De la nature de la richesse et de l'origine de la valeur

Chapitre VII

De la distribution naturelle de la richesse et de la valeur qui la constitue entre tous les peuples de l'univers et entre tous les membres de l'espèce humaine. - réfutation du système exclusif.

L'Étude de la richesse a déjà produit un grand nombre d'opinions fausses ou hasardées ; mais la plupart des mauvaises doctrines qui se sont répandues, à ce sujet, tiennent évidemment à l'ignorance générale où l'on est demeuré jusqu'à présent sur la nature de la valeur et sur son origine. Si tant d'écrivains se sont égarés dans des systèmes absurdes c'est que le principe fondamental de l'économie politique est resté obscurci par une double erreur dont il ne paraît pas qu'on ait suffisamment sondé et dissipé l'obscurité. Parmi les au­teurs qui ont consacré leur plume à cette science, les uns ont cru voir, dans l'utilité, l'origine de la valeur et le synonyme de la richesse. En se trompant ainsi sur la nature même de la richesse proprement dite et sur son origine, ils ont méconnu le véritable objet de l'économie politique, ils se sont suscité des embarras inextricables et imposé d'inévitables contradictions. D'autres ont bien senti que l'utilité ne suffisait pas pour produire la valeur; ils ont vague­ment entrevu que la valeur avait sa source dans la limitation ou dans la rareté, et que par conséquent ce qui faisait la richesse de l'un, faisait la pauvreté de beaucoup d'autres ; mais, par une triste compensation de. leur première idée, ils se sont hâtés de conclure que le bonheur d'un peuple ou d'un individu était incompatible avec le bonheur de tous les autres peuples ou de tous les autres individus, et que personne ne pouvait s'enrichir qu'en appauvrissant d'autant ses sembla­bles. Cette doctrine nous a valu le système exclusif, système dont les applica­tions pratiques ont plongé l'Europe pendant plusieurs siècles, dans une série de guerres désastreuses, et accablé son industrie sous une multitude de règle­ments et de prohibitions qui en ont considérablement retardé les pro­grès, mais qui, malgré leurs fâcheux résultats, n'en ont pas moins eu l'heu­reux inconvé­nient d'être jusqu'à un certain point inutiles, et à travers lesquels toutes les nations de l’Europe n'ont jamais cessé de marcher ensemble vers la richesse et vers la perfection.

J'ai déjà combattu l'erreur des économistes qui ont placé dans l'utilité l'ori­gine de la valeur, et qui ont voulu faire de l'utilité le véritable objet de l'écono­mie politique. Et, d'un autre côté, la réputation du système exclusif est bien compromise aujourd'hui ; ce système ayant été soumis depuis longtemps aux plus justes et aux plus vives critiques. Si l'esprit de routine maintient encore un grand nombre d'institutions qui en découlent, il existe, je crois, peu de vrais savants qui usent leur plume en sa faveur. Cependant, je ne trouve pas qu'on l'ait encore réfuté de la manière la plus péremptoire, et je me sens d'autant plus disposé à le combattre, qu'à la manière dont je me suis exprimé, dans le chapitre précédent, sur la nature de la valeur et sur le caractère qu'elle présente, on pourrait croire que ma doctrine tend à exhumer cette vieille erreur, et à faire retomber le char de la science dans l'étroite ornière d'où l'on a eu tant de peine à le retirer, et d'où l'on ne peut pas dire qu'il soit complè­tement sorti.

Sans doute, si l'on considère que la richesse proprement dite consiste dans la possession d'une valeur, et que la valeur a sa source dans la rareté, on peut dire que l'avantage qu'elle procure à son possesseur occasionne, par un contre-coup inévitable, le désavantage de ceux qui la désirent et qui ne la pos­sèdent point. La propriété est inséparable de la richesse ; car la valeur et la pro­priété dérivent aussi nécessairement l'une que l'autre du fait de la limitation ; et il est impossible qu'une seule et même chose soit possédée et jouie exclusivement par plusieurs personnes à la fois, et par chacune d'elles en particulier. La propriété et la valeur qui l'accompagne constituent donc un véritable privilège en faveur du propriétaire ou du possesseur exclusif de la chose qui a de la valeur. Mais il ne s'ensuit pas de là que le bonheur d'un seul fasse le malheur de tous les autres, ou, pour mieux dire, il ne s'ensuit pas que tous les hommes soient ou puissent être malheureux, à l'exception d'un seul, ni que l'opulence et la prospérité d'une nation se fondent nécessairement sur la misère et sur l'avilissement de toutes les autres. Grâces à la divine Providence et au droit naturel, la possession des choses coercibles, et la richesse qui résulte de la valeur dont elles sont douées, se trouvent naturellement distri­buées entre tous les peuples de l'univers, et entre tous les membres de l'espèce humaine. Les biens limités sont répandus sur la surface de la terre, suivant la nature du sol et du climat, et suivant mille autres circonstances toutes plus ou moins néces­saires ; de manière que personne ne les possède tous, mais que chaque peuple, au contraire, jouit de quelqu'un ou de plusieurs d'entr'eux, et que chaque individu peut en avoir et en a nécessairement une certaine quantité en sa possession.

Hie segetes, illic veniunt felicius uvœ ; Arborei fetus alibi, atque injussa virescunt Gramina. Nonne vides croceos ut Tmolus odores, India mittit ebur, molles sua Mura Sabaei ; At Chalybes nudi ferrum, virosaque Pontus Castorea, Eliadum palmas Epirus equarum * ?

Cette diversité, ou, pour mieux dire, cette sagesse dans la diffusion des utilités rares, dans la distribution des choses qui ont de la valeur, et dont la pos­session constitue la richesse proprement dite, éta­blit, parmi tous les peuples de l'univers, et parmi tous les hommes, jusqu'à un certain point, une espèce d'équilibre. Il n'y a ni peuple ni homme assez complètement misérable pour ne pas posséder la moindre valeur. Chacun de nous possède au moins sa force corporelle, sa capacité morale et intellectuelle, son industrie ou son travail. Ainsi le privilège qui résulte de la valeur et de la possession exclusive de cette valeur, est réparti entre tous les hommes, avec une grande inégalité, si l'on veut, et même aujourd'hui encore avec une grande injustice, mais non avec une disparité absolue. Chacun de nous a l'avantage de posséder certaines choses rares, et le désavantage de ne pas posséder les autres choses rares qui forment la richesse et la propriété d'autrui. Or la chose que nous possédons nous offre, par son utilité, le moyen de satisfaire nos besoins, et grâce à la valeur dont elle est douée, elle nous donne le pouvoir de nous procurer, par un échange, telle autre chose rare que nous désirons et que nous ne possédons pas. La situation économique d'aucun de nous n'est, à tout prendre, et à parler d'une manière générale et absolue, plus fâcheuse et plus désespérée que la situation de ses semblables. Ce qui est possédé par les uns équivaut, plus ou moins, à ce qui est possédé par les autres ; et comme il n'y a personne qui ne soit riche et pauvre tout à la fois, il n'y a personne non plus qui puisse possé­der toutes les valeurs où n'en posséder aucune.

Les partisans du système exclusif ont eu le tort de penser qu'il était possi­ble à un peuple d'accaparer toute la richesse, et de laisser dans la misère ou dans la pauvreté tous les autres peuples de l'univers. En supposant que ce système fût exécutable, il offrirait encore, ce me semble, quelques inconvé­nients assez graves ; car un peuple qui cherche à appauvrir ses voisins, et qui se flatte d'y réussir, se condamne, par cela Même, à leur faire l'aumône, ou à se faire dépouiller par eux ; l'alternative me paraît inévitable ; à moins qu'il ne prétende, ce qui serait encore pire, à les faire mourir de faim. Mais ce système est absurde, et ne repose que sur une complète ignorance de la nature du com­merce, ou, pour mieux dire, de l'échange dans lequel tout commerce se résout en définitive. L'échange n'est qu'un troc entre deux valeurs ; et il est de l'es­sen­ce de l'échan­ge que les objets entre lesquels il s'opère soient des objets d'une valeur égale. On ne peut, en général, obtenir la possession d'une valeur que l'on désire et que l'on ne possède pas, qu'en sacrifiant une valeur égale que l'on possède ; et on ne peut sacrifier une valeur que l'on possède, sauf le cas de l'aumône ou de la charité, sans obtenir, en dédommagement, une valeur égale à celle que l'on sacrifie. Par où l'on voit que deux peuples ou deux parti­culiers qui trafiquent entr'eux, ne peuvent ni s'enrichir ni s'appauvrir mutuelle­ment, par le seul fait de l'échange. Les richesses qu'ils perdent sont rempla­cées par celles qu'ils acquièrent, et comme il en est de même des deux côtés, il n'y a personne de frustré, il n'y a personne de favorisé (note 34).

Ce n'est pas que les partisans du système exclusif aient été convenablement placés pour apprécier la nature de l'échange et les résultats économiques du commerce. Leur ignorance venait de plus loin : elle s'étendait sur la nature même de la richesse. Et, en effet, les économistes que je combats en ce mo­ment sont tous partis de ce principe, que l'or et l'argent sont la seule richesse. Une doctrine qui repose sur une pareille base, porte avec elle sa condamna­tion, car si ce principe était vrai, il faudrait bannir le commerce de la société. L'achat d'une marchandise quelconque serait la plus grande absurdité que l'on pût commettre, économiquement parlant, puisqu'il est impossible de rien acheter, sans se dépouiller d'une certaine quantité d'or ou d'argent. En suppo­sant donc que l'or et l'argent fussent la seule richesse, il faudrait taxer de folie ceux qui donneraient leur or et leur argent, pour se procurer des choses qui ne seraient pas des richesses ; ou bien, il faudrait changer toutes les idées que nous avons sur cet objet, et dire que la richesse n'est pour l'homme qu'un moyen de se procurer des choses plus utiles et plus nécessaires que la richesse elle-même. Mais les partisans du système exclusif n'ont pas été si consé­quents ; et quoi­qu'ils aient pu voir de leurs propres yeux qu'on ne mange pas l'or et l'argent, mais bien le pain et la viande, et qu'on s'habille avec des étoffes plutôt qu'avec des écus, ils n'ont pas cessé de considérer la richesse, exclu­si­ve­ment renfer­mée dans la possession des métaux précieux, comme le vérita­ble élément de la force et de la prospérité publiques, et comme le but le plus naturel de l'am­bition des peuples et des individus. Aussi le régime écono­mique proposé à la société, par le système exclusif, était-il de toujours vendre et de ne jamais acheter, ou du moins de vendre le plus et d'acheter le moins possible, c'est-à-dire d'obtenir, à tout prix, une bonne balance de commerce. Sur quoi il con­vient de dire d'abord que la balance est toujours bonne, parce qu'en toute espèce de commerce honnêtement et loyalement engagé, il y a, de part et d'autre, autant de valeurs, et par conséquent autant de richesses acqui­ses qu'il y en a de sacrifiées ; et en second lieu, que la vente et l'achat sont un seul et même phénomène, sous des noms divers, c'est-à-dire qu'ils sont l'une et l'autre un échange, ni plus ni moins, et un échange entre des valeurs égales, ce qu'il ne faut jamais oublier. Sans doute, sous un point de vue relatif, on peut bien distinguer la vente de l'achat, et on le doit même, puisque dans la vente on reçoit de l'argent, et que dans l'achat on en donne ; mais il ne faut pas pénétrer bien avant dans la nature des choses, pour se convaincre que la vente et l'achat sont des phénomènes absolument et essentiellement identiques. Ven­dre c'est acheter, et acheter c'est vendre ; car lorsqu'on achète une mar­chan­dise, on vend son ar­gent, et lorsqu'on vend la marchandise, on achète de la monnaie.

Mais je suppose qu'on accorde le nom de richesse à tout ce qui mérite véri­­tablement ce nom, et qu'on veuille bien reconnaître que la richesse consis­te dans la possession d'une valeur, on n'en sera pas mieux fondé à dire que si la valeur vient de la rareté, personne ne peut s'enrichir que par l'appauvrisse­ment de ses semblables, ou que le malheur de tous est nécessaire au bonheur d'un seul. Il faut remarquer que chaque phénomène se présente sous plusieurs faces. Le monde que nous habitons n'est pas si simple et si peu compliqué que ce qui est beau d'un côté ne puisse être laid de l'autre, et ce qui paraît vrai, sous un certain aspect, ne soit pas souvent faux, sous un aspect contraire. Sans doute la richesse proprement dite, c'est la valeur, et la valeur vient de la rareté ; c'est un principe que je crois a l'abri de toute objection fondée. Je crois tout aussi fermement que la valeur est avantageuse à celui qui la possède, et que cet avantage correspond nécessairement au désavantage de tous ceux qui ont besoin de cette valeur, et qui n'ont pas d'autres valeurs à sacrifier, pour en obtenir la jouissance. Mais faisons abstraction, pour un moment, de la posses­sion, et ne considérons que la rareté. Je le dis avec conviction. La rareté d'un objet, quelque grande qu'on la suppose, est encore de l'abondance. Il n'y a pas plus d'incompatibilité absolue entre l'abondance et la rareté, qu'entre la riches­se et la pauvreté, qu'entre la grandeur et la petitesse. Tout ce qui est petit est grand, l'homme le plus pauvre est encore riche, et tout ce qui est rare, très-rare même, est abondant. La petitesse n'est qu'une moindre grandeur, la pauvreté n'est qu'une moindre richesse, la rareté n'est qu'une moindre abondance. Quel­que rare que soit un objet, c'est encore un bonheur pour nous qu'il ne soit pas tout à fait rare ou qu'il n'existe pas en une quantité absolument et infiniment petite, ce qui serait, une quantité nulle. C'est un malheur pour nous, sous le rapport écono­mique, qu'il n'y ait pas du pain et du vin en aussi grande quantité que de l'air respirable ou de la lumière solaire ; mais ce serait encore un bien plus grand malheur s'il n'y avait ni pain ni vin, s'il n'en existait pas une seule miette ou une seule goutte au monde. La rareté du pain et du vin, quelque grande qu'elle puisse être, est encore un bienfait, puisque la rareté même de ces aliments implique qu'ils existent en une certaine quantité. Or, si la rareté du pain et du vin est avantageuse à celui qui les possède, à cause de la valeur dont ils jouissent, cette rareté, considérée comme une véritable abondance, est encore avantageuse à celui qui ne les possède pas, mais qui possède quelque autre chose, et quelque autre chose de rare. Car en sacrifiant la chose qu'il possède, il peut obtenir en échange le pain et le vin qu'il ne possède pas et dont il a besoin. S'il n'y avait au monde ni pain ni vin, nous serions vainement disposés à sacrifier les valeurs les plus considérables, pour nous en procurer ; mais dès qu'il en existe une certaine quantité qui se trouve en la possession de certaines personnes, les choses que nous possédons et qui ont de la valeur, parce qu'elles sont rares, nous servent à acquérir le pain et le vin dont nous avons besoin. Les propriétaires du pain et du vin sont dans le même cas que nous. C'est un bonheur pour eux que les choses que nous possédons ne soient pas extrêmement rares, qu'elles existent en une quantité quelconque, et qu'ils puissent les acquérir par le sacrifice de leur pain et de leur vin.

Représentons-nous bien ce que c'est que la valeur, et tâchons de nous en faire une idée qui réponde à l'importance du phénomène qu'elle doit exprimer. La valeur, je l'ai déjà dit, est une idée complexe qui suppose une comparaison entre deux objets d'une nature différente, mais qui n'en sont pas moins égaux sous un certain rapport., sous le rapport de la richesse. Elle implique l'exis­tence et tout au moins la possibilité d'un fait particulier qui est l'échange. Par où l'on voit que la valeur ne peut pas se concevoir comme quelque chose de simple, d'unique et d'isolé, mais comme un phénomène multiple et corrélatif à lui-même. En d'autres mots, l'idée d'une valeur quelconque suppose nécessai­re­ment l'existence d'une autre valeur, avec laquelle elle puisse se comparer. Toute valeur n'est valeur qu'à la condition qu'il y aura autour d'elle d'autres valeurs égales, supérieures ou inférieures, avec lesquelles elle pourra s'échan­ger en tout ou en partie. Or puisque la propriété est inséparable de la richesse, la possession d'une valeur et la possibilité de l'échange suffisent pour assurer à chaque propriétaire l'avantage de jouir, quand il le voudra, d'une valeur égale à celle qu'il possède. Et comme cette situation est commune à tous les proprié­taires, il s'ensuit que l'avantage que chacun de nous trouve à posséder une valeur, implique un avantage réel et incontestable pour tous ceux qui ne pos­sè­­dent pas cette valeur, mais qui en possèdent une autre, et qui sont par con­séquent en état d'acquérir, d'un jour à l'autre, par le moyen de la valeur qu'ils possèdent, la valeur qu'ils ne possèdent pas, et dont ils peuvent éprouver le besoin ou le désir. Or j'ai déjà prouvé que tout le monde possède quelque chose, d'où il faut conclure que tout le monde est en état d'acquérir quelque chose qu'il ne possède pas. Ce serait donc outrer la vérité que de regarder la valeur, parce qu'elle vient de la rareté, comme une cause absolue de malheur et de désagrément pour l'espèce humaine, et comme ne pouvant fonder le bon­heur et la richesse d'un peuple ou d'un particulier que sur le malheur et la misère de tous les autres peuples et de tous les autres particuliers.

Pour sentir le vice de cette hypothèse, et l'exactitude de la doctrine que je lui substitue, il suffira, je crois, de revenir, avec quelque attention, sur la différence que j'ai établie entre les deux espèces de richesses, dont l'une consiste dans la possession de ce qui est utile, et l'autre dans la possession des valeurs. Lorsque j'ai dit que la richesse et la pauvreté étaient corrélatives entre nous, j'ai entendu parler de cette richesse qui fait l'objet de l'économie politi­que, et qui se compose d'utilités rares. Si l'on voulait ne voir dans la richesse que les moyens de satisfaire nos besoins, et dans la pauvreté que l'absence de ces mêmes moyens, alors la proposition que j'ai développée dans le chapitre VI, deviendrait tout à fait erronée, et je serais le premier à recon­naître et à pro­clamer que la richesse et la pauvreté sont communes à tous les hommes, et que ce qui affecte, en bien ou en mal, un seul individu de l'espèce humaine, affecte de la même manière l'universalité de ses semblables. Le chapitre sui­vant présentera le développement de cette vérité.

Notes du chapitre 7

Note 34 :

Les analyses poursuivies, à la suite de Dupuit et Gossen, sur la décrois­sance de l'utilité et la rente du consommateur, infirment ce dernier passage d'A. Walras et donnent raison aux développements de Condillac sur la pro­duc­­tivité des échanges et du commerce (cf. Le Commerce et le Gouverne­ment. Oeuvres complètes. Paris, Lecointe & Tourneux, 1821, t. IV, p. 41).

Chapitre VIII

Distinction entre la richesse absolue et la richesse relative. - de la véritable condition de l'homme et de l'humanité, sous le rapport de la richesse.

A prendre les mots dans leur signification la plus éten­due, la richesse consiste, comme je l'ai dit, dans la posses­sion de choses utiles, dans la posses­sion d'objets propres à satisfaire nos besoins. Ainsi, lorsque Adam Smith a dit qu'un homme est riche ou pauvre, suivant les moyens qu'il a de se procurer les besoins, les aisances et les agréments de la vie *, Adam Smith a eu parfai­te­ment raison. Seulement il s'est trompé en croyant avoir saisi le véritable objet de l'économie politique, en donnant à penser que la richesse ne pouvait pas s'entendre d'une autre manière. Et il est certain que si Adam Smith s'était constamment maintenu dans ce point de vue général, il lui aurait été impos­sible d'enrichir l'économie politique d'un ouvrage aussi remarquable que le sien. Aussi Adam Smith a-t-il été le premier à reconnaître qu'il y avait deux espèces d'utilité, l'une qui a de la valeur, et l'autre qui n'en a pas ; et dans tout le cours de son livre, on voit qu'il s'occupe uniquement de la richesse appré­ciable, ou de ce qu'il appelle lui-même la valeur échangeable. Et, en effet, il y a une telle différence entre l'utilité et la valeur, que tous ceux qui ont réfléchi sur la richesse n'ont pu faire autrement que de l'exprimer, d'une manière plus ou moins ouverte, et de consacrer d'avance, par leurs aperçus, les principes que j'ai développés jusqu'à présent. Dans le langage le plus général, on peut dire, et j'en ai déjà fait la remarque, que la richesse consiste dans la possession de choses utiles ; mais dans un langage plus précis et plus scientifique, dans le langage de l'économie politique, en un mot, on n'appelle richesse que l'utilité limitée, que la richesse appréciable, et alors même on fait abstraction de l'uti­lité, pour ne considérer que la rareté et la valeur qui en est la suite. De ces deux espèces de richesses, on peut appeler la première richesse absolue, et la seconde richesse relative (note 35). La pauvreté absolue sera alors le dénue­ment de choses utiles, ou la privation des objets qui peuvent contribuer à la satisfaction de nos besoins. La pauvreté relative sera le manque de valeurs; et la richesse relative elle-même ne sera qu'un degré plus ou moins élevé au-dessus de la pauvreté absolue. Telle est, ce me semble, l'idée que l'on doit se faire des choses, si l'on veut avoir, sur la richesse, un système aussi vrai que complet, et si l'on veut se rendre un compte satisfaisant de la position de l'homme et de l'humanité, sous le rapport de l'économie politique.

La limitation de certaines choses utiles, et la rareté qui en est la suite, con­sidérées d'une manière générale et absolue, sont, comme nous l'avons vu, des phénomènes désavantageux à l'espèce humaine, sous le seul rapport du bien-être matériel, puisqu'elles impliquent le dénuement d'un nombre d'hom­mes plus ou moins grand, et qu'à côté de l'avantage de celui qui possède une valeur, elles placent le désavantage de tous ceux qui ne la possèdent pas et qui la désirent. Mais si la valeur est avantageuse à celui qui la possède, cet avan­tage est entièrement relatif : il est relatif au désavantage de ceux qui ne la possèdent pas et qui en ont besoin ; car l'avantage relatif de celui qui possède une valeur, sur ceux qui ne la possèdent pas et qui en ont besoin, ne le sous­trait point, pour cela, au désavantage général et absolu qui pèse sur l'espèce humaine, par la limitation de certains biens, et par la rareté qui en est la suite. La satisfaction que nous trouvons à posséder une valeur et à en jouir, n'est nullement comparable aux jouissances que nous fait goûter la possession des biens illimités ; car la possession d'une utilité rare ne peut donner que des jouis­sances rares, tandis que la possession des biens illimités n'impose aucune borne, aucune limite à nos jouissances.

On objectera peut-être que la possession d'une valeur, ou d'une utilité rare, a, au contraire, précisément pour effet de soustraire le possesseur de cette utilité au désavantage général et absolu que la valeur et la rareté occasionnent à la généralité des hommes. Je répondrai que la possession des utilités rares ne nous soustrait que pour un teins, et jusqu'à un certain point, aux inconvénients qui sont la suite nécessaire de la rareté. Et, en effet, celui qui possède une quantité quelconque d'utilité rare, et par conséquent une valeur, ne sera jamais aussi riche, par la possession de cette valeur, qu'il l'est réellement, par la jouissance de l'air respirable et de la lumière solaire. Ces derniers biens ne lui manquent jamais. Il en possède, à chaque instant, autant qu'il en désire et même plus. Mais celui qui possède une certaine quantité de pain ou de vin, n'en possède jamais qu'une quantité déterminée, et par conséquent limitée, qui ne peut pas toujours satisfaire à toute l'étendue de ses besoins, et qui ne peut durer qu'un certain temps, puisqu'il est de l'essence des utilités rares, en géné­ral, de se détruire ou de se consommer, par l'usage même que l'on en fait, cho­se qui n'arrive point dans la jouissance des biens illimités. Celui qui a besoin de respirer et d'y voir clair en plein midi, a à sa disposition une quantité plus que suffisante d'air respirable et de lumière solaire ; et celui qui respire aujour­d'hui et qui jouit de la lumière du jour, a la certitude de respirer et de voir clair demain et après-demain, de la même manière et tout aussi à son aise qu'il le fait aujourd'hui, à moins que la mort ne vienne mettre un terme à son exis­tence, ou que, par quelque circonstance extraordinaire, il ne vienne à perdre sa liberté ; deux hypothèses qui ne sont plus du ressort de l'économie politique ; mais quelque quantité de pain ou de vin qu'il ait en sa possession, il n'en a jamais qu'une certaine provision, et il la diminue tous les jours, puisqu'il ne peut vivre sans en consommer, chaque jour, une certaine quantité. L'hom­me le plus riche en utilités rares n'est jamais aussi riche, absolument parlant, que nous le sommes tous par la possession des biens illimités. La richesse qui consiste en utilités rares ou en valeurs, n'est autre chose, comme je l'ai dit, et à parler d'une manière générale et absolue, qu'une moindre pauvreté, ou qu'un degré plus ou moins élevé au-dessus de la misère et du dénuement. On voit des hommes qui possèdent plusieurs millions, et qui ne laissent pas que de travailler du matin au soir pour ajouter encore à leur fortune ; mais où est l'homme qui, dans des circonstances ordinaires, a jamais fait un pas pour augmenter sa provision d'air respirable ou de lumière solaire ? Il suit de là que si l'on voulait exprimer par le mot richesse la plénitude de nos jouissances, la satisfaction complète de nos besoins, il ne faudrait pas donner ce nom à la jouis­sance des biens limités, à la possession des valeurs ; car la possession de toutes ces choses n'est avan­ta­geuse pour nous que d'une manière relative, ou par rapport aux autres hommes qui en éprouvent le besoin et qui n'en jouissent pas comme nous, et il n'y a que les biens illimités qui puissent nous assurer des jouissances complè­tes et à l'abri de toute incertitude (note 36).

L'avantage relatif que chacun de nous trouve. à posséder une valeur, coex­is­te donc évidemment avec le désavantage absolu qu'il éprouve, comme mem­bre de l'espèce humaine, par suite de la valeur et de la cause générale qui la produit. Or ces deux phénomènes sont tellement liés entr'eux que l'un aug­men­te à mesure que l'autre diminue, et réciproquement. Si la rareté du bien que je possède vient à diminuer, je verrai diminuer, sans contredit, la valeur qui était la suite de la rareté ; et l'avantage que j'avais et que j'ai encore à pos­sé­der cette valeur, relativement à ceux de mes semblables qui ne la possèdent point, se trouvera nécessairement affaibli. Mais une chose qui aura diminué en même teins, c'est le désavantage qui résulte, pour l'espèce humaine, de la rareté de certains biens et de la valeur qui en est la suite. Or en ma qualité de membre de l'espèce humaine, je participe évidemment à l'affaiblissement de ce désavantage. Telle est donc notre posi­tion ici-bas, et nous ne devons pas nous y méprendre. La possession d'une valeur nous rend d'autant plus riches, relativement à ceux qui ne possèdent pas cette Valeur et qui en ont besoin, que nous sommes plus pauvres absolument parlant, par la rareté même qui occa­sionne cette valeur ; et notre richesse ab­so­lue augmente à mesure que notre richesse relative décroît. Ainsi, en regar­dant les choses comme on doit le faire, on voit que la valeur est désavan­tageuse, absolument parlant, non-seulement à ceux qui ne la possèdent point, mais à celui-là même qui la possède, ou que l'avantage relatif de celui qui pos­sè­de une valeur implique le désavantage abso­lu de ne posséder qu'une utilité rare, et de ne pouvoir en jouir d'une ma­nière aussi large et aussi étendue qu'il le ferait d'un bien illimité.

Qu'on ne m'accuse pas de paradoxe, lorsque je dis que la valeur ne donne qu'un avantage relatif, et qu'elle implique un désavantage absolu, même pour celui qui en est le possesseur. Il n'est pas rare de voir des hommes qui sentent et apprécient fort bien l'inconvénient d'une valeur dont ils sont eux-mêmes propriétaires. Le haut prix de l'objet qu'ils possèdent leur paraît un obstacle à ce qu'ils en jouissent, et ils se privent souvent d'une satisfaction qui entraîne­rait une consommation trop grande pour eux, une dépense disproportionnée à leur fortune. Les carrossiers ne sont pas ceux qui usent les voitures, et les fabricants de bijoux ne sont pas ceux qui s'en servent le plus. Les pâtissiers et les confiseurs ne sont pas ceux qui mangent le plus de pâtés et de confitures. Donnez à un pauvre manouvrier un habit neuf d'un prix considé­rable, il se gardera bien de l'employer à son usage ; il se hâtera, au contraire, de l'échan­ger contre une multitude de choses qui lui offriront, sous la même valeur, une plus grande somme d'utilité, et qui sans augmenter sa richesse relative, le rendront cependant plus riche, absolument parlant. Il consentira à être moins bien vêtu, pour être mieux nourri, mieux logé, etc. En un mot, il éparpillera sur ses divers besoins la valeur qu'il n'est pas assez riche pour consacrer à la satisfaction d'un seul. Si l'habit qu'il possède valait beaucoup moins, il pourrait goûter le plaisir de s'en servir, parce qu'il pourrait conserver l'espoir de le remplacer facilement, lorsqu'il l'aurait usé.

Si l'avantage relatif de posséder une valeur, implique, même pour son pos­ses­seur, le désavantage absolu qui dérive de la rareté, il n'est pas moins certain que le désavantage relatif de ceux qui ne possèdent pas telle valeur, par rap­port à ceux qui la possèdent, implique, en faveur des premiers, l'avantage absolu de savoir que la chose qu'ils ambitionnent, ou dont ils éprouvent le be­soin sans la posséder, existe entre les mains de certaines personnes qui pour­ront leur en céder l'usage ou la propriété, moyennant le sacrifice qu'ils consen­tiront à faire des valeurs qu'ils possèdent et que les autres ne possèdent pas. Certes, il vaudrait mieux pour moi que telle maison de la rue Richelieu ou de la rue Saint-Honoré, m'appartînt, plutôt que d'appartenir à son propriétaire actuel ; mais puisque je ne suis pas le maître de cette maison, c'est encore un bonheur pour moi qu'elle existe et qu'elle appartienne à quelqu'un. Car en sacrifiant quelque chose de ce que je possède, ou de ce que je puis posséder par la suite, je puis devenir propriétaire de cette maison, tandis que si elle n'exist­ait pas, je serais vainement disposé à sacrifier les valeurs que je possè­de, pour m'en procurer la jouissance. Ainsi l'avan­tage relatif de ceux qui pos­sè­dent une valeur et le désavantage relatif de ceux qui ne la possèdent point, impliquent un avantage absolu pour ces der­niers ; car si la limitation de cer­taines choses utiles est un inconvénient réel, par rapport à notre bien-être matériel, cette limitation est encore préférable à la nul­lité ; et il vaut mieux qu'il y ait des biens limités quelque part, quelle qu'en soit d'ailleurs la rareté, et quelque valeur qu'ils puissent avoir,. que s'il n'en existait point du tout, et qu'on ne pût s'en procurer d'aucune manière.

On a donc eu raison de dire que le pauvre est aussi intéressé à la conser­vation de la richesse que le riche lui-même, en entendant toujours par la ri­ches­se, la possession des utilités rares. Nous sommes tous intéressés à l'abon­dance ; et la rareté de certains biens nous est toujours nuisible, soit que ces biens soient en notre possession, soit qu'ils se trouvent en la possession d'au­trui. Et, en effet, la rareté et la valeur qui en est la suite, nous empêchent sou­vent de consommer les utilités rares qui nous appartiennent, et elles nous empêchent d'acquérir celles qui ne nous appartiennent pas. On n'a donc pas tout dit en avançant que la richesse et la pauvreté sont corrélatives entre nous. Cette proposition n'est vraie que d'une manière relative, et eu égard à la richesse limitée, à celle qui fait l'objet de l'économie politique. Mais si l'on entend, par la richesse, la possession des choses utiles, en général, et les moyens de satisfaire à nos divers besoins, et, par la pauvreté, l'absence de ces mê­mes choses, le manque de tous ces moyens, on n'aura pas de peine à se convaincre que la richesse et la pauvreté, envisagées de cette manière,, nous sont communes, et que, par une espèce de solidarité qui existe entre tous les hommes, nous souffrons du malheur des autres, comme nous jouissons de leur prospérité.

La France est peut-être plus riche que l’Espagne, de cette richesse relative qui fait l'objet de l'économie politique, c'est-à-dire qu'elle possède un plus grand nombre d'utilités rares, une plus grande somme de valeurs; et cependant la pauvreté relative de l’Espagne contribue à la pauvreté absolue de la France, et la richesse relative de la France fait jusqu'à un certain point la richesse abso­lue de l’Espagne. Lorsque nous trafiquons avec l’Espagne, nous en recevons sans doute des valeurs égales à celles que nous lui donnons ; mais les valeurs qu'elle nous donne vau­draient moins, si elles étaient moins rares. S'il y avait en Espagne plus d'abon­dance nous recevrions, avec la même valeur, une plus grande somme d'utilité. Ainsi dans le commerce que nous fai­sons avec l'Espagne, nous donnons plus et nous recevons moins, absolu­ment parlant, quoique, sous le point de vue relatif, les deux termes de l'échange puissent être égaux. Le peu de biens que possèdent les Espagnols nous coûte fort cher, absolument parlant, lorsque nous voulons l'acquérir, et les Espagnols gagnent à trafiquer avec nous qui sommes en état de les bien payer. S'ils étaient plus riches, relativement par­lant, ils feraient un gain absolu moins disproportionné. Ils nous donneraient un meilleur prix de nos marchandises ; en d'autres ter­mes, ils nous donneraient autant de valeurs et plus d'utilité. Ce que nous disons des Espagnols, ceux-ci peuvent le dire également de nous. Si en étant aussi riches en valeurs, nous étions plus riches en utilité, les Espagnols troqueraient leur bien contre le nôtre, avec un avantage absolu plus grand pour eux. « C'est un très grand malheur que d'être pauvre, dit avec raison M. Say; mais ce malheur est encore plus grand, lorsqu'on n'est entouré que de pauvres comme soi *. » Les valeurs que nous sommes obligés de sacrifier, pour obtenir les guenilles du mendiant, si par hasard nous en avons besoin, ne nous profitent pas autant évidemment que si nous pouvions les échanger con­tre une plus grande somme d'utilité qui aurait la même valeur. Aussi le véri­table remède à notre situation écono­mique, ne se trouve-t-il pas, comme on l'a cru, dans l'enrichissement d'un seul, au détriment de tous les autres, mais dans l'enrichissement simultané de tous les hommes et de toutes les nations, ou dans la lutte Collective de tous les peuples et de tous les individus contre la rareté de certains biens, et contre la valeur qui en est la suite. C'est une vérité sur laquelle j'insisterais avec plaisir, si je ne la croyais pas désor­mais à l'abri de toute contestation.

Mais quelque conviction qu'on puisse avoir acquise à ce sujet, il n'est pas moins aisé de voir que, dans le sens de l'économie politique, la richesse et la 'pauvreté sont des phénomènes corrélatifs, et que la valeur qui ,constitue la richesse de ceux qui la possèdent, constitue la pauvreté de ceux qui ne la possèdent pas et qui en ont besoin. Aussi voyons-nous que pour obtenir une valeur dont nous ne sommes pas propriétaires, il nous faut faire le sacrifice d'une valeur égale que nous possédons, et que nous ne pouvons acquérir une richesse proprement dite, qu'en nous dépouillant d'une autre richesse. Cette situ­a­tion, je le répète, n'est pas méprisable, et ne doit pas nous décourager. Elle sert puissamment à aiguillonner notre industrie, et à entretenir parmi les hommes les relations de la société. Mais enfin la valeur n'est pas le signe d'une richesse absolue. Son existence laisse toujours une place à la pauvreté. Or, à ne considérer que notre bien-être matériel et nos avantages économiques, il serait bien plus agréable de pouvoir jouir de tout ce que nous désirons, comme nous jouissons de la lumière du soleil et de toutes les forces gratuites de la nature. « Nous serions tous infiniment riches, dit M. Say, dont les écrits fourmillent d'observations pleines de justesse, et dont je me plais, comme on le voit, à invoquer l'autorité, nous serions tous infiniment riches, si tous les objets que nous pouvons désirer ne coûtaient pas plus que l'air que nous respirons ; et notre indigence serait extrême si les mêmes objets coûtaient infiniment cher, si nous n'avions aucun moyen d'atteindre à leur prix *. » Entre ces deux situations diamétralement opposées, se trouve la véritable place de l'humanité. Elle possède des richesses infinies qui ne lui coûtent rien, et qui ne lui man­quent jamais. Elle en possède d'autres qui sont rares ou limitées, qui n'appar­tien­nent pas à tout le monde, qui ne s'acquièrent que par des échanges, c'est-à-dire par des sacrifices, et qui se détruisent, ou qui se consomment, en général, par l'usage même que l'on en fait. Ce sont ces dernières qui consti­tuent les richesses proprement dites, ou les valeurs, et ce sont elles que les économistes étudient, pour nous apprendre à les multiplier et à les reproduire.

Notes du chapitre 8

Note 35 :

35) Pour de plus amples développements de l'auteur sur cette distinction entre la richesse absolue, individuelle et la richesse relative, sociale, cf. l'arti­cle précité (note 22) : Revue étrangère et française de législation et d'éco­nomie politique, p. 356.

Note 36 :

36) Pour une critique de ces développements, basée sur le fait psycho­logique que la rareté d'un objet est de nature à accroître fréquemment la jouis­sance éprouvée par son possesseur, en raison même de cette rareté, cf. Pirou, op. cit., p. 64.