De la nature de la richesse et de l’origine de la valeur

Auguste Walras (1801-1866)

De la nature de la richesse et de l’origine de la valeur (1831) augmenté de notes inédites de Jean-Baptiste Say

Paris : Librairie Félix Alcan, 1938, 346 pages.

Table des matières

Avant-propos de l'auteur, 1831

De la nature de la richesse et de l'origine de la valeur

Chapitre 1 : Objet de l'économie politique. Définition de la richesse
Chapitre 2 : De la valeur et de son origine. - ce que c'est que l'utilité. - de la distinction établie par M. Say, entre l'utilité matérielle et l'uti­lité immatérielle. - Ce qu'il faut penser de cette distinction.

Chapitre 3 : La valeur ne vient pas de l'utilité; elle vient de la rareté. – dis­tinc­tion entre les biens illimités et les biens limités. - ces der­niers sont les seuls qui aient de la valeur. - réfutation de la doctri­ne de M. Say, sur l'influence de l'utilité, en économie po­litique.
Chapitre 4 : Des choses coercibles et des choses incoercibles. - des riches­ses appréciables et des richesses inappréciables. - rapport entre la théorie de la richesse et celle de la propriété ; identité de leur objet. - observations sur un passage de M. Ganilh et sur deux passages de M. Say.

Chapitre 5 : Du véritable objet de la propriété et de la richesse. - distinction entre le droit naturel et l'économie politique. - de la nécessité de diviser les richesses en plusieurs espèces, et du principe (qui doit servir de base a cette division. - de l'opposition établie par M. SAY entre la richesse naturelle et la richesse sociale. - vice de cette opposition. - l'économie politique est la science de la valeur.
Chapitre 6 : Caractères opposés de la valeur et de l'utilité - désavantage éco­no­mique occasionné par la valeur et par la cause qui la pro­duit. - la richesse et la pauvreté sont corrélatives.

Chapitre 7 : De la distribution naturelle de la richesse et de la valeur qui la constitue entre tous les peuples de l'univers et entre tous les membres de l'espèce humaine. - réfutation du système exclusif.
Chapitre 8 : Distinction entre la richesse absolue et la richesse relative. - de la véritable condition de l'homme et de l'humanité, sous le rap­port de la richesse.

Chapitre 9 : Opinion de M. GANILH sur l'origine de la valeur Examen et réfutation d'un passage de M. Massias
Chapitre 10 : Examen d'un passage de M. SAY. - du monopole considéré comme un effet de la propriété et de la rareté.
Chapitre 11 : La valeur n'est pas proportionnée a l'utilité mais a la rareté. -l'utilité considérée dans son intensité et dans son extension. - que l'extension de l'utilité est le seul principe qui ait de l'in­fluence sur la valeur.
Chapitre 12 : Distinction entre l'utilité directe et l'utilité indirecte. - la valeur ne vient pas du travail. - insuffisance de la doctrine d'Adam Smith, pour expliquer l'origine de la valeur.

Chapitre 13 : De la production et des différentes espèces de services pro­duc­tifs. - la valeur ne vient pas des frais de production. - réfutation de la doctrine de Ricardo sur l'origine de la valeur et sur la rareté.
Chapitre 14 : De la doctrine de M. Say comparée a celle de Smith et de Ricardo. - avantage de la première sur la seconde. - incon­vé­nients de l'une et de l'autre.

Chapitre 15 : Confirmation des principes exposés dans les chapitres précé­dents, par des passages empruntés a différents auteurs.
Chapitre 16 : De la quantité offerte et de la quantité demandée. - Que le rap­port de l'offre a la demande n'exprime pas autre chose que la rareté, et peut être considéré comme la cause et la règle de la valeur. - distinction entre la demande et l'offre absolues, et la demande et l'offre réelles. - c'est pour avoir confondu ces deux espèces d'offre et de demande, que David Ricardo a nié l'in­fluence de la quantité demandée et de la (quantité offerte sur la valeur.

Chapitre 17 : Suite du chapitre précédent. - examen et réfutation de la doc­trine de M. Garnier sur le rapport de l'offre à la demande et sur la rareté.
Chapitre 18 : Idée précise de la rareté. - la richesse proprement dite est une gran­deur appréciable. - l'économie politique est une science ma­thématique. - de la nécessité d'une unité de mesure de la va­leur, et de l'existence de cette unité, chez tous les peuples de l'univers et a toutes les époques de l'histoire. - distinction entre le numéraire et la monnaie.

Chapitre 19 : De la population et du marché. - distinction entre l'influence de la richesse absolue sur la population, et l'influence de la popu­lation sur la richesse relative. - du marché considéré comme une troisième expression de la limitation ou de la rareté.
Chapitre 20 : En quel sens il est vrai de dire que la valeur augmente avec l'étendue du marché. - qu'il y a toujours deux quantités a consi­dérer dans l'appréciation de la rareté et de la valeur qui en est la suite.

Annexes

No 1. Rapport de l'auteur sur son ouvrage (juin 1831)

Voir texte séparé de Auguste Walras intitulé : «Rapport fait à la Société d’Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres du département de l’Eure dans sa séance du 2 juin 1831 sur un ouvrage actuellement sous presse, chez M. Ancelle fils, intitulé :

De la valeur de la richesse et de l’origine de la valeur

Par M. Auguste Walras,

Élève de l’ancienne École Normale,

Professeur de Rhétorique à Évreux. »

No 2. Mémoire sur l'origine de la valeur d'échange (1849)

Voir texte séparé de Gaston Leduc intitulé : « MÉMOIRE sur l’origine de la valeur d’échange ou Exposition critique et réfutation des opinions les plus accréditées, chez les économistes, sur cette question.

Lu par l’auteur à l’Académie des Sciences morales et politiques

(Séance du 15 septembre 1849). »

DE LA NATURE DE LA RICHESSE ET DE L'ORIGINE DE LA VALEUR

par M. AUGUSTE WALRAS ; Élève de l'ancienne École Normale ; Professeur de Rhétorique au Collège d'Évreux.

PARIS; ALEXANDRE JOHANNEAU, LIBRAIRE ; Rue du Coq-Saint-Honoré, n 8 (bis) 1831

AVANT- PROPOS DE L'AUTEUR

C'est en me livrant à des recherches philosophiques sur la nature et l'ori­gine de la propriété, que j'ai été conduit sur le terrain de l'économie politique. Les principes de cette dernière science ne m'étaient que très imparfaitement connus, lorsque j'essayai, pour la première fois, de résoudre une des questions les plus importantes du droit naturel, et d'arriver à une bonne théorie du domaine personnel de l'homme sur les choses. Mais malgré mon ignorance primitive, au sujet des matières économiques, je me croyais en droit de penser qu'il y avait des rapports intimes entre la théorie de la propriété et la théorie de la richesse, et j'étais loin de me dissimuler que, quels que fussent les résul­tats moraux auxquels pourraient me conduire mes réflexions sur la nature du domaine et sur les formes de la possession, il me serait impossible de légi­timer mes principes aux yeux des autres et à mes propres yeux, tant que je n'aurais pas trouvé la contre-épreuve de mes opinions dans les doctrines de l'Économie politique, et dans les vérités qu'il n'appartient qu'à elle de nous enseigner. Ce dernier point me paraissait, au reste, assez facile à obtenir ; car je m'étais imaginé, je ne sais sur quel fondement, que la science de la richesse était une science fort avancée, presque parfaite, et qu'il ne fallait à un homme d'un esprit ordinaire et d'un sens droit, qu'un peu de soin et de travail, pour s'édifier assez promptement sur le mécanisme industriel de la société. La réputation des économistes était si bien établie dans mon esprit, et ce que je savais, par ouï-dire, de leurs ouvrages, m'avait tellement prévenu en leur faveur, que je me flattais de trouver sans peine, dans leurs écrits, tout ce qu'il me serait nécessaire d'emprunter à l'économie politique, pour étayer mes idées sur la propriété, et pour vérifier les résultats que j'aurais obtenus de mes recherches. Aussi dès que je fus parvenu à une espèce de système sur la nature et l'origine de la propriété, et que je crus avoir rencontré des principes assez nouveaux pour être regardés comme des paradoxes, et assez hardis, à mes propres yeux, pour ne pouvoir être avancés qu'avec beaucoup de précaution, je me hâtai de cher­cher chez les économistes quelques maximes, ou, pour mieux dire, quelques axiomes qui pussent me fortifier dans ma doctrine, ou m'y faire renoncer entièrement : persuadé, comme je l'étais, que ma méthode était aussi facile que régulière, et qu'il me suffirait d'ouvrir quelques livres d'économie politi­que, un peu avantageusement connus, pour y voir toutes mes idées sur la pro­priété se convertir en principes incontestables, ou en bizarres -rêveries qui ne mériteraient plus de trouver le moindre accès d'ans mon esprit.

Qu'on juge, si on le peut en ce moment, du désappointement que j'éprou­vai, lorsque, ayant entrepris de consulter les principaux ouvrages qui traitent de l'économie politique, je trouvai, chez les divers auteurs auxquels nous les devons, autant ou plus d'obscurité, sur la nature de la richesse et sur son origi­ne, que j'en avais déjà trouvé, chez les publicistes, sur la nature et l'origine de la propriété.; lorsque je découvris, au fond de leurs doctrines, des erreurs tout aussi déplorables que celles qui ont fait du droit naturel un véritable champ de bataille, où toutes les opinions viennent se combattre et s'entre-choquer ; lors­que je crus apercevoir, entre les différentes écoles d'économistes, des di­ver­gen­ces si remarquables, et, dans les ouvrages même d'un seul auteur, des contradictions si palpables, qu'elles me firent soupçonner, avec juste raison, qu'elles tenaient à une ignorance générale sur les premiers principes de la scien­­ce et sur la nature même de l'objet qui sert de base aux théories écono­mi­ques ! Ceux qui sont un peu versés dans l'étude de l'économie politique, et qui n'ignorent pas les querelles qui divisent les écrivains des différentes écoles, ne trouveront peut-être pas mon langage exagéré, et ne voudront pas croire, je l'espère, qu'il y ait dans mes expressions le Moindre sentiment d'aigreur ou de dépit. Ils n'auront pas besoin que je déroule à leurs yeux le tableau des erreurs, des omissions et des contradictions qui fourmillent dans les écrits des divers économistes. Il suffit d'avoir parcou­ru les ouvrages, d'ailleurs si remarquables, de MM. Say, de Tracy, Ganilh, Massias et de Sismondi (note 1), sans parler des économistes étrangers pour se convaincre qu'il n'y a que peu de points, dans la science de la richesse, sur lesquels tous ces auteurs se trouvent d'ac­cord, et pour en conclure que l'écono­mie politique, loin d'être arrivée à son dernier progrès, en est encore à ses premiers essais, et que si l'on peut trouver, dans les divers ouvrages qui lui ont été. consacrés, un grand nombre d'opi­nions saines et beaucoup de détails ingé­nieux et exacts, il serait au moins très difficile à qui que ce soit d'en extraire quelque chose qui ressemblât à un corps de doctrine bien solide et bien déterminé, ou, en un mot, à une véritable science.

La chose étant, ou me paraissant être telle que je viens de le dire, il me fut par conséquent impossible à moi-même de trouver dans l'économie politique, telle qu'elle est enseignée de nos jours, une confirmation ou une réfutation quelconque de mes idées sur la propriété. Force me fut de m'arrêter dans mes recherches morales, et de suspendre toute espèce de jugement, sur la nature du domaine et sur son origine, sur son application et sur les formes dont elle est susceptible, jusqu'à ce que mes propres réflexions m'eussent appris comment les idées que j'avais conçues, à ce sujet, pouvaient s'accorder avec une bonne théorie de la richesse, et comment les principes du droit naturel, tels que je me les figurais, pouvaient s'autoriser et se défendre par des considérations em­pruntées à un autre ordre d'idées qu'à celui de la justice. Je laissai donc de côté pour un moment, le système que je m'étais fait sur la propriété, et je m'enfon­çai plus sérieusement dans l'étude de l'économie politique, avec la ferme réso­lution de ne renoncer à ce nouveau travail, qu'après avoir découvert et répa­ré, autant qu'il serait en mon pouvoir, le vide des systèmes d'économie politique connus et publiés jusqu'à ce jour. Le découragement que j'avais éprouvé, à la premiè­re lecture des ouvrages qui traitent de cette science, fit bientôt place à une nouvelle ardeur, et, à moins que je ne me trompe grossièrement, il me semble que je fus assez tôt et assez bien récompensé de mon zèle, par les pre­miers résultats que j'en obtins.

Et d'abord, ce fut avec la plus vive satisfaction que je reconnus la vérité et la rectitude du sentiment qui m'avait conduit à penser que le droit naturel et l'économie politique avaient un point de contact très réel et très remarquable. La divergence et l'imperfection des principales doctrines économiques n'a­vaient nullement affaibli dans mon esprit la confiance que j'avais mise dans cette opinion que la théorie de la propriété était étroitement liée à celle de la richesse. Mes études subséquentes me fortifièrent, de plus en plus, dans cette idée, qui, d'une espèce de préjugé qu'elle avait été pour moi, dans le principe, devint, pour ainsi dire et en très peu de temps, un article de foi fondé sur une mûre réflexion. Et, en effet, après avoir examiné quelque temps la nature de la richesse, l'idée de la valeur qui la caractérise, et la source de cette valeur, je restai convaincu, et je le suis encore, que le rapport que j'avais entrevu, dès l'ori­gine de mes investigations entre la théorie de la richesse et celle de la propriété, était fondé sur l'identité même de leur objet. Telle fut la découverte, assez précieuse, ce me semble, qui confirma mes premiers pressentiments, et qui ne me permit plus de séparer l'étude de la propriété de celle de la richesse, mais qui m'obligea, au contraire, à mener de front la question du domaine personnel et les principes de l'économie politique.

Le rapport qui existe entre ces deux espèces de recherches, consiste, com­me je le crois, et comme je le dis, dans l'identité même de leur objet, ou dans la similitude absolue des choses sur lesquelles portent l'une et l'autre théorie. Non que je prétende, ce qu'à Dieu ne plaise, que le droit naturel et l'économie politique soient une seule et même science. Je sais que chacune d'elles se fon­de sur des considérations diverses, et qu'elles se forment et se développent dans deux sphères excentriques, dans deux ordres d'idées bien distincts et bien délimités, dont l'un a pour objet l'utile, et l'autre le juste. Jamais je ne confon­drai l'intérêt avec le devoir, ou le sensible avec le rationnel. Mais ce que je veux dire ici, et ce que j'ai tâché de démontrer, dans le courant de cet ouvrage, c'est que la richesse et la propriété ont leur origine commune dans un même fait qui n'est pas autre, à mon avis, que la limitation de certains biens ou la rareté de certains objets utiles ; c'est que les choses qui ont de la valeur et qui constituent la richesse proprement dite, ou la richesse sociale, comme on l'ap­pelle quelquefois, sont exactement les mêmes choses qui tombent dans la sphère du domaine personnel, et qui deviennent l'objet de la propriété. Or, ce principe étant une fois admis et reconnu, on ne peut plus s'empêcher de déduire, par une conséquence irrésistible, que l'étude de la propriété et celle de la richesse doivent s'éclairer mutuellement, et qu'elles ne peuvent rester isolées l'une de l'autre, sans se condamner à une profonde et éternelle obs­curité.

Mais il ne suffit pas de dire que le droit naturel et l'économie politique doivent se prêter un mutuel appui. Il faut encore savoir quelle est, de ces deux sciences, celle qui doit servir de fondement à l'autre, celle qui est antérieure à l'autre, logiquement parlant. Après avoir signalé l'alliance qui existe entre la théorie de la richesse et celle de la propriété, il reste à déterminer dans quel ordre il convient de présenter les principes de ces deux sciences. Les raisons qui doivent nous guider dans ce choix ne peuvent se puiser ailleurs que dans la parfaite connaissance du rapport qui unit les deux théories. Or, je l'ai dit et je le répète, ce qui rapproche la théorie de la richesse de celle de la propriété, c'est précisément la similitude absolue, l'identité essentielle des choses qui leur servent d'objet. Parmi les biens dont l'homme jouit ici-bas, il y en a qui se distinguent des autres par un caractère spécial et particulier qui est celui de la limitation ou de la rareté. Cette limitation dont certains bien se trouvent affec­tés, produit chez eux un double phénomène : c'est elle qui leur donne de la valeur, et c'est elle aussi qui les rend appropriables. C'est donc à la limitation de certains biens qu'il faut rapporter et l'origine de la richesse et celle de la propriété. Maintenant il reste à savoir quel est, de ces deux caractères, celui qu'on doit décrire le premier. Or il me paraît évident que si nous voulons procéder logiquement, et nous ménager une lumière plus abondante, il faut commencer par décrire le phénomène de la valeur ; car c'est lui qui peut être considéré comme la cause de l'appropriation. Et, en effet, la propriété se fon­de, ce me semble, sur l'idée de la richesse. Je m'explique. La valeur seule rend la possession avantageuse, et une possession avantageuse est la seule qui puis­se ou qui veuille se légitimer. Qui voudrait être propriétaire, n'était la valeur dont jouit sa propriété, et l'avantage que lui procure cette valeur ? A quoi pourraient servir des lois sur la propriété, si ce n'est à garantir aux proprié­taires l'avantage qui résulte pour eux de la valeur des choses qu'ils possèdent ? C'est donc à la valeur à rendre compte de la propriété, à l'expliquer et à la motiver. C'est à l'économie politique qu'il appartient d'éclairer le droit naturel, plutôt qu'il n'appartient au droit naturel d'éclairer l'économie politique. Le phénomène de la valeur est la conséquence la plus immédiate et la plus importante qui ressorte du fait de la limitation. Sans doute l'appropriabilité en ressort tout aussi promptement et d'une manière tout aussi néces­sai­re ; mais, encore une fois, ce n'est pas dans l'appropriabilité des choses, c'est dans leur valeur que gît, pour chacun de nous, le véritable avantage qui se ren­contre dans la possession des biens limités. Telle est la première considération qui me porte à accorder à l'économie politique une priorité logique sur l'étude du droit naturel, ou, pour mieux dire, sur celle de la propriété, qui ne forme qu'une partie du droit naturel.

Une autre observation me confirme dans cette idée : c'est la comparaison du juste et de l'utile. Évidemment l'idée de l'utilité a quelque chose de plus étendu que celle de la justice ; car tout ce qui est utile n'est pas juste, et il n'y a qu'un certain nombre de faits qui soient justes et utiles en même temps. La justice est une exception à l'utilité et., en toutes choses, l'étude de la règle doit précéder celle de l'exception. Ainsi les notions du droit naturel sont subordon­nées aux principes de l'économie politique, sinon dans leur essence et dans leur origine, au moins dans leur application et dans leur développement (note 2).

On voit, par ce qui précède, combien je m'étais d'abord abusé, et combien on s'abuserait, à mon exemple, en entreprenant de résoudre la question de la propriété, sans avoir la moindre connaissance sur la valeur, sur sa nature et sur son origine, et comment on se condamnerait à une obscurité perpétuelle, tant qu'on voudrait raisonner sur le droit naturel, sans avoir acquis au préalable des idées nettes et précises sur les matières qui font l'objet de l'économie poli­tique. Plus on méditera sur la nature de l'homme et sur sa position ici-bas, plus on aura lieu de se convaincre que la théorie de la justice est la dernière con­quête de l'intelligence, la plus belle et la plus haute manifestation de la pensée humaine, et que toute législation, pour être bonne et salutaire, présuppose une multitude de connaissances physiques et mathématiques qui peuvent bien paraître d'abord complètement étrangères aux idées du droit et du devoir, mais qui n'en sont pas moins indispensables pour nous conduire sûrement à une bon­ne théorie de la justice. Qu'on se résigne donc à une néces­sité contre la­quel­le il serait inutile et dangereux de se raidir : qu'on ne se lasse point de comparer l'idée d'utilité avec celle de la justice, et de perfec­tionner les unes par les autres, les notions que l'on peut acquérir sur les divers objets qui inté­res­sent l'humanité.

Si les considérations que je viens d'exposer ne paraissaient pas suffisantes pour établir la rectitude de ce procédé, il serait, je crois, très facile d'en ache­ver la démonstration, en jetant un coup d’œil sur l'histoire du droit naturel. Je ne crains pas d'être contredit par beaucoup d'hommes réfléchis, en affirmant que si l'on trouve encore tant de lacunes et tant d'imperfections dans les théo­ries du droit naturel, en général, et dans celles de la propriété, en particulier, c'est parce que les publicistes sont restés trop longtemps étrangers aux princi­pes de l'économie politique, et que leur ignorance sur la nature de la richesse et sur son origine, a été un obstacle continuel à ce qu'ils pussent établir une bonne théorie du domaine personne (note 3).

Mais s'il est vrai que les principes du droit naturel doivent s'appuyer sur ceux de l'économie politique, il ne faudrait pas conclure de là (et ce que j'ai déjà dit écarte suffisamment une pareille idée) que les économistes actuels puis­sent fournir beaucoup de lumière aux publicistes. La répugnance ou l'in­dif­fé­rence que ces derniers ont pu éprouver pour les doctrines économiques, trouverait au besoin sa justification dans l'incohérence de ces doctrines, et dans les nombreuses contradictions échappées à ceux qui les ont établies. En sorte qu'on ne peut admettre que la théorie de la propriété doit se fonder sur la théorie de la richesse, sans ajouter que celle-ci est à refaire, et qu'elle exige une complète réédification.

Il y a donc une belle tâche à remplir pour celui qui saura vouer le même culte au droit naturel et à l'économie politique. C'est d'établir la théorie de la richesse, et d'en déduire ensuite la théorie de la propriété. Tel est aussi le but que je me suis proposé d'atteindre (note 4), et que je signale en même temps à l'ambition de ceux qui s'intéres­sent au succès des sciences morales et politi­ques. La vue de l'isolement et de la discordance qui ont existé longtemps, et qui existent encore aujourd'hui, entre les publicistes et les économistes, loin de me détourner de mes pre­miè­res recherches, m'a fait sentir le besoin de les étendre et de les multiplier. La vue plus affligeante encore du peu d'accord qui existe, parmi les économistes, loin de me faire renoncer à mes idées sur la propriété, m'a inspiré, au con­traire, le désir de les vérifier, à quelque prix que ce fût. Si les longueurs que j'ai éprouvées, et auxquelles je me suis soumis volontairement, m'ont retardé dans la recherche de la vérité, relativement au système de la propriété, elles ne m'ont pas fait abandonner la question à la solution de laquelle j'avais d'abord consacré tous mes efforts ; mais, par une juste compensation de ma prudence et de ma retenue, elles m'ont offert l'occasion de fortifier et de compléter ma théorie du domaine personnel, par une théorie non moins exacte de la ri­ches­se. Ainsi mon point de vue primitif a été agrandi plutôt que changé. Je suis sorti, pour un moment, du droit naturel, afin d'y revenir ensuite plus à-propos, avec plus de force et d'autorité, riche des faits que j'aurais empruntés à l'éco­no­mie politique, et des lumières dont je lui serais redevable. Sans répudier, en aucune manière, les idées du droit et du devoir, et les principes de la morale et du droit naturel qui s'appliquent à la possession des choses, sans renoncer au système que je m'étais fait à ce sujet, je me suis attaché à trouver d'abord une bonne théorie de la richesse, con­vain­cu, comme je l'étais alors, et comme je le suis encore aujourd'hui, que cette dernière étude doit précéder l'autre et lui servir de fondement. La tâche que je me suis imposée à ce sujet, a été longue et difficile. Il suffira, pour en juger, de vouloir bien penser, d'après ce que j'ai dit, que les ouvrages des écono­mistes, j'entends ceux des plus distingués, ne m'ont, fourni que des documents erro­nés, des matériaux incomplets, et que j'ai été obligé de refaire complè­tement, ou à, peu près, la théorie de la valeur, ou la science de la richesse, pour y trouver un fondement solide à la théorie de la propriété. Le travail même dont je parle n'est pas précisément terminé, et quoiqu'il soit assez avan­cé pour m'inspirer quelque confiance dans les résultats que j'en ai obte­nus, et dans ceux que je pourrai en obtenir par la suite, je ne puis pas affirmer qu'il con­tienne déjà toute la matière d'un traité d'économie politique.

J'entreprends aujourd'hui de mettre le publie dans la confidence des pre­miers pas que j'ai tenté de faire pour sortir des routes battues par les écono­mis­tes qui m'ont précédé. Le premier point à établir, c'était l'objet même de l'économie politique ; les premiers faits à étudier, c'étaient la nature et l'ori­gine de la richesse. Ces deux questions dominent toutes les autres, et tant qu'elles ne seront pas résolues d'une manière satisfaisante, il n'y aura, ni pour l'économie politique, ni pour le droit naturel, aucune chance de progrès. L'es­sai que je publie en ce moment doit donc être considéré comme le fondement d'un édifice qui contiendra, dans son enceinte, une théorie complète de la richesse, de la valeur qui la caractérise et des idées qui s'y rapportent, et, ce qui n'est ni moins précieux ni moins urgent, une théorie également complète, et parallèle à la première, de la propriété ou du domaine personnel (note 5). A ce titre, on ne voudra pas, je crois, en nier l'importance ; et si le sujet parais­sait trop grave, et le fardeau trop pesant pour moi, je répondrais à mes lecteurs que les questions que je viens de leur signaler, et dont j'ai entrepris la solution, sont devenues l'affairé capitale de ma vie morale et intellectuelle, le but le plus ardemment poursuivi de mon ambition philosophique, et que mon âge, si par hasard on y fait attention, peut, à tout prendre, être considéré comme une garantie de ma franchise et de ma bonne foi. Quant à la déter­mi­nation que je prends aujourd'hui, en séparant cette partie de mon travail de tout ce qui la suit et la complète, dans mon esprit, elle offrira, je l'espère, une preuve assez convaincante de ma circonspection et de ma déférence pour le publie ; car si je présente isolément les idées qui forment et constituent mon point de départ, dans la carrière que je me suis tracée, on comprendra facile­ment que je cède au besoin de voir ces idées fortifiées par l'approbation des savants. Quelque confiance que je puisse avoir placée dans les principes que j'ai analysés avec beaucoup de soin et de patience, je n'ignore pas que tous les hommes ont plus d'esprit qu'un seul, et que si la vérité se révèle et se mani­fes­te nécessairement et primitivement dans une intelligence individuelle, ce n'est que par l'assenti­ment universel qu'elle peut prétendre à acquérir le caractère de la certitude. Je ne serai sûr de moi-même, je n'ajouterai foi pleine et entière à ma doctrine qu'autant qu'elle n'aura éprouvé aucune contradiction raisonna­ble de la part de ceux qui sont mes juges naturels dans ces matières ; et en attendant le résultat de ma démarche, à ce sujet, je bornerai à ce volume la publication de mes, travaux sur l'économie politique et le droit naturel ; car il ne pourrait y avoir, de ma part, qu'une témérité aussi périlleuse que déplacée à multiplier des volumes dont toute la force consisterait dans des principes incertains. C'est parce que j'ai le désir de bâtir sur un fondement inébranlable, que je soumets mes premières tentatives à l'épreuve d'une discussion publique, et d'une cri­tique éclairée et consciencieuse. Jusqu'à ce qu'il me soit permis de juger du succès de cet ouvrage, et de pressentir, d'après ce succès même, le sort qui est destiné aux doctrines que j'en ai déduites, je regarderai comme une obligation pour moi de suspendre, sinon des recherches aux­quelles je me livre avec beau­­coup d'ardeur, au moins une publication qui satis­ferait en vain mon amour-propre, si elle n'était d'aucune utilité pour le public. Et ne serait-elle pas évidemment dans ce der­nier cas, si elle ne faisait qu'ajouter quelques rêveries de plus à toutes celles dont le monde philosophique est impitoyable­ment inondé (note 6) ?

Telles sont les réflexions préliminaires que j'ai cru devoir présenter à ceux qui voudront bien me lire, pour leur faire comprendre le caractère et la ten­dance de cet ouvrage, et pour leur expliquer d'avance, autant que je le puis, l'intervention fréquente des idées relatives à la propriété dans une théorie de la richesse. Peut-être les économistes de profession ne seront-ils pas complète­ment rassurés, en apprenant cette espèce de confusion. Mais j'ai déjà annoncé qu'il y avait pour moi le plus étroit rapport entre la théorie de la richesse et celle de la propriété. Tant qu'on ne m'aura pas prouvé que je me fais illusion à ce sujet, on ne pourra pas me reprocher avec justice la marche que j'ai adop­tée. Ceux qui seraient tentés, en ce moment, de me faire quelques objections sur la nature de la voie par laquelle j'ai été conduit à l'étude de la richesse, ne voudront peut-être pas les renouveler, lorsqu'ils auront pris connaissance de cet ouvrage. Je les conjure en conséquence de suspendre leur jugement, jus­qu'à ce qu'ils en aient lu le quatrième chapitre. C'est là que j'ai essayé de prou­ver que la propriété et la richesse portent précisément sur les mêmes objets ; et quoique j'aie fait tous mes efforts pour distinguer le juste de l'utile, et pour ne pas confondre la morale avec les mathématiques, je crois en avoir dit assez, dans tout le cours de ce volume, pour démontrer que l'étude du droit naturel et de l'économie politique peuvent et doivent marcher ensemble, pour le plus grand avantage de l'une et de l'autre science, et que la théorie de la valeur est une introduction nécessaire à celle de la propriété. Ce qu'il y a de certain, c'est que je n'aurais pas interrompu, pendant plusieurs années, mes études morales, et mes recherches philosophiques sur le domaine personnel, et que je n'aurais pas lu et médité tous les ouvrages d'économie politique que j'ai cru pouvoir consulter avec fruit, si je n'avais acquis la conviction que ma manière de procéder, à ce sujet, était la seule bonne et avantageuse. Puisse le public en juger de même.

Notes de l’avant-propos

Note 1 :

Nous pensons qu'il serait tout à fait superflu de fournir ici des références bio-bibliographiques concernant tant J.-B. Say (1768-1832) que Sismondi (1773-1842). Nous nous bornerons à rappeler que, pour sa critique de Say, A.-A. Walras a utilisé d'une part la 5e édition du Traité d'économie politique (pa­rue en 3 volumes en 1826, la première édition datant de 1803) et d'autre part la 3e édition - 1826 - du Catéchisme d'économie politique, publié pour la pre­miè­re fois en 1817. Ces éditions furent les dernières qui aient été publiées du vivant de l'auteur. Il n'est point fait mention, dans l'ouvrage de Walras, du Cours complet d'Économie politique pratique, édité progressivement en 1828-1829. On notera aussi que les Nouveaux principes d'Économie politique de Sismondi avaient paru pour la première fois en 1819 et avaient été réédités en 1827.

Pour être moins connus, les trois autres noms que cite Walras n'en méri­tent pas moins quelque attention, en particulier le premier.

Destutt de Tracy (Antoine-Louis-Claude) le Comte, né à Paris le 20 juillet 1754, mort en 1836, successivement militaire, puis philosophe, membre du Sénat après le 18 brumaire, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, après sa réorganisation, en 1832. Son œuvre la plus importante, outre un célèbre Commentaire sur l'Esprit des lois de Montesquieu, consiste en des Éléments d'idéologie, dont la partie économique a fait l'objet, en 1822, d'une publication séparée sous la forme d'un Traité d'économie politique (Paris, Mmes Bouguet et Lévi). La philosophie de l'auteur, essentiellement fondée sur l'étude des idées de l'esprit humain, s'apparente à la philosophie de la sensation de Condillac. Sa doctrine économique est nettement libérale, mais d'un libéralisme reposant sur une infrastructure psychologique et une théorie idéologique de l'individualisme. Par réaction contre les physiocrates, Destutt de Tracy assigne au travail un rôle prééminent et fait de lui l'origine de la valeur. Il se rapproche donc sur ce point sensiblement de Ricardo (cf. Allix, Destutt de Tracy, économiste. Revue d'économie politique, 1912, pp. 424-451).

Ganilh (Charles), né à Allanche (Cantal) en 1758, mort en 1836, succes­sivement avocat au Parlement de Paris avant la Révolution, membre du Conseil de l'Hôtel de Ville en 1789, membre du Tribunal de 1799 à 1802, dé­pu­té du Cantal sous la Restauration (1815-1823). A laissé de nombreuses publications, d'ordre économique et financier, dont : un Essai politique sur le revenu public des peuples de l'antiquité, du moyen-âge, des siècles modernes et spécialement de la France et de l'Angleterre, depuis le milieu du XVe siècle jusqu'au XIXe (1806), des Systèmes d'économie politique, de leurs inconvé­nients, de leurs avantages, et de la doctrine la plus favorable aux progrès de la richesse des nations (1809), une Théorie de l'économie Politique, fondée sur les faits résultants des statistiques de la France et de l'Angleterre, sur l'expé­rience de tous les peuples célèbres par leurs richesses et sur les lumières de la raison (1815, 2e éd., 1822), ouvrage cité par A. Walras, de même qu'un Dic­tionnaire analytique d'économie politique, publié en 1826. Entre-temps avait parue en 1817 une étude sur la législation, l'administration et la comptabilité des finances de la France, depuis la Restauration. Le dernier ouvrage de Ganilh fut ses Principes d'économie politique et de finances, appliqués, dans l'intérêt de la science, aux fausses mesures des gouvernements, aux fausses spéculations du commerce et aux fausses entreprises des particuliers, édités en 1835.

Réformateur et critique financier assez judicieux, Ganilh s'inscrivit en réaction contre les spéculations déductives des premiers classiques et comme un adepte fervent de la statistique, bien que celle-ci fût encore peu déve­loppée. Il tira de données numériques assez incertaines des critiques, pas toujours très claires, de l’œuvre d'Adam Smith et, libéral à ses débuts, apporta progressivement à sa doctrine des tempéraments importants (notamment en matière de commerce international).

Quant à Massias (le baron Nicolas), né à Villeneuve-d'Agen en 1764, mort à Bade le 22 janvier 1848, successivement professeur à l'École militaire de Saumur, volontaire en 1792, capitaine d'artillerie, fait prisonnier en Espagne ; puis agent diplomatique en Allemagne, on lui doit un grand nombre d'ouvra­ges d'ordre littéraire, historique, philosophique, politique, voire linguistique, et, en particulier, un Traité de philosophie psycho-physiologique (Paris-1830) où s'affirment des tendances nettement spiritualistes, et une longue étude à fondement assez éclectique - quoique l'auteur en ait dit - intitulé : Rapport de la nature à l'homme et de l'homme à la nature, ou Essai sur l'instinct, l'intel­li­gence et la vie (4 vol., Paris, 1821-23) et qui est celle dont A. Walras a fait usage.

Note 2 :

A. Walras est resté toute sa vie fidèle à cette idée, l'une des bases essen­tielles de sa construction scientifique. Il l'a reprise et développée dans ses lettres à son fils Léon des 25 mars et 7 avril 1864. Cf. La Révolution de 1848, 101, année, 1913-1914, p. 332 : « D'un autre côté, la morale et le droit naturel, doivent être mis en demeure de consulter la Science de la richesse, de profiter de ses découvertes et d'organiser, dans l'ensemble des lois civiles et politiques, un système de propriété qui produise une équitable distribution de la richesse. Voilà, si je ne me trompe, le véritable point de vue où l'on doit se placer pour juger la question qui divise les écrivains modernes. » De même, p. 333 : « L'éco­nomie politique et la morale sociale sont deux catégories distinctes, dont la première doit nécessairement servir d'introduction à la seconde et dont la seconde doit emprunter les lumières de la première... », et encore pp. 338 et s. : « Ce qui a manqué aux économistes proprement dits, c'est, d'une part, une théorie large et complète de la richesse sociale, d'une autre part, le sentiment de l'identité qui existe entre l'objet de l'économie politique et l'objet de la pro­priété et, enfin, l'idée qu'il fallait se servir de l'économie politique pour per­fectionner le droit naturel et pour concevoir une nouvelle distribution de la richesse. Les physiocrates s'étaient placés dans une bonne voie. C'est Adam Smith qui a jeté la science dans un autre sens... »

Note 3 :

Cf. un nouveau développement de cette idée dans une lettre de l'auteur reproduite dans L.-Modeste Leroy, op. cit., p. 138 : « Je suis intimement con­vain­cu, et chaque jour vient confirmer en moi cette conviction, que les opi­nions qui nous divisent, les querelles qui nous passionnent, les systèmes qui nous séduisent, les théories qui nous épouvantent, l'impatience des uns, la résistance des autres, prennent leur source dans une ignorance profonde et complète sur la notion de la richesse sociale et sur la nature des lois qui président à sa formation, à sa consommation et à sa diffusion dans la société. »

Note 4 :

Les nombreux manuscrits laissés par A.-A. Walras, et en particulier La vérité sociale, encore inédite, répondaient à ce but, et représentent un effort en vue d'appliquer la théorie de la richesse à la solution de la question sociale. « Il y a, au fond de la question sociale, une nouvelle théorie de la propriété... et la théorie de la propriété repose sur la théorie de la richesse. » (Lettre reproduite dans Leroy, op. cit., p. 139.)

Note 5 :

L'élaboration de cette théorie de la propriété, en fonction de la théorie de la valeur d'échange, n'a pu être achevée par l'auteur. Il nous a cependant laissé trois manuscrits essentiels qui se complètent dans une certaine mesure et donnent l'essentiel de sa pensée. Ce sont : 1° La Vérité sociale; 2° deux études sur La Théorie de la propriété, d'une part, et, d'autre part, la distinction à éta­blir entre la richesse et la propriété publique et la richesse et la propriété privée (études qui avaient été primitivement prévues par l'auteur comme, devant constituer les 7e et 8e chapitres de son ouvrage précité : Théorie de la richesse sociale) et enfin 3e son Examen critique et réfutation du chapitre XIV de l'ouvrage de M. Thiers sur la propriété. Les passages les plus notables de La Vérité sociale et de l'Examen critique ont été reproduits par M. Leroy, op. cit., chap. XI et XII. Les deux chapitres sur La Théorie de la propriété ont été cités in extenso (Leroy, chap. IX et X). V. aussi ce qu'en dit Léon Walras : Un initiateur en économie politique, A.-A. Walras. Extrait de la Revue du Mois du 10 août 1908, p. 11.

Note 6 :

En fait, A.-A. Walras songeait, dès cette époque, à compléter son premier livre par un ouvrage qu'il se proposait d'intituler : De la valeur et du prix vé­nal, du numéraire et de la monnaie. Les questions monétaires paraissent alors avoir retenu son attention. Mais il ne put donner suite, encore bien modeste, à son projet que dans sa Théorie de la richesse sociale, parue en 1849. (V. chap. II et III.)