55.17. Ils n'ont pas encore tués Marcos !

En décembre 97, il semble me souvenir, qu'il y a eu encore un beau massacre dans le Chiapas. Comme d'habitude, on en n'a pas parlé bien longtemps et nous l'avons vite oublié. On peut soupçonner -- on peut même accuser -- la dictature mexicaine qui se donne des allures de démocratie d'avoir commandité ce massacre. On peut penser aussi, comme d'hab., que Washington a donné son OK ou tout du moins à fermer les yeux. L'histoire du Chiapas est celle des indiens du Mexique, mais plus largement, celle des populations indigènes en général. C'est leur autonomie, leurs terres et leur droit à vivre qu'ils défendent. Cette lutte a donné lieu à des mouvements de résistance indigène présents dans la région depuis de nombreuses années. La terre de Chiapas a été le témoin de plusieurs soulèvements, dont le dernier est celui du 01-01-94, appuyé par l'armée Zapatiste de libération nationale. Suite à ce soulèvement, des négociations de paix entre le gouvernement et l'armée Zapatiste se sont mises en place. Une première partie des négociations a abouti à des accords. Mais quelques éléments de ces accords ont été ensuite jugés inacceptables par le gouvernement, ce qui a provoqué l'interruption des négociations. Le conflit a pris l'aspect d'une guerre de basse intensité. Le gouvernement sème la terreur à travers des groupes paramilitaires, qui attaquent les villages, détruisent les maisons et les cultures. Il y a, actuellement, 15 000 personnes déplacées qui vivent dans des conditions misérables. Les enfants et les vieillards sont en état de dénutrition totale, couvert de boutons et portant tous les signes de la tuberculose. L'aide de gouvernement se résume souvent à des aliments pourris, des médicaments périmés et du matériel pour les maisons qui est cassé. L'attaque du 22 décembre 97 a fait 45 morts [21 femmes (4 enceintes), 15 enfants, 9 hommes]. Il s'agissait pour la plupart d'indiens qui avaient déjà été expulsés de leurs villages d'origine. Au moment de l'attaque, ils étaient réunis dans une chapelle, où depuis trois jours, ils jeûnaient et priaient pour que leurs problèmes trouvent solution. Les paramilitaires sont entrés par la porte et ont tiré dans le dos. Ce massacre a servi de justification au gouvernement pour débarquer dans la zone avec un impressionnant dispositif militaire de 70 000 soldats. La présence croissante et hostile des militaires, dans une région qui est en grande partie sous contrôle de l'armée Zapatiste, crée des tensions qui peuvent exploser à tout moment. Cette intervention militaire est accompagnée d'une action menée contre les étrangers, travaillant au sein des ONG présentes dans la zone, qui ont été tous reconduits manu militari à la frontière. Une nouvelle attaque a été menée par les militaires le 10 juin 98 contre la municipalité autonome de San Juan de la Libertad faisant plusieurs morts et des nombreux blessés. -- Résumé de l'article d'Elena Lasida --. Les Indiens victimes du massacre du 22 décembre appartenaient au groupe "Las Abejas" (les abeilles), dont l'objet est la lutte pour la paix avec des moyens non-violents. Les abeilles, 4000 membres, font de la résistance civile et ont donc décidé de ne plus payer les impôts et de ne pas recevoir de l'aide du gouvernement jusqu'à ce que soit appliqué les accords de San Andres. Face au conflit, les abeilles cherchent toujours la voie du dialogue, mais ils savent bien qu'ils risquent leur vie.