(3.1) Une fois, le Bienheureux séjournait à Savatthi. En ce temps-là,
Vedehiputta Ajatasattu, roi du pays Magadha, ayant déployé une
armée de quatre divisions s'avança jusqu'à Kasi, contre
Pasenadi Kosala, roi du pays Kosala. Le roi Pasenadi Kosala apprit l'expédition
militaire du roi Vedehiputta Ajatasattu et déploya lui aussi une armée
de quatre divisions, puis il s'avança jusqu'à Kasi pour faire
face à l'armée du roi Vedehiputta Ajatasattu. Ainsi ces deux souverains
se firent la guerre. De la bataille le roi Vedehiputta Ajatasattu sortit vainqueur
du roi Pasenadi Kosala. Celui-ci alors, étant vaincu, fit retraite jusqu'à
Savatthi, sa propre capitale.
(3.2) Ce jour-là, de nombreux disciples, s'étant habillés
de bon matin, prirent leur bol à aumône et leur manteau, entrèrent
dans la ville de Savatthi pour recevoir leur nourriture. Puis, ayant fini leur
tournée d'aumône, après avoir terminé leur repas,
ils s'approchèrent du Bienheureux. S'étant approchés, ils
rendirent hommage au Bienheureux et s'assirent à l'écart sur un
côté.
(3.3) Ensuite, ils l'informèrent: "Le roi Ajatasattu de Magadha,
ô Bienheureux, a déployé son armée de quatre divisions
et s'est avancé jusqu'à Kasi contre le roi Pasenadi Kosala. Le
roi Pasenadi Kosala ayant appris l'expédition militaire du roi Vedehiputta
Ajatasattu, déploya lui aussi son armée de quatre divisions, s'avança
jusqu'à Kasi pour faire face à l'armée du roi Vedehiputta
Ajatasattu (...)"
(3.4) Le Bienheureux dit: "O moines, Vedehiputta Ajatasattu est un ami
non vertueux, il est un compagnon non vertueux, il est un allié non vertueux.
Cependant, ô moines, Pasenadi Kosala, roi de Kosala, est un ami vertueux,
il est un compagnon vertueux) il est un allié vertueux. Pour le moment,
ce roi Pasenadi Kosala passe cette nuit-ci dans la misère en éprouvant
sa défaite."
(3.5) Ensuite le Bienheureux s'exprima ainsi: "La conquête engendre
la haine, le vaincu demeure dans la misère. Celui qui se tient paisible,
ayant abandonné toute idée de victoire ou de défaite se
maintient heureux."
(3.6) (Quelque temps après, encore une fois) Vedehiputta Ajatasattu,
roi de Magadha, ayant déployé son armée de quatre divisions,
s'avança jusqu'à Kasi contre Pasenadi Kosala, roi de Kosala. Le
roi Pasenadi Kosala ayant appris l'expédition militaire du roi Vedehiputta
Ajatasattu et déploya lui aussi son armée de quatre divisions
s'avança jusqu'à Kasi pour faire face à l'armée
du roi Vedehiputta Ajatasattu. Ainsi, ces deux souverains se firent guerre.
(3.7) Dans cette bataille, le roi Pasenadi Kosala sortit vainqueur du roi Vedehiputta
Ajatasattu et réussit à le prendre vivant. Le roi Pasenadi Kosala
se dit: "Bien que je ne sois pas hostile à ce roi, lui est hostile
à mon égard. Et, en tout cas, il est mon neveu. Il faut que je
confisque seulement son armée: la division des éléphants,
celle des chevaux, celle des chars de guerre et celle des soldats d'infanterie.
Quant à Vedehiputta Ajatasattu, je ne le tue pas, mais je le laisse en
liberté." Ainsi, le roi Pasenadi Kosala confisqua l'armée
de Vedehiputta Ajatasattu et le laissa, lui, en liberté.
(3.8) Ce jour-là, de nombreux disciples, s'étant habillés
de bon matin, prirent leur bol à aumône et leur manteau, entrèrent
dans la ville de Savatthi pour recueillir l'aumône. Puis, ayant fini leur
tournée d'aumône, après avoir terminé leur repas,
ils s'approchèrent du Bienheureux. S'étant approchés, ils
rendit hommage au Bienheureux et s'assirent à l'écart sur un côté.
(3.9) Ensuite, ils l'informèrent: "Le roi Ajatasattu de Magadha,
ô Bienheureux, a déployé son armée de quatre divisions
et s'est avancé jusqu'à Kasi contre le roi Pasenadi Kosala. Le
roi Pasenadi Kosala ayant appris l'expédition militaire du roi Vedehiputta
Ajatasattu déploya lui aussi son armée de quatre divisions s'avança
jusqu'à Kasi pour faire face à l'armée du roi Vedehiputta
Ajatasattu (...)" Ainsi, le roi Pasenadi Kosala confisqua l'armée
de Vedehiputta Ajatasattu et le laissa, lui, en liberté.
(3.10) A ce moment-là, ayant entendu tout cela, sachant les faits, le
Bienheureux s'exprima ainsi: Un homme ruine un autre homme jusqu'à ce
que son acte serve à sa propre ruine. Or, lorsqu'il est ruiné
par les autres, même s'étant ruiné, il en ruine un autre.
Jusqu'à ce que son acte soit mûr, l'imbécile imagine: voici
mon tour venu. Cependant, au moment où l'acte est mûr, cet idiot
ne sort pas des souffrances.
(3.11) Un meurtrier retrouve son futur meurtrier, un vainqueur retrouve son
futur vainqueur, un offenseur retrouve son futur offenseur, un malfaiteur retrouve
son futur malfaiteur, ainsi, selon la maturité de l'acte commis, même
s'étant ruiné, il en ruine un autre."