(23.1) Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait au monastère
fondé par Anfithapindika au parc Jeta, près de la ville de Savatthi.
En ce temps-là, quelques disciples, s'étant habillés de
bon matin, prirent leur bol à aumône et leur manteau, et entrèrent
dans la ville de Savatthi pour recevoir la nourriture.
(23.2) L'idée suivante vint à ces disciples: "Il est trop
tôt pour aller recueillir l'aumône. Si nous nous approchions du
bois où se trouvent les Paribbajakas, adeptes d'autres sectes."
Les disciples s'approchèrent donc du bois où se trouvaient les
Paribbajakas, adeptes d'autres sectes. S'étant approchés, ils
échangèrent avec eux des compliments de politesse et des paroles
de courtoisie, et ensuite s'assirent à l'écart sur un côté.
(23.3) Les Paribbajakas, adeptes d'autres sectes, dirent alors aux disciples:
"Le religieux Gotama, ô amis, énonce la compréhension
claire des plaisirs des sens. Nous aussi, nous énonçons la compréhension
claire des plaisirs des sens. Le religieux Gotama, ô amis, énonce
la compréhension claire des formes matérielles. Nous aussi, nous
énonçons la compréhension claire des formes matérielles.
Le religieux Gotama, ô amis, énonce la compréhension claire
des sensations. Nous aussi, nous énonçons la compréhension
claire des sensations. Ainsi, ô amis, où est la divergence, où
est le désaccord, où est la différence entre nous et le
religieux Gotama, en ce qui concerne notre doctrine et notre enseignement par
rapport à la doctrine et à l'enseignement du religieux Gotama
?"
(23.4) Les disciples n'approuvèrent ni rejetèrent les paroles
des Paribbajakas, adeptes d'autres sectes. S'étant levés de leurs
sièges, les disciples partirent sans approuver ni rejeter, mais en pensant:
"Nous comprendrons le sens des paroles des Paribbajakas auprès du
Bienheureux."
(23.5) Puis, étant allés pour recevoir la nourriture et étant
revenus de leur tournée, après avoir fini leur repas, ces disciples
s'approchèrent du Bienheureux. S'étant approchés, ils rendirent
hommage au Bienheureux, puis s'assirent à l'écart sur un côté.
(23.6) S'étant assis à l'écart sur un côté,
ils informèrent le Bienheureux: Ce matin, ô Bienheureux, nous étant
habillés, prenant nos bols à aumône et nos manteaux, nous
sommes entrés à Savatthi pour recevoir la nourriture. L'idée
suivante, alors, nous est venue: "Il est trop tôt pour aller recevoir
la nourriture. Si nous nous approchions du bois où se trouvent des Paribbajakas,
adeptes d'autres sectes." Ensuite, nous étant approchés du
bois, nous avons échangé avec les Paribbajakas des compliments
de politesse et des paroles de courtoisie, et nous nous sommes assis à
l'écart sur un côté.
(23.7) Les Paribbajakas nous parlèrent alors ainsi: "Le religieux
Gotama, ô amis, énonce la compréhension claire des plaisirs
des sens. Nous aussi, nous énonçons la compréhension claire
des plaisirs des sens (...) Ainsi, ô amis, où est la divergence,
où est le désaccord, où est la différence entre
nous et le religieux Gotama, c'est-à-dire en ce qui concerne notre doctrine
et notre méthode d'enseignement par rapport à la doctrine et à
la méthode d'enseignement du religieux Gotama ?"
(23.8) Alors, nous n'avons approuvé ni rejeté les paroles des
Paribbajakas. Nous étant levés de nos sièges, nous partîmes
sans approuver ni rejeter, mais en pensant: "Nous comprendrons le sens
des paroles des Paribbajakas auprès du Bienheureux."
(23.9) Le Bienheureux alors s'adressa à ces disciples et dit: O moines,
les Paribbajakas, adeptes d'autres sectes, qui parlent ainsi doivent être
interrogés de façon suivante: "Cependant, quelle est, ô
amis, la jouissance des plaisirs des sens? Quels sont leurs désavantages?
Quelle est l'évasion hors des plaisirs des sens? Quelle est la jouissance
des formes matérielles? Quels sont leurs désavantages? Quelle
est l'évasion hors des formes matérielles? Quelle est la jouissance
des sensations? Quels sont leurs désavantages? Quelle est l'évasion
hors des sensations?"
(23.10) O moines, lorsque les Paribbajakas, adeptes d'autres sectes, seront
interrogés ainsi, ils ne seront pas capables de répondre, et de
plus ils tomberont dans des difficultés supplémentaires. Pourquoi
? La raison en est que ce sujet est en dehors de leur compétence. Moi,
ô moines, je ne vois personne dans le monde avec ses dieux, ses Mara(s)
et ses Brahma(s), ses troupes de religieux et de prêtres, ses êtres
célestes et humains, qui soit capable de répondre à ces
questions, sauf un Tathagata, ou un disciple du Tathagata, ou bien quelqu'un
qui a appris auprès des disciples du Tathagata.
(23.11) Quelle est, ô moines, la jouissance des plaisirs des sens? Il
y a cinq sortes de plaisirs des sens. Quelles sont ces cinq sortes: les formes
connaissables par la conscience visuelle, désirées, aimées,
plaisantes, charmantes et pourvues de séduction. Les sons connaissables
par la conscience auditive, désirés, aimés, plaisants,
charmants et pourvus de séduction. Les odeurs connaissables par la conscience
olfactive, désirées, aimées, plaisantes, charmantes et
pourvues de séduction. Les saveurs connaissables par la conscience gustative,
désirées, aimées, plaisantes, charmantes et pourvues de
séduction. Les choses tangibles connaissables par la conscience tactile,
désirées, aimées, plaisantes, charmantes et pourvues de
séduction. Tels sont, ô moines, les plaisirs des sens.
(23.12) La jouissance des plaisirs des sens, c'est, ô moines, le bonheur
et le plaisir qui se produisent en conséquence de ces cinq sortes de
plaisirs des sens.
(23.13) Quels sont, ô moines, les désavantages des plaisirs des
sens ? Supposons, ô moines, qu'un fils de famille gagne sa vie par un
métier tel que le calcul ou la comptabilité ou l'estimation, ou
par un métier agricole ou bien au service des rois, ou par une autre
profession. Supposons qu'il soit affligé par le froid, affligé
par la chaleur, ou bien qu'il souffre de piqûres de taon, ou de piqûres
de moustique, ou bien qu'il souffre à cause du vent, à cause du
soleil, à cause des serpents venimeux, ou bien qu'il meure de faim ou
de soif.
(23.14) Voilà, ô moines, le désavantage des plaisirs des
sens qui est devenu réalité ici même. C'est un monceau de
souffrances, qui a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens pour
origine, qui est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable
cause, ce sont les plaisirs des sens.
(23.15) O moines, si, malgré son courage dans son métier, malgré
sa force et ses efforts, ce fils de famille n'acquiert pas de biens, alors il
s'attriste, se lamente, se frappant la poitrine et gémissant, il tombe
dans la désillusion et pense: "J'ai employé ma force en vain.
Mon effort est sans fruit."
(23.16) Cela aussi, ô moines, est un désavantage des plaisirs des
sens qui est devenu réalité ici même, et c'est un monceau
de souffrances qui a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens
pour origine, qui est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable
cause, ce sont les plaisirs des sens.
(23.17) O moines, supposons que ce fils de famille, s'encourageant lui-même,
faisant des efforts, acquière en conséquence des biens. Dès
lors, il éprouve une souffrance et une douleur, à cause de sa
préoccupation pour protéger ses possessions, et il pense: "Que
ni les rois ni les voleurs n'enlèvent mes possessions. Que ni le feu
ni l'eau ne détruisent mes possessions. Que les autres héritiers
que je n'aime pas ne m'enlèvent pas mes possessions."
(23.18) Bien qu'il s'occupe de protéger ses possessions et de les garder,
les rois ou les voleurs s'en emparent, ou bien elles sont détruites par
le feu ou par l'eau, ou bien les héritiers qu'il n'aime pas les prennent.
Alors, le fils de famille s'attriste, se lamente, se frappant la poitrine et
gémissant, il tombe dans la désillusion, et pense: "Je n'ai
plus ce qui m'appartenait."
(23.19) Cela aussi, ô moines, est un désavantage des plaisirs des
sens qui est devenu réalité ici même, et c'est un monceau
de souffrances qui a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens
pour origine, qui est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable
cause, ce sont les plaisirs des sens.
(23.20) Et encore, ô moines, lorsque les plaisirs des sens sont la cause,
lorsque les plaisirs des sens sont l'origine, lorsque les plaisirs des sens
sont la raison, lorsque les plaisirs des sens sont la véritable cause,
les rois se disputent avec des rois, les notables se disputent avec des notables;
les brahmanes se disputent avec des brahmanes; les maîtres de maison se
disputent avec des maîtres de maison; une mère se dispute avec
son fils; un fils se dispute avec sa mère; un père se dispute
avec son fils; un fils se dispute avec son père; un frère se dispute
avec son frère; un frère se dispute avec sa soeur; une soeur se
dispute avec son frère; un ami se dispute avec son ami.
(23.21) Ceux qui entrent dans la querelle, dans la contestation, se battent
et s'attaquent l'un l'autre à mains nues, avec des pierres, avec des
bâtons et avec des armes, ils meurent en souffrant ou bien ils éprouvent
une douleur mortelle. Cela aussi, ô moines, est un désavantage
des plaisirs des sens qui est devenu réalité ici même, et
c'est un monceau de souffrances qui a les plaisirs des sens pour cause, les
plaisirs des sens pour origine, qui est une conséquence des plaisirs
des sens. La véritable cause, ce sont les plaisirs des sens.
(23.22) Et encore, ô moines, lorsque les plaisirs des sens sont la cause,
lorsque les plaisirs des sens sont l'origine, lorsque les plaisirs des sens
sont la raison, lorsque les plaisirs des sens sont la véritable cause,
ayant pris des épées et des boucliers, portant des arcs et des
carquois, les deux parties se rassemblent pour combattre, et des flèches
volent, des couteaux volent, des épées flamboient. Ici, il y en
a qui blessent avec des flèches et blessent avec des couteaux, qui décapitent
avec des épées. Là il y en a qui souffrent en mourant,
ou bien qui éprouvent une douleur mortelle.
(23.23) Cela aussi, ô moines, est un désavantage des plaisirs des
sens qui est devenu réalité ici même, et c'est un monceau
de souffrances qui a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens
pour origine, qui est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable
cause, ce sont les plaisirs des sens.
(23.24) Et encore, ô moines, lorsque les plaisirs des sens sont la cause,
lorsque les plaisirs des sens sont l'origine, lorsque les plaisirs des sens
sont la raison, lorsque les plaisirs des sens sont la véritable cause,
ayant pris des épées et des boucliers, portant des arcs et des
carquois, ils sautent sur les remparts brillants, et des flèches volent,
des couteaux volent, des épées flamboient. Ici, il y en a qui
blessent avec des flèches, avec des couteaux et qui versent des bouses
brûlantes, qui écrasent avec une grande force et qui décapitent
avec des épées. Là, il y en a qui souffrent en mourant
ou bien éprouvent une douleur mortelle.
(23.25) Cela aussi, ô moines, est un désavantage des plaisirs des
sens qui est devenu réalité ici même, et c'est un monceau
de souffrances qui a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens
pour origine, qui est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable
cause, ce sont les plaisirs des sens.
(23.26) Et encore, ô moines, lorsque les plaisirs des sens sont la cause,
lorsque les plaisirs des sens sont l'origine, lorsque les plaisirs des sens
sont la raison, lorsque les plaisirs des sens sont la véritable cause,
certains cambriolent une maison et la dévalisent, et se comportent comme
des voleurs, tendent des embuscades et prennent les femmes des autres.
(23.27) Les rois, alors, s'emparent de tels individus et les punissent. Ils
les battent avec des fouets, avec des bâtons, avec des verges. Ils leur
coupent les mains, les pieds, les mains et les pieds, les oreilles, le nez,
les oreilles et le nez.
(23.28) Ils leur infligent la punition appelée bilangathalika, la punition
sankhamundita, la punition appelée rahumukha, la punition appelée
jotimalika, la punition appelée hatthapa jjotika, la punition appelée
erahavattika, la punition appelée cirahavasika, la punition appelée
eneyyaha, la punition appelée balisamamsika, la punition appelée
kahapanaka, la punition appelée kharapatacchika, la punition appelée
palighaparivattika et la punition appelée palalapithaha.
(23.29) Ils versent de l'huile bouillante sur eux. Ils les font mordre par des
chiens. Ils les empalent. Ils les décapitent avec des épées.
(23.30) Cela aussi, ô moines, est un désavantage des plaisirs des
sens qui est devenu réalité ici même, et c'est un monceau
de souffrances qui a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens
pour origine, qui est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable
cause, ce sont les plaisirs des sens.
(23.31) Et encore, ô moines, lorsque les plaisirs des sens sont la cause,
lorsque les plaisirs des sens sont l'origine, lorsque les plaisirs des sens
sont la raison, lorsque les plaisirs des sens sont la véritable cause,
certains se comportent de façon mauvaise au moyen de leur corps, en parole
et en pensée.
(23.32) S'étant comportés d'une façon mauvaise, après
la dissolution du corps, après la mort, ils naissent dans des états
malheureux, dans l'enfer, dans le Niraya.
(23.33) Cela aussi, ô moines, est un désavantage des plaisirs des
sens qui arrive après la mort, et c'est un monceau de souffrances qui
a les plaisirs des sens pour cause, les plaisirs des sens pour origine, qui
est une conséquence des plaisirs des sens. La véritable cause,
ce sont les plaisirs des sens.
(23.34) Alors, quelle est, ô moines, l'évasion hors des plaisirs
des sens? L'évasion hors des plaisirs des sens, c'est la maîtrise
du désir et de l'attachement, et la possibilité de se débarrasser
des désirs et de l'attachement à l'égard des plaisirs des
sens.
(23.35) O moines, si des religieux ou des brahmanes ne comprennent pas objectivement
de cette façon la jouissance des plaisirs des sens comme jouissance,
les désavantages de ceux-ci comme désavantages, l'évasion
à leur égard comme évasion, il n'est alors pas possible
qu'ils comprennent par eux-mêmes, d'une manière correcte et complète,
le désir des plaisirs des sens, ni qu'ils soient capables d'instruire
à cette fin une autre personne, ni que cette personne, en suivant leur
enseignement, comprenne complètement le désir des plaisirs des
sens.
(23.36) Cependant, ô moines, si des religieux ou des brahmanes comprennent
objectivement de cette façon la jouissance des plaisirs des sens comme
jouissance, les désavantages de ceux-ci comme désavantages, l'évasion
à leur égard comme évasion, il est alors possible qu'ils
comprennent par eux-mêmes, d'une manière correcte et complète,
le désir des plaisirs des sens et qu'ils soient capables d'instruire
à cette fin une autre personne et que cette personne, en suivant leur
enseignement, comprenne complètement le désir des plaisirs des
sens.
(23.37) Alors, quelle est, ô moines, la jouissance des formes matérielles
? Supposons, ô moines, une jeune fille d'une famille noble, ou d'une famille
de brahmanes, ou d'une famille d'un chef de famille, qui est arrivée
à l'âge de quinze, seize ans, et qui n'est ni trop grande ni trop
petite, ni trop mince ni trop grosse, ni trop noire ni trop blanche. N'est-elle
pas, ô moines, à ce moment-là, au sommet de sa beauté
et de sa séduction? - Certainement oui, ô Bienheureux.
(23.38) - Si un bonheur et un plaisir se produisent à cause de la beauté
et de la séduction de cette jeune fille, ô moines, cela est la
jouissance des formes matérielles.
(23.39) Alors, quel est, ô moines, le désavantage dans les formes
matérielles ? Supposons, ô moines, que l'on voie la même
dame, longtemps après; elle a maintenant quatre-vingts, quatre-vingt-dix
ou cent ans; elle est âgée, courbée comme (le bois) d'un
chevron, inclinée sur un bâton, paralysée, devenue misérable;
sa jeunesse est usée, ses dents brisées, ses cheveux rares; elle
a la peau ridée, les jambes défraîchies et mal assurées.
Qu'en pensez-vous, ô moines ? La beauté ancienne et la séduction
n'ont-elles pas disparu, et le danger n'est-il pas apparu? - Si, ô Bienheureux.-
Cela, ô moines, est un désavantage des formes matérielles.
(23.40) En plus, ô moines, on verra la même dame maintenant malade,
souffrante, puis gravement malade, qui est étendue sur ses propres excréments,
qui doit être levée et couchée par les autres. Qu'en pensez-vous,
ô moines ? La beauté ancienne et la séduction n'ont-elles
pas disparu, et le danger n'est-il pas apparu? - Si, ô Bienheureux. -
Cela aussi, ô moines, est un désavantage des formes matérielles.
(23.41) En plus, ô moines, on verra la même dame dont le corps est
jeté à l'écart dans un charnier. Un jour après la
mort, deux jours après la mort, trois jours après la mort, le
corps est gonflé, décoloré et en train de se décomposer.
Qu'en pensez-vous, ô moines ? La beauté ancienne et la séduction
n'ont-elles pas disparu, et le danger n'est-il pas apparu? - Si, ô Bienheureux.
- Cela aussi, ô moines, est un désavantage des formes matérielles.
(23.42) En plus, ô moines, on verra la même dame dont le corps est
jeté à l'écart dans un charnier, dévoré par
des corbeaux, par des vautours ou par des chiens sauvages, des chacals ou divers
animaux. Qu'en pensez-vous, ô moines? La beauté ancienne et la
séduction n'ont-elles pas disparu, et le danger n'est-il pas apparu ?
- Si, ô Bienheureux. - Cela aussi, ô moines, est un désavantage
des formes matérielles.
(23.43) En plus, ô moines, on verra la même dame dont le corps est
jeté à l'écart dans un charnier; il est désormais
devenu un squelette auquel des chairs sanguinolentes pendent çà
et là par des tendons, puis un squelette sans chair mais avec l'odeur
du sang collée aux tendons, puis simplement les os séparés
et dispersés çà et là, à savoir ici un os
d'une main, là un os d'un pied, ici un os d'une jambe, là une
côte, ici un os de la hanche, là un os de la colonne vertébrale
et ici le crâne. Qu'en pensez-vous, ô moines? La beauté ancienne
et la séduction n'ont-elles pas disparu, et le danger n'est-il pas apparu?
- Si, ô Bienheureux. - Cela aussi, ô moines, est un désavantage
des formes matérielles.
(23.44) En plus, ô moines, on verra la même dame dont le corps est
jeté à l'écart dans un charnier. Désormais ses os
sont blancs comme des coquillages, puis c'est un tas d'os d'un an, ensuite les
os sont pourris et, enfin, réduits en poudre. Qu'en pensez-vous, ô
moines? La beauté ancienne et la séduction n'ont-elles pas disparu,
et le danger n'est-il pas apparu? - Si, ô Bienheureux. - Cela aussi, ô
moines, est un désavantage des formes matérielles.
(23.45) Alors, quelle est, ô moines, l'évasion hors des formes
matérielles ? L'évasion hors des formes matérielles, c'est
la maîtrise du désir et de l'attachement, et la possibilité
de se débarrasser des désirs et de l'attachement à l'égard
des formes matérielles.
(23.46) O moines, si des religieux ou des brahmanes ne comprennent pas objectivement,
de cette façon, la jouissance des formes matérielles comme jouissance,
les désavantages de celles-ci comme désavantages, l'évasion
à leur égard comme évasion, il n'est alors pas possible
qu'ils comprennent par eux-mêmes, d'une manière correcte et complète,
les formes matérielles, ni qu'ils soient capables d'instruire à
cette fin une autre personne, ni que cette personne, en suivant leur enseignement,
comprenne complètement les formes matérielles.
(23.47) Cependant, ô moines, si des religieux ou des brahmanes comprennent
objectivement de cette façon la jouissance des formes matérielles
comme jouissance, les désavantages de celles-ci comme désavantages,
l'évasion à leur égard comme évasion, il est alors
possible qu'ils comprennent par eux-mêmes, d'une manière correcte
et complète, les formes matérielles et qu'ils soient capables
d'instruire à cette fin une autre personne et que cette personne en suivant
leur enseignement comprenne complètement les formes matérielles.
(23.48) Alors, quelle est, ô moines, la jouissance des sensations? Supposons,
ô moines, qu'un disciple, s'étant séparé des plaisirs
des sens, s'étant séparé des mauvais objets de la pensée,
entre dans le premier recueillement (pathamajjhana) pourvu de raisonnement et
de réflexion, qui est joie et bonheur, nés de la séparation
(des choses mauvaises), et y demeure.
(23.49) A ce moment, ô moines, où le disciple, s'étant séparé
des plaisirs des sens, s'étant séparé des mauvais objets
de la pensée, entre et demeure dans le premier recueillement qui est
pourvu de raisonnement et de réflexion et, puisqu'il ne pense pas à
faire du mal à lui-même, ni à faire du mal aux autres, ni
à faire du mal aux deux parties, à ce moment même, il éprouve
une sensation qui n'est nuisible (à personne). Moi, ô moines, je
dis que cette non-nuisance est la plus haute jouissance concernant les sensations.
(23.50) Et ensuite, ô moines, ayant mis fin au raisonnement et à
la réflexion, le disciple entre et demeure dans le deuxième recueillement
(dutiyajjhana) qui est apaisement intérieur, unification de la pensée,
qui est dépourvu de raisonnement et de réflexion, né de
la concentration, et consiste en bonheur (...) Moi, ô moines, je dis que
cette non-nuisance est la plus haute jouissance concernant les sensations.
(23.51) Et ensuite, ô moines, se détournant du bonheur, le disciple
vit dans l'indifférence, conscient et vigilant, il ressent dans son corps
le bonheur en sorte que les êtres nobles l'appellent: "Celui qui,
indifférent et attentif, demeure heureux ", il entre ainsi et demeure
dans le troisième recueillement (tatiyajjhana) (...) Moi, ô moines,
je dis que cette non-nuisance est la plus haute jouissance concernant les sensations.
(23.52) Et ensuite, ô moines, s'étant débarrassé
du bonheur et s'étant débarrassé de la peine, ayant supprimé
la gaieté et la tristesse antérieures, le disciple entre et demeure
dans le quatrième recueillement (catutthajjhana) où ne sont ni
plaisir ni douleur, mais qui est pureté parfaite d'attention et d'indifférence.
(23.53) A ce moment, ô moines, où le disciple, s'étant débarrassé
du bonheur et s'étant débarrassé de la peine, ayant supprimé
la gaieté et la tristesse antérieures, le disciple entre et demeure
dans le quatrième recueillement où ne sont ni plaisir ni douleur,
mais qui est pureté parfaite d'attention et d'indifférence, et
puisqu'il ne pense pas à faire du mal à lui-même, ni à
faire du mal aux autres, ni à faire du mal aux deux parties, à
ce moment même, il éprouve une sensation qui n'est nuisible (à
personne). Moi, ô moines, je dis que cette non-nuisance est la plus haute
jouissance concernant les sensations.
(23.54) Alors, quels sont, ô moines, les désavantages des sensations
? Les sensations, ô moines, sont impermanentes, elles sont dukkha par
nature même, et elles sont sujettes aux changements. Ce sont, ô
moines, les désavantages des sensations.
(23.55) Quelle est alors, ô moines, l'évasion hors des sensations?
L'évasion hors des sensations, c'est la maîtrise du désir
et de l'attachement, et la possibilité de se débarrasser des désirs
et de l'attachement à l'égard des sensations.
(23.56) O moines, si des religieux ou des brahmanes ne comprennent pas objectivement,
de cette façon, la jouissance des sensations comme jouissance, les désavantages
des sensations comme désavantages, l'évasion à leur égard
comme évasion, il n'est alors pas possible qu'ils comprennent par eux-mêmes,
d'une manière correcte et complète, les sensations, ni qu'ils
soient capables d'instruire à cette fin une autre personne, ni que cette
personne, en suivant leur enseignement, comprenne complètement les sensations.
(23.57) Cependant, ô moines, si des religieux ou des brahmanes comprennent
objectivement, de cette façon, la jouissance des sensations comme jouissance,
les désavantages de celles-ci comme désavantages, l'évasion
à leur égard comme évasion, il est alors possible qu'ils
comprennent par eux-mêmes, d'une manière correcte et complète,
les sensations et qu'ils soient capables d'instruire à cette fin une
autre personne et que cette personne, en suivant leur enseignement, comprenne
complètement les sensations.
(23.58) Ainsi parla le Bienheureux. Les moines, heureux, se réjouirent
des paroles du Bienheureux.