, leurs micro-ordinateurs portables avec fax et modem intégrés et bientôt avec leurs antennes paraboliques plantés sur leur coffre arrière afin de recevoir, via satellite, l'information en provenance des bases de données et des bourses du monde entier ? Avons-nous perdu la tête ? Le matérialisme nous mène à la catastrophe, nous le savons fort bien, mais nous ne faisons rien. Les intellectuels de la fin du XIXe siècle rêvaient d'une société où l'homme serait affranchi du travail, ils pensaient que la maîtrise des énergies fossiles et de la technologie permettraient un monde meilleur. En moins d'un siècle nous avons réussi à maîtriser l'énergie et à façonner une technologie efficace. Nous possédons les moyens de ne travailler que quelques heures par semaine pour entretenir notre niveau de vie et une qualité de vie bien supérieure à celle d'aujourd'hui. Pourquoi ne pas se réjouir du chômage dû à l'amélioration des moyens techniques de production ? Pourquoi autant d'énergie humaine gaspillée ?

02.18. La voiture, quel objet merveilleux !

Pour le jeune homme, n'est-ce pas le jouet ultime, l'instrument d'accès au monde des adultes, le signe extérieur de virilité et de richesse. Pas plus tard qu'hier, j'ai croisé un jeune homme, désespéré d'avoir perdu son emploi avant d'avoir fait l'acquisition du précieux objet. Avant qu'il n'entretienne cette déception, je lui rappelle les quelques inconvénients à posséder cet objet de malheur : financiers (l'essence taxée à 85%, le Crédit, l'assurance, la vignette, les amendes, le stationnement, les réparations, l'entretien), les accidents (première cause de mortalité chez les hommes dans la tranche 25-35 ans, accidents de la route : 10000 morts/ans environ en France et des dizaines des milliers de handicapés à vie), le stress provoqué par la conduite, les embouteillages, la pollution, l'épuisement des ressources naturelles... Mais, me réplique-t-il, les femmes sont matérialistes... il faut dire que sa femme, depuis qu'il avait perdu son emploi, l'avait zapé. Zapé ? Et oui, comme on change de chaîne ! Mais en fait, son désarroi est bien compréhensible, il n'a pas eu le temps -- ce jeune homme de 20 ans -- d'entrer dans la folle danse de l'ultralibéralisme : rouler, s'embouteiller, travailler, payer les traites, passer au supermarché et prendre de l'essence, bouffer des aliments transgéniques et après quelques années de ce régime -- n'oubliez pas de prendre votre Prozac pour oublier l'absurdité de ce cycle dénué de sens. Mais, comme la voiture est la locomotive de l'économie -- dans les années 60 ne disait-on pas : quand General Motors éternue, l'Amérique s'enrhume --, n'oubliez pas d'acheter le dernier modèle avec double air-bag en série. Henri Ford était un génie ! Il paya suffisamment ses ouvriers pour qu'ils puissent acquérir les voitures qu'ils fabriquaient. En moins de temps que la durée d'une vie humaine, l'automobile a détruit l'environnement et épuisé les ressources naturelles plus efficacement qu'en plusieurs milliers d'années d'histoire humaine. Merci Henri ! Rien n'est tout noir et rien n'est tout blanc. La voiture est parfois bien pratique et c'est même parfois un très bel objet. Pour résoudre les problèmes liés à la voiture il faut bien évidemment revoir complètement l'organisation de la société. Voir paragraphes 70.**. et 71.**.

02.21. Comment canaliser l'énergie humaine ?

Les problèmes de toutes sociétés humaines peuvent se résumer ainsi : comment canaliser l'énergie humaine, c'est-à-dire : 1. Comment produire les richesses, ce qui grâce à la technologie n'est plus vraiment un problème ! 2. Comment donner à chacun l'opportunité de se rendre utile à la communauté ? 3. Comment répartir les richesses produites ? Et 4. Comment sacrifier l'énergie humaine excédentaire ? Après les 4P de votre cours de marketing (produit, prix, place, promotion) voici donc les 4 P de l'éco-socio-politique.
Pour bien comprendre ce dernier point, il est utile de revenir à la théorie du potlatch (fête amérindienne) exposés par Mauss dans un essai sur le don, forme archaïque de l'échange, paru dans l'année sociologique de 1925 et sur l'essai de Georges Bataille, " la part maudite " écrit qu'en 1949. D'après Bataille, il y a toujours excès, parce que le rayonnement solaire qui est à la source de toute croissance est donnée sans contrepartie, donc il y a accumulation d'une énergie qui ne peut qu'être gaspiller dans l'exubérance et l'ébullition. Dans l'ensemble, une société produit plus qu'il n'est nécessaire à sa subsistance, elle dispose d'un n'excèdent, c'est l'usage qu'elle en fait qui la détermine : le surplus est la cause de l'agitation, des changements de structures et de toute l'histoire. La plus commune des issues à cet excédent est la croissance. L'énergie (la richesse) excédante peut-être utilisé à la croissance d'un système (par exemple d'un organisme) ; si le système ne peut plus croître, ou si l'excédant ne peut en entier être absorbé dans sa croissance, il faut nécessairement le perdre sans profit, le dépenser, volontiers ou non, glorieusement ou sinon de façon catastrophique.

02.25. Le problème, c'est la décongestion.

Ces excès de forces vives, qui congestionnent localement les économies les plus misérables, sont en effet les plus dangereux facteurs de ruines. Aussi la décongestion fut-elle en tout temps, mais au plus obscur de la conscience, l'objet d'une recherche fiévreuse. Les sociétés anciennes la trouvèrent dans les fêtes ; certains édifièrent d'admirables monuments. Nous employons l'excédent à multiplier des services ou secteur tertiaire (assurance, banque, organisation perfectionnée de vente ainsi que le travail des artistes et de toute la société du spectacle), mais ces dérivatifs ont toujours été insuffisants.
Après un siècle de peuplement et de paix industrielle (1815 -- 1914), la limite provisoire du développement étant rencontrée, les deux guerres ont ordonné les plus grandes orgies de richesses et d'êtres humains qu'eût enregistrées l'histoire. En définitive, c'est la grandeur de l'espace terrestre qui limitent la croissance globale. Le potlatch occidental, c'est la société de consommation, certes c'est mieux que la guerre mais ne pourrait-on pas trouver d'autres moyens de sacrifier excédent ? La solution ultranéo-libérale c'est la croissance. Les apologistes des "30 glorieuses" prétendent faire revivre cette croissance par la seule application sans restrictions du libéralisme et refuse de reconnaître que cette " gloire" se paie trop chère par destruction de notre environnement. Ils ne se soucient guère des générations futures, des démunis, des exclus. Nous sommes passés de l'ère du progrès, à l'ère du gaspillage absurde. Essentiellement aveuglés par l'avidité de biens matériels et de reconnaissance sociale, nous avons oublié le sens véritable de la vie humaine, reliée à celui de l'univers : la progression vers l'éveil spirituel. Il est étrange de constater une quasi-totale passivité de la jeunesse occidentale au niveau de la remise en question du paradigme économique dans lequel ils vivent.

02.31. Le Bazarov occidental a bien appris sa leçon.

Pourtant, les jeunes gens de la fin des années soixante critiquaient la vanité de la rationalité occidentale, l'hypocrisie du mode de vie, l'absurdité de la société de consommation. Après avoir fumé quelques joints et faute d'avoir trouvé une autre voie, ils s'empressèrent de réintégrer la société en créant des agences de pub, de communication, de marketing, et/ou en créant de nouveaux objets comblant des besoins nouvellement créés. Aujourd'hui, l'élite de la jeunesse occidentale -- les nouveaux Bazarovs 22.10. --, la tête bien pleine de rationalité, ont bien appris leurs leçons -- la seule mine inépuisable c'est la connerie humaine -- alors ils passeront leur existence à faire con-sommer et à con-sommer des GTI Turbo, des brosses à dent triples têtes, des couches super absorbantes avec retensorbe (mais jusqu'où s'arrêteront-ils ?). Ceux qui se croient les plus intelligents font courir les autres avec des diplômes, des promotions, des titres et autres carottes ; ou leur font peur en brandissant la menace de l'insécurité, du chômage et autres bâtons.

02.37. L'ordre mondial néo-libéral ne doit pas être remis en cause.

Le problème de l'écoulement des marchandises deviendra même dans les années 60 comme l'a montré Vance Packard un devoir social du citoyen. Dans les années 90, les données n'ont pas vraiment évoluées, il s'agit toujours de trouver de nouveaux besoins, d'accélérer le taux de rachat, de trouver de nouveaux marchés.
Pourquoi considérer l'avancement d'une société en terme de production, de performance ? Nos technocrates -- porte-étendard du sacro-saint progrès -- disent qu'on peut toujours aller de l'avant. On pourrait croire que le nouvel ordre mondial néo-libéral ne peut et surtout ne doit pas être remis en cause. Pourquoi ? Par peur du changement et de l'inconnu peut-être ? Et puis surtout parce que, du bas en haut de l'échelle sociale, nous nous sommes trouvés un petit morceau de fromage et bien qu'il ne nous satisfasse pas toujours, nous avons peur de perdre ce territoire que nous nous efforçons de protéger de l'agression du monde extérieur. Et, comme disait notre Coluche national : plus il y a de fromage, plus il y a de trous et plus il y a de trous, moins il y a de fromage. Frère citoyen accroche-toi à ton travail et défend bien ton bout de fromage, car au siècle prochain, du travail, il en aura encore moins !

02.40. Le capitalisme risque-t-il d'exploser en plein vol ?

On peut, en effet, se poser la question. L'hebdomadaire Marianne (n° 72) datée du 7 septembre 98 pose aussi la question : doit-on craindre une nouvelle grande récession planétaire ? Page 10, j'ai trouvé un bon résumé des "bienfaits" du capitalisme : au Pérou et au Mexique par exemple, un taux de croissance flatteur se double d'une paupérisation absolue de la population... en Indonésie, l'augmentation impressionnante du PIB ne profite qu'à une étroite oligarchie liée à la dictature militaire... en Corée du sud, une expansion impressionnante, financée par un système de cavalerie, se construit autour de véritables oligopoles sur la ruine de dizaines de milliers de petites entreprises... en Thaïlande et en Malaisie, l'activité productive est à 80% dépendante de capitaux externes et volatils qui ne cherche qu'un profit important et rapide... au Japon, une spéculation effrénée, appuyée sur l'endettement, conduit à déconnecter totalement le prix des choses de leur valeur réelle... aux États-Unis, le boum économique est exclusivement dopé par une consommation à crédit que stimule irrationnellement l'anticipation des plus-values boursières futures et la flambée autogénérée de Wall Street fait que le cours des actions croît 26 fois plus vite que les dividendes générés par les entreprises... en Russie, on lessive toute une population pour favoriser l'enrichissement d'une caste mafieuse qui s'empresse d'exporter ses profits hors des frontières... bref l'explosion de l'économie financière favorise, en même temps que l'enrichissement des plus riches, l'écroulement des deux tiers de la planète.

02.43. Réveillons-nous !

Revenons aux vraies valeurs, renouons avec notre nature profonde et réconcilions-nous avec notre mère à tous : la Terre. Le moine dominicain Mathew Fox a dit dans un écrit au titre provocateur, " ma dernière déclaration avant d'être réduit au silence par le Vatican" : " la Terre-mère est en danger, à cause de l'anthropocentrisme de la religion, de l'éducation et de la science de ces trois derniers siècles. Nous avons besoin d'un nouveau commencement, axé sur le caractère sacré et de la planète... Nous croyons que tous les adultes peuvent toucher l'enfant divin qui existe à l'intérieur de nous-mêmes."
Il semble que le sentiment de la nature se manifesta dans les pays que nous appelons occidentaux et avancés pour la première fois dans notre histoire moderne à la fin du 18e siècle, principalement avec l'œuvre de Jean-Jacques Rousseau, et connut de grands développements avec le romantisme dans un rapport antagonisme avec l'essor d'une civilisation urbaine et artificielle. Ce mouvement naturiste apparaissait comme poétique, non réaliste et romantique. La civilisation mâle suivait son cours, conformément à la conception classique de notre science, de la nature, de l'histoire selon laquelle la nature se divise en objet a dominer et à manipuler. Une telle conception abolissait toute idée de nature comme réseau d'interconnexions. Au cours du XXe siècle, le développement accéléré du matérialisme et l'explosion démographique a provoqué une réaction : dès lors, l'amour, le culte de la nature ne sont plus des choses irrationnelles, infantiles, romantiques. Au contraire, le souci de sauvegarder la nature devient une attitude rationnelle. Mais le paradigme économique dans lequel nous nous sommes enfermés nous proscrit tout alternatives, tant que nous raisonnerons dans les limites et avec les règles de la pensée occidentale actuelle.

02.51. D'où vient le libéralisme ?

L'origine de la pensée libérale remonte à la renaissance. Face à l'obscurantisme religieux, émerge la fois en la raison comme idéal et comme moyen pour comprendre la nature. Donc, contre la recherche d'un bonheur dans l'au-delà, on propose l'optimisme de la science. D'un point de vue métaphysique, l'Occident a basculé progressivement de la croyance en l'existence d'une entité ou d'un soi permanent, unique, indépendant, créateur de l'univers -- la judéo-chrétienté -- à sa négation -- le matérialisme scientiste (intégrisme scientifique qui nie l'esprit). Le libéralisme est un ensemble hétérogène d'idées qui se fondent sur la croyance que l'homme à la possibilité de se rendre maître de l'univers pour la conquérir et en jouir. L'antinomie de la nature et de la raison est la plus grave erreur du libéralisme ; dans un premier temps, c'est-à-dire, du début du XVIIIe à la fin XIXème siècle, alors que la planète est un espace pratiquement infini par rapport à l'homme, ce ne fut pas trop gênant. Mais à l'approche du 21e siècle où cette planète est devenue un village de 6 milliards d'êtres humains, l'erreur se transforme en catastrophe.

02.55. La solution ? Keynésien ou monétariste ?

En 1970, le club de Rome nous avait déjà mis en garde contre les excès du libéralisme et de la nécessité d'établir une science économique nouvelle qui réconcilie économie et écologique. Leurs avertissements sont restés lettres mortes, pour survivre, la société de consommation se devait d'aller toujours plus loin. La solution n'est ni du type Keynésien --J.M. Keynes, économiste qui a préconisé des dépenses publiques destinées à remplir les poches de consommateur afin qu'ils se précipitent consommer --, ni du type monétariste -- politique économique qui recommande la manipulation des taux d'intérêts et de la masse monétaire ce qui permet d'accroître ou de réduire le pouvoir d'achat versus l'épargne. En fait l'argent, le capital symbole d'énergie humaine cristallisé, n'est en soi rien d'autre qu'un instrument permettant de mobiliser les hommes pour l'action, qu'un canal pour utiliser l'énergie humaine et il ne doit être utilisé à des fins productives que s'il contribue au bien-être des hommes. La solution à notre soi-disant problème économique n'est pas de dépanner la croissance ou d'arriver à une croissance zéro, comme pouvait le recommander le club de Rome. La vraie réponse, la seule issue à long terme c'est de sortir du paradigme économique dans lequel nous nous sommes enfermés. Nous devons réfléchir à la notion de croissance. L'augmentation de la production, de la consommation et donc de la pollution ne sont pas synonyme d'un accroissement du bien-être et de la qualité de la vie. Tout système vivant produit une énergie excédentaire et cette énergie doit être sacrifié d'une façon ou d'une autre. À ce sacrifice, par manque d'imagination, nos solutions sont pitoyables : la société de consommation ou pire encore la guerre.
Je voudrais finir ce paragraphe par une citation d'Albert Einstein : quand un problème nous résiste malgré de grands efforts de recherche, nous devons mettre en doute ses principaux postulats. L'imagination est alors plus importante que le savoir.