(22.1) Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait dans
le parc de Mukhelu, près de Kajangala. Un jour, un jeune homme nommé
Uttara, élève du brahmane Parasariya, s'approcha du Bienheureux.
S'étant approché, il échangea avec lui des compliments
de politesse et des paroles de courtoisie, puis s'assit à l'écart
sur un côté.
(22.2) Le Bienheureux s'adressa au jeune homme Uttara et demanda: Est-ce que,
ô Uttara, le brahmane Parasariya adresse à ses élèves
un enseignement sur le développement des facultés sensorielles?
- Oui, ô vénérable Gotama. Le brahmane Parasariya adresse
un enseignement sur le développement des facultés sensorielles.
(22.3) - De quelle façon, ô Uttara, le brahmane Parasariya adresse-t-il
à ses élèves son enseignement sur le développement
des facultés sensorielles? Le jeune homme Uttara répondit: Il
ne faut pas voir les formes matérielles par les yeux. Il ne faut pas
écouter les sons par les oreilles. C'est ce que, ô vénérable
Gotama, le brahmane Parasariya enseigne à ses élèves sur
le développement des facultés sensorielles.
(22.4) Le Bienheureux dit: "Ainsi donc, ô Uttara, selon l'enseignement
du brahmane Parasariya, un aveugle est quelqu'un qui a une faculté sensorielle
développée et un sourd est quelqu'un qui a une faculté
sensorielle développée, car l'aveugle ne voit pas les formes matérielles
par ses yeux et le sourd n'écoute pas les sons par ses oreilles!"
Lorsque le Bienheureux se fut exprimé ainsi, le jeune homme Uttara, élève
du brahmane Parasariya, resta assis en silence, honteux, les épaules
tombantes, le visage baissé et incapable de parler.
(22.5) Le Bienheureux constata alors que le jeune homme Uttara, élève
du brahmane Parasariya, restait assis en silence, honteux, les épaules
tombantes, le visage baissé et incapable de parler. Pendant cette discussion,
l'Ayasmanta Ananda était assis auprès du Bienheureux.
(22.6) Le Bienheureux s'adressa à l'Ayasmanta Ananda et dit: "O
Ananda, le brahmane Parasariya adresse à ses élèves un
certain enseignement sur le développement des facultés sensorielles.
Cependant, ô Ananda, dans la discipline des êtres nobles, l'incomparable
méthode du développement des facultés sensorielles est
une autre chose."
(22.7) L'Ayasmanta Ananda dit: "Le bon moment est arrivé, ô
Bienheureux, le bon moment est arrivé pour expliquer l'incomparable développement
des facultés sensorielles selon la discipline des êtres nobles.
Ayant écouté les paroles du Bienheureux, les disciples les garderont
dans leur mémoire. -Très bien, ô Ananda. Ecoutez donc attentivement.
Je vais parler, dit le Bienheureux. - Bien, ô Bienheureux", répondit
l'Ayasmanta Ananda.
(22.8) Le Bienheureux dit: Quel est, ô Ananda, l'incomparable développement
des facultés sensorielles dans la discipline des êtres nobles ?
O Ananda, lorsqu'un disciple voit une forme matérielle par ses yeux,
il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable,
ou une sensation à la fois agréable et désagréable.
Le disciple le sait selon la réalité: "Voici une sensation
agréable qui se produit chez moi. Voici une sensation désagréable
qui se produit chez moi. Voici une sensation à la fois agréable
et désagréable qui se produit chez moi.
(22.9) Cette sensation se produit puisqu'elle est un fait conditionné;
elle est un fait grossier; c'est un effet qui est produit par des causes. (Cependant),
c'est l'équanimité qui est pure, qui est excellente.
(22.10) Lorsqu'il réfléchit ainsi, la sensation agréable,
ou la sensation désagréable, ou la sensation à la fois
agréable et désagréable s'estompe chez lui. Enfin, c'est
l'équanimité qui reste.
(22.11) Tout comme, ô Ananda, un homme qui peut voir, ayant les yeux ouverts,
les ferme ou, ayant les yeux fermés, les ouvre, de même, ô
Ananda, c'est avec une telle vitesse, une telle rapidité, une telle aisance
qu'une sensation agréable, ou une sensation désagréable,
ou une sensation à la fois agréable et désagréable
s'estompe et, enfin, c'est l'équanimité qui reste.
(22.12) Tel est, ô Ananda, le développement de la faculté
sensorielle concernant les formes matérielles connaissables par les yeux.
(22.13) Et encore, ô Ananda, lorsqu'un disciple a entendu un son par ses
oreilles, il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation
désagréable, ou une sensation à la fois agréable
et désagréable. Le disciple le sait selon la réalité:
Voici une sensation agréable qui se produit chez moi. Voici une sensation
désagréable qui se produit chez moi. Voici une sensation à
la fois agréable et désagréable qui se produit chez moi.
(22.14) Cette sensation se produit puisqu'elle est un fait conditionné;
elle est un fait grossier; c'est un effet qui est produit par des causes. (Cependant),
c'est l'équanimité qui est pure, qui est excellente.
(22.15) Lorsqu'il réfléchit ainsi, la sensation agréable,
ou la sensation désagréable, ou la sensation à la fois
agréable et désagréable s'estompe chez lui. Enfin, c'est
l'équanimité qui reste.
(22.16) Tout comme, ô Ananda, un homme fort est capable de claquer ses
doigts, de même, c'est avec une telle vitesse, une telle rapidité,
une telle aisance qu'une sensation agréable, ou une sensation désagréable,
ou une sensation à la fois agréable et désagréable
s'estompe et, enfin, c'est l'équanimité qui reste.
(22.17) Tel est, ô Ananda, le développement incomparable de la
faculté sensorielle concernant les sons connaissables par les oreilles.
(22.18) Et encore, ô Ananda, lorsqu'un disciple a senti une odeur par
son nez, il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation
désagréable, ou une sensation à la fois agréable
et désagréable. Le disciple le sait selon la réalité:
Voici une sensation agréable qui se produit chez moi. Voici une sensation
désagréable qui se produit chez moi. Voici une sensation à
la fois agréable et désagréable qui se produit chez moi.
(22.19) Cette sensation se produit puisqu'elle est un fait conditionné;
elle est un fait grossier; c'est un effet qui est produit par des causes. (Cependant),
c'est l'équanimité qui est pure, qui est excellente.
(22.20) Lorsqu'il réfléchit ainsi, la sensation agréable,
ou la sensation désagréable, ou la sensation à la fois
agréable et désagréable s'estompe chez lui. Enfin, c'est
l'équanimité qui reste.
(22.21) Tout comme, ô Ananda, une goutte d'eau tombe sur une feuille de
lotus, qui descend sur la pente et qui ne reste pas, de même, ô
Ananda, c'est avec une telle vitesse, une telle rapidité, une telle aisance
qu'une sensation agréable, ou une sensation désagréable,
ou une sensation à la fois agréable et désagréable
s'estompe et, enfin, c'est l'équanimité qui reste.
(22.22) Tel est, ô Ananda, l'incomparable développement de la faculté
sensorielle concernant les odeurs connaissables par le nez.
(22.23) Et encore, ô Ananda, lorsqu'un disciple a goûté une
saveur par sa langue, il se produit chez lui une sensation agréable,
ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois
agréable et désagréable. Le disciple le sait selon la réalité:
Voici une sensation agréable qui se produit chez moi. Voici une sensation
désagréable qui se produit chez moi. Voici une sensation à
la fois agréable et désagréable qui se produit chez moi.
(22.24) Cette sensation se produit puisqu'elle est un fait conditionné;
elle est un fait grossier; c'est un effet qui est produit par des causes. (Cependant),
c'est l'équanimité qui est pure, qui est excellente.
(22.25) Lorsqu'il réfléchit ainsi, la sensation agréable
ou la sensation désagréable, ou la sensation à la fois
agréable et désagréable s'estompe chez lui. Enfin, c'est
l'équanimité qui reste.
(22.26) Tout comme, ô Ananda, un homme fort peut cracher une particule
de mucus rassemblée sur la langue, de même, c'est avec une telle
vitesse, une telle rapidité, une telle aisance qu'une sensation agréable,
ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois
agréable et désagréable s'estompe et, enfin, c'est l'équanimité
qui reste.
(22.27) Tel est, ô Ananda, l'incomparable développement de la faculté
sensorielle concernant les saveurs connaissables par la langue.
(22.28) Et encore, ô Ananda, lorsqu'un disciple a senti une chose tangible
par son corps, il se produit chez lui une sensation agréable, ou une
sensation désagréable, ou une sensation à la fois agréable
et désagréable. Le disciple le sait selon la réalité:
Voici une sensation agréable qui se produit chez moi. Voici une sensation
désagréable qui se produit chez moi. Voici une sensation à
la fois agréable et désagréable qui se produit chez moi.
(22.29) Cette sensation se produit puisqu'elle est un fait conditionné;
elle est un fait grossier; c'est un effet qui est produit par des causes. (Cependant),
c'est l'équanimité qui est pure, qui est excellente."
(22.30) Lorsqu'il réfléchit ainsi, la sensation agréable,
ou la sensation désagréable, ou la sensation à la fois
agréable et désagréable s'estompe chez lui et, enfin, c'est
l'équanimité qui reste.
(22.31) Tout comme, ô Ananda, un homme fort peut replier son bras qui
était étendu, ou étendre son bras qui était replié,
de même, c'est avec une telle vitesse, une telle rapidité, une
telle aisance qu'une sensation agréable, ou une sensation désagréable,
ou une sensation à la fois agréable et désagréable
s'estompe et, enfin, c'est l'équanimité qui reste.
(22.32) Tel est, ô Ananda, l'incomparable développement de la faculté
sensorielle concernant les choses tangibles connaissables par le corps.
(22.33) Et encore, ô Ananda, lorsqu'un disciple a perçu un objet
mental par sa pensée, il se produit chez lui une sensation agréable,
ou une sensation désagréable, ou une sensation à la fois
agréable et désagréable. Le disciple le sait selon la réalité:
Voici une sensation agréable qui se produit chez moi. Voici une sensation
désagréable qui se produit chez moi. Voici une sensation à
la fois agréable et désagréable qui se produit chez moi.
(22.34) Cette sensation se produit puisqu'elle est un fait conditionné;
elle est un fait grossier; c'est un effet qui est produit par des causes. (Cependant),
c'est l'équanimité qui est pure, qui est excellente.
(22.35) Lorsqu'il réfléchit ainsi, la sensation agréable,
ou la sensation désagréable, ou la sensation à la fois
agréable et désagréable s'estompe chez lui et, enfin, c'est
l'équanimité qui reste.
(22.36) Tout comme, ô Ananda, lorsqu'un homme verse chaque jour deux ou
trois gouttes d'eau dans une casserole chauffée au rouge, ces gouttes
d'eau sont détruites aussitôt et elles sont consommées aussitôt,
de même, ô Ananda, c'est avec une telle vitesse, une telle rapidité,
une telle aisance qu'une sensation agréable, ou une sensation désagréable,
ou une sensation à la fois agréable et désagréable
s'estompe et, enfin, c'est l'équanimité qui reste.
(22.37) Tel est, ô Ananda, le développement incomparable de la
faculté sensorielle concernant les états mentaux perceptibles
par la pensée.
(22.38) Et quel est, ô Ananda, l'entraînement chez un disciple étudiant?
Lorsque le disciple a vu une forme matérielle, il se produit chez lui
une sensation agréable, ou une sensation désagréable, ou
une sensation à la fois agréable et désagréable.
A cause de la sensation agréable, ou à cause de la sensation désagréable,
ou à cause de la sensation à la fois agréable et désagréable
qui s'est produite chez lui, le disciple est soucieux, il est honteux et il
est dégoûté d'une telle sensation.
(22.39) Lorsque le disciple a entendu un son par ses oreilles, il se produit
chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable,
ou une sensation à la fois agréable et désagréable.
A cause de la sensation agréable, ou à cause de la sensation désagréable,
ou à cause de la sensation à la fois agréable et désagréable
qui s'est produite chez lui, le disciple est soucieux, il est honteux et il
est dégoûté d'une telle sensation.
(22.40) Même démonstration en ce qui concerne les odeurs connaissables
par le nez, les saveurs connaissables par la langue, les choses tangibles connaissables
par le corps. Puis le sermon continue:
(22.41) Lorsque le disciple a perçu un objet mental par sa pensée,
il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable,
ou une sensation à la fois agréable et désagréable.
A cause de la sensation agréable, ou à cause de la sensation désagréable,
ou à cause de la sensation à la fois agréable et désagréable
qui s'est produite chez lui, le disciple est soucieux, il est honteux, et il
est dégoûté d'une telle sensation.
(22.42) Et quel est, ô Ananda, l'être noble dont les facultés
sensorielles ont été développées? Lorsque le disciple
a vu une forme matérielle par ses yeux, il se produit chez lui une sensation
agréable, ou une sensation désagréable, ou une sensation
à la fois agréable et désagréable. Alors, s'il souhaite:
"Que je demeure sans conscience de la répugnance, dans un cas de
répugnance ", alors il demeure sans conscience de la répugnance.
S'il souhaite: "Que je demeure avec conscience de la répugnance
dans un cas de non-répugnance", alors il demeure avec conscience
de la répugnance. S'il souhaite: "Que je demeure sans conscience
de la répugnance dans un cas de répugnance et de non-répugnance
", alors il demeure sans conscience de la répugnance. S'il souhaite:
"Que je demeure avec la conscience de la répugnance dans un cas
à la fois répugnant et non répugnant", alors il demeure
avec la conscience de la répugnance.
(22.43) (Cependant) s'il souhaite: "M'étant débarrassé
de la non-répugnance comme de la répugnance, que je demeure dans
l'équanimité avec l'attention et la conscience claires ",
alors il demeure dans l'équanimité avec l'attention et la conscience
claires. Ainsi, ô Ananda, c'est lui qui est l'être noble dont les
facultés sensorielles ont été développées.
(22.44) Même démonstration en ce qui concerne les sons connaissables
par les oreilles, les odeurs connaissables par le nez, les saveurs connaissables
par la langue, les choses tangibles connaissables par le corps. Puis le sermon
continue:
(22.45) Lorsqu'un disciple a perçu un objet mental par sa pensée,
il se produit chez lui une sensation agréable, ou une sensation désagréable,
ou une sensation à la fois agréable et désagréable.
Alors s'il souhaite: "Que je demeure sans conscience de la répugnance
dans un cas de répugnance ", il demeure sans conscience de la répugnance.
S'il souhaite: "Que je demeure avec conscience de la répugnance
dans un cas de non-répugnance ", alors il demeure avec conscience
de la répugnance. S'il souhaite: "Que je demeure sans conscience
de la répugnance dans un cas de répugnance et de non-répugnance
", alors il demeure sans conscience de la répugnance. S'il souhaite:
"Que je demeure avec conscience de la répugnance dans un cas à
la fois répugnant et non répugnant", alors il demeure avec
la conscience de la répugnance.
(22.46) (Cependant) s'il souhaite: "M'étant débarrassé
de la non-répugnance comme de la répugnance, que je demeure dans
l'équanimité avec l'attention et la conscience claires",
alors il demeure dans l'équanimité avec l'attention et la conscience
claires. Ainsi, ô Ananda, c'est lui qui est l'être noble dont les
facultés sensorielles ont été développées.
(22.47) C'est de cette façon, ô Ananda, que l'incomparable développement
des facultés sensorielles dans la discipline des êtres nobles a
été enseigné par moi; de cette façon que l'entraînement
du disciple étudiant a été enseigné par moi; de
cette façon que j'ai défini l'être noble dont les facultés
sensorielles ont été développées.
(22.48) S'il est un devoir pour un maître religieux compatissant, plein
de bonne volonté et qui souhaite le bien-être de ses disciples,
ce devoir pour vous tous a été rempli par moi. Voici, ô
Ananda, les pieds des arbres. Voici des endroits isolés. Engagez-vous,
ô Ananda, dans le progrès intérieur. Ne soyez pas paresseux
afin de n'avoir pas, plus tard, de regrets. Cela est notre instruction pour
vous tous.
(22.49) Ainsi parla le Bienheureux. Ravi, l'Ayasmanta Ananda se réjouit
des paroles du Bienheureux.