Extrait de l'interview paru dans la revue : Bouddhisme Actualités n° 24 Mensuel - juillet/août 2001

Marc Jutier, bouddhiste, candidat aux élections présidentielles

Il défend, pêle-mêle la cause tibétaine, le respect de la nature, le partage des richesses, la non-violence et une société plus juste, fondée sur les principes du Dharma.

Vous vous qualifiez d'homme de gauche et d'écologiste radical. Pourquoi ?

Vous savez, gauche ou droite ne veut pas dire grand chose dans le paysage politique français. Il y a simplement un discours démagogique de gauche du Parti socialiste qui pratique l'économie de marché. Je suis plus à gauche que le parti socialiste, mais je ne suis pas enfermé dans le discours trotskiste de Lutte ouvrière et ne suis pas marxiste dans le sens où je ne crois pas au matérialiste dialectique, étant donné que je suis bouddhiste. Je dirais comme le Dalaï Lama le 15 juin à l'Assemblée Nationale : "je suis 50% bouddhiste et 50% marxiste". C'est pour dénoncer la langue de bois des politiciens que j'ai décidé de me présenter comme candidat à la magistrature suprême.

La vie de l'empereur indien Asoka, converti tardivement au bouddhiste, vous inspire-t-elle comme modèle politique ?

Je ne pense pas que je puisse me comparer à ce personnage prestigieux, ni même à Gandhi, bien que cela fasse partie de mes lectures favorites. La vie de l'empereur Asoka est très inspirante, mais il n'y a pas de comparaison possible avec mes ambitions politiques. (rires) J'ai trente huit ans aujourd'hui. Je suis ingénieur de formation et j'ai travaillé comme ingénieur d'affaires en informatique pendant quelques années. Ensuite j'ai voyagé pendant quelques temps et puis je me suis demandé comment j'allais utiliser ma précieuse existence. Finalement, il m'a semblé que, pour me rendre utile, la seule chose que je puisse faire, c'était de la politique. Il est bien évident que, connaissant le bouddhisme depuis de nombreuses années, je vais essayer de faire passer ces idées-là dans la politique... Si c'est dans mon karma ! Et je l'espère bien. Finalement la politique est avant tout un travail pédagogique. On passe son temps à transmettre un message et à faire comprendre aux gens que si on s'y prenait de telle ou telle façon on pourrait finalement vivre beaucoup mieux dans le respect les uns des autres et de la nature. Mais cela demande des années.

Une campagne politique coûte de l'argent. Où allez-vous trouver les fonds nécessaires ?

Soyons clairs. A partir du moment où vous déposez 500 signatures d'élus, le Conseil constitutionnel débloque d'abord 1 million de francs. Quel que soit le résultat du scrutin, vous recevez un remboursement de votre campagne. En bref, vous percevez 4,5 millions de francs. C'est ce à quoi vous avez droit lorsque vous êtes candidat officiel, selon le Code électoral. Cela dit, si vous arrivez à 5% de suffrages exprimés, vous arrivez au pallier de 25% du plafond de 90 millions de francs, ce qui fait 22,5 millions de francs. Bien évidemment, dans tous les cas de figure, votre profession de foi, vos bulletins de vote et la campagne d'affichage sur les panneaux réglementaires, tout cela est pris en charge par l'Etat. Mais le plus important, c'est l'énergie militante. S'il y a quelques centaines de français qui m'aident dans cette démarche, cela sera bien plus utile que les 90 millions de francs qui sont le plafond légal. La loi organique du 16 juin 1976 oblige les candidats à avoir 500 parrainages. Avant cette date, il suffisait de 100 signatures. Or obtenir 500 signatures d'élus, est une somme de travail importante pour ceux qui n'appartiennent pas aux grands appareils politiques. C'est un défi monumental qui demande beaucoup de travail.


interview : J-P Chambraud

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