Questions - Réponses

Quelqu'un pose une question à propos du travail sur le chantier du monastère au Bost.

Ce qu'il faut dire dans cet instant, c'est : "Je suis le serviteur des Trois Joyaux, donc je me mets de corps, parole, esprit au service des Trois Joyaux et au travers de cela au service des êtres. Je vais agir au mieux, éviter ce qui est injuste, ce qui' n'est pas correct et rassembler l'accumulation de mérite." C'est choisir l'action juste. Au moment de l'activité, il faut laisser de côté tout intérêt personnel, comme par exemple : "Je vais gagner ceci, je vais gagner ça", et se dire au contraire : "Je suis au service des Trois Joyaux, au service de tous les êtres, donc je vais agir motivé essentiellement par cela." L'esprit est le maître, les mains et la parole sont les serviteurs. Si l'esprit est dans cette disposition, tout ce que fera le corps, tout ce que fera la parole sera complètement dans le sens juste, celui qui va vers l'éveil. Ce qui est important, c'est donc cet état d'esprit de dévouement, de mise au service des Trois Joyaux.

Tout est dévouement, tout est offrande, toutes nos actions vont dans ce sens puisque l'esprit va dans ce sens et, forcément, tout ce que le corps et la parole pourront faire sera dans ce sens-là. La chose essentielle dans l'activité consiste à couper l'intérêt égoïste qui ramène à soi et à développer un état d'esprit altruiste, c'est-à-dire un esprit de don et de dévouement pour tous les êtres. Il faut se conformer à la loi universelle qui veut que le bonheur et les causes du bonheur viennent des actions positives, que la souffrance et les causes de la souffrance viennent des actions négatives, que l'éveil s'obtient en travaillant pour le bien des êtres, que les qualités d'altruisme, etc., permettent d'établir soi-même et tous les êtres dans la libération de la souffrance. On se conforme naturellement à ces données de base très simples.

Et le travail, l'activité physique résultent naturellement de cette prise de conscience. On veut œuvrer pour le bien de tous les êtres, que faut-il faire ? Puisque l'on comprend que le bien de tous les êtres provient des actions positives, il faut que les gens puissent comprendre comment on génère ces actions positives. Pour qu'ils comprennent cela, il faut qu'il y ait un enseignement ; pour que cet enseignement soit disponible et qu'il soit efficace, il faut qu'il soit maintenu vivant, il faut qu'il y ait des gens qui pratiquent, qui continuent cette tradition, qui la mettent en application, qui la comprennent pour pouvoir la transmettre aux autres. Donc, pour cela, il faut qu'il y ait une institution, il faut qu'il y ait la sangha. Cette sangha a besoin d'un endroit pour vivre, parce qu'elle ne peut pas vivre comme cela nulle part, dans l'espace. Il faut donc une structure et cette structure, c'est un monastère. Finalement, quand on remonte la chaîne, on part du travail très terre à terre de construire une maison pour arriver à la compréhension que la finalité de tout cela, c'est le bien de tous les êtres.

Le monastère va abriter la sangha. La sangha, ce ne sont pas des gens ordinaires, ce sont des gens qui pratiquent le dharma, qui l'expérimentent et le réalisent ; donc ils portent le dharma, parce que , le dharma est immatériel. Le dharma est dans un réceptacle qui est la sangha et il est maintenu vivant par la pratique de la sangha. Si toutes ces conditions sont bien réunies, le dharma est authentique, vivant et les gens peuvent en tirer un bienfait à leur tour et le mettre en application, en obtenir les fruits, éventuellement le transmettre etc. C'est comme cela que le bienfait des êtres se fait. Si l'on remonte toute la chaîne, on arrive à la conclusion qu'il faut construire un monastère. On peut se dire aussi que ce qui est important, c'est la pratique du dharma. On va donc tous se mettre à pratiquer sans s'occuper des structures puisque : "Moi, j'ai reçu du maître l'enseignement ; je peux pratiquer et ainsi le bienfait sera fait au travers de ma pratique personnelle." C'est une vision très limitée dans le temps, parce que si chacun se préoccupe de l'instant présent et du relatif sans avoir une idée de la continuité de ce message, nous serons plein de petites étoiles partout et, un jour, nous disparaîtrons et à notre suite il n'y aura rien. L'énergie qui aura été mise dans la transmission fera du bien à une poignée de gens autour de la source de transmission et puis ce message disparaîtra avec les gens qui auront été en contact, qui auront développé leur pratique mais n'auront pas pu profiter d'une structure. Le but de la sangha est justement d'être le réceptacle et surtout le lien de transmission. Le but de la sangha, c'est de penser à très long terme. Très long terme, ce n'est pas maintenant, c'est pour les siècles à venir, pour toute la succession du temps. Il s'agit de créer des structures qui vont permettre de véhiculer cette chose immatérielle qui est la réalisation du dharma au travers du temps. La sangha est donc essentielle parce qu'elle est la pérennité de l'expérience du dharma : elle reçoit le dharma, le véhicule, le réalise, le comprend, le diffuse et elle fait en sorte que cette expérience continue. L'institution qu'est la sangha est indispensable, et pour que cette sangha puisse vivre, il lui faut un réceptacle qui est un lieu, une maison, un monastère.

Si l'on veut que le bien des êtres soit accompli, il faut que le dharma authentique et vivant soit présent. Pour que ce dharma authentique et vivant soit présent il faut une institution qui le porte, qui le véhicule et qui assure sa pérennité. Pour cela, il faut un endroit où cette sangha puisse vivre. On se rend compte finalement que c'est accomplir le bien des êtres que de construire le réceptacle qui va permettre la continuité du dharma. Les bodhisattvas font le souhait d'œuvrer pour le bien de tous les êtres, ce qui veut dire tous les êtres avec qui ils ne sont pas en contact maintenant, tous les êtres que l'on ne peut pas concevoir, toute l'infinité des êtres, donc aussi tous les êtres à venir. Il faut avoir une vision à très long terme parce qu'être simplement concerné par les gens que l'on peut voir autour de soi, c'est une vision limitée qui n'est pas la vision d'un bodhisattva. La vision d'un bodhisattva s'étend beaucoup plus loin dans le temps et a un impact beaucoup plus large.

En construisant un monastère, nous ne construisons pas notre maison, nous sommes en train de préserver le dharma pour les générations à venir. Si l'on a l'intention de construire juste une maison pour soi-même, un lieu où l'on va habiter tranquille dans cette existence, c'est aussi très restrictif, on est en train de réduire les choses à quelque chose de très temporaire. La vision d'un bodhisattva, c'est de construire une structure qui, au travers des siècles, aux travers des âges, permet la transmission et permet que tous les êtres progressivement puissent entrer en contact avec une tradition qui restera authentique, vivante parce que pratiquée dans des structures adéquates. Il est important de faire ce don, le don de la motivation complète du corps, de la parole et de l'esprit ; on n'a pas d'intérêt personnel, on n'a pas d'intérêt temporaire, on donne, on se dévoue complètement à cette cause qui est la cause de tous les êtres, et si cela implique un travail, une construction, il faut passer au travers de cela et comprendre la nécessité de ce travail. Si l'on n'a pas cette vision, celle de la nécessité d'un lieu qui assurera la transmission pour les âges à venir, si l'on n'a pas cette notion d'offrir son corps, parole, esprit dans l'optique de préserver le dharma pour qu'ultimement cela soit le bienfait de tous les êtres, on n'accomplit pas un travail de bodhisattva, on "construit des baraques" et cela, c'est un travail ordinaire. Si l'on veut vraiment combiner la voie spirituelle et une activité physique, matérielle, il faut absolument avoir la compréhension de la portée ultime de ce travail, sinon il reste ordinaire.

De même, il ne faut pas se dire : "Je vais travailler un peu et je pourrai dormir tranquille, cela sera fini." Non, cela ne se passe pas comme cela. Il faut vraiment faire des souhaits, comme les bodhisattvas, encore et encore, d'une façon continue. Quand un travail est accompli, c'est un autre à faire qui arrive derrière. Et sans fin on va œuvrer pour le bien de tous les êtres ; quoi qu'il y ait à faire, on va le faire parce que c'est cela l'activité des bodhisattvas, c'est se mettre au service des autres. Cela signifie qu'il n'y a pas de vacances, mais il n'y a pas non plus de travail, car si l'on "travaille" c'est que l'on n'est pas dans une voie de bodhisattva. Si l'on est dans l'accomplissement de ce dévouement que l'on a pris en tant que vœu initial, il n'y a pas à prendre de vacances puisque l'on est dans ce flot qu'est le travail spirituel d'un bodhisattva, et ce travail-là est infini puisqu'il dure jusqu'à ce que les êtres soient libérés ; et les êtres sont par définition innombrables.

En réponse à une question a propos de l'indissociabilité de notre propre esprit et de celui du lama.


- L'esprit du lama est dans l'esprit du disciple, seulement le disciple ne s'en rend pas compte parce qu'il n'est pas ouvert. Il n'y a pas un moment où l'esprit du lama s'est dit : "Je vais rentrer en méditation pour entrer dans l'esprit du disciple et être indissociable de son esprit" .; les choses sont comme cela depuis toujours. L'esprit est le dharmakaya, donc il n'y a jamais eu dissociation. C'est une idée, et tant que cette idée reste, on pense que le lama n'est pas entré.

Tant que l'on n'a pas cette dévotion et cette confiance, cette certitude que notre esprit est l'esprit du lama, on continue à chercher à quelle heure il va entrer !

En réponse à une question sur le doute.


- Le doute, c'est l'ignorance; tant que le doute subsiste, l'ignorance est là. Quand il n'y a plus de doute, l'ignorance disparaît, c'est la sagesse. Celle-ci a toujours été là mais a toujours été ignorée à cause du doute.

Tant que l'on n'a pas cette sagesse fondamentale qui est la compréhension de la nature de l’esprit, on a beaucoup de doutes, d’incertitude et de questions. En fait, il faut travailler à ce que, progressivement, d’une façon naturelle, les doutes se dissipent.


En réponse à une question sur la méditation de Tchenrézi.


Dans Tchenrézi, ce n’est pas une prière de souhaits, c’est un engagement ferme et définitif. On dit : " j’ai compris que la seule façon d’en sortir, c’est de prendre refuge dans l’état de Bouddha, de suivre le dharma avec l’aide de la sangha ; c’est la seule manière, je m’engage à faire cela, j’offre mon corps, ma parole , mon esprit. " Ce n'est pas une prière, on signe un contrat. Dans la deuxième partie, on dit : "Pourquoi vais-je faire cela ? Parce que tous les êtres souffrent et que je veux les libérer de la souffrance." Je m'engage donc, deuxième paragraphe du contrat, je m'engage à accomplir toutes les actions positives qui progressivement me permettront d'obtenir les capacités de libérer les êtres. Si je le fais, c'est pour libérer les êtres de la souffrance, ce n'est donc pas une prière, ce n'est pas un vœu dans le sens que j'aimerais que les choses soient comme cela ; c'est un engagement solennel.

Il y a aussi une partie qui dit : "Par mes actes de bien, tels que la générosité, etc., puisse-je rapidement accomplir le bienfait des êtres à travers l'obtention de l'éveil." On fait l'offrande aux Trois Joyaux de son corps, de sa parole, de son esprit. On peut trouver beaucoup d'explications à cela, comme faire des prosternations pour purifier les voiles du corps et ainsi purifier l'orgueil, réciter la prière de refuge pour purifier les voiles de la parole, et développer la confiance et l'esprit de l'éveil pour purifier l'esprit. Mais, en bref, que dit-on ? "Je veux aller vers l'éveil, je veux libérer tous les êtres et pour cela j'offre mon corps, ma parole, mon esprit. Faîtes-en bon usage, ce n'est plus à moi maintenant, c'est à vous ; faites-en ce que vous voulez". C'est la déclaration d'intention initiale.


Et de la même manière que l'on fait des prosternations, on doit faire des offrandes. On ne les fait pas parce que le Bouddha a faim ou soif dans son autel, mais parce qu'on a accumulé énormément d'actions négatives motivées par l'avarice, par l'avidité, etc. On a toujours voulu s'offrir à soi-même le meilleur au dépend des autres. Là, c'est l'inverse : on offre le meilleur au Bouddha avec l'intention d'être au service des autres et de purifier tout ce qui a été accumulé auparavant.

Le moyen le plus efficace pour accumuler le mérite consiste à se réjouir des activités de bien des autres. Quand on y réfléchit, toutes les activités positives accomplies par les bouddhas, les bodhisattvas, des moines, des moniales, des hommes, des femmes, par tout le monde, tout ce qui a été fait qui va dans la direction de l'éveil, on s'en réjouit, on s'associe par la joie et au travers de l'esprit à cette activité positive et on participe ainsi complètement à l'action de ces êtres. On accumule autant de mérite qu'eux. Ce sont les moyens ultimes d'accumuler le mérite. Se réjouir de la vertu des autres, se réjouir du fait qu'ils pratiquent, qu'il y ait des choses positives qui se créent ici et là est le meilleur moyen d'accumuler le mérite. Si l'on est voilé par la jalousie, parce que untel pratique mieux que nous, qu'il a plus de temps, parce qu'on n'y comprend rien alors que lui comprend tout, etc., toutes ces idées jalouses qui génèrent un malaise sont extrêmement négatives.

Autant la réjouissance à propos de l'activité positive des autres nous associe à eux et nous conduit vers l'éveil, autant le fait d'éprouver de l'amertume, de la jalousie et de la colère face à l'activité positive des autres nous coupe de l'éveil. Toutes ces émotions qui naissent sont autant d'obstacles potentiels à notre progression vers l'éveil et viendront interférer avec notre pratique. Dans la vie de tous les jours, on est sans cesse en but à cela. On voit que les gens font des pratiques et cela provoque en nous un petit pincement; on est un peu jaloux, comme on est jaloux du succès des autres : on est un peu énervé par untel qui est trop intelligent, qui comprend tout alors que soi-même on ne comprend rien, par quelqu'un qui a dit quelque chose qui n'est pas bien, qui a fait quelque chose comme ci alors qu'on doit le faire comme ça, etc. Toutes ces petites mesquineries que l'on développe sont autant d'obstacles dans notre pratique. Plutôt que de se focaliser à l’extérieur, de se dire : "Lui ne fait pas bien ci, lui a dit ça", mieux vaut chercher à l'intérieur et se dire : "S'il y a un écho douloureux en moi, c'est que quelque part il y a un défaut en moi ; si je suis énervé par les paroles d'untel, c'est que quelque part mon orgueil est blessé, c'est que mon attachement à dire que cela doit être comme ci et non pas comme ça est blessé, c'est que ma jalousie est éveillée." Finalement, que faut-il faire ? Il faut se concentrer sur cela et se dire : "II y a de l'orgueil à éliminer en moi, il y a de la jalousie, des idées fixes, un attachement très fort qu'il faut également éliminer." De la sorte, on travaille sur ses propres défauts et, finalement, ce qui est de l'extérieur a peu d'importance. Si l'on n'agit pas de la sorte, on ne peut pas diminuer ses défauts, on ne peut pas diminuer ses émotions et la situation devient très rapidement intolérable. Si l'on ne travaille pas de l'intérieur, que ce passe-t-il ? Les émotions vont rester, vont s'accroître, surtout l'orgueil. Les émotions de l'intérieur augmentant, la vision à l'extérieur étant de plus en plus précise à débusquer les défauts des autres, on commence à être dans un état de douleur permanente : on est blessé par tout ce que les gens disent, on voit de la négativité partout, on critique tout le monde et à un moment ou à un autre, cela va sortir, on va le dire, on va être motivé pour agir et pour agresser quelqu'un. Finalement on franchit le pas et on crée des conditions de grande souffrance chez les autres qui, bien évidemment, vont renvoyer l'agression par une agression. Et on entre dans un cycle infernal.

Le problème est que l'on a des yeux qui sont naturellement tournés vers l'extérieur, on voit donc les défauts des autres, mais ces yeux-là n'ont pas la capacité de se tourner vers l'intérieur et de voir ce qu'il y a en nous. Alors nous avons naturellement tendance à regarder dehors et à critiquer, juger, mesurer, etc., ce qu'il y a d'extérieur. Un proverbe tibétain dit : "On peut très facilement voir la mouche sur le nez du voisin, mais le cheval sur le sien on ne le voit pas".

On pallie cette incapacité des yeux de chair à voir l'intérieur par le développement des yeux de sagesse. La vision normale est tournée vers l'extérieur, on développe un œil de sagesse qui lui se tourne vers l'intérieur et fait de l'introspection. Quand on commence à regarder à l'intérieur, on se rend compte que ce n'est pas aussi brillant que l'on pensait et notre fierté en prend un coup. Lorsque la fierté diminue, les autres émotions qui naissent de la fierté et de l'orgueil diminuent en même temps. On se voit tel que l'on est, l'orgueil décroît, les émotions qui sont liées à l'orgueil décroissent également et une amélioration générale a lieu en nous. Cela donne forcément lieu à une amélioration avec les autres étant donné que l'on projette beaucoup moins de choses et que l'on se préoccupe un peu moins des petits défauts que l'on voyait à l'extérieur chez autrui. Une nette amélioration en nous-mêmes et de notre relation avec les autres prend place.

Il faut faire cette introspection qui nous permet de voir nos défauts, sinon on ne pourra jamais y apporter un remède. Si j'avais le visage sale, je ne pourrais pas m'en rendre compte ; tout le monde pourrait très bien voir que j'ai une grosse tâche sur le front, mais moi-même je ne la verrais pas jusqu'à ce qu'un miroir me permette de me rendre compte que mon visage est sale. L'introspection, la vision en soi-même de ce que l'on est vraiment permet de voir le visage sale et de le nettoyer, donc de faire de ce qui était un défaut une qualité.

C'est pour cela que, lorsqu'on débute le dharma, il y a une petite remise en question, voire même une grosse remise en question de soi-même. Avant, rien ne bouge, tout va bien, on ne se regarde pas, on est à peu près propre, ça sent bon, pas de problème, on ne change rien. Et d'un seul coup on se dit : "II y peut-être quelque chose à faire." Avec le dharma on commence à regarder en soi et on voit beaucoup de choses très désagréables. Forcément, on est déstabilisé. Il y a un moment dans la pratique où l'on ne va pas bien, où l'on se rend compte de ce que l'on est vraiment. C'est le moment où l'on se regarde dans le miroir et on voit que l'on est sale. Cela fait partie du chemin. C'est la prise de conscience de ce que l'on est vraiment, et c'est le moment où l'on peut vraiment faire quelque chose et commencer à travailler.

Un lama qui vous met le nez dans votre réalité à chaque instant est un bon lama. Un lama qui se bornerait à vous dire : "Vous êtes fantastique, vous êtes merveilleux, vous êtes le plus beau public que j'ai jamais vu !" ne serait pas un lama, parce qu'il conforterait l'idée que l'on est bien et nous continuerions d'ignorer toute notre négativité profonde. Un lama qui dit à chaque fois : "Là, il y a un défaut, là il y a un défaut...", ce n'est pas dans un esprit de critique, ce n'est pas dans le but de démonter les gens pour le plaisir, c'est simplement pour montrer l'endroit où il faut travailler, et même si ce n'est pas agréable, c'est le signe d'un bon enseignant.

Souvent, on a l'impression que l'on agit d'une façon altruiste, que l'on a une motivation pure, mais on se rend compte après coup gué ce n'était pas aussi altruiste que cela. Peut-on vraiment être sûr avant de sa motivation ou est-ce forcément après que l'on se rend compte que la motivation n'était pas à cent pour cent juste ?

- C'est simplement avec l'habitude, le travail et le fait de voir encore et encore que l'on peut savoir si la motivation est juste ou pas. Si l'on agit en surface, on peut se rendre compte après que la motivation n'a pas été juste. Si l'on réfléchit bien au début et qu'on se demande : "Qu'est-ce que je veux faire dans cette action ? Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose que j'essaie de garder pour moi ? Est-ce que c'est uniquement dans le but d'aider les autres que je fais cela ?" Toutes ces réflexions, si on les mène profondément avant, on a plus de chance d'avoir une motivation totalement altruiste et on est certain de sa motivation avant d'agir. Cela implique une vigilance à l'égard de tout ce que l'on peut penser, dire et faire, et de réfléchir à chaque fois sur ce qui motive les actions. C'est donc un travail de plus grande vigilance, de plus grande attention, de plus grande connaissance de soi-même et de réflexion sur ses motivations profondes.
Il s'agit, d'une façon générale, de voir s'il y a aucun espoir de retour pour soi-même dans tout ce que l'on fait. Est-ce totalement pour les autres ou n'y a-t-il pas un petit espoir caché quelque part d'avoir un bienfait pour soi? Si l'on se rend compte, en regardant très honnêtement, que c'est complètement pour les autres, qu'il n'y a aucun espoir - même si par exemple ce que l'on veut faire ne réussit pas, même si ceux que l'on va aider ne montrent pas de gratitude en retour si l'on est prêt à traverser cela sans difficulté, c'est que la motivation est totalement pure.
Sinon, il faut opérer une transformation progressive, parce que l'on part d'une attitude malveillante : on veut attirer à soi au dépend des autres. C'est la manière dont on agit à l'ordinaire. Après on commence à vouloir arrêter les motivations négatives. Le stade suivant sera de développer les activités motivées par des pensées pures, positives. Cela sera très peu au début, et puis davantage : on sera de plus en plus altruiste, il y aura de moins en moins de saisie égoïste. Mais c'est un travail que l'on peut développer avec l'habitude, avec la force de la pratique ; on part de très peu d'altruisme pour petit à petit être à cent pour cent altruiste.
Il est évident qu'au début on a surtout une motivation égoïste. Il faut la combattre petit à petit pour qu'elle diminue. La motivation altruiste est très peu développée et il faut se battre aussi, faire des efforts pour qu'elle se développe. La tendance à l'égoïsme est plus naturelle que la tendance à l'altruisme. On a plus tendance à se laisser aller à l'égoïsme qu'à développer l'altruisme ; il y a un effort supplémentaire à faire et on doit le faire d'instant en instant dans chaque action. Tout ce que l'on fait, que l'on pense, que l'on dit, il faut qu'à chaque fois cela soit précédé d'une réflexion. Pourquoi est-ce que je fais cela ? Qu'est-ce que cela va apporter ? Cela sera-t-il vraiment utile ? Qu'est-ce qui motive mon action ? Pourquoi est-ce que je dis cela ? Est-ce que cela n e va pas nuire ? Comment autrui va-t-il le percevoir ? Qu'est-ce qu'il est plus sage de dire ? Toujours avec la motivation d'aider. Est-ce que je dis ça pour moi-même ou uniquement pour aider ? La même chose avec les pensées. En fait, le travail est un travail de vigilance. Il faut être attentif à ses actions de corps, parole, esprit et, avant cela, travailler la motivation qui pousse ces activités de corps, parole esprit, en sachant qu'il y a une tendance égoïste qu'il faut arriver à diminuer et une tendance altruiste qu'il faut arriver à développer complètement. Mais c'est très progressif.
Il est important de percevoir sa motivation parce que parfois on fait des choses sans y avoir réfléchi, un peu impulsivement, avec l'idée que dans le fond on agit bien, mais c'est en fait simplement dans le but égoïste de montrer quelque chose ou de vouloir paraître, etc. Cette action un peu spontanée dans le mauvais sens du terme, pas réfléchie,on s'aperçoit qu'elle fait du dégât parce que l'on a dit quelque chose, on a fait quelque chose qui n'a pas été réfléchi, qui n'a pas été pesé, qui n'a pas été mesuré.

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