(18.1) Une fois, le Bienheureux séjournait au pays de Kosambi, au bord
de la rivière Gange. Le Bienheureux vit un grand tronçon de bois
qui descendait le Gange. Ayant vu ce tronçon de bois, le Bienheureux
s'adressa aux moines et dit: O moines, voyez-vous ce tronçon de bois
qui descend le Gange? - Oui, Bienheureux, répondirent-ils.
(18.2) - Alors, ô moines, si ce tronçon de bois ne se jette pas
contre cette rive, ou s'il ne se jette pas contre l'autre rive, ou s'il ne se
noie pas dans le milieu du fleuve, ou s'il ne s'enfonce pas jusqu'au fond de
l'eau, ou s'il ne tombe pas dans les mains d'êtres humains, ou dans les
mains d'êtres non humains, ou s'il n'est pas pris dans un tourbillon,
ou s'il ne se décompose pas intérieurement, eh bien, ô moines,
ce tronçon de bois flottera vers l'Océan, il descendra vers l'Océan,
il se dirigera vers l'Océan. Pourquoi ? Parce que, ô moines, le
fleuve Gange coule vers l'Océan, il descend vers l'Océan, il se
dirige vers l'Océan.
(18.3) De même, ô moines, si vous ne vous jetez pas contre cette
rive, ou si vous ne vous jetez pas contre l'autre rive, ou si vous ne vous noyez
pas au milieu du fleuve, ou si vous ne vous enfoncez pas jusqu'au fond de l'eau,
ou si vous ne tombez pas dans les mains d'êtres humains ou dans les mains
d'êtres non humains, ou si vous n'êtes pas pris dans un tourbillon,
ou si vous ne vous décomposez pas intérieurement, alors, ô
moines, vous coulerez vers le nibbana, vous descendrez vers le nibbana, vous
vous dirigerez vers le nibbana. Pourquoi ? Parce que, ô moines, la compréhension
correcte coule vers le nibbana, elle descend vers le nibbana, elle se dirige
vers le nibbana.
(18.4) Lorsque le Bienheureux eut ainsi parlé, un moine dit: O Bienheureux,
quelle est la signification de " cette rive " ? Quelle est "
l'autre rive "? Quelle est la signification de " se noyer dans le
milieu du fleuve " ? Quelle est la signification de " s'enfoncer jusqu'au
fond de l'eau " ? Quelle est la signification de " tomber dans les
mains d'êtres humains " ou celle de " tomber dans les mains
d'êtres non humains " ? Quelle est la signification d"'être
pris par un tourbillon " ? Quelle est la signification de "se décomposer
intérieurement" ?
(18.5) "Cette rive ", ô moine, est un nom pour les six sphères
sensorielles de l'intérieur. "L'autre rive", ô moine,
est un nom pour les six sphères sensorielles de l'extérieur. "Se
noyer dans le milieu du fleuve", ô moine, est un nom pour l'avidité
passionnée et le désir. "S'enfoncer au fond de l'eau",
ô moine, est un nom pour la fierté de soi-même.
(18.6) Ici, quel est, ô moine, le sens de "tomber dans les mains
d'êtres humains"? Supposons, ô moine, que quelqu'un vive en
relation intime avec des laïcs. Il se réjouit avec les gens qui
se réjouissent. Il s'afflige avec les gens qui s'affligent. Il prend
du plaisir avec les gens qui prennent du plaisir. Il souffre avec les gens qui
souffrent et établit un lien étroit entre lui-même et ce
qui arrive. Voilà ce qu'est, ô moine, "être attrapé
par des êtres humains".
(18.7) Ici, quel est, ô moine, le sens de " tomber dans les mains
d'êtres non humains " ? Supposons, ô moine, qu'on s'engage
dans la Conduite pure dans l'espoir de renaître parmi tel ou tel groupe
de dieux, en se disant: "Par le moyen de cette vertu, ou par le moyen de
cette pratique, ou par le moyen de cette austérité, ou par le
moyen de cette Conduite pure, que je devienne un petit dieu ou un grand dieu!
" Voilà ce qu'est, ô moine, " tomber dans les mains d'êtres
non humains".
(18.8) "Pris dans un tourbillon ", ô moine, est un nom pour
les cinq plaisirs.
(18.9) Quelle est la signification de "se décomposer intérieurement
" ? Supposons, ô moine, quelqu'un qui mène une vie non vertueuse.
Il s'engage dans les mauvaises choses, il est impur. Il a un comportement douteux.
Il a des affaires secrètes. Bien qu'il prétende être religieux,
il ne l'est pas. Bien qu'il prétende être pratiquant de la Conduite
pure, il ne l'est pas. Il est pourri et il est un tas d'ordure. Tel est, ô
moine, le sens de " se décomposer intérieurement".
(18.10) A ce moment-là, un vacher nommé Nanda se trouvait debout
non loin du Bienheureux. Le vacher Nanda s'écria alors: Moi, ô
Bienheureux, je suis quelqu'un qui ne se jette pas contre "cette rive".
Je suis quelqu'un qui ne se jette pas contre " l'autre rive". Je "
ne me noierai pas au milieu du fleuve". Je " ne m'enfoncerai pas jusqu'au
fond de l'eau". Je ne " tomberai pas dans les mains des êtres
humains " ni " dans les mains des êtres non humains". Je
" ne serai pas pris dans un tourbillon". Je "ne me décomposerai
pas intérieurement". O Bienheureux, puissé-je obtenir l'Ordination
mineure et l'Ordination majeure auprès du Bienheureux!
(18.11) - Alors, ô Nanda, rendez les vaches à leurs propriétaires,
dit le Bienheureux. - O Bienheureux, les vaches retourneront. Elles seront attirées
par leurs veaux. - Justement, ô Nanda, rendez les vaches à leurs
propriétaires ", répéta le Bienheureux. Alors, le
vacher Nanda, ayant rendu les vaches à leurs propriétaires, étant
revenu devant le Bienheureux, dit: "O Bienheureux, les vaches ont été
rendues à leurs propriétaires. O Bienheureux, puissé-je
obtenir l'Ordination mineure et l'Ordination majeure auprès du Bienheureux!"
(18.12) Le vacher Nanda obtint l'Ordination mineure et l'Ordination majeure
auprès du Bienheureux. Peu de temps après son Ordination majeure,
l'Ayasmanta Nanda demeurant seul, retiré, vigilant, ardent, résolu,
parvint rapidement à ce but pour la réalisation duquel les fils
de famille quittent leur maison pour la vie religieuse, cet incomparable but
de la Conduite pure, il le réalisa dans cette vie même.
(18.13) Il comprit: "La naissance est détruite, la Conduite pure
est vécue, ce qui doit être achevé est achevé, plus
rien ne demeure à accomplir." Ainsi, l'Ayasmanta Nanda parvint au
nombre des Arahants.