Antonio
Gramsci
LETTRES
DE LA PRISON
Traduit
de l’Italien par Jean Noaro, 1953. Préface de Palmiro Togliatti.
Antonio Gramsci, chef de la
classe ouvrière italienne, par Palmiro TOGLIATTI
Le mouvement des comités d'usines
La création du Parti communiste
(Lettre 2.) À Tatiana Ustica, 9 décembre 1926.
(Lettre 3.) À Tatiana Ustica, 19 décembre 1926.
(Lettre 4.) À Julca Ustica, le 8 janvier 1927.
(Lettre 5.) À Tania Ustica, 15 janvier 1927.
(Lettre 6.) À Julie Ustica, 15 janvier 1927.
(Lettre 7.) À Tania Prison de Milan, 19 février 1927.
(Lettre 9.) À Tania Prison de Milan, 19 mars 1927.
(Lettre 10.) À Tania Milan, 26 mars 1927.
(Lettre 11.) À Tania Prison de Milan, 4 avril 927.
(Lettre 12.) À Tania Prison de Milan, le 11 avril 1927.
(Lettre 13.) À Tania Prison de Milan, le 25 avril 1927.
(Lettre 15.) À Tania Prison de Milan, 23 mai 1927.
(Lettre 16.) À Berti Prison de Milan, 4 juillet 1927.
(Lettre 17.) À Tania Prison de Milan, 8 août 1927.
(Lettre 18.) À Berti Prison de Milan, le 8 août 1927.
(Lettre 19.) À Tania Prison de Milan, 10 octobre 1927.
(Lettre 20.) À Tania Prison de Milan, 17 octobre 1927.
(Lettre 21.) À Tania Prison de Milan, 14 novembre 1927.
(Lettre 23.) À Julie Prison de Milan, le 21 novembre 1927.
(Lettre 24.) À Tania Prison de Milan, le 26 décembre 1927.
(Lettre 26.) À Tania Prison de Milan, 2 janvier 1928.
(Lettre 27.) À Berti Prison de Milan, 30 janvier 1928.
(Lettre 28.) À Thérèse 20 février 1928.
(Lettre 29.) À Tania Prison de Milan, 27 février 1928.
(Lettre 30.) À Julie Prison de Milan, 27 février 1928.
(Lettre 31.) À Tania Prison de Milan, 5 mars 1928.
(Lettre 32.) À Tatiana Prison de Milan, 9 avril 1928.
(Lettre 33.) À maman 30 avril 1928.
(Lettre 34.) À Tania Prison de Milan, 30 avril 1928.
(Lettre 35.) À Tania Prison de Rome, 27 juin 1928.
(Lettre 36.) À Tania Prison de Turi, 20 juillet 1928.
(Lettre 38.) À Julie Prison de Turi, 19 novembre 1928.
(Lettre 39.) À Julie Prison de Turi, 14 janvier 1929.
(Lettre 40.) À Tatiana Prison de Turi, 24 février 1929.
(Lettre 41.) À Tania Prison de Turi, 25 mars 1929.
(Lettre 42.) À Tania Prison de Turi, 22 avril 1929.
(Lettre 43.) À Julie Prison de Turi, 20 mai 1929.
(Lettre 44.) À Delio Prison de Turi, 20 mai 1929.
(Lettre 45.) À Tania Prison de Turi, 3 juin 1929.
(Lettre 46.) À Tania Prison de Turi, 1er juillet 1929.
(Lettre 47.) À Julie Prison de Turi, 1er juillet 1929.
(Lettre 48.) À Julie Prison de Turi, 30 juillet 1929.
(Lettre 49.) À Tatiana Prison de Turi, 26 août 1929.
(Lettre 50.) À Julie Prison de Turi, 30 décembre 1929.
(Lettre 51.) À Tania Prison de Turi, 13 janvier 1930.
(Lettre 54.) À Tania Prison de Turi, 10 mars 1930.
(Lettre 55.) À Tania Prison de Turi, 7 avril 1930.
(Lettre 56.) À Tatiana Prison de Turi, 19 mars 1930.
(Lettre 57.) À Tania Prison de Turi, 2 juin 1930.
(Lettre 58.) À Tatiana Prison de Turi, 16 juin 1930.
(Lettre 60.) À maman Prison de Turi, 28 août 1930.
(Lettre 61.) À maman Prison de Turi, 22 septembre 1930.
(Lettre 62.) À Tania Prison de Turi, 6 octobre 1930.
(Lettre 63.) À Julie Prison de Turi, 6 octobre 1930.
(Lettre 64.) À Tatiana Prison de Turi, 3 novembre 1930.
(Lettre 65.) À Julie Prison de Turi, 4 novembre 1930.
(Lettre 66.) À Tatiana Prison de Turi, 17 novembre 1930.
(Lettre 67.) À Thérésine Prison de Turi, 17 novembre 1930.
(Lettre 68.) À Tatiana Prison de Turi, 1er décembre 1930.
(Lettre 69.) À maman Maison d'arrêt de Turi 15 décembre 1930.
(Lettre 70.) À Gracieuse Prison de Turi, 29 décembre 1930.
(Lettre 71.) À Tania Prison de Turi, 26 janvier 1931.
(Lettre 72.) À Julie Maison d'arrêt de Turi, 9 février 1931.
(Lettre 73.) À Tatiana Maison d'arrêt de Turi, 23 février 1931.
(Lettre 74.) À Tatiana Prison de Turi, 9 mars 1931.
(Lettre 75.) À Tatiana Prison de Turi, 23 mars 1931.
(Lettre 76.) À Tatiana Prison de Turi, 7 avril 1931
(Lettre 77.) À Tatiana Prison de Turi, 20 avril 1931.
(Lettre 78.) À Thérèse Prison de Turi, 4 mai 1931.
(Lettre 79.) À Tania Prison de Turi, 18 mai 1931
(Lettre 80.) À Julie Prison de Turi, 1er juin 1931.
(Lettre 81.) À Tatiana Prison de Turi, 15 juin 1931.
(Lettre 82.) À maman Prison de Turi, 15 juin 1931.
(Lettre 83.) À maman Prison de Turi, 29 juin 1931.
(Lettre 84.) À Thérésine Prison de Turi, 20 juillet 1931.
(Lettre 85.) À Tatiana Prison de Turi, 3 août 1931.
(Lettre 86.) À Tatiana Prison de Turi, 17 août 1931.
(Lettre 87.) À maman Prison de Turi, 24 août 1931.
(Lettre 88.) À Julie Prison de Turi, 31 août 1931.
(Lettre 89.) À Tatiana Prison de Turi, 7 septembre 1931.
(Lettre 90.) À Tatiana Prison de Turi, 13 septembre 1931.
(Lettre 91.) À maman Prison de Turi, 13 septembre 1931.
(Lettre 92.) À Tatiana Prison de Turi, 21 septembre 1931.
(Lettre 94.) À Charles Prison de Turi, 28 septembre 1931.
(Lettre 95.) À Tania Prison de Turi, 5 octobre 1931.
(Lettre 96.) À Tania Prison de Turi, 12 octobre 1931.
(Lettre 98.) À maman Prison de Turi, 19 octobre 1931.
(Lettre 99.) À Tania Prison de Turi, 2 novembre 1931.
(Lettre 100.) À Tania Prison
de Turi, 9 novembre 1931.
(Lettre 101.) À Thérésine Prison de Turi, 16 novembre 1931.
(Lettre 103.) À Julca Prison
de Turi, 14 décembre 1931.
(Lettre 105.) À Tania Prison
de Turi, 18 janvier 1932.
(Lettre 108.) À maman Prison
de Turi, 1er février 1932.
(Lettre 110.) À Tania Prison
de Turi, 15 février 1932.
(Lettre 112.) À Delio Prison
de Turi, 22 février 1932.
(Lettre 113.) À maman Prison
de Turi, 29 février 1932.
(Lettre 115.) À Tania Prison
de Turi, 14 mars 1932.
(Lettre 117.) À Tania Prison
de Turi, 21 mars 1932.
(Lettre 121.) À Tania Prison
de Turi, 4 avril 1932.
(Lettre 124.) À Tania Prison
de Turi, 18 avril 1932.
(Lettre 125.) À Tania Prison
de Turi, 25 avril 1932.
(Lettre 126.) À maman Prison
de Turi, 25 avril 1932.
(Lettre 127.) À Tania Prison
de Turi, 2 mai 1932.
(Lettre 128.) À Tania Prison
de Turi, 9 mai 1932.
(Lettre 130.) À maman Prison
de Turi, 23 mai 1932.
(Lettre 132.) À Tania Prison
de Turi, le 6 juin 1932.
(Lettre 133.) À maman Prison
de Turi, 19 juin 1932.
(Lettre 134.) À Tania Prison
de Turi, 27 juin 1932.
(Lettre 135.) À Julca Prison
de Turi, 27 juin 1932.
(Lettre 138.) À Tania Prison
de Turi, 1er août 1932.
(Lettre 140.) À Tania Prison
de Turi, 9 août 1932.
(Lettre 143.) À Tania Prison
de Turi, 29 août 1932.
(Lettre 144.) À Julie Prison
de Turi, 29 août 1932.
(Lettre 147.) À Tania Prison
de Turi, 12 septembre 1932.
(Lettre 149.) À Tatiana Prison de Turi, 3 octobre 1932.
(Lettre 151.) À Delio Prison
de Turi, 10 octobre 1932.
(Lettre 153.) À Julie Prison
de Turi, 24 octobre 1932.
(Lettre 155.) À Gracieuse Prison de Turi, 31 octobre 1932.
(Lettre 156.) À Tania Prison
de Turi, 31 octobre 1932.
(Lettre 161.) À Tania Prison
de Turi, 9 janvier 1933.
(Lettre 164.) À Tania Prison
de Turi, 30 janvier 1933.
(Lettre 165.) À Julca Prison
de Turi, 30 janvier 1933.
(Lettre 166.) À Tania Prison
de Turi, 14 mars 1933.
(Lettre 167.) À Tania Prison
de Turi, 3 avril 1933.
(Lettre 169.) À Tania Prison
de Turi, 10 avril 1933.
(Lettre 173.) À Tania Prison
de Turi, 24 juillet 1933.
(Lettre 177.) À Delio 8
avril 1935.
(Lettre 178.) À très chère 25 novembre 1935.
(Lettre 179.) À Julca 25
janvier 1936.
(Lettre 180.) À Julik 25
janvier 1936.
(Lettre 181.) À Julca 6
mai 1936.
(Lettre 186.) À Delio Novembre
1936.
(Lettre 187.) À Julca 24
novembre 1936.
(Lettre 188.) À Julik 24
novembre 1936.
(Lettre 189.) À Julca Décembre
1936.
(Lettre 190.) À Delio Décembre
1936.
(Lettre 191.) À Julca 5
janvier 1937.
Note de l'éditeur
Pour présenter au public français les Lettres de la
prison et leur auteur, il nous a semblé utile de nous servir de l'étude que le
compagnon d'armes d'Antoine Gramsci et son continuateur à la tête du Parti
communiste italien, Palmiro Togliatti, écrivit à Paris en 1937, aussitôt après
que le monde eût appris avec stupeur que celui que la protestation universelle
croyait avoir arraché à ses bourreaux n'était pas parvenu au delà du seuil de
la prison sur le chemin de la liberté recouvrée.
Il est sûr qu'en 1937 l'œuvre que Gramsci avait écrite
dans son cachot n'était connue encore ni dans son ampleur ni dans son détail.
Le texte de Palmiro Togliatti n'en paraîtra que plus convaincant.
Antoine Gramsci, secrétaire du parti communiste et
député au Parlement, fut arrêté à Rome le soir du 8 novembre 1926, dans la
maison Passarge, au numéro 25 de la rue G.B. Morgagni : il avait loué là une
chambre meublée.
Après seize jours de détention à la prison de Regina
Coeli, la « Santé » italienne, il fut dirigé sur l'île d'Ustica, a quelque cent
kilomètres au Nord de Palerme, où il avait à subir une condamnation de cinq
années de relégation.
Il arrivait à destination le 7 décembre. Il quittait
l'île le 20 janvier 1927 et il était transféré à la prison Saint-Victor à
Milan, inculpé de conspiration contre les Pouvoirs de l'État, de provocation à
la guerre civile, d'excitation à la haine de classe, d'apologie d'actes
criminels et de Propagande subversive.
L'instruction terminée, en mai 1928, Gramsci était
conduit à nouveau à Regina Coeli. Son Procès et celui de ses camarades
communistes se déroulait du 28 mai au 4 juin 1928. Le Tribunal spécial présidé
par le général Saporiti retenait les conclusions du procureur Isgrô et
condamnait Antoine Gramsci à vingt ans, quatre mois et cinq jours de réclusion.
En juillet 1928, Antoine Gramsci prenait possession, à la Prison de Turi, dans
la province de Bari, de la cellule 7047 qu'il ne quitterait plus que Pour
mourir.
Gramsci était de santé faible. En prison, son
organisme débilité offrait un terrain de moindre résistance. Lorsque les
troubles stomacaux lui laissaient quelque repos, intervenaient les troubles
intestinaux. Il crachait du sang. Il avait de persistantes migraines. Le
sommeil le fuyait : en octobre 1930, il dormit en moyenne deux heures sur
vingt-quatre. Lorsqu'il lui arrivait de trouver un peu de sommeil, son gardien,
qui avait reçu des ordres en conséquence, ouvrait et fermait la porte du cachot
avec bruit : Gramsci, réveillé, n'arrivait plus à se rendormir. Toute
nourriture lui était contraire. Celle qu'il pouvait digérer ne figurait que
rarement au « menu » de la prison. Gramsci ne croyait Pas aux médecins. Mais il
se soignait ou du moins il essayait de se soigner : le devoir était de vivre.
Jamais, ce grand caractère ne faiblit. Il lui fut
proposé cent fois de demander sa grâce. Il ne consentit jamais à le faire. « Il
y a là une forme de suicide et je n'ai nullement l'intention de me suicider »,
répondait-il.
Chaque jour, il lutta contre ce qu'il appelait la
routine pénitentiaire. Il s'était fait un plan de travail. Malgré les
souffrances physiques et morales, la censure et le contrôle de
l'administration Pénitentiaire, l'impossibilité de se référer à une documentation
indispensable et de recevoir en temps voulu le matériel bibliographique qui lui
aurait fait besoin, il couvrit d'une écriture fine et serrée trente-deux
cahiers, trois mille pages manuscrites correspondant à quatre mille pages
dactylographiées. Gramsci traite des intellectuels italiens et de leur mission
à travers l'histoire, de Machiavel, d'Ugo Foscolo, de Dante, de la Réforme, de
la Renaissance, du roman feuilleton, du folklore, de la langue littéraire et
des dialectes, du théâtre, de l'école laïque, de l'américanisme, du
Risorgimento et de Benedetto Croce et de cent autres sujets. Ses connaissances
sont universelles. Ses jugements fermes, de valeur définitive, étonnent
cependant par les nuances qu'y introduit le plus grand humaniste de l'Italie
d'aujourd'hui. Alors que dans les Lettres le drame vécu par Gramsci dans sa
Prison est visible, avec ses misères, ses tortures, avec la bataille que
l'esprit a décidé de mener -, dans les Cahiers, ainsi que le précise l'éditeur
italien, il n'y a plus de trace de l'enfer cellulaire, seul demeure le fruit
d'une pensée géniale, la marque d'une volonté de lutte indomptée et d'une
admirable force de caractère.
Le sort fait à Gramsci par le fascisme souleva la
Protestation universelle. En France, parmi beaucoup d'autres, protestèrent
Romain Rolland et Henri Barbusse, en Angleterre l'archevêque de Canterbury.
Mussolini fut contraint de reculer, ou de faire semblant de reculer. Gramsci
quitta le bagne de Turi pour une clinique de Formia, puis il fut conduit dans
une clinique de Rome. Il était trop tard pour qu'il pût être sauvé. Le 27 avril
1937, sa peine, qui avait été hypocritement réduite de dix ans, étant venue à
expiration depuis trois jours, Antoine Gramsci rendait le dernier soupir.
Qu'il soit dit Pour compléter le schéma à Peine
esquissé de cette grande existence et pour faciliter la lecture des Lettres que
la plus grande Partie de celles-ci sont adressées aux membres de la famille de
Gramsci : à sa femme, à ses enfants, à sa mère, à ses sœurs, à sa belle-sœur.
La maman et les sœurs, Thérésine et Gracieuse, vivaient en Sardaigne. Le frère
Charles était employé à Milan. Le frère Gennaro avait émigré en France.
Gramsci avait connu sa femme, Julie (Julca) Schucht
dans une maison de repos de Moscou au début de 1923. Un premier enfant, Délio,
était né à Moscou en août 1924 alors que Gramsci était retourné en Italie. La
maman et Délio rejoignirent le père à Rome fin 1925. Ils le quittèrent au
printemps suivant pour rentrer à Moscou, où, en août 1926, julien vint au
monde. Tout cela veut dire que Gramsci a connu son premier enfant quelques mois
seulement et qu'il n'a jamais connu son second fils. Il faut beaucoup penser à
cela en lisant certaines « lettres de la prison ».
Il faut aussi penser que Julie, durement touchée par
l'arrestation de son mari, eut à souffrir d'une maladie nerveuse que l'on
s'efforça de cacher au prisonnier, mais assez vainement. Gramsci se douta vite
qu'on ne lui disait pas la vérité et cela fut à l'origine d'âpres discussions,
d'accès de mauvaise humeur, de colères même. Et Julie ne put jamais, et pour
cause, venir en Italie ainsi que Gramsci l'aurait tant désiré.
Un personnage important dans ce drame de l'enfermé est
la belle-sœur de celui-ci, la sœur de Julie, Tatiana (Tania). Son affection
pour Gramsci était fraternelle, et illimitée l'admiration qu'elle avait pour
lui. Onze années durant, Tatiana ne vécut que pour soulager les souffrances de
Gramsci, pour lui rendre moins dure la vie de la prison. De faible constitution
elle-même, elle surmonta toutes les fatigues pour bien accomplir le grand
devoir qu'elle s'était imposé. C'est elle qui recueillit le dernier soupir de
Gramsci, qui prit soin de sa tombe et qui sauva les précieux cahiers écrits
dans la prison. Tatiana Schucht est morte en 1943 en Union soviétique.
Les Lettres de la prison ont été publiées pour la
première fois en Italie en 1947. Elles recueillirent aussitôt un immense succès
auprès de l'ensemble des critiques et de l'immense majorité du public italien.
Elles arrachèrent des cris d'admiration à Benedetto Croce. Elles obtinrent le
Prix Viareggio.
La publication des Lettres fut suivie, entre 1948 et
1951, par celle des 32 « cahiers de la prison » réunis en six volumes (Le
Matérialisme historique et la philosophie de Benedetto Croce, Les Intellectuels
et l'organisation de la culture, Le Risorgimento, Notes sur Machiavel, sur la
politique et sur l'État moderne, Littérature et vie nationale, Le Passé et le
présent). Nul homme de savoir ne peut décemment ignorer cette œuvre. Il n'est
pas possible de s'occuper des choses de la culture italienne sans s'y reporter.
Le volume que nous présentons au public français ne
contient ni toutes les lettres écrites par Gramsci dans les dix années de son
emprisonnement ni toutes celles publiées dans l'édition italienne. Il s'agît
d'un choix que nous regrettons de n'avoir pu faire plus complet, mais d'un
choix très large et qui suffira amplement à donner un cadre à une existence
exemplaire, à dire quelles furent les vertus, les hautes préoccupations
intellectuelles et morales, la vaste et Profonde humanité de l’homme, de
l'humaniste, du militant révolutionnaire que fut Antoine Gramsci.
Chef de la classe ouvrière italienne
par Palmiro Togliatti
Lorsque Antonio Gramsci, député au Parlement italien
et par conséquent couvert par l'immunité garantie par la Constitution fut, en
1928, accusé de crimes qu'il n'avait pas commis, traîné devant le Tribunal
spécial de Rome, le Ministère public ne se donna nullement la peine de
démontrer que les accusations portées contre lui étaient fondées en fait. Dans l'acte
d'accusation la principale imputation consistait purement et simplement dans la
démonstration que Gramsci était le chef reconnu du Parti communiste, parti
qui était encore légal lorsque Gramsci fut arrêté. Mais le Ministère public fut
plus cynique encore et plus brutal. « Nous devons empêcher, dit-il, ce
cerveau de fonctionner pendant vingt ans. » En s'exprimant ainsi le
bourreau fasciste camouflé en juge ne révélait pas seulement l'ordre qu'il avait
reçu des autorités fascistes et de Mussolini lui-même, l'ordre de condamner
Gramsci de telle manière que cela équivaille à sa suppression physique; mais
aussi le même bourreau déchirait tous les voiles des formes et des artifices
juridiques, il mettait à nu d'une manière brutale la raison même du procès, de
la condamnation et de la persécution qui a mené Gramsci à la mort, à savoir la
peur et la haine de classe implacable des castes réactionnaires qui
gouvernaient notre pays. Cette haine a poursuivi Gramsci après le procès et la
condamnation, inexorablement, jusqu'à la mort. Pour satisfaire à cette haine
Gramsci a été assassiné.
Par ordre de la bourgeoisie réactionnaire italienne et
par ordre de Mussolini, Gramsci a été enfermé dans une cellule, au secret,
séparé du reste du monde, bien que vivant en contact constant avec des hommes
de toutes catégories sociales « et surtout avec les travailleurs dont il
connaissait à fond l'esprit et les besoins, dont il était aimé. Par ordre de la
bourgeoisie réactionnaire et par ordre de Mussolini, il fut traîné d'une prison
à l'autre, les menottes aux poignets, chargé de chaînes, dans les infects
wagons cellulaires où un homme se trouve enseveli vivant, debout entre quatre
parois où il ne peut faire aucun mouvement pendant que la voiture accrochée au
train de marchandises ou abandonnée dans une gare déserte est brûlée par les
rayons du soleil ardent de l'été ou bien transformée en glacière, l'hiver, sous
le vent, la pluie, la neige. Par ordre de Mussolini, chaque nuit, durant des
années et des années, les gardiens de prison entraient bruyamment par deux et
trois fois dans la cellule de Gramsci afin de l'empêcher de dormir et pour
venir à bout de ses énergies physiques et nerveuses. Par ordre de Mussolini,
l'assistance d'un médecin était refusée à Gramsci, à Gramsci malade, en proie à
la fièvre, gisant sur son lit des semaines entières et dont l'organisme ne
pouvait être alimenté de manière régulière. Le « médecin » qu'on lui envoyait
lui disait qu'il devait s'estimer heureux de n'avoir pas encore été supprimé et
il déclarait qu'il ne croyait pas nécessaire de le soigner parce que, étant
fasciste, il ne pouvait désirer autre chose que sa fin. Lorsque la lutte du
prolétariat international et le mépris des plus grands esprits de l'humanité
obligèrent Mussolini à tirer Gramsci de la cellule où son corps pourrissait et
à lui accorder une assistance médicale digne de ce nom, un piquet de dix-huit
carabiniers et de deux policiers commandés par un commissaire spécial de la
sécurité publique reçut mission de surveiller un homme qui, derrière les gros
barreaux qui avaient été mis à la chambre misérable et nue de l'hôpital,
gisait inanimé, privé de connaissance pendant des journées entières, incapable
de s'éloigner de son lit sans quelqu'un pour le soutenir. Il était clair, dans
les derniers mois, que l'organisme de Gramsci, épuisé par dix années de
réclusion et par les maladies, avait besoin de soins particuliers pour pouvoir
continuer à résister. Les fonctions de digestion ne s'accomplissaient plus de
manière à permettre au corps de recevoir des aliments. Conséquence de
l'uricémie provoquée par le régime pénitentiaire, toutes les dents étaient
tombées. Les attaques d'uricémie se multipliaient et menaçaient le cœur. Les
extrémités enflaient. La sclérose du système vasculaire, résultat inévitable du
manque d'air, de lumière, de mouvement, faisait des progrès inquiétants. La
respiration devenait difficile, chaque mouvement douloureux. La vie,
lentement, cruellement, se transformait en agonie. Les bourreaux de notre
grand camarade épiaient et suivaient cette agonie avec une joie criminelle. Les
médecins se comportaient envers lui comme s'ils avaient reçu la consigne de le
laisser mourir, purement et simplement. Et une telle consigne ils l'avaient
certainement reçue puisque dans les derniers mois, alors que sa santé
s'aggravait de plus en plus, Gramsci ne fut soumis à aucune visite, à aucune
cure, à aucun des traitements dont il avait besoin.
Malgré tout cela, pour nous qui savions comment
Gramsci luttait au long de sa détention et de toutes ses forces pour se
maintenir en vie ainsi que doit le faire tout révolutionnaire - car il
savait que sa vie était précieuse, qu'elle était nécessaire à la classe
ouvrière et à son parti, - sa mort demeure enveloppée d'une ombre qui la rend
inexplicable. A la longue chaîne des tortures qui lui furent infligées, a-t-on
ajouté un innommable crime ? Ceux qui connaissent Mussolini et le fascisme
savent qu'avancer une telle hypothèse est légitime. La mort de Gramsci demeure
inexplicable surtout au moment où elle est survenue, trois jours après que sa
peine, réduite à la suite de diverses mesures d'amnistie, était accomplie et
qu'il avait le droit d'être libre, d'appeler auprès de lui ses amis et des
médecins dignes de confiance, d'entreprendre une cure, de se trouver assisté.
Mort inexplicable parce qu'elle est survenue juste au moment où certainement
il mettait en action toutes les forces qui lui restaient pour faire face à la
nouvelle situation qui serait la sienne, pour être prêt à une nouvelle période
d'activité.
En 1924, Mussolini donna à ses sbires l'ordre
d'assassiner Matteotti parce que l'action énergique de Matteotti au Parlement
ayant prise sur les sentiments de justice et de liberté des masses populaires,
menaçait le régime fasciste dans un moment particulièrement difficile. Il donna
de même l'ordre d'assassiner Amendola et Gobetti, de même il fut supprimer
Gaston Sozzi dans sa prison, de même il ordonna cyniquement la suppression de
cent et cent autres des meilleurs fils du peuple italien. L'assassinat est un
instrument normal de gouvernement dans un régime de dictature fasciste. Mais
Gramsci, cela est certain, a été assassiné de la manière la plus inhumaine, la
plus barbare, la plus cruellement raffinée. Sa mort a duré dix années ! La fin
de Gramsci ne trahit pas seulement le « style » de Mussolini et du fascisme,
elle trahit le style de la grande bourgeoisie capitaliste et des autres castes
réactionnaires italiennes qui ont hérité et qui ont fait leur bien propre de
tout ce qu'il y a de sordide, d'inhumain, de cruel, dans les méthodes
d'oppression dont le peuple italien a été au cours de nombreux siècles la
victime, qui ont fait leur bien propre de la perfidie et de l'hypocrisie des
prêtres, de la brutalité des envahisseurs étrangers, des excès de pouvoir des
seigneurs féodaux, de l'avarice et de la cupidité des marchands et des
usuriers.
Tout ce que le peuple italien a créé de grand, de
génial, au cours de son histoire, l'a été dans une lutte douloureuse contre les
oppresseurs. Les hommes les plus grands qui sont sortis du peuple italien ont
été persécutés par les classes dirigeantes de notre pays. Persécuté, contraint
à l'exil et à une vie misérable, Dante, le créateur de la langue italienne.
Brûlé sur une place publique, Giordano Bruno, le premier penseur italien des
temps modernes. Jeté à pourrir dans un horrible cachot, Thomas Campanella, qui
imagina un monde fondé sur l'ordre et sur la justice. Soumis à la torture,
Galileo Galilée, créateur de la science moderne expérimentale. Exilé et traité
par les policiers de la monarchie comme un criminel de droit commun, joseph
Mazzini, le premier théoricien et combattant convaincu de l'unité nationale de
notre pays. Haï, entouré de suspicion, calomnié, joseph Garibaldi, le héros
populaire du Risorgimento. Toute l'histoire de notre peuple est l'histoire
d'une révolte contre la tyrannie étrangère et intérieure, d'une lutte continue
contre l'obscurantisme et l'hypocrisie, contre l'exploitation impitoyable et
l'oppression cruelle des masses travailleuses de la part des classes
possédantes. Antoine Gramsci est tombé dans cette lutte, mais sa vie d'agitateur,
de propagandiste, d'organisateur politique, de chef de la classe ouvrière et du
Parti communiste, n'est pas seulement la protestation d'une grande personnalité
isolée, incomprise par les masses et détachées d'elles. En lui, le peuple
italien n'a pas seulement trouvé l'homme qui, connaissant à fond l'histoire et
les conditions d'existence du peuple, a exprimé les aspirations des masses
populaires, formulé les objectifs de liberté, de justice, d'émancipation
sociale auxquels tend la lutte séculaire des opprimés contre leurs oppresseurs.
Antoine Gramsci est l'homme qui a su reconnaître quelles sont, dans la société
italienne d'aujourd'hui, les forces de classe auxquelles il revient
historiquement de libérer la société de toute oppression et de toute exploitation.
Il n'est pas seulement un fils du peuple et un insurgé, il n'est pas seulement
l'homme qui, par la force de son génie, par la clarté et la profondeur de sa
pensée politique et sociale, par la vigueur de ses écrits, dépasse tout autre
Italien de notre temps. Il est aussi un révolutionnaire des temps modernes,
grandi à l'école de la seule classe logiquement révolutionnaire que l'histoire
connaisse : le prolétariat ouvrier, un révolutionnaire qui a profondément
assimilé la plus révolutionnaire des doctrines politiques et sociales : le
marxisme-léninisme. Étroitement lié à la classe ouvrière, se battant
infatigablement pour la création d'un parti révolutionnaire de classe du
prolétariat, il est un marxiste, un léniniste, un bolchévik.
C'est pourquoi la bourgeoisie réactionnaire et
Mussolini l'ont traité non seulement comme un ennemi mais aussi comme le plus
dangereux, le plus terrible des ennemis, Ils ne se sentaient pas tranquilles
tant que Gramsci était vivant, tant que « son cerveau fonctionnait », tant que
n'étaient pas éteints son esprit et sa volonté, tant que son cœur n'avait pas
cessé de battre. Son assassinat a été accompli avec l'intention précise de
priver le Parti, le prolétariat, le peuple de notre pays, d'un guide sûr et
éclairé.
Dans l'histoire du mouvement ouvrier italien, dans
l'histoire de la culture et de la pensée italienne, Antoine Gramsci est le
premier marxiste. - le premier marxiste vrai, intégral, conséquent. Il est en
effet le premier à comprendre à fond l'enseignement révolutionnaire des
fondateurs du socialisme scientifique, le premier à comprendre et à faire
siennes les nouvelles positions conquises par le marxisme dans le développement
ultérieur qui lui est donné par Lénine et Staline, le premier qui. sur la base
de cet enseignement, détermine la fonction historique du prolétariat italien et
combat durant toute sa vie pour donner au prolétariat et la conscience de cette
fonction et la possibilité de la remplir. Gramsci est le premier marxiste
d'Italie parce qu'il unit de manière inséparable à la théorie pratique
révolutionnaire, à l'étude et à l'interprétation des faits sociaux, la liaison
avec les masses et l'activité quotidienne politique et d'organisation, parce
qu'il crée et dirige le Parti communiste, parce qu'il est internationaliste,
parce qu'à tombe en tenant haut dans ses mains le drapeau de notre Parti et de
l'Internationale.
Aujourd'hui.
après sa mort, beaucoup écrivent sur lui et lui rendent hommage qui durant sa
vie le combattirent âprement et furent par lui âprement combattus. Les hommages
qui sont rendus à la grandeur de son génie sont des hommages dus. Nous avons
cependant le devoir de dire à haute et intelligible voix que Gramsci n'a pas
été l'intellectuel, l'homme d'étude, l'écrivain, au sens que ces
posthumes apologistes voudraient laisser entendre. Avant tout Gramsci a été et
est un homme de Parti. Le problème du parti, le problème de la création
d'une organisation révolutionnaire de la classe ouvrière, capable d'encadrer et
de diriger la lutte de tout le prolétariat et des masses travailleuses pour
leur émancipation, ce problème reste au centre de toute l'activité, de toute la
vie, de toute la pensée d'Antoine Gramsci. Très jeune il arriva au mouvement
ouvrier aux environs de 1910, en un moment où mûrissaient dans notre pays les
éléments d'une profonde crise politique. A partir de 1900, l'industrie s'était
développée de manière intensive pendant que dans les plaines de la Valle Padana
les progrès de l'agriculture capitaliste intensive avaient changé l'aspect de
régions entières. Dans les grandes villes industrielles du Nord, de la masse
informe des artisans et des petits commerçants était sorti un prolétariat
nombreux, compact, qui avait créé un épais réseau d'organisations politiques et
syndicales de classe et qui apprenait à manier contre la bourgeoisie l'arme de
la grève. Dans les plaines de la Valle Padana, la formation de masses
imposantes d'un prolétariat agricole avait ébranlé l'équilibre des rapports
sociaux et politiques traditionnels - avec le développement des grandes
exploitations agricoles capitalistes, les « plèbes rurales » de l'Italie du
Nord se transformaient en une armée de salariés et un épais - réseau
d'organisations de classe - unions d'ouvriers agricoles, coopératives, sections
du parti socialiste - faisaient pénétrer jusque dans les provinces les plus
arriérées un nouvel esprit révolutionnaire. Combattive, impétueuse, n'acceptant
pas l'injustice, aspirant à un minimum de bien-être qui lui était refusé depuis
des siècles, animée par une conception messianique primitive du socialisme et
de la révolution, la masse des ouvriers agricoles devenait la protagoniste
d'une série de grèves grandioses et dans leur déroulement elle apprenait les
vertus prolétariennes de la discipline et de la solidarité. L'appareil de
l'État craquait sous cette double pression des masses organisées.
Gramsci était né en Sardaigne, région très
caractéristique de rapports économiques et sociaux arriérés.
Fils de paysans pauvres, il avait eu la possibilité
d'observer l'épouvantable misère des semi-prolétaires paysans et des bergers de
l'île que la bourgeoisie capitaliste italienne, une fois réalisée l'unité
nationale, avait considérée et traitée comme une colonie ainsi qu'elle l'avait
fait de toutes les régions agricoles du Midi. La misère des paysans sardes et
des Paysans du Midi a été l'une des conditions du développement industriel du
Nord. Les ressources et les richesses naturelles de l'île ont été pillées par
les capitalistes du continent, pendant que les sporadiques tentatives de
révoltes spontanées des paysans affamés étaient réprimées par les armes sous
prétexte de lutte contre le « brigandage ». Pour consolider son pouvoir et
particulièrement pour maintenir sa domination sur les masses rurales du Midi
et de l'île, la bourgeoisie capitaliste s'alliait aux grands propriétaires de
terres et à la bourgeoisie rurale parasitaire grandie à l'ombre de la grande
propriété terrienne de type féodal et elle se donnait pour but de conserver ces
restes de rapports sociaux et politiques arriérés qui pesaient comme une masse
de plomb sur la vie économique et politique de tout le pays. Cette forme particulière
d'alliance de classe entre la bourgeoisie industrielle de l'Italie du Nord et
les castes réactionnaires méridionales qui sont l'expression de restes de
rapports précapitalistes, a donné une particulière empreinte réactionnaire à
la vie politique italienne même dans la période où les classes dirigeantes
furent contraintes sous la pression des masses de reconnaître aux travailleurs
le droit à s'organiser, le droit au travail et à la grève - même lorsque les
classes dirigeantes furent obligées, à la veille de la guerre mondiale,
d'accorder le suffrage universel.
Gramsci avait vu dans les villages de la Sardaigne les
paysans aller voter avec leurs poches cousues pour empêcher les policiers en
civil et les agents électoraux des propriétaires d'y introduire des couteaux,
ce qui aurait permis l'arrestation par les carabiniers de centaines de pauvres
gens et, par voie de conséquence, le triomphe du candidat du gouvernement. La
connaissance qu'il eut du caractère réactionnaire de la bourgeoisie et de
l'État italien est la base première de toute sa pensée politique.
L'État italien, écrivait-il, n'a jamais essayé de masquer la dictature impitoyable de la classe possédante. On peut dire que le Statut de la Maison de Savoie a seulement servi à une fin très précise : lier le sort de la Couronne au sort de la propriété privée... La Constitution n'a créé aucun organisme qui garantisse, ne serait-ce que pour la forme, les grandes libertés des citoyens : la liberté individuelle, la liberté de parole, la liberté de la presse, la liberté d'association et de réunion, Dans les États capitalistes qui se disent libéraux-démocrates, l'organisme supérieur de protection des libertés populaires est le pouvoir judiciaire; dans l'État italien, la justice n'est pas un pouvoir, elle est un ordre, elle est un instrument du pouvoir exécutif, elle est un instrument de la Couronne et de la classe possédante... Le président du Conseil est l'homme de confiance de la classe possédante; il est choisi par les grandes banques, les grands industriels, les grands propriétaires fonciers, l'État-Major; il se constitue une majorité parlementaire par la fraude et par la corruption; son pouvoir est illimité, non seulement en fait comme cela se passe indubitablement dans tous les pays capitalistes, mais aussi en droit; le président du Conseil est l'unique pouvoir de l'État italien.
La classe dominante italienne n'a pas eu non plus l'hypocrisie de camoufler sa dictature; le peuple travailleur a été considéré par elle comme un peuple de race inférieure, que l'on peut gouverner sans ménagement, comme une colonie d'Afrique. Le pays est soumis à un permanent régime d'état de siège... Les policiers sont lâchés comme des chiens dans les maisons et dans les salles de réunion... La liberté individuelle et de domicile est violée; les citoyens sont arrêtés, emmenés menottes au poing et, tels des délinquants de droit commun, sont jetés dans des prisons immondes et nauséabondes; l'intégrité de leur personne n'est pas défendue contre les brutalités policières; leurs affaires restent en souffrance et vont à la ruine. Sur l'ordre pur et simple d'un commissaire de police, un lieu de réunion est envahi et perquisitionné, une réunion est dissoute. Sur l'ordre pur et simple d'un préfet, un censeur interdit un écrit dont le contenu n'est nullement en contravention avec les lois et décrets en vigueur. Sur l'ordre pur et simple d'un préfet, les dirigeants d'un syndicat sont arrêtés, on tente de dissoudre une association...
Le mouvement socialiste naquit et se développa en Italie surtou