Dissidence

L'hypocrisie et l'absurdité sont probablement les deux mots qui définissent le mieux notre société. Ne parlons pas de sujets qui fâchent (affaire Elf, détournement de fonds public divers et varié, corruption, etc.), n'évoquons pas non plus les nombreuses gabegies de la République (porte-avions nucléaires, Superphénix, usines d'incinération inutile, etc.) mais parlons simplement de ceux qui sont convaincus de faire un travail "utile". Grâce aux subsides des conseils généraux, ces formateurs patentés qui "re-formatent" ces pauvres citoyens qui ont eu le malheur de perdre leur emploi abrutissant dans une usine. Convaincu de faire le bon Samaritain, par zèle et par pression de leur hiérarchie, ces assistants sociales qui ennuient ces citoyens "exclus" pour qu'ils se "ré-insérent" dans notre bonne société de con-sommation. Convaincu de contribuer au dynamisme de notre économie et sa sacro-sainte croissance, ces banquiers, ces responsables de fonds de placement et ces "raiders" qui investissent dans des entreprises qui produisent des objets ou des services à l'utilité incertaine alors que plus d'un milliard d'être humain n'ont pas accès à l'eau potable. Plein d'énergie, de fébrilité et d'inventivité ; ces directeurs produit, ces directeurs de marketing, ces publicitaires et ces hommes de "communication" qui lancent de nouveaux produits super innovants -- rasoirs triple-lames, couches super-absorbantes, boissons gazeuses, desserts lactées, barres chocolatées, etc. -- qui pourrissent notre santé et notre environnement. Notre devoir, contribuer à produire et à consommer toujours plus pour entretenir un système afin qu'il évite de s'écrouler ? Non merci !!

Pour l'instant, l'orthodoxie dominante, la pensée unique, le néo-libéralisme bref le capitalisme semble incontournable pour la majorité des citoyens. Comme chacun sait, rien n'est éternel. La baisse de la sacro-sainte croissance, la bulle financière, présage un futur de tous les dangers pour le capitalisme! La meilleure chose qui puisse arriver à l'histoire de l'humanité, c'est une crise financière planétaire.

Peut-on être social libéral ? S'interroge un journaliste du journal Le Monde du 01-02-01. Les socialistes sont les maîtres dans l'art du double langage. Ils ont réussi à neutraliser les communistes il y a vingt cinq ans et ont lancé une OPA sur les Verts en 1993. Les socialistes sont les meilleurs chiens de garde du capitalisme. Non ! Le capitalisme et ses deux piliers fondateurs que sont l'économie politique et la religion de la technoscience sont inconciliables avec l'écologie. Ecologie politique et économie politique sont deux paradigmes distincts. Le capitalisme se nourrit de toujours plus de consommation de produits toujours plus éphémères pour des citoyens toujours plus isolés les uns des autres. Non ! l'avenir n'est pas dans le social libéralisme. Le futur ressemblera à une gestion citoyenne des besoins de base que sont le logement (distribution d'eau et d'énergie), la nourriture, la santé, l'éducation. Cette gestion citoyenne sera basée sur une démocratie représentative avec assurément beaucoup plus de contrôle citoyen. Un mixte de marxisme et d'écologie (produire moins, produire mieux et produire plus durable) avec des processus de démocratie plus directe. À côté de cette économie citoyenne, il existera une économie de jeu pour les besoins non essentiels. Le 01-01-02, la France a perdu son pouvoir de battre monnaie qu'elle avait déjà délégué aux banques privées depuis fort longtemps (voir à ce sujet les écrits de Jacques Duboin). Ce seront désormais les grands gourous technocrates de Bruxelles et de l'OCDE ainsi que les dirigeants des grandes banques européennes tous membres de la secte économiste -- essentiellement l'école de Chicago de M. Friedmann et F. von Hayek -- qui décideront de la masse monétaire en circulation et du taux de crédit. Le gouvernement français qui est déjà aux ordres des transnationales et des grandes banques (fonds de pension et autres banques d'affaires) ne sera plus qu'un exécutif dans tous les sens du terme. Non ! Monsieur Jospin nous ne voulons pas d'un capitalisme bien emballé dans de belles formules. Le capitalisme aurait dû mourir après sa crise cardiaque des années 30, heureusement, si on peut dire, la seconde guerre mondiale l'a sauvé pour quelques temps. Mais cette fois-ci, le capitalisme nous montre son bouquet final dans l'absurdité que sont les investissements dans les biotechnologies et autres technologies qui ne sont qu'expédients. Non ! Il n'y aura pas un nouveau cycle de Kondratieff. La capacité de créer les crédits nécessaires aux activités bénéfiques au genre humain ainsi qu'à la nature, bref la capacité de battre monnaie doit revenir au pouvoir démocratiquement élu. La monnaie marchandise à disparu le 5 août 1914, soit trois jours après la déclaration de la Grande guerre. Le gouvernement français de l'époque avait décrété le moratoire des dépôts et le "cours forcé" des billets de banques. Ce fut la plus grande révolution monétaire de tous les temps. Les spécialistes de l'époque ne pensaient pas que la guerre allait durer plus de quelques mois faute de crédit. Les nations belligérantes suivirent l'exemple français. Après cette date, ils ont trouvé les crédits nécessaires à la grande boucherie pour faire couler le sang qui a signé l'arrêt de mort des grands empires européens. La création de la confiance dans l'échange est le droit régalien du pouvoir. Il ne s'agit pas, bien entendu, de revenir à la monnaie marchandise or. Dans le sud de la France certains SELs impriment des papiers ayant capacité libératoire. Les systèmes d'échanges locaux sont bel et bien l'expression d'une réappropriation de la capacité de battre monnaie sur un territoire par les citoyens. Les grands rassemblements de Seattle, Millau, Prague, Nice, Göteborg et Gênes sont les signes d'une civilisation qui est en train de mourir. Les néo-ruraux, les eco-villages, les SELs, les médecines alternatives, l'agriculture biologique, l'influence croissante de certaines traditions orientales comme le bouddhisme et les rassemblements de Porto Alegre sont les prémices d'une civilisation naissante.

Depuis 1992, je refuse de m'insérer dans une société qui enrichit les riches, qui appauvri les pauvres et qui détruit notre mère à tous : la terre. J'ai choisi de consommer peu et de ne pas m'impliquer dans aucun des processus de production du capitalisme. Je suis un résistant, un dissident à la guerre économique. Je ne me fais aucune illusion quant à la motivation des politiques en place et je suis parfaitement conscient que les miettes que veulent bien accorder les dirigeants de la démocratie bourgeoise aux réfractaires de mon acabit sont pour éviter l'explosion sociale.

Voilà pourquoi mon utilité sociale ne peut être que pédagogique et politique.

Voici mon histoire d'homme public.

Scandalisé par l'attitude conciliante de nos dirigeants vis-à-vis de l'oligarchie chinoise, je militais pour la cause tibétaine depuis 1990. Après un long voyage en Asie et au Canada en 1995, je m'installais avec ma compagne près de la place d'Aligre. Je commençais à côtoyer les militants d'associations de chômeurs (AC ! et autres) qui se trouvaient à la maison des ensembles (squat associatif de la rue d'Aligre ; Paris 12). Mais c'est en mai 1997 lorsque je me suis présenté aux élections législatives dans la onzième circonscription de Paris (Paris 14) au sein du Mouvement Ecologiste Indépendant dirigé par Antoine Waechter que j'ai vraiment pris goût à la politique. Les législatives sont les élections qui devraient déterminer, avant tout, le projet et la vision de la vie en société sur un territoire donné. Mon score très modeste (234 suffrages ; soit 0,7 % des suffrages exprimés), me fit comprendre la dure réalité de la politique. Mes excuses pour un aussi mauvais score : 18 autres candidats dont quatre ou cinq se réclamant de l'écologie et mes faibles moyens financiers. Les "gros" candidats (PS, PC, RPR, FN) avaient les moyens de dépenser autant qu'ils avaient le droit (250 KF + 1 F par électeurs inscrits ; soit à peu près 300 KF). À part les professions de foi, les bulletins de vote ainsi que les affiches qui étaient payé par mon parti, je me suis payé 6000 tracts (1200 F) que j'ai bien eu du mal à écouler en quinze jours de campagne officielle. La circonscription a été gagnée de justesse par l'ancienne députée : Nicole Catala. Anecdote: P. Castagnou le candidat socialiste était venu me voir lors d'une distribution de tracts sur un marché pour me demander de lui faire un papier comme quoi je préférerais, pour le deuxième tour, "donner" mes voix à un candidat PS plutôt qu'à la candidate RPR. Malgré les consignes du ni droite ni gauche de notre chef et même si pour moi PS ou RPR c'est blanc bonnet ou bonnet blanc, je décidais de lui faire son papier parce qu'il m'accordait, par son geste, une certaine reconnaissance. Malheureusement, pour lui, il perdit quand même de 322 voix (18553/18231). Comme quoi, chaque suffrage compte ! Cette circonscription est depuis le 16-06-02 un "fief" vert (Yves Cochet - 18666/17345 - Dominique Versini UMP-RPR). Faisons le souhait que Yves Cochet et Martine Billard (Paris 1ère) soit des bons porte paroles de notre projet de société à l'A.N.

Je partis ensuite au Canada puis en Asie pour une longue période. De retour à Paris en mai 1998, j'entamais la rédaction de mon premier livre qui devait sortir un an plus tard. À l'assemblée générale du MEI en décembre 1998, Antoine qui avait perdu la direction du mouvement à la dernière AG d'octobre 1997 réussit à s'imposer, non sans mal, comme tête de liste pour les européennes de juin 1999. Je fis une intervention pour dire que ce serait une erreur de se présenter aux élections européennes et pour annoncer mon intention de me présenter à la direction du mouvement l'année suivante. Dès janvier 1999, un complot à la fois interne et externe au MEI porta un coup fatal à la campagne d'A. Waechter. La presse "l'accusa" d'être proche des thèses de la "nouvelle droite". Les luttes d'appareils sont souvent sans foi ni loi! La presse, largement inféodé à la gauche plurielle, en profita pour descendre Antoine. Résultat : Cohn-Bendit fit 9% et Waechter 1,5 %. Ce fut donc une erreur, pour des raisons que j'étais loin d'imaginer, de se présenter aux élections européennes. Comme promis, je me présentais à la présidence du MEI en novembre 1999. Antoine qui n'était plus président depuis deux ans était, bien évidemment, donné favori. Un troisième candidat, Patrice Miran, fis un score honorable. Le mien fut plus modeste. Antoine gagna dès le premier tour. La cotisation du MEI est annuelle et calendaire. Le 1ère janvier 2000 je me sentais libre de toutes obligations envers le MEI. Considérant que j'avais un message suffisamment intéressant à partager avec mes concitoyens, je décidais le 2 janvier d'annoncer la création d'un comité de soutien à ma candidature pour les élections présidentielles de 2002 en envoyant un e-mail à 1700 personnes (journalistes, militants et associatifs). Le premier pas été fait ! Maintenant, il fallait assumer. Quelques jours après, un certain Pasqua annonça son intention de se présenter aux prochaines élections présidentielles. Ils se targua d'être le premier candidat déclaré. Malgré mes fax et mes coups de fil à l'A.F.P., rien ni fit. Je fus, évidemment, complètement ignoré par la presse. Il fallut attendre le 2 juillet 2000 pour avoir, dans Midi libre, un premier article faisant état de ma candidature. Lors du procès de José Bové à Millau, j'avais distribué 3500 tracts et vendu 120 livres.

Fin juillet 2001 après quelques articles et interviews dans des revues de tirage modeste, plusieurs mailings par courrier et par courriel, j'étais devenu "le chef" "d'un parti" d'une centaine de personnes avec des correspondants dans trente départements.

Cette pré-campagne aux élections présidentielles 2002 fut une expérience très enrichissante. Je rencontrais énormément de gens et j'obtins plusieurs articles (journaux et mensuels) ainsi que quelques passages TV dont 2 minutes dans le spécial présidentiel du "Vrai journal" sur Canal+.

J'ai déclaré à un journaliste du mensuel Technikart (mars 2002) page 106 que j'étais en campagne pour les trente prochaines années! C'est, en effet, un minimum! Si vous voulez avoir une petite chance de devenir président de la RF afin de contribuer à modifier "les règles du jeu" dans le sens que vous croyez nécessaire à l'amélioration des conditions d'existence de vos concitoyens, il faut le vouloir longtemps et avec beaucoup d'énergie. Je préfère annoncer la couleur dès le début. Cela a au moins le mérite d'être clair et sans ambiguïté. Pas de manipulation, pas de récupération. Je dis ce que je vais faire et je vais essayer de faire ce que je dis. En tout cas, parmi les objectifs que je me suis fixés dans cette vie, il en a un que j'aimerais pouvoir réaliser : être candidat, au moins une fois, aux élections présidentielles. Pourquoi ? Pour faire passer un message d'amour, de tolérance, de non-violence, de respect de la nature, de solidarité et de vérité, pour exposer un projet de société qui me semble juste, pour expliquer comment l'utopie d'aujourd'hui se transforme en la réalité de demain et pour dire à tous les Français qu'il suffit de rêver ensemble le monde que nous souhaitons pour qu'il devienne réalité. Je dénoncerais l'hypocrisie de la société marchande, la corruption, l'absurdité de la société de consommation, l'erreur fondamentale du matérialisme scientiste. Et finalement, si je réussi à faire passer ce message, il m'importe peu de devenir président. Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer.

Je fais le souhait que la France devienne l'exemple d'une véritable démocratie non violente gérée par les citoyens pour les citoyens avec un président entouré d'hommes de sagesse.

Une militante indienne antimondialisation dans un reportage sur Arte le 16-11-01 a dit : " la guerre civile mondiale a commencé ". Depuis la manifestation du 30-11-1999 à Seattle et la décapitation du World Trade Center à NY le 11-09-01, on peut maintenant raisonnablement envisager la mort prochaine d'un système inique, stupide, absurde et violent : le capitalisme. Je suis persuadé que le capitalisme va s'écrouler d'ici 2012. L'évolution - une révolution non violente - doit se mener sur plusieurs fronts.
Le premier front : les manifestations. Et en particulier les manifestations antimondialisation lors des rassemblements des grandes institutions capitalistes (G8, OMC, FMI...).
Le deuxième front : l'action directe sur le terrain. À l'exemple de la confédération paysanne dans son arrachage de plantations d'OGMs ou de destruction de Mac Donald d'autres actions de ce type vont s'imaginer et se mettre en place.
Le troisième front : les médias. Tous les médias ne sont pas vendus au grand capital et tous les journalistes ne sont pas les laudateurs de la pensée unique. Merci aux journalistes de donner la parole aux personnes qui défendent un projet de société différent.
Et finalement le quatrième front : le terrain politique. Ce front ne peut-être que national. Les anticapitalistes français devraient essayer de travailler de façon coordonnée afin de trouver des représentants dans chacune des 577 circonscriptions pour les prochaines élections législatives de mars 2007.

Jaurès doit se retourner dans sa tombe quand il entend les discours de Fabius, de Strauss-Kahn ou de Jospin. Le discours tenu au début des années 70 par Mitterrand pouvait laisser croire à sa conversion au socialisme. En tout cas, depuis 83, et plus particulièrement depuis le 17 juillet 84 avec l'arrivée de Fabius comme premier ministre, les socialistes sont devenus les meilleurs défenseurs du capitalisme. Ils tiennent un discours démagogique et ils font une politique de droite. Leur dernière invention " la gauche plurielle" a encore fait illusion de 1997 à mai 2002. Et bien que je déplore, bien évidemment, le retour de la droite, je suis content que l'on soit débarrassé de ces hypocrites de socialistes. La gauche plurielle n'était qu'une expression habile pour faire passer la pilule! En clair, la droite ou la gauche plus rien, c'est bonnet blanc ou blanc bonnet. Les dirigeants du parti "les Verts" sont devenus la cinquième roue du vieux carrosse PS et cela fait longtemps que les dirigeants du PC se sont vendus au PS pour quelques places dans une majorité soit disant plurielle. L'extrême gauche n'a pas de projet crédible, bien qu'ils soient les seuls avec les écologistes à critiquer radicalement le capitalisme. Les écologistes "Verts" crois qu'ils réussiront à faire entendre raison aux sociaux-démocrates. Franchement, je ne crois pas que cela soit possible. Faisons le souhait que les écologistes réussissent à s'entendre pour préparer les prochaines élections législatives.

Il existe un cinquième pôle (les quatre autres: ext. droite, droite, gauche, ext. gauche) pour une sortie intelligente de l'absurdité du capitalisme, travaillons ensemble pour l'établissement dans la durée de ce projet de société qui est le véritable avenir de l'humanité : le projet écologiste.

Plus que jamais, chacun de nous est conscient de la nécessité du travail politique, pour faire face à la folie destructrice de l'ordre mondial néo-libéral.

Aujourd'hui, le monde est dirigé par des systèmes complexes où les puissances financières et mafieuses, inextricablement mêlées, jouent le premier rôle en manipulant hommes politiques et média et en conduisant des politiques de destruction des peuples et de la planète pour satisfaire l'obsession de profit d'une minorité. Nous vivons dans une "douce dictature" ou les gangsters, les industriels, les banquiers, les énarques... manipulent l'information, créent des guerres économiques ou militaires pour maintenir la peur et la pression psychologique afin d'obtenir plus de docilité des peuples.

Les écologistes n'ont pas pour ambition de proposer aux électeurs un modèle unique et figé de société idéale. Notre programme politique, ce sont des propositions concrètes et c'est aussi : faites-le vous-même. C'est ça la démocratie participative ! Chacun est invité, s'il le souhaite, à apporter sa pierre à la construction d'un avenir meilleur. Vous, nous, électeurs démoralisés de la vie politique, abstentionnistes, non-inscrits, rêveurs du futur, citoyens créatifs, apprenons à travailler les uns avec les autres pour construire le monde dont nous rêvons pour nos enfants.

Nous sommes chaque jour plus nombreux à savoir que seules la force de la vérité, la tolérance, la non-violence et la compassion peuvent aider l'humanité à sortir de l'emprise des systèmes de contrôle fondés sur l'avidité et la peur. Construisons, ensemble, un monde où chacun puisse choisir sa façon de vivre et sa souveraineté.

La France peut créer un nouveau modèle de démocratie qui serait un exemple pour les autres nations européennes.

Marc JUTIER