Enseignement sur la pacification mentale, tiré de louvrage « Gnédeun Gyatso », « l'Océan du Sens Ultime » du neuvième Karmapa Wangtchouk Dordjé avec un commentaire oral de Lama Guendune Rinpoché.
Extrait de : http://www.dhagpo-kagyu.org/france/index.htm
Ce texte reprend, en les développant et les élargissant, les instructions-clefs relatives à l'attitude mentale correcte dans la méditation du calme de l'esprit (shiné). C'est donc un complément à l'enseignement paru dans Tendrel numéro quatre, approfondissant la compréhension de la manière juste de méditer. L'enseignement proposé ici reproduit en partie la forme originale du texte du neuvième Karmapa où alternent explications et citations. L'ensemble présente quelquefois un caractère répétitif que nous avons volontairement conservé.
Pour parvenir à une méditation juste , il est essentiel d'obtenir une base solide de sa perspective. C'est pourquoi il est nécessaire d'écouter, de réfléchir encore et encore ; la répétition des notions fondamentales accoutume le méditant, avec leur exposition, jusqu'à ce qu'elles deviennent acquises par l'entraînement de l'esprit.
Au moment de méditer, les sources de déviations et d'égarements
sont multiples et le méditant est souvent désorienté. Le
rappel et l'intégration de paroles familières sont alors une aide
précieuse. Le texte est émaillé d'instructions orales de
Lama Guendune Rinpoché qui en précisent la portée et le
rendent accessible. Chacun peut y reconnaître ses propres expériences
et incertitudes et trouver réponseà ses interrogations.
D'autres articles viendront compléter ultérieurement divers aspects
de la méditation.
Dans sa simplicité même, l'attitude mentale correcte est difficile à cerner. Puisse ceci aider à l'acquérir. Dans la stabilisation de l'esprit, si le méditant pratique de manière trop rigide, en désirant une « stabilité stable » (1), ceci crée une situation d'activité mentale.
A l'orée de la session de méditation, la seule idée à
émettre est : « Je me mets en méditation » , sans
plus produire aucune autre considération pendant la pratique, telle que
« être libre de conceptions quant au désir de méditer
est la phase préliminaire de la méditation ». On demeure
dans l'état de décontraction, hété... ébahi,
tchété... ouvert, sans saisie.
Lorsque cet entraînement s'affermit par la répétition de
la pratique, on devient progressivement capable de demeurer sans distraction,
dans l'état de clarté-vacuité, sans saisie, même
au cours des quatre types d'activité (2), sans faire de cet état
quelque chose d'« existant ».
On doit être capable de garder cette attention sans dispersion aussi longtemps
que possible, tout d'abord le temps d'avaler une bouchée de nourriture
ou de boire une gorgée de thé ou de réciter un «
mani » ou encore de se lever et de faire trois pas. Puis, étant
accoutumé, on s'applique à rester dans la dimension de clarté-vacuité,
sans fixation. On demeure ainsi en toutes circonstances, bonnes ou désagréables,
seul ou en société, sans jamais être distrait.
Ceci est illustré par une parole de Gampopa : « ne pas retracer
le passé, ne pas aller au devant du futur, mais demeurer dans le dépouillement
fondamental de la conscience du présent, telle qu'en elle-même
».
Que signifie : « ne pas retracer le passé ? » C'est ne pas
se laisser aller à suivre les pensées qui évoquent des
situations antérieures, ne pas attacher d'importance à ces pensées.
Que veut dire : « ne pas aller au devant du futur ? » C'est ne pas
autoriser son esprit à anticiper sur de futures activités, ne
pas se dire : « Dans l'avenir, je ferai ceci ou cela, accomplirai telle
chose plutôt que telle autre. »
Le sens de « demeurer dans le dépouillement fondamental de la
conscience du présent, telle qu'en elle-même » , c'est demeurer
naturel et détendu dans le moment présent sans le fixer, ni faire
référenceà quelque chose. C'est rester dans la vivacité
propre de l'état non-artificiel : « si l'esprit n 'est pas façonné,
il est clair, si l'eau n 'est pas trouble, elle est limpide ».
En demeurant ainsi, sans artifice, apparat une clarté sans concept, pure,
inaltérée, qui dure l'espace d'un claquement de doigts, puis s'étend
progressivement le temps de « traire une vache » (3). On s'y exerce,
sans voir la prolongation de cet état comme une qualité ou sa
brièveté comme un défaut, mais en méditant libre
d'attente et d'appréhension.
Puis lorsque dans l'expérience de non-conceptualité une pensée
apparaît, on se pose dessus d'une façon très détendue.
« L'esprit est lié par l'occupation (mentale), si on le détend,
il se libère ; cela ne fait pas de doute » ; c'est ce qu'on appelle
relâchement ou lâcher prise.
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NOTES
1 - Stabilité mentale : le méditant a tendance à fixer
une idée de la stabilitéd ans son esprit, et tente de conduire
sa méditation pour parvenir à cet état supposé.
Ce concept de stabilité, souvent lié à la recherche d'un
espritsans pensées, est un obstacle à la véritable compréhension
de la stabilité mentale.
2 - Quatre types d'activités : en fait, terme qui induit toutes les
activitésà travers les quatre attitudes du corps : assis, debout,
en mouvement, couché.
3 - Image traditionnelle : dix, quinze minutes.
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Par l'entraînement à ce relâchement, la durée de cet
état clair et sans concept va se prolonger jusqu'à ce que l'on
puisse pénétrer complètement dans notre essence même.
Ceci est appelé « absorption maintenue du courant de la rivière.
» Gampopa citant Dombi Hérouka dit : « si on ne trouble pas
l'eau elle est limpide, de la même façon, demeure sans artifice
». Reste sans faire obstruction aux six sens (4), « Tel que c'est
», pareil au soleil non voilé par les nuages ; demeure sans distraction
en tout temps et en toute activité.
Une citation du Vénérable Gueutsangpa : « Comme il est dit,
demeurer relâché dans cet état qui n'est pas ; demeurer
yallé... insouciant, tchété (5)... ouvert, sans saisie
dans la constance. » Gueutsangpa explique maintenant la nature de l'esprit
: « Quant l'esprit, en le cherchant il n'est pas trouvé, en le
regardant il n'est pas vu, en l'analysant il n'est pas établi ; s'il
est saisi, il n'est pas tenu ; s'il est jeté, il ne part pas ; s'il est
posé, il ne demeure pas ; s'il est combiné, il ne se mélange
pas ; en le partageant il n'est pas divisé ; en l'écartant il
n'est pas séparé ; en le voyant il n'est pas connu ; en l'expliquant
il n'est pas réalisé ; aucun exemple ne peut le définir
; quel que soit le terme dont on le couvre, aucun ne lui sied ; cependant quel
que soit le nom qu'on lui applique, il ne lui est pas contradictoire. »
Donc, comment faut-il pratiquer ? Il ne faut pas sciemment produire (6) ; il
ne faut pas sciemment réduire ; il ne faut pas demeurer indifférent
(7) ; il ne faut pas non plus rejeter les pensées dans le continuum de
l'esprit ; il ne faut pas suivre une pensée lorsqu'on devient conscient
de sa manifestation ; il ne faut pas non plus rester dans la corruption de l'analyse
(8) ; sans fixer comme réelle l'absence d'existence de l'objet extérieur
; sans voir comme néant la vacuité du non-soi intérieur
(9) ; sans prendre pour un défaut le mouvement conceptuel, qui est naturellement
sans racine. Il ne faut pas tomber dans les extrêmes que sont d'une part
la saisie de la manifestation, ceci est la méditation, et d'autre part
la saisie de la vacuité, la méditation n'est rien . Il ne faut
pas poursuivre le passé car il est achevé, il ne faut pas aller
à la rencontre de l'avenir car il n'est pas encore advenu et n'existe
pas, il faut hisser la conscience à demeurer dans le présent sans
le saisir comme tant quelque chose de substantiel. On doit demeurer dans un
état d'égalité, non façonné, tchallé...dégagé,
chig gué... sans recherche, abandonné, sans orientation, tré
sé... Il est dit également : « En bref, ne pas considérer
les pensées du passé, ne pas considérer les pensées
du futur. Quant au mouvement des pensées du présent, simplement
regarder directement la nature de l'instant de pensée qui dit : comment
est le mouvement conceptuel ? (10) Le regard direct aura pour effet de couper
définitivement la production d'élaborations qui causent la conceptualisation.
Tant que l'on demeure ainsi sans distraction, aucun concept n'apparaît
; dès que la distraction survient et que les idées surgissent,
poser un regard direct sur le désir qui les fait apparaître. Par
cette vision directe, les pensées se libèrent en leur propre lieu
et l'on se promène dans un état non conceptuel (11). De cette
manière, quelle que soit la pensée qui s'élève,
on considère le désir-attachement qui la fait apparaître
en le regardant directement. On médite ainsi, par sessions courtes et
répétées ; de cette manière, les projections de
l'esprit seront tranches et on expérimente pendant de brèves périodes
une clarté croissante. »
Une autre citation de Kyémé Shang : « S'asseoir sur un siège
confortable, prendre l'assise du vajra, etc... et pratiquer la non méditation
du Mahamoudra ; c'est-à-dire ne pas méditer avec des idées
délibérées quelles qu'elles soient, telles que non libre
de projection, au-delà de l'intellect, libre de caractéristiques,
sans point de référence, conception, définition, etc...
Si l'on demande : de quelle manière pratique-t-on ? Sans bouger le corps,
sans fermer les yeux, il ne faut ni analyser le passé, ni aller à
la rencontre du futur, mais reconnaître immédiatement la pensée
présente dans l'essence de l'instant. Ceci est le point crucial. En l'instantanéité
du regard direct qui voit en elle-même, l'idée présente
est la réalité, où causes et effets, temps, comparaisons,
caractéristiques se libèrent d'eux-mêmes, en leur lieu propre.
» Ainsi chaque fois, regardant les pensées au moment même
de leur apparition, en un intervalle de temps, on reconnaît directement
leur nature propre, et c'est dans cette instantanéité même
qu'elles se libèrent. L'instantanéité en laquelle on saisit
directement la nature propre de la pensée est appelée «
réaliser le Mahamoudra » ou « naissance de l'absorption méditative
dans le continuum » ou encore « apparition de la méditation
» . Dans l'instant de reconnaissance de la nature essentielle de la pensée,
la totalité des actions négatives accumulées depuis les
temps sans commencement est vaincue et purifiée. « Tout comme un
idiot gardant les troupeaux, le yogi laisse sa conscience vagabonder où
bon lui semble ; il demeure sans attachement, comme un cadavre de chien ; sans
désir, comme un lépreux ; comme un brahmine qui file (12), yogi,
laisse ta conscience détendue ; demeure sans saisie, comme un macchabée
; demeure inconscient comme un fou ; demeure inentravé comme l'espace,
demeure clair et transparent comme une vitre, demeure naturel et non conditionné
comme un enfant.
Quels que soient les désirs ou les attractions qui s'élèvent,
il faut en être conscient, mais sans les saisir ni s'y attacher, comme
un jeune enfant pénétrant pour la première fois dans un
temple, regarde toutes les couleurs et toutes les stimulations sensorielles
sans les saisir, simplement émerveillé par tout ce qui se trouve
dans ce temple, sans penser ceci est bon, ceci est mauvais, en tant uniquement
fasciné par tout ce qui se présente à ses sens. Bien que
la manifestation s'élève, elle est dépourvue de réalité
substantielle.
Toutes les manifestations doivent être connues comme étant l'esprit,
il faut unifier l'esprit et les apparences en les reconnaissant comme tant non-duels
et demeurer dans cette non-dualité, sans attachement ni saisie - on doit
rester d'une manière détendue . Telles sont les instructions sur
les moyens de poser l'esprit. »
Lorsque l'on reste ainsi, l'esprit se stabilise, seule demeure la conscience
vive qui est connaissance sans mouvement, et l'on demeure tsénné...
vierge, nu. Lorsque cela se produit, on reconnaît l'obtention du contrôle
de l'esprit ; l'idée peut surgir que les pensées antérieures
ont disparu.
>>>
NOTES
4 - Les cinq Facultés sensorielles plus la perception des objets mentaux.
Lorsque le mouvement de ces facultés est laissé libre tel quel,
sans attachement à l'objet perçu, est reconnu le jeu incessant
de l'esprit- Dharmakaya.
5 - Termes yogiques spécifiques de l'expérience de chiné,
sans équivalent dans le langage courant. Ils indiquent souvent la découverte
ou la pénétration d'un aspect de la pacification de l'esprit.
C'est pourquoi on utilise les points de suspension ; la traduction est approximative.
6 - Produire ou réduire : ramener l'esprit une représentation
mentale, surestimant ou sous-estimant sa nature, ou cherchant à créer
une idée en en supprimant une autre.
7 - Indifférent : indique une fausse stabilité, une neutralité
crée artificiellement, une volonté d'ignorer un état de
l'esprit.
8 - L'analyse est un processus d'investigation mentale ; elle mène une
élaboration conceptuelle mais ne permet pas la réalisation de
la nature de lesprit, par définition au delà de la sphère
conceptuelle. La reconnaissance mentale de tel ou tel état est comprise
ici comme une idée prenant la place d'une autre idée.
9 - Toutes les formes d'affirmation ou de négation, de sujet et d'objet,
d'existence ou de non-existence, sont des notions duelles. L'attachementà
une vacuité d'existence ou une existence de la vacuité empêche
la réalisation de la vacuité non-duelle, sans restriction.
10 - Observer les pensées, sans faire de commentaires ou d'analyses
à leur sujet, regarder directement le discours mental, « maintenant
», l'observateur qui juge la méditation.
11 - Les pensées s'élèvent par désir d'occupation
mentale. Regarder directement ce désir supprime la cause de leur apparition.
S'ouvre alors l'espace non-conceptuel où l'esprit se meut sans désir
ou vouloir spécifique. Il se promène : sans attente ni limite.
12 - Filer le rouet est le seul travail digne d'un brahmine, plus haute caste
de la société indienne. Ne cherchant à travers cette occupation
ni gain ni profit, le brahmine file sans préoccupation ni hâte.
C'est l'exemple de l'activité libre de recherche et détendue,
telle que doit être la méditation de chiné.
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Cette stabilisation de l'esprit doit être pratiquée dans un premier
temps au cours de nombreuses sessions de courte durée ; puis, progressivement,
on prolonge la durée de ces sessions et on médite jusqu'à
ce que finalement, rompu par l'entraînement, où que l'on pose l'esprit,
il y reste, même au cours des quatre activités, sans qu'il n'y
ait plus de différence entre les périodes de méditation
et de post-méditation.
Lorsqu'apparaissent des signes de stabilité de l'esprit, il se développe
alors une conscience ferme, sûre, l'esprit est calme et serein, il vient
une grande joie intérieure, une expérience de bien-être,
la conscience est très heureuse. On n'a plus du tout de désir
pour l'activité, mais par contre de plus en plus de coeur pour méditer
; la conscience devient très brillante et sélèvent,
une joie qui sans cesse s'accroît, le désir de demeurer dans un
lieu retiré, la certitude de la valeur des instructions données
par le lama, une dévotion croissante et un dégoût pour le
cycle des existences. On reconnaît la nécessité de méditer
et que cela seul sera utile au moment de la mort, on développe une très
grande allégresse à l'idée d'avoir accumulé le mérite
nécessaire pour pouvoir entrer en contact avec un tel enseignement. Telles
sont les expériences, entre autres, qui apparaissent dans notre esprit
de façon incessante.
C'est ce que l'on décrit comme la suprématie de chiné,
que l'on appelle encore le contrôle de l'esprit, l'esprit stable ou l'esprit
qui ne se dirige plus vers un objet.
Une citation du Mahasiddha Orgyenpa : « la mise en pratique du sens du
Mahamoudra est la base véritable de purification de tous les voiles adventices,
et quand on est rendu au terme du chemin du mahamoudra toutes les impuretés
fugitives sont bannies » (elles n'ont plus un endroit où résider
dans le courant de notre être).
En réponse la demande d'un disciple pour quelques instructions sur ce
genre de pratique du Mahamoudra, qui pourraient être gardées à
coeur, Orgyenpa dit :
« II n'y a pas d'autres instructions que celles-ci : s'établir
dans l'essence de la pratique des six points de Tilopa. II faudrait une instruction
orale sur la mise en pratique de ces six points qui pourra être gardéeà
cur » , dit le disciple. Orgyenpa lui donna cette instruction explicative
: « Ne considère pas, ne pense pas, ne suppute pas, ne médite
pas, n'analyse pas, laisse l'esprit reposer dans son état naturel. »
« Ne considère pas » , se rapporte au passé révolu
; retracer le passé provoque la notion de sujet et d'objet ; ne pas retracer
le passé en considérant que notre pratique actuelle ne dépend
nullement de nos activités antérieures.« Ne pense pas »
, concerne les activités mentales du présent ; fabriquer artificiellement
le présent, c'est créer une base de pratique fausse et perdre
le contrôle de l'égalité méditative, la méditation
est alors emportée au gré des circonstances (14) ; c'est comme
introduire, une personne étrangère à l'intégrité
de l'esprit. Tel est le sens de ne pas se lier avec la moindre fabrication ou
souillure. « Ne suppute pas » , c'est ne pas aller à la rencontre
du futur : si on se laisse attirer par le futur, si on échafaude des
plans, on dévie dans ce qui est destiné à susciter la réalisation
(phase préparatoire), et le moment de la reconnaissance véritable
(corps de la pratique) n'est pas tenu lorsqu'il s'élève ; c'est
perdre son travail aux mains de l'ennemi.
« Ne médite pas » , se rapporte à la vacuité,
car si on médite sur une vacuité restreinte où l'univers
animé et inanimé est vide comme un vase vidé de son eau,
on ne peut pas réaliser le sens du mode d'être des choses (15).
Il faut donc laisser la manifestation demeurer telle qu'elle est en son lieu
propre.
« N'analyse pas » , se rapporte à un objet de référence
: si on analyse un objet de référence, on ne passe pas au-delà
de ses caractéristiques, même si elles sont bonnes et excellentes,
pas plus qu'on ne dépassera l'intellect ou le produit mental. Pour cela
on n'appréhende pas analytiquement les objets extérieurs : l'analyse
repose toujours sur l'attraction et la répulsion.
« Laisse l'esprit reposer tel qu'il est » , signifie : dans son
mode d'être naturel ; si on façonne l'esprit en désirant
ce qui est bien, etc..., quoi que l'on fasse, on ne crée qu'un épuisement.
L'esprit dans sa nature propre est clarté, vivacité, nudité,
transparence pure, brillance unique, ouvert, heureux, libre de centre et de
périphérie. Un état qui est exempt de toute définition
sans qu'aucun nom ne lui soit contradictoire.
C'est la réalité (Dharmata) qui transcende l'objet exprimable.
C'est la dimension fondamentale, inhérente, qui demeure là, spacieuse,
en sa propre intelligence, en sa propre clarté, sans que l'esprit ne
connaisse aucun désagrément. C'est-à-dire que l'on doit
reconnaître l'univers comme tant une manifestation de notre esprit et
qu'en dehors de l'esprit rien n'apparaît ; quand on est capable de demeurer
dans l'essence de son esprit, on demeure aussi dans l'essence des phénomènes.
Ainsi il n'est plus nécessaire de rejeter la manifestation car tout est
l'esprit. On peut donc laisser son corps et son esprit détendus.
Tous les moyens de garder le Mahamoudra sont réunis en ces six points
; si l'on parvient à saisir de telles instructions essentielles, toutes
les impuretés fugitives n'auront plus de lieu où se manifester.
Quant aux méthodes qui permettent d'obtenir la stabilité de l'esprit,
dans un premier temps la condition primordiale est la dévotion et la
confiance dans le Lama. Ensuite, il est important d'adopter correctement les
points essentiels de la posture physique et de diriger le regard de façon
adéquate.
Enfin, il faut utiliser une méthode pour poser l'esprit.
Saraha dit : « Lorsqu'on parvient à « voir » , l'immobilité
devient stable ; j'ai réalisé le retour au point de départ
comme une chamelle. » II est dit qu'il n'existe aucune souffrance plus
grande que celle d'une chamelle dont le petit est mort, car elle le recherche
constamment, jour et nuit ; où qu'elle aille, elle revient toujours à
l'endroit où son petit est mort. Si l'on ne fixe pas les pensées
en leur donnant une existence propre, la pensée revient se dissoudre
en l'esprit, d'où elle est issue, sans entrave. Si on croit qu'il faille
saisir l'esprit, sans jamais le laisser s'échapper durant la pratique,
cette façon de penser va créer une situation de plus grande activité
mentale. L'idée même qu'il faut être sans pensées
est une pensée. Par exemple, quelqu'un arrive quelque part, et le maître
des lieux lui ordonne de rester en disant : « ne partez pas ailleurs,
aujourd'hui restez ici ! »; cet ordre va provoquer des doutes et des questions
chez celui qui avait pour intention de venir et de rester là, il va se
dire : « si je reste, il y aura peut-être des difficultés
; il n'est pas bon que je demeure ici » . A cette idée, il va reculer
et se préparerà s'échapper, tout simplement parce qu'on
lui a ordonné de rester. Si la personne en place ne lui avait pas donné
cet ordre, il serait probablement resté docilement dans cet endroit.
Similairement, il ne faut pas charger l'esprit d'un travail, il faut simplement
le relâcher, et sans méditer sur quoi que ce soit, dans la détente,
se décontracter sans aucun artifice ou fabrication, sans pourtant être
distrait, et rester détendu, sans rien faire . On doit demeurer dans
un état qui est libre de peur et d'espoir concernant la méditation,
un état très serein et sans évaluation, sans isoler le
passé, sans partir à la rencontre du futur, en restant simplement
dans l'instant présent, non artificiel, non façonné, libre
d'espoir et de crainte.
Ayant tranché parfaitement toutes les projections liées à
la manifestation, on ne laisse pas l'apparence de l'esprit dévier en
quelque chose d'extérieur (16). Même l'idée d'être
content si la méditation se développe, et déçu si
elle n'apparaît pas, est, en fait, la cause de l'apparition de plus de
pensées. Il faut donc laisser son esprit reposer dans un état
affranchi des notions de méditant et de méditation, dans un état
où l'esprit est à sa guise, découvert, ébahi, relâché.
Si l'on demeure ainsi, dans l'instant premier, l'esprit se pose en lui-même.
Comme le dit Saraha : « Si on détend cet esprit qui est contraint,
aucun doute quant à sa libération ». Trancher toutes les
projections relatives aux trois temps et laisser l'esprit demeurer dans un état
non artificiel est la meilleure méthode à appliquer dans la recherche
d'un esprit stable. Si on procède autrement, de plus en plus de désir
et de colère surgissent de toutes parts ; en outre, l'esprit est perturbé
de par les tentatives de compression des projections méditant-méditation
; on n'arrive pas à adopter la posture physique ni trouver la position
du regard ; bien que l'on puisse demeurer dans un état inerte, le courant
de l'être n'étant plus conduit par l'intensité de la foi
et de la dévotion envers le Lama, l'esprit ne désire pas être
stable (17).
>>>
NOTES
14 - La méditation est dépendante du type de production qui sélève
dans l'esprit. Selon que les créations mentales s'harmonisent ou non
à la méditation, celle-ci sera stable ou discontinue.
15 - La vacuité non conceptuelle, non référentielle ;
pas l'idée de la vacuité, objet mental.
16 - Saisir la manifestation phénoménable comme existant intrinsèquement,
en dehors de l'esprit, comme un objet extérieur.
17 - Dans cette situation, on tente d'imposer à l'esprit un état
d'inertie et de néant. La méditation n'est plus inspirée
par la dévotion au Lama et perd son authenticité, devient une
«technique froide». Les efforts engagés pour stopper l'expression
conceptuelle bloquent et frustent l'esprit, qui n'accepte pas cette stabilité
stupide et limitée.
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On doit se souvenir des caractéristiques générales de l'esprit : que l'on veuille le saisir, on n'y parvient pas ; qu'on le rejette, il n'a pas d'endroit où aller ; si l'on ne sait pas rester sur l'esprit lui-même, de manière détendue, la méditation ne poindra pas, car on heurtera l'état naturel avec toutes les catégorisations de l'espoir et de la crainte.
Quelques citations de Tilopa :
« Ayant abandonné complètement toute activité physique,
demeure primaire, spacieux, sans parole, sans expression, le son vide comme
un écho, l'esprit sans pensée comme devant un travail achevé,
le corps sans coeur comme la tige d'un bambou, l'esprit comme au milieu du ciel,
au-delà de tout objet mental, et, dans cet état, reste relâché,
sans rejeter ni établir les pensées ».
« II ne faut rien faire à l'esprit, être complètement libre du désir et de l'aversion; l'esprit s'élève de lui-même et se pacifie de lui-même, comme les reliefs que l'on dessine dans l'eau et qui aussitôt tracés s'évanouissent. Si l'on ne transgresse pas le sens de la non demeure et du non point de référence, alors on ne transgresse pas le samaya (18) ; ceci est la torche qui disperse toute obscurité. »
Si l'on ne réside pas dans les extrêmes, tels que être, exister, etc..., si l'on est complètement libre de répulsion et de désir, alors tous les enseignements réunis de tous les réceptacles seront réalisés. Si l'on reste absorbé, ici, alors on est libéré de la prison du samsara ; si l'on demeure d'une manière équanime, ici, tous les voiles et les actions négatives sont brûlés ; ceci est l'explication de l'enseignement du Bouddha intitulé « le Flambeau de la Doctrine » : II faut couper tous les liens de l'attachement et du rejet en relation avec la famille et le pays, et aller méditer en solitude dans les forêts ou dans les montagnes en demeurant dans l'état de non méditation ; lorsque la non obtention est obtenue, alors on obtient le Mahamoudra.
Une citation du texte nommé « Se reposer dans la nature de l'esprit
» :
« Dans un premier temps, demeure dans la détente du relâchement
afin de dissiper les impuretés de la méditation ; ensuite, adopte
une vision vibrante et vierge en contemplant l'esprit, afin d'unifier la période
de méditation et de post méditation ; enfin, nivelle tout dans
une attitude libre de rejet et d'acceptation ; n'analyse pas le passé,
ne va pas la rencontre du futur, sois sans attachement au présent et
demeure dans l'espace vide. Coupe le va-et-vient des pensées relatives
aux trois temps et demeure ainsi dans l'absorption profonde libre de conception.
»
Une citation du texte « Le reliquaire du Mahamoudra » :
« Dans un premier temps, prie avec une ferveur ardente le Lama au sommet
de ta tête, puis détends les membres et leurs nerfs et demeure
dans un état naturel exempt de toute recherche ; dans cet état,
ton corps se posera de lui-même. Si tu n'essaies pas d'ouvrir les lèvres
ou de sourire, et que ta parole reste sans aucun son ou mission, alors ta parole
se posera d'elle-même. Si tu es libre de pensées quantà
vouloir appliquer la méditation telle ou telle façon de poser
le regard, et si tu ne cogites pas : je suis dans la phase préliminaire
de la méditation, il ne restera alors qu'un état ébahi,
ouvert, et dans cet état l'esprit se stabilisera de lui-même. Demeurant
ainsi dans l'état fasciné, ébahi, qui est semblable au
désir-attachement expérimenté par les dieux des royaumes
de méditation, ceci est la caractéristique de l'obtention des
préliminaires de la méditation, appelée aussi « conscience
ordinaire » ou encore« esprit premier ». Cette expérience
sélève également chez tous les êtres, lorsqu'ils
se reposent de la fatigue ; mais ils ne la reconnaissent pas et, pour cette
raison, continuent à errer dans le cycle des existences.
Il faut donc maintenant capturer continuellement cet état, que l'on soit
en train de manger, que l'on tienne un mala dans la main ou que l'on fasse autre
chose ; il faut demeurer là où il ne reste plus que l'ébahissement,
semblable au regard de l'éléphant : lorsqu'un éléphant
regarde quelque chose, il regarde de droite à gauche de manière
très calme et très paisible ; il faut demeurer ainsi. Pareillement,
où que l'on porte la vision, à droite, à gauche ou vers
le ciel, les yeux sont largement ouverts et exorbités, comme s'ils étaient
engourdis, et on se meut constamment dans un état de clarté et
de vacuité, libre de saisie.
On pense alors que la phase préliminaire de la méditation est
apparue spontanément et que l'on y est ; on demeure fasciné dans
la capture de cet état. Là, sans fin, on se meut dans l'état
captivé et présent ; et quand on va aux toilettes, même
si on était entouré d'une centaine de mères et de soeurs,
on le ferait sans hésitation et sans embarras.
On demeure non distrait dans un état de clarté-vacuité
sans saisie, quel que soit le type d'activité : dormir, se lever, être
assis, etc... »
Une citation d'un condensé des soutras :
« Possédant parfaitement l'attention, il va, il se meut, il dort,
il s'assied ; son esprit est sans la moindre trace de confusion, il regarde
et il marche comme sous un joug. (comme les boeufs attachés par un joug
qui labourent et sont sous contrôle : ils ne peuvent se diriger que dans
une seule direction, sans aller à droite ou à gauche). »
En bref, que l'on soit en train de parler, de réciter des soutras ou
de murmurer des mantras, d'écouter ou d'expliquer le Dharma, etc...,
quelle que soit notre activité, on doit être continuellement captivé
en cet état, caractérisé par la non-dualité de la
clarté et de la vacuité, libre d'attachement et sans distraction.
Il est important de mettre en pratique assidûment et avec coeur de tels
enseignements immaculés qui viennent de tous les vénérables
Lama du passé de la lignée Kagyupa.
NOTES
18 - Le samaya est gardé pur dans létat ultime, naturel, non conditionné, non duel. Si on médite de façon libérée, avec une orientation, un point de référence, on crée une relation duelle sujet-objet et le samaya est alors endommagé ; telle est la transgression.
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APPREHENDER L'ESPRIT
a) LE MAINTIEN DE L'ESPRIT
S'il s'élève un courant continu de pensées, il ne faut
pas voir cela comme un défaut, mais simplement s'accoutumer à
rester heureux, en se disant : "que ces pensées se meuvent autant
qu'elles le veulent».
On s'établit dans le mouvement des pensées sans s'y laisser prendre
par inattention ou laxisme. Elles sont ainsi amenées à être
le support du maintien de l'esprit. Ces pensées étant sans fondement(19),
elles se libèrent en leur non-substantialité. Alors naît
la stabilité. A ce moment-là, il ne faut pas du tout se distraire
ne serait-ce qu'un seul instant, comme quelqu'un qui passe un fil dans le chas
d'une aiguille ou comme un guerrier qui brandit son épée en s'engageant
dans le combat.
L'esprit doit rester imperturbable sans vaciller ; et il faut le laisser aller
où bon lui semble, comme un oiseau qui s'envole du mât d'un bateau
en pleine mer (cet oiseau reviendra sur le bateau puisqu'il n'a pas d'autre
endroit où se poser), ou encore comme un océan sans vagues ; l'esprit
doit rester exempt de recherche (d'anxiété),sans lidée
de quelque chose à accomplir, comme un garouda qui s'élance dans
le ciel ou comme un cornac habile qui garde son éléphant. Tous
ces exemples doivent s'appliquer à la pratique de Chiné.
Au début de la méditation, il faut avoir l'intention de maintenir
l'esprit pendant cette période de méditation, et pendant le corps-même
de la pratique, garder la conscience claire. Par l'analyse minutieuse du courant
de notre être, on sait si l'esprit est stable ou non, s'il est somnolent
ou agité. Si l'on voit que l'esprit demeure naturellement, il faut rester
dans cette stabilité sans s'en départir ; par contre, si l'on
s'aperçoit que l'esprit n'est pas stable et qu'il est agité ou
engourdi, il faut alors reconnaître ce défaut et appliquer les
méthodes qui dissipent cette disposition. Ces méthodes sont reçues
oralement du Lama.
Au début, les sessions de méditation doivent être assez
courtes ;il faut, pour commencer, méditer pendant le temps d'une respiration,
puis, progressivement, allonger les sessions. Si l'on commence dès le
début par de longues sessions, les objets de méditation se mêlent
et l'on expérimente un état d'obscurcissement «boueux».
Apparaît alors le défaut d'être «béat comme
un mouton» (20). Pour cette raison, il faut que les débutants pratiquent
par sessions courtes et nombreuses ; ainsi se repose-t-on dans la méditation,
toujours avec diligence, dans un état de clarté et de luminosité.
Ensuite, il est possible de prolonger la durée des sessions ; ceci est
la méthode par laquelle on développe l'enthousiasme de l'esprit,
la joie et l'harmonie, sans aller jusqu'à la frustration.
>>>
NOTES
19 - sans fondement ; Les pensées s'élèvent de l'esprit.
L'esprit ne peut être établi comme existant ni non-existant. Il
n'est rien en soi et, pourtant, toutes choses s'élèvent de lui.
Il est sans origine ni cessation, sans réalité. Les pensées
sont l'expression de cet esprit illusoire ; elles sont donc de même nature
que ce dont elles procèdent, c'est-à-dire sans fondement, sans
origine propre.
20 - «béat comme un mouton» ; inconscient des processus
mentaux, on a perdu la vigilance de sa méditation, on ne perçoit
pas la déviation de la méditation.
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b) LES TROIS STADES.
La pratique de ces instructions orales permet d'appréhender l'esprit qui jusque là était sans contrôle ; et apparaissent successivement les trois stades progressifs de la stabilité.
1) La cascade.
Dans un premier temps, on voit que l'esprit ne demeure pas de façon
stable sur l'objet de référence. Ceci est le signe que l'on commence
justement à acquérir un peu de stabilité.
Ensuite, quand la conscience est devenue un peu plus précise, il peut
sembler qu'il y a plus de pensées que précédemment, que
l'on a davantage de pensées qu'auparavant lorsqu'on ne méditait
pas, mais il n'en est rien. En fait, tant que l'on ne pratiquait pas la méditation,
les pensées se manifestaient tout autant mais on n'en avait pas la perception.
Maintenant, l'esprit s'est posé de manière équanime dans
la méditation, et comme la conscience est devenue plus vive on perçoit
les pensées dès qu'elles apparaissent. En demeurant en méditation
sans emprunter les schémas habituels des pensées, celles-ci ne
s'échappent pas dans un courant subsidiaire, mais sont reconnues dès
qu'elles s'élèvent.
Qu'est-ce que l'on entend par «courant subsidiaire» ? Celui-ci se
développe, par exemple, lorsque le méditant est attaché
à un état de vacuité conceptuel. Il veut à tel point
maintenir cette idée de vacuité que le courant subsidiaire des
pensées continue à se dérouler sans être perçu,
comme un voleur qui s'échapperait masqué par la nuit. A partir
du moment où il ne cherche plus à maintenir cette idée,
le méditant peut prendre conscience de la production des pensées
et reconnaître également que leur flot n'a jamais cessé.
Quand on reconnaît l'existence de ce courant de pensées, il n'est
plus nécessaire de méditer en sessions de courte durée.
La conscience se meut dans l'expérience constamment renouvelée
de la vanité des pensées.
Lorsque cette méditation devient continuelle, comme un écoulement
ininterrompu, on obtient la première phase de la stabilité que
l'on compare à une cascade qui tombe du haut d'une falaise abrupte.
Cet exemple ne veut pas dire que notre état de méditation est
comme si l'on se trouvait sous la chute d'eau, au milieu des remous et des vagues,
et comme emporté par ce mouvement, et donc très mal à l'aise.
Ceci indiquerait que l'on médite encore sous l'emprise de l'espoir d'un
état sans pensées et de la crainte d'un esprit plein de pensées.
C'est plutôt comme si l'on regardait le mouvement de ces pensées
sans lui donner d'importance. Observant simplement l'apparition d'une pensée,
il faut demeurer naturellement dans la conscience de sa présence, sans
la considérer comme quelque chose de gênant, et la laisser disparaître.
Sans être troublé par l'apparition d'une pensée, on demeure
simplement dans la certitude qu'elle ne nuit pas à la méditation.
Les pensées sont comme un reflet dans un miroir : elles n'ont ni forme,
ni existence réelle ; ainsi, elles apparaissent naturellement et librement
dans l'esprit.
Si l'esprit ne s'y attache pas et n'est pas troublé par leur présence,
elles s'élèvent, demeurent et disparaissent librement d'elles-mêmes.
En appliquant cette méthode d'observation des pensées, comme
cela a été expliqué auparavant, celles-ci vont devenir
de plus en plus subtiles, s'amoindrir et finalement disparaître naturellement
; on se meut alors dans un état libre de conceptions. De loin en loin,
une pensée isolée peut surgir, mais il n'y a plus cette continuité
de pensées reliées les unes aux autres. Chaque pensée isolée
va se dissoudre d'elle-même dès qu'elle s'élèvera,
comme un flocon de neige qui tombe sur une pierre chaude ; il n'est, dès
lors, plus nécessaire d'appliquer des antidotes contre les pensées.
Lorsqu'il semble que le mouvement des pensées soit devenu si subtil (celles-ci
sont comparées à la taille d'un cheveu) que l'on peut les compter
tellement elles sont rares, la méditation se déroulant d'elle-même
de façon continue, on atteint alors la deuxième phase de stabilité
comparée à une rivière qui s'écoule doucement dans
une vallée. Ce n'est pas comme si l'on était éloigné
de la rivière, incapable de voir son cours sans faire un effort, mais
plutôt comme si l'on était près de cette rivière
et qu'on la voyait couler distinctement.
Quand les pensées s'élèvent, on est à l'aise en
leur présence et l'esprit reste décontracté.
3) L'océan.
En maintenant la méditation sur l'essence de l'esprit, le cours des
pensées subtiles et grossières est totalement tari et l'on demeure
dans un état calme, libre de concepts. Il n'y a plus la sensation du
corps ni de ses états agréables ou non, sa présence n'est
plus ressentie ; même le flux de la respiration (inspir, expir et la pause
entre les deux) n'est plus perçu.
L'esprit se meut de manière constante dans un état qui est l'union
de la non-conceptualité, de la clarté et de la félicité
et qui se prolonge en dehors des sessions de méditation. Dans la post-méditation,
tout en accomplissant une activité ordinaire, si l'esprit n'est pas dans
un processus d'analyse attentive, on ne saisit pas la moindre notion d'objet
; la perception étant suspendue, le mental n'intervient plus par rapport
à la distraction et on est comme absorbé dans un état d'oubli
total (1).
On se promène alors continuellement et naturellement dans l'état
méditatif même lorsqu'on ne médite pas. Ce n'est pas un
état d'obscurcissement ou de ténèbres, mais de luminosité
comme si l'on se trouvait au milieu de l'éclat d'un ciel sans nuages.
Cette expérience n'a ni surface ni profondeur, mais est caractérisée
par un état de clarté calme, chatoyante. Lorsque ceci apparaît,
c'est l'état achevé de la stabilité comparé à
un océan immuable ; non pas comme un océan par une nuit noire,
complètement opaque, mais plutôt comme l'océan sous un soleil
lumineux en plein jour, l'eau étant claire et translucide de la surface
jusqu'au tréfond.
Puisqu'il est le corps même de l'absorption méditative, si l'on
peut prolonger la durée de cet état, la clairvoyance, les pouvoirs
miraculeux, etc..., qui sont le fondement de la vision de la Vérité
Ultime s'élèveront.
Si l'un de ces trois stades de stabilité s'est développé,
avec les indications du Lama, il est reconnu par le méditant lui-même.
Il goûte la saveur de l'expérience et tous ses doutes sont tranchés.
Par contre, si on donne les indications de reconnaissance au disciple avant
que l'état (de stabilité) soit apparu, sa pratique peut en être
faussée du fait de vouloir dès lors obtenir cet état. Cet
état ne peut pas rester partiel car lorsqu'on a été guidé
ne serait-ce qu'une fois dans l'expérience il est impossible que les
autres phases ne se développent pas. Il se peut qque, les deux premières
phase (de stabilité) ayant été développées,
la troisième et dernière phase tarde à s'élever
; dans ce cas, il faut méditer sur les instructions de stabi-lisation
qui permettent d'établir le contrôle de l'esprit.
Au sujet de ces expériences, il est important que le Lama questionne
minutieusement son disciple, qu'il lui demande tout d'abord comment est sa méditation
et ce qu'il advient pendant la pratique. Il doit lui enseigner les méthodes
qui dissipent les défauts et celles qui améliorent la méditation
selon les réponses que lui aura données le disciple et les signes
qui en témoignent. Si un Lama, au tout début, dit à son
disciple que telle ou telle expérience va survenir, il se peut que le
disciple se trompe au sujet de sa réalisation, prétendant avoir
eu une expérience sans l'avoir réellement éprouvée,
sa compréhension portant seulement sur les mots et restant théorique
et réifiée. Pour cette raison, le maître doit dévoiler
les instructions uniquement au fur et à mesure des progrès de
la compréhension et de l'expérience du disciple. Tant que n'apparaissent
pas les signes des trois phases de stabilité chez le disciple, ainsi
que les manifestations qui y correspondent, le Lama ne doit pas lui enseigner
cette partie théorique mais plutôt l'encourager à poursuivre,
ses efforts de méditation sur un point de référence unique
comme cela a été expliqué précédemment. Les
méthodes pour dissiper les obstacles et faire mûrir la méditation
ainsi que les réponses aux questions qui peuvent surgir sont traitées
dans tous les paragraphes suivants.
>>>
Notes :
(1) oubli total : disparition des concepts superficiels et des schémas ordinaires de l'esprit ; en fait, conscience plus vive.
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II. AFFERMIR LE MAINTIEN DE L'ESPRIT
a) L'ATTENTION VIGILANTE.
Chaque fois que l'on s'efforce au contrôle de l'esprit, il est important
de tenir l'attention éveillée. Il faut guetter les défauts
éventuels de la méditation tels que somnolence, torpeur, etc...
Si l'on ne voit poindre aucun de ces défauts dans l'esprit, on peut alors
poursuivre la méditation telle qu'elle est. Si l'on note la présence
d'une défectuosité, il faut la dissiper. Au sujet de ces défauts,
on peut dire, de manière générale, que lorsque l'esprit
est instable, la méditation est inexistante parce que l'on ne se remémore
pas l'impermanence et la mort, que l'on n'a pas rejeté les soucis de
cette vie et de ce corps, ni écrasé les huit dharmas mondains
; que l'on n'a pas développé la confiance et la dévotion
naturelle, que par insouciance et par paresse on demeure incapable d'abandonner
la saisie égoïste.
Comme antidote, il faut renoncer à la futilité et à l'inutilité
des choses de ce monde, couper avec force l'attachement à l'occupation
de cette vie et se détacher du cycle des existences. Ainsi on arrive
à dominer les huit dharmas mondains.. Ensuite nous devons reconnaître
la bienveillance du lama ; bien que d'innombrables Bouddhas et Bodhisattvas
se soient manifestés dans ce monde, nous n'avons pas été
assez fortuné pour en rencontrer un seul. Maintenant que nous avons rencontré
le Lama, il est possible de nous libérer du cycle des existences et d'atteindre
l'Eveil. Nous sommes enfin capable de suivre le chemin qui mène infailliblement
jusqu'à l'état de Bouddha. Considérant cela, nous développons
une grande dévotion et un profond respect envers le Lama en lui adressant
des prières ferventes qui viennent du fond du cur. Jusqu'ici, il
nous a fallu surmonter d'innombrables difficultés pour obtenir un résultat
dans les activités mondaines et futiles ; il n'y a donc pas de raison
pour ne pas accepter maintenant avec patience toutes les difficultés
qui peuvent surgir dans la pratique du Dharma, car elle seule est vraiment utile.
Voyant ceci, nous devons développer une grande persévérance
dans notre méditation. Il est également important de méditer
sur les deux aspects de la Bodhicitta (1), l'attitude qui chérit les
autres plus que soi-même.
b) DEFAUTS ET REMÈDES.
En particulier, sont exposées des méthodes spécifiques pour dissiper les défauts de la méditation. Il est dit : «Il existe trois défectuosités dans la méditation : la somnolence, la torpeur et l'agitation".
1) Somnolence.
«Si la somnolence apparaît, il faut rafraîchir sa position
(c'est-à-dire s'étirer, changer de posture et réinstaller
son coussin), s'arroser avec de l'eau ou se laver, et continuer la méditation.
Si la torpeur apparaît, il faut s'asseoir de manière à être
fouetté de côté par le vent".
Si la conscience est somnolente, il faut s'asseoir dans un endroit élevé,
un endroit d'où le panorama est très vaste, très ouvert.
D'abord, on s'allonge sur le dos, puis on s'assoit, la colonne vertébrale
parfaitement droite. Pour aviver la conscience, on porte, par exemple, le regard
sur le sommet de la montagne qui nous fait face. Puis on peut s'asperger d'eau,
soit en le faisant réellement soit en l'imaginant seulement. Par exemple,
on peut penser que l'on médite sous la pluie.
Plus particulièrement, on peut méditer que notre Lama-racine se
trouve devant nous dans l'espace, et, avec la conscience très vive de
sa présence, lui adresser des prières ferventes. On peut également
s'asseoir dans un endroit frais, porter des vêtements légers et
pratiquer de brèves sessions de méditation. On doit développer
un sentiment de renoncement et de dégoût du cycle des existences.
On s'alimentera peu, on évitera de s'asseoir à proximité
d'un feu ou en plein soleil, et on pratiquera les postures physiques avec beaucoup
de vigueur. On peut également de temps à autre se lever, faire
quelques pas et se détendre un peu sans perdre l'attention vigilante.
Ainsi, par de telles méthodes, on pourra arriver à clarifier la
somnolence et la torpeur, et l'esprit s'établira dans son état
naturel.
2) Agitation.
Si l'esprit est agité, par exemple quand il est empli de pensées,
on développe un sentiment de frustration, on se sent mal à l'aise,
on n'a pas envie de rester assis en méditation, et si on se lève
pour marcher, vient le désir de s'asseoir, et ainsi de suite. Il est
recommandé de détendre la conscience, de manger une nourriture
plus lourde : des ufs, de la viande, du beurre, du yaourt, etc..., ou
encore de faire des pratiques de relaxation et de massage, de porter des vêtements
chauds ; il faut aussi demeurer le plus longtemps possible l'esprit posé
sur un objet de référence en prenant, de temps à autre,
des moments de repos. Toutefois, si malgré nos efforts l'esprit est plein
de projections mentales, il faut l'examiner afin de déterminer s'il est
empli de réflexions qui n'ont rien à voir avec le Dharma ou si
ces projections sont des pensées orientées vers l'enseignement.
S'il s'avère que les pensées sont tournées vers des buts
sans relation avec le Dharma, il faut examiner si elles sont dirigées
vers des amis ou vers des ennemis, ou bien vers des possessions, des richesses,
etc...
Quelles qu'elles soient, les productions de l'esprit sont dépourvues
de sens. Il est vain d'y attacher de l'importance, car tant que le courant de
l'être n'est pas discipliné, vouloir vaincre tous les ennemis extérieurs
se révèle une tâche sans fin ; mieux vaut discipliner la
saisie de l'ego, en développant l'amour et la compassion, méditer
en laissant l'esprit dans son état naturel et en réalisant également
l'inutilité de garder des amis extérieurs tant que l'on n'a pas
préservé expériences et réalisations intérieures.
Si nos pensées tendent vers des idées de richesses ou de biens,
il faut en reconnaître l'inutilité car les possessions sont évanescentes
comme un arc-en-ciel et ne durent que l'espace d'un instant. Pour nous qui suivons
l'enseignement du Bouddha, il faut savoir qu'il ne s'agit pas de changer son
apparence physique (de porter tel ou tel vêtement), mais de ne pas se
laisser entraîner par toutes les distractions ou les activités
étrangères à la pratique du Dharma. Réfléchissons
soigneusement sur ceci et développons sans cesse l'attention.
Si l'agitation vient plutôt de ce que nos pensées sont tendues
vers le Dharma et que l'on projette (par exemple) de faire beaucoup d'études
et de réfléchir aux enseignements avec cette ambition : «Je
souhaiterais faire comme cette personne érudite qui est influente et
qu'on vénère», il faut se rendre compte que de telles idées
n'ont aucun sens.
L'enseignement du Parfait Bouddha n'est pas réalisé uniquement
par la récitation de mantras, la pratique des Paramitas, du Vinaya, des
Soutras ni même par l'écoute seule de l'Abhidharma. Ce n'est pas
un système ou une théorie qui nous permettra de voir le Mahamoudra
de la Claire Lumière. Voilée par les distorsions du désir
et de l'aversion, la Claire Lumière ne sera pas perçue. «Les
pensées conceptuelles endommagent le sens des vux et des serments
du Vadjrayana» dit Tilopa (2).
Tant qu'on se trouve lié par les huit dharmas mondains, parce qu'on ne
garde pas présentes à l'esprit la mort et l'impermanence et que
l'on ne se détourne pas du cycle des existences, il n'est pas possible
d'être quelqu'un de vénérable, d'érudit ou de considéré.
Il faut donc abandonner toutes les élaborations et les efforts dans ce
sens et tâcher uniquement de laisser l'esprit demeurer dans son état
naturel en utilisant les méthodes appropriées expliquées
par le Lama à travers ses instructions orales. On arrive alors à
la conclusion que toutes les projections de l'esprit, les pensées et
les concepts, sont totalement inutiles et dénués de sens, et qu'il
faut simplement méditer en un seul point dans l'état d'absorption.
Notes :
(1) Bodhicitta : soit intention et application, soit relative et ultime, compassion
et vacuité.
(2) dans l'état non-conceptuel, tous les samayas sont gardés purs.
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3) Torpeur et somnolence
La somnolence est présente lorsque la conscience manque d'éclat
mais n'est pas complètement endormie, comme c'est le cas dans l'état
de torpeur. Dans ces deux états, on n'est plus conscient du mouvement
des pensées, on n'arrive même plus à faire la différence
entre les «bonnes» et «mauvaises» expériences.
Pour remédier à ces défauts de la méditation, il
faut appliquer les visualisations et les méthodes décrites précédemment
et il est également conseillé de faire une ouverture dans le mur
à côté de l'endroit où l'on médite, de façon
à ce que le vent vienne fouetter le corps directement (méditer
près d'une fenêtre, par exemple).
Etant donné que les causes de la torpeur et de la somnolence viennent
des existences antérieures au cours desquelles on a dénigré
soit le Lama soit les Trois Joyaux, il faut se confesser de tels actes devant
un support excellent (une statue, un texte ou un stoupa, qui représentent
le corps, la parole et l'esprit des Bouddhas). Il faut également s'efforcer
de pratiquer la méditation de Dordjé Sempa et la récitation
du mantra de cent syllabes, tout en effectuant la confession des actes négatifs,
etc...
On peut aussi s'adonner à l'entretien des stoupas, faire des offrandes
et des prosternations, etc... Toutes ces activités auront pour effet
de purifier ces obstacles.
Sinon, sans chercher à employer les remèdes à la somnolence
et à l'agitation, il est possible de les dissiper en regardant simplement
leur essence et en voyant qu'en réalité ces états ne sont
que l'esprit lui- même, en réalisant que cet esprit lorsqu'il n'est
pas lié à des projections est vacuité. La reconnaissance
de la présence de la somnolence et de l'agitation s'élève
comme étant la Sagesse Primordiale sans qu'il soit nécessaire
d'abandonner ces deux états. A la vue de ceci, il est impossible que
l'esprit ne soit pas contrôlé.
c) EXPERIENCES.
Bien qu'à ce niveau les trois expériences que sont la félicité,
la clarté et l'absence de conceptualisation puissent apparaître
et que l'on en vienne à penser : «La méditation s'est élevée
en moi ; j'ai obtenu la réalisation !», il est dit que : «si
l'on n'adresse pas des prières ferventes au Vénérable Lama
et si l'on ne se détourne pas de manière irréversible de
l'attachement au cycle des existences, nos expériences méditatives,
même bonnes, seront sans suite». Donc, il est important d'adresser
des prières avec beaucoup de dévotion et de vénération
afin que notre méditation soit protégée, de se détourner
de l'attachement aux activités de cette vie, et d'errer simplement d'ermitage
en ermitage.
Une méditation où n'apparaissent pas la dévotion et la
vénération envers le Lama est comme «sans tête».
Une méditation qui n'a pas, à la base, le détachement est
comme «sans jambes». Un corps qui n'a ni tête ni jambes ne
peut rien faire du tout. Ainsi, par la force de la manifestation des expériences
que sont la félicité, la clarté et l'absence de conceptualisation,
on se détache naturellement de l'attraction envers les plaisirs sensoriels.
Bien qu'il y ait de la nourriture, on n'a plus besoin de manger beaucoup. On
en vient même à ne plus percevoir le mouvement de sa respiration
et on pense que l'on a atteint l'esprit même des Bouddhas ; cette compréhension
fait naître en nous un grand sentiment de joie. De même, on a la
certitude que le Lama est réellement le Bouddha. La clairvoyance et les
pouvoirs miraculeux, etc..., qui sont relatifs et transitoires peuvent éventuellement
survenir, mais on ne doit pas s'y attacher car on risque de développer
l'orgueil et ceci est un très grand obstacle à la méditation.
Si l'on est capable de préserver d'une année sur l'autre de telles
expériences, qui appartiennent à la première étape
du Mahamoudra dite en «un seul point», lorsque l'on obtiendra la
réalisation ultérieure celle-ci demeurera stable.
Les critères qui permettent de juger si le calme mental est établi
ou non : un pratiquant supérieur ne sent plus le va-et-vient de sa respiration
et n'a plus la sensation de son corps ; un pratiquant moyen en est conscient
seulement s'il cherche à le ressentir ; un pratiquant ordinaire n'est
plus gêné par la pesanteur de son corps ou par le va- et-vient
de la respiration.
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_________________
III. PARFAIRE LA STABILITE MENTALE
a) TECHNIQUES.
D'abord, il faut porter son attention en un seul point, sur une forme se manifestant
comme objet de vision, agréable ou non, quelque chose de clair. Puis,
lorsque cela est nettement visible, on concentre l'esprit vers l'acte de voir
cette forme. Lorsque l'on a acquis une certaine stabilité en ce qui concerne
un objet visuel, on peut utiliser également comme support de méditation
un son (objet de l'ouïe), une odeur (objet de l'odorat), une saveur (objet
gustatif), une sensation (objet tactile) et tous les phénomènes,
quels qu'ils soient, qui apparaissent comme objets mentaux. L'esprit doit demeurer
en un seul point sur l'objet de la méditation.
Plus précisément, il faut rester en méditation, l'attention
dirigée en un seul point, sur toute idée qui s'élève,
comme objet du mental, que ce soit une idée à rejeter (par exemple
le désir, l'attachement envers nos amis, la haine envers nos ennemis,
les cinq poisons, etc...) ou une idée à encourager (une vertu
comme la générosité, ou les autres paramitas, ou même
une idée neutre, par exemple). Certains professent que l'on doit s'efforcer
de repousser les pensées "à abandonner" ; mais si l'on
agit ainsi, cela a pour effet d'accroître les productions mentales par
la tension créée dans l'esprit et il est difficile d'obtenir l'absorption
méditative.
Pour cette raison, quelle que soit la pensée qui s'élève,
il faut demeurer directement sur cette pensée même, de manière
détendue, et ne pas la considérer comme un défaut. Sans
couper «la corde de la vigilance», aussi intense que soit le mouvement
conceptuel, il faut s'établir dans ce mouvement. Il faut reconnaître
les pensées les unes après les autres dès qu'elles apparaissent,
sans que, par insouciance ou distraction, une seule d'entre elles ne s'échappe.
Puis on peut faire une pause et à nouveau reprendre cette méditation
en faisant alterner ainsi rigueur et détente.
Quand les pensées elles-mêmes sont devenues le support du contrôle
de l'esprit, le courant des pensées est tari, ce qui permet d'atteindre
un état de calme stable. Jusqu'à ce que ceci apparaisse, il ne
faut pas considérer l'augmentation du nombre des pensées présentes
comme un défaut, mais simplement maintenir la méditation dans
un état de non-distraction. Ainsi, puisqu'il n'y a aucune différence
entre les instructions précédentes concernant la façon
de contempler un objet visuel à l'extérieur de soi afin d'obtenir
le contrôle de l'esprit et les instructions qui viennent d'être
données sur la façon d'observer les pensées, cette dernière
méthode permet de parfaire le contrôle de l'esprit.
A suivre ... sur : http://www.dhagpo-kagyu.org/france/index.htm
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