(14.1) Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait à
Kalandakanivapa dans le parc des Bambous, près de la ville de Rajagaha.
Un jour, le Bienheureux, s'étant habillé de bon matin, prit son
bol et son manteau, puis entra dans la ville de Rajagaha pour sa tournée
d'aumône. A ce moment-là, un ascète nu appelé Kassapa
vit de loin le Bienheureux qui arrivait. L'ayant vu, l'ascète Kassapa
s'approcha du Bienheureux et échangea avec lui des compliments de politesse
et des paroles de courtoisie, puis se tint debout à l'écart sur
un côté.
(14.2) Se tenant debout à l'écart sur un côté, l'ascète
nu Kassapa dit: "Si le vénérable Gotama nous le permet, s'il
veut nous donner l'occasion d'écouter sa réponse, nous voulons
l'interroger sur un certain point." Le Bienheureux dit: "Ce n'est
pas le moment pour questionner, ô Kassapa, nous sommes parmi les maisons."
L'ascète nu Kassapa dit pour la deuxième fois: "Si le vénérable
Gotama nous le permet, s'il veut nous donner l'occasion d'écouter sa
réponse, nous voulons l'interroger sur un certain point." Le Bienheureux
dit: "Ce n'est pas le moment pour questionner, ô Kassapa, nous sommes
parmi les maisons."
(14.3) L'ascète nu Kassapa dit pour la troisième fois: "Si
le vénérable Gotama nous le permet, s'il veut nous donner l'occasion
d'écouter sa réponse, nous voulons l'interroger sur un certain
point." Le Bienheureux dit: "Ce n'est pas le moment pour questionner,
ô Kassapa, nous sommes parmi les maisons."
(14.4) Lorsque cela eut été dit par le Bienheureux, l'ascète
nu Kassapa persista: "Ce n'est pas une grande chose que nous voulons vous
demander, ô vénérable Gotama." Enfin, le Bienheureux
dit: "Demandez alors, ô Kassapa, ce que vous voulez."
(14.5) L'ascète nu Kassapa demanda: La souffrance de l'individu, ô
vénérable Gotama, est-elle quelque chose de créé
par lui-même ? - Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit, ô Kassapa
dit le Bienheureux. -La souffrance de l'individu, ô vénérable
Gotama, est-elle quelque chose de créé par quelqu'un d'autre?
- Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit, ô Kassapa, dit le Bienheureux.
(14.6) - Si la souffrance de l'individu n'est pas quelque chose de créé
par lui-même, si la souffrance de l'individu n'est pas quelque chose de
créé par quelqu'un d'autre, ô vénérable Gotama,
la souffrance de l'individu est-elle une chose apparue par hasard? - Ce n'est
pas comme cela qu'elle se produit, ô Kassapa, dit le Bienheureux.
(14.7) - La souffrance de l'individu, ô vénérable Gotama,
est-elle une chose non existante? - Si, ô Kassapa, la souffrance de l'individu
n'est pas une chose non existante, la souffrance de l'individu est donc une
chose existante. -Peut-être, le vénérable Gotama ne connaît-il
pas la souffrance de l'individu, ne voit-il pas la souffrance de l'individu?
-Non, ô Kassapa, je ne suis pas quelqu'un qui ne connaît pas la
souffrance de l'individu. Je suis quelqu'un qui connaît la souffrance
de l'individu. Je suis quelqu'un qui voit la souffrance de l'individu.
(14.8) - Comment cela peut être alors, ô vénérable
Gotama ? Lorsque j'ai demandé si la souffrance de l'individu avait été
créée par lui-même, vous m'avez répondu en disant
" Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit".
(14.9) Lorsque j'ai demandé si la souffrance de l'individu avait été
créée par quelqu'un d'autre, vous m'avez répondu en disant
" Ce n'est pas comme cela qu'elle se produit".
(14.10) Lorsque j'ai demandé si la souffrance de l'individu se produisait
par hasard, vous m'avez répondu en disant " Ce n'est pas comme cela
qu'elle se produit".
(14.11) Lorsque j'ai demandé si la souffrance de l'individu était
une chose non existante, vous m'avez répondu en disant " La souffrance
de l'individu n'est pas une chose non existante. La souffrance de l'individu
est une chose existante".
(14.12) Lorsque j'ai demandé si le vénérable Gotama ne
connaissait pas et ne voyait pas la souffrance, vous m'avez répondu en
disant " Je ne suis pas quelqu'un qui ne connaît pas la souffrance
de l'individu. Je suis quelqu'un qui connaît la souffrance. Je suis quelqu'un
qui voit la souffrance".
(14.13) Dites-moi donc, ô vénérable Gotama, comment se produit
la souffrance? Expliquez-moi, ô vénérable Gotama, comment
se produit la souffrance?
(14.14) (Le Bienheureux répondit): Lorsqu'on dit que l'individu fait
des actions et que le même individu reçoit leurs résultats
- comme vous l'avez dit au début: "La souffrance de l'individu est
créée par lui-même "-, une telle affirmation se réduit
à la theorie éternaliste.
(14.15) Lorsqu'on dit qu'un individu fait des actions et qu'un autre obtient
leurs résultats, c'est-à-dire l'opinion selon laquelle on souffre
à cause de la faute d'un autre, une telle affirmation se réduit
à la théorie annahilationiste.
(14.16) Dans ce cas, ô Kassapa, le Tathagata enseigne la doctrine sans
aller à ces deux extrêmes, mais selon la voie du milieu, selon
laquelle: conditionnées par l'ignorance se produisent les formations
mentales; conditionnée par les formations mentales se produit la conscience;
conditionnés par la conscience se produisent des phénomènes
psychiques et des phénomènes physiques; conditionnées par
les phénomènes psychiques et les phenomenes physiques se produisent
les six facultés; conditionné par les six facultés se produit
le contact (sensoriel et mental); conditionnée par le contact (sensoriel
et mental) se produit la sensation; conditionné par la sensation se produit
le désir; conditionnée par le désir se produit la saisie;
conditionné par la saisie se produit le processus du devenir, conditionnée
par le processus du devenir se produit la naissance; conditionnés par
la naissance se produisent la décrépitude, la mort, les lamentations,
les peines, les douleurs, les chagrins, les désespoirs. De cette façon
se produit ce monceau de souffrances.
(14.17) (Cependant), par la cessation complète de l'ignorance, les formations
mentales cessent; par la cessation complète des formations mentales,
la conscience cesse; par la cessation complète de la conscience, les
phénomènes psychiques et les phénomènes physiques
cessent; par la cessation complète des phénomènes psychiques
et des phénomènes physiques, les six facultés cessent;
par la cessation complète des six facultés, le contact cesse;
par la cessation complète du contact, la sensation cesse; par la cessation
complète de la sensation, le désir cesse; par la cessation complète
du désir, le processus du devenir cesse; par la cessation complète
du processus du devenir, la naissance cesse; par la cessation complète
de la naissance, la décrépitude, la mort, les lamentations, les
peines, les douleurs, les chagrins, les désespoirs cessent. Telle est
la cessation complète de tout ce monceau de souffrances.
(14.18) Cela étant dit, l'ascète nu Kassapa dit au Bienheureux:
Merveilleux, ô Vénérable, merveilleux, ô Vénérable.
C'est (vraiment), ô Vénérable, comme si l'on redressait
ce qui a été renversé, découvrait ce qui a été
caché, montrait le chemin à l'égaré ou apportait
une lampe dans l'obscurité en pensant: "Que ceux qui ont des yeux
voient les formes ", de même le Bienheureux a rendu claire la doctrine
de maintes façons.
(14.19) Je prends donc refuge dans le Bienheureux, dans l'Enseignement et dans
la Communauté. Puissé-je obtenir l'Ordination mineure et l'Ordination
majeure auprès du Bienheureux.
(14.20) (Le Bienheureux dit): O Kassapa, si quelqu'un qui était d'abord
un adepte d'une autre religion veut obtenir l'Ordination mineure et l'Ordination
majeure ici, dans cette Doctrine et dans cette Discipline, il lui faut passer
une période de probation de quatre mois. Lorsqu'il a passé cette
période de probation, à la fin des quatre mois, les moines contents
de lui lui donneront délibérément l'Ordination mineure
et l'Ordination majeure afin de le faire moine. Néanmoins, je constate
une différence entre les individus.
(14.21) L'ascète nu Kassapa dit: O Bienheureux, si quelqu'un qui était
d'abord un adepte d'une autre religion veut obtenir l'Ordination mineure et
l'Ordination majeure ici, dans cette Doctrine et dans cette Discipline, s'il
passe une période de probation de quatre mois et si, lorsqu'il a passé
cette période de probation, à la fin des quatre mois, les moines
contents de lui lui donnent délibérément l'Ordination mineure
et l'Ordination majeure afin de le faire moine, je suis prêt, ô
Bienheureux, à passer une période de probation, même de
quatre ans. Après avoir passé ainsi une période de probation,
à la fin des quatre ans, que les moines contents de moi me donnent délibérément
l'Ordination mineure et l'Ordination majeure.
(14.22) Ainsi, l'ascète nu Kassapa obtint auprès du Bienheureux
l'Ordination mineure et l'Ordination majeure. Peu de temps après son
Ordination majeure, l'Ayasmanta Kassapa, demeurant seul, retiré, vigilant,
ardent, résolu, parvint rapidement à ce but pour la réalisation
duquel les fils de noble famille quittent leur foyer pour la vie religieuse;
cet incomparable but de la Conduite pure, il le réalisa dans cette vie
même.
(14.23) Il compris: "Toute naissance nouvelle est anéantie. La conduite
pure est vécue. Ce qui doit être achevé est achevé,
plus rien ne demeure à accomplir." Ainsi, l'Ayasmanta Kassapa parvint
au nombre des Arahants.