(11.1) Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait au parc
aux Daims, à Isipatana, près de Bénarès. Il s'adressa
aux cinq moines et dit:
(11.2) O moines, il existe deux extrêmes qui doivent être évités
par un religieux. Quels sont ces deux extrêmes? S'adonner aux plaisirs
des sens, ce qui est inférieur, vulgaire, mondain, ignoble et engendre
de mauvaises conséquences, et s'adonner aux mortifications, ce qui est
pénible, ignoble et engendre de mauvaises conséquences. Sans aller
à ces deux extrêmes, ô moines, le Tathagata a découvert
la Voie du Milieu qui prodigue la vision, qui donne la connaissance, qui conduit
à la quiétude, à la sagesse, à l'éveil et
à l'émancipation.
(11.3) Et quelle est, ô moines, cette Voie du Milieu que le Tathagata
a découverte et qui prodigue la vision, qui donne la connaissance, qui
conduit à la quiétude, à la sagesse, à l'éveil
et à l'émancipation ? Ce n'est que le Noble Sentier Octuple, à
savoir: la vue juste, la pensée juste, la parole juste, l'action juste,
le moyen d'existence juste, l'effort juste, l'attention juste, la concentration
juste.
(11.4) Cela est, ô moines, la Voie du Milieu que le Tathagata a découverte,
qui prodigue la vision, qui donne la connaissance, qui conduit à la quiétude,
à la sagesse, à l'éveil et à l'émancipation.
(11.5) Voici ô moines, la Vérité Noble dite dukkha: La naissance
est dukkha, la vieillesse est aussi dukkha, la maladie est aussi dukkha, la
mort est aussi dukkha, être uni à ce que l'on n'aime pas est dukkha,
être séparé de ce que l'on aime est dukkha, ne pas obtenir
ce que l'on désire est aussi dukkha. En résumé, les cinq
agrégats d'attachement sont dukkha.
(11.6) Voici, ô moines, la Vérité Noble dite la cause du
dukkha: C'est cette "soif" qui produit la ré-existence et le
re-devenir, qui est liée à une avidité passionnée
et qui trouve une nouvelle jouissance tantôt ici, tantôt là,
c'est-à-dire la soif des plaisirs des sens, la soif de l'existence et
du devenir et la soif de la nonexistence.
(11.7) Voici, ô moines, la Vérité Noble dite la cessation
du dukkha: C'est la cessation complète de cette " soif", la
délaisser, y renoncer, s'en libérer, s'en débarrasser.
(11.8) Voici, ô moines, la Vérité Noble dite le sentier
conduisant à la cessation du dukkha: C'est le Noble Sentier Octuple,
à savoir: la vue juste, la pensée juste, la parole juste, l'action
juste, le moyen d'existence juste, l'effort juste, l'attention juste et la concentration
juste.
(11.9) O moines, c'est avec la compréhension: "Ceci est la Vérité
Noble dite dukkha" que, dans les choses qui n'avaient pas été
entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée
en moi la connaissance, s'est élevée en moi la sagesse, s'est
élevée en moi la science, s'est élevée en moi la
lumière.
(11.10) O moines, c'est avec la compréhension: "Cette vérité
Noble dite dukkha doit être comprise " que, dans les choses qui n'avaient
pas été entendues auparavant, s'est élevée en moi
la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)
(11.11) O moines, c'est avec la compréhension: "Cette Vérité
Noble dite dukkha a été comprise" que, dans les choses qui
n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée
en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)
(11.12) O moines, c'est avec la compréhension: "Ceci est la Vérité
Noble dite la cause du dukkha que, dans les choses qui n'avaient pas été
entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée
en moi la connaissance (...)
(11.13) O moines, c'est avec la compréhension: "Cette Vérité
Noble dite la cause du dukkha doit être détruite" que, dans
les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée
en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)
(11.14) O moines, c'est avec la compréhension: "Cette Vérité
Noble dite la cause du dukkha a été détruite " que,
dans les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est
élevée en moi la vision, s'est élevée en moi la
connaissance (...)
(11.15) O moines, c'est avec la compréhension: "Ceci est la Vérité
Noble dite la cessation du dukkha" que, dans les choses qui n'avaient pas
été entendues auparavant, s'est élevée en moi la
vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)
(11.16) O moines, c'est avec la compréhension: "Cette Vérité
Noble dite la cessation du dukkha doit être atteinte" que, dans les
choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée
en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)
(11.17) O moines, c'est avec la compréhension: "Cette Vérité
Noble dite la cessation du dukkha a été atteinte" que, dans
les choses qui n'avaient pas été entendues auparavant, s'est élevée
en moi la vision, s'est élevée en moi la connaissance (...)
(11.18) O moines, c'est avec la compréhension que: "Ceci est la
Vérité Noble dite le chemin conduisant à la cessation du
dukkha" que, dans les choses qui n'avaient pas été entendues
auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée
en moi la connaissance (...)
(11.19) O moines, c'est avec la compréhension: "Cette Vérité
Noble dite le chemin conduisant à la cessation du dukkha doit être
pratiquée que, dans les choses qui n'avaient pas été entendues
auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée
en moi la connaissance (...)
(11.20) O moines, c'est avec la compréhension: " Cette Vérité
Noble dite le chemin conduisant à la cessation du dukkha a été
pratiquée " que, dans les choses qui n'avaient pas été
entendues auparavant, s'est élevée en moi la vision, s'est élevée
en moi la connaissance, s'est élevée en moi la sagesse, s'est
élevée en moi la science, s'est élevée en moi la
lumière.
(11.21) O moines, tant que cette vision et connaissance réelle des quatre
Vérités Nobles sous leurs trois aspects et dans leurs douze modalités
n'était pas absolument claire en moi, aussi longtemps je n'ai pas proclamé
à ce monde avec ses dieux, avec ses Mara(s) et ses Brahma(s), ses troupes
de religieux et de prêtres, ses êtres divins et humains, que j'avais
atteint l'incomparable et suprême connaissance.
(11.22) Cependant, ô moines, lorsque cette vision et connaissance réelle
des quatre Vérités Nobles sous leurs trois aspects et dans leurs
douze modalités me devint parfaitement claire, alors seulement j'ai proclamé
à ce monde avec ses dieux, avec ses Mara(s) et ses Brahma(s), ses troupes
de religieux et de prêtres, ses êtres divins et humains, que j'avais
atteint l'incomparable et suprême connaissance.
(11.23) Et la connaissance profonde s'est élevée en moi: "Inébranlable
est la libération de ma pensée, cela est ma dernière naissance,
il n'y aura plus d'autre existence."
(11.24) Ainsi parla le Bienheureux. Les cinq moines, contents se réjouirent
des paroles du Bienheureux.